Note de synthèse · août 2026
Chiffres pour 2027
Réponses documentées à plus de deux cent cinquante questions sur les finances publiques, les retraites, l'immigration, l'énergie, la sécurité, le logement et l'école — avec la source, l'année de référence et ce que le chiffre ne dit pas.
Comment lire ce document
- Chaque réponse porte sa source et son millésime. Un chiffre sans année ni producteur n'est pas un argument, c'est un slogan.
- Fait, estimation et choix politique sont distingués. « La France dépense 57 % du PIB » est un fait ; « c'est trop » est un choix politique. Les deux sont légitimes, mais ils ne se discutent pas de la même façon.
- Le dénominateur est presque toujours l'endroit où se cache le désaccord. La France est 2ᵉ d'Europe pour la dépense publique en % du PIB, mais 8ᵉ par habitant. Les deux chiffres sont exacts et disent des choses différentes.
- Les encadrés verts définissent une notion, les orange signalent une limite de mesure, les rouges une donnée qui n'existe pas ou n'a pas été trouvée.
- Certaines sources ne sont pas neutres. Insee, DREES, Cour des comptes, RTE, SSMSI, COR, Eurostat et l'OCDE produisent la statistique ; l'IFRAP, Rexecode, l'Institut Montaigne, Terra Nova, l'Observatoire de l'immigration et de la démographie ou Basta! sont des acteurs engagés du débat. Ils ne sont cités qu'à défaut de source publique, et signalés comme tels.
La France en dix graphiques
Dix constats qui s'enchaînent, chacun avec le chiffre qui le tranche, écrits pour être lus sans connaissance préalable en économie. Les dix-huit thèmes du dossier portent le détail et les sources.
Dix constats qui s'enchaînent, un graphique par constat
Cette fiche est écrite pour être lue sans rien connaître à l'économie. Elle répond à une seule question — pourquoi l'argent manque-t-il, alors qu'on paie beaucoup d'impôts ? — en dix constats qui s'enchaînent : chacun explique le suivant, et chacun tient dans un graphique. Le texte ne fait que relier les graphiques entre eux. Tous les chiffres viennent des chapitres de ce dossier, où ils portent leurs sources détaillées.
Un seul mot de vocabulaire est nécessaire. Le PIB, c'est la richesse produite en un an par le pays — la somme de tout ce qui y est fabriqué, vendu et facturé. Les deux expressions sont employées ici indifféremment. Quand on dit qu'une dépense représente « 25 % du PIB », cela veut dire qu'elle absorbe un quart de tout ce que le pays produit dans l'année.
1 et 2 — On ne produit pas moins vite, on travaille moins
Premier point, et il est plutôt rassurant : la France ne s'appauvrit pas. Elle avance moins vite que ses voisins, ce qui n'est pas la même chose.
Richesse produite par habitant, 2005-2025
En dollars à parité de pouvoir d’achat. L’axe démarre à 40 000 $ : à 0, les cinq courbes se confondraient et l’écart serait invisible.
OCDE, Perspectives économiques n° 119 (juin 2026), série GDPVD_CAP, dollars à parité de pouvoir d’achat de 2021. Extraction par API SDMX le 13 septembre 2026.
Ce n'est pas un effondrement, c'est un décrochage lent — le genre qu'on ne sent pas d'une année sur l'autre. Reste à savoir pourquoi. Deux explications sont possibles : soit on produit moins bien, soit on produit moins longtemps. Les chiffres tranchent nettement.
Ce que produit une heure de travail, 2024
PIB par heure travaillée, en dollars à parité de pouvoir d’achat.
OCDE, base Productivité, série GDPHRS, dollars à parité de pouvoir d’achat de 2020, données 2024. Extraction par API SDMX le 13 septembre 2026.
Heures travaillées par habitant de 15 à 74 ans, 2024
Total des heures travaillées dans l’année, rapporté à la population en âge de travailler.
OCDE, base Productivité, série HRSPOP, heures travaillées rapportées à la population de 15 à 74 ans, données 2024.
Pour une heure travaillée, on gagne pratiquement autant en France qu'ailleurs. 81,6 dollars contre 83,0 en Allemagne et 84,1 aux États-Unis : moins de 3 % d'écart avec le pays le mieux placé, et la France fait mieux que le Royaume-Uni de dix points. Le travail français n'est ni lent ni mal outillé.
La différence est ailleurs, et elle est nette : 927 heures travaillées par habitant en âge de travailler, contre 983 en Allemagne — 6 % de moins, et un quart de moins qu'aux États-Unis. Autrement dit : on ne travaille pas assez. Non pas au sens où chacun travaillerait mollement — c'est faux, l'heure française vaut celle des voisins —, mais au sens où il n'y a pas assez de personnes qui travaillent.
3 — Et le trou est chez les jeunes et chez les plus âgés
« Pas assez de personnes qui travaillent » reste vague tant qu'on ne dit pas lesquelles. La comparaison avec l'Allemagne, âge par âge, est sans ambiguïté.
Part des personnes en emploi, par tranche d’âge, 2024
France et Allemagne, en % de la tranche d’âge.
OCDE, base Emploi, taux d’emploi par tranche d’âge, données 2024.
Au cœur de la vie active, entre 25 et 54 ans, la France et l'Allemagne sont à deux points l'une de l'autre. L'écart ne vient pas de là. Il vient des deux extrémités : les jeunes, qui entrent tard sur le marché du travail, et les seniors, qui en sortent tôt. Entre 60 et 64 ans, un Allemand sur deux travaille encore quand deux Français sur cinq seulement sont en emploi.
C'est le constat central de cette synthèse, parce que tout le reste en découle : moins d'heures travaillées, c'est moins de richesse produite, donc moins d'argent à prélever pour financer les services publics.
Combien faudrait-il travailler de plus ?
La question suivante vient toute seule : de combien parle-t-on ? L'exercice est arithmétique — on applique à la France davantage d'heures travaillées, à productivité horaire française inchangée, et on laisse la dépense publique inchangée en euros. Ce n'est pas une prévision, c'est un ordre de grandeur.
Un mot sur la base de comptage, parce qu'elle change les chiffres. Le tableau ci-dessous rapporte les heures à la population entière, enfants et retraités compris : 674 heures par habitant en France, 735 en Allemagne. C'est la base qui permet de relier directement les heures au budget. Le constat 2 utilisait l'autre base, celle des seules personnes de 15 à 74 ans ; l'écart avec l'Allemagne y vaut 6,1 % au lieu de 9,0 %, parce que la population française est plus jeune.
| France 2025 | Heures par habitant | PIB, en Md€ | Solde public | Déficit comblé |
|---|---|---|---|---|
| Aujourd'hui | 674 | 2 984 | −153 Md€ | — |
| + 30 h par an et par personne en emploi | 687 | 3 044 | −121 Md€ | 20 % |
| + 30 h par an et par habitant | 704 | 3 117 | −83 Md€ | 46 % |
| Volume horaire allemand | 735 | 3 252 | −12 Md€ | 92 % |
| Équilibre du budget | 740 | 3 276 | 0 Md€ | 100 % |
La ligne la plus parlante est l'allemande : au volume horaire allemand, le déficit français passerait de 153 milliards à 12 — sans hausse d'impôt, sans baisse de dépense. Et l'équilibre complet du budget demande 9,8 % d'heures travaillées en plus, soit 66 heures par habitant et par an.
Pour donner l'échelle : trente heures de plus par habitant et par an, c'est 35 minutes par semaine rapportées à la population entière, et cela comble déjà 46 % du déficit. Les 66 heures de l'équilibre se déclinent de deux façons, arithmétiquement équivalentes.
| Les deux chemins vers l'équilibre, 2025 | Ce qu'il faudrait | Repère |
|---|---|---|
| Par la durée du travail, à taux d'emploi inchangé | +147 heures par an et par personne en emploi | 39 min par jour ouvré |
| Par le taux d'emploi, à durée du travail inchangée | +3,0 millions de personnes en emploi | 49,0 % de la population au lieu de 44,7 % |
Trois millions d'emplois en plus, ou trente-neuf minutes par jour ouvré. Ce n'est pas hors de portée, et ce n'est pas non plus un ajustement marginal. Au vu du constat précédent, le chemin le plus plausible passe par l'emploi des jeunes et des seniors, pas par l'allongement de la semaine de ceux qui travaillent déjà.
4 — Le taux le plus élevé, et pourtant moins d'argent encaissé
Sur les impôts et cotisations, deux chiffres circulent, et ils ne disent pas la même chose.
Prélèvements obligatoires par habitant, 2025
En dollars à parité de pouvoir d’achat. Le taux appliqué figure dans le tableau qui suit.
OCDE, Perspectives économiques n° 119 (juin 2026), séries TAXQ, GDP et POP, données 2025.
Les deux mesures sont exactes, et elles se contredisent en apparence. En taux, la France prélève le plus du panel : 44,7 % de la richesse produite. En euros effectivement encaissés par habitant, elle encaisse moins que l'Allemagne et que les Pays-Bas, comme le montre le graphique. Il n'y a pas de mystère : quand on applique un taux plus élevé à une richesse plus petite, on peut très bien récolter moins. C'est exactement ce qui se passe.
Cela règle une formulation courante. « La France prélève trop » est vrai si l'on parle du taux, faux si l'on parle du produit. Et cela explique pourquoi augmenter encore le taux donne peu : ce qui manque n'est pas la pression fiscale, c'est la richesse sur laquelle elle s'applique.
5 et 6 — Où va l'argent, et pourquoi ça ne se pilote pas facilement
Depuis 1975, la dépense publique française a augmenté d'environ onze points de richesse produite. Un seul poste porte l'essentiel de cette hausse.
Dépense publique par nature, 1975-2024
En % du PIB. Sous l'axe, les mandats présidentiels ; hachures pendant les cohabitations.
Séries reconstituées par nos soins à partir d'Eurostat nasa_10_nf_tr et gov_10a_main, dépenses des administrations publiques par nature (prestations sociales D62, rémunérations D1, consommations intermédiaires P2, investissement P51g, charge d'intérêts D41), rebasées sur la série 2020. La ventilation COFOG par fonction n'existe pas avant 1995 ; seule la ventilation par nature remonte à 1975, d'où le point de départ. Rupture de série réelle en 1974-1975 (le PIB 1975 bondit de 21 %).
Le seul poste qui a réellement reculé est l'investissement public : on a payé la protection sociale en cessant d'entretenir et de construire. Et la hausse traverse toutes les majorités, ce qui devrait suffire à clore un faux débat : c'est une contrainte, pas une préférence, et c'est pourquoi l'infléchir prend des années plutôt qu'un budget.
Reste à savoir si ce système est plus généreux que ceux des voisins. Rapporté aux habitants plutôt qu'à la richesse produite, il ne l'est pas.
Dépense sociale par habitant, publique et privée, 2021
En dollars à parité de pouvoir d’achat ; le total figure à côté de chaque pays. La part privée — retraites par capitalisation, assurances santé, prévoyance — est payée par les ménages sans passer par la dépense publique.
OCDE, Social Expenditure Database, dépense sociale publique et privée par habitant en parité de pouvoir d’achat, données 2021.
La France consacre à la protection sociale la part de richesse la plus élevée du panel — et, par habitant, moins d'argent que l'Allemagne, les Pays-Bas et les États-Unis. Les deux affirmations sont vraies en même temps, pour la raison déjà vue : le dénominateur français est plus petit. Aux Pays-Bas et aux États-Unis, une large part passe par des systèmes privés — retraites par capitalisation, assurances santé — qui ne figurent pas dans la dépense publique mais que les ménages paient bel et bien.
Conclusion de cette première partie : ce qui distingue la France n'est pas ce qu'elle verse, c'est ce qu'elle produit pour le verser.
7 — Ce que contient vraiment la protection sociale
Avant de discuter de ce qu'il faudrait faire, il faut savoir de quoi l'on parle. Les 932 milliards de prestations sociales versés en 2024 se répartissent en six risques, et la répartition n'est pas celle qu'on imagine.
Les prestations sociales par risque, 2024
France, en milliards d'euros. Six risques, dont deux font 82 % du total.
DREES, La protection sociale en France et en Europe, comptes de la protection sociale, édition 2025, données 2024, fiches 05 à 11.
Famille : les allocations familiales, les aides à la garde des jeunes enfants, l'allocation de rentrée scolaire, les congés de maternité et de paternité payés. C'est ce que la collectivité verse pour qu'élever un enfant ne fasse pas décrocher un ménage.
Pauvreté et exclusion : le RSA et les autres aides de dernier recours, celles qui ne dépendent ni de la retraite ni du chômage. C'est le filet de sécurité — ce qui reste quand il ne reste rien d'autre.
Logement : pour l'essentiel les aides personnelles au logement, les APL et leurs variantes, versées aux locataires selon leurs revenus. Le chapitre « Logement » montre que ce sont elles, bien plus que l'encadrement des loyers, qui expliquent le faible taux d'effort des locataires français.
D'où l'orientation que cette synthèse assume, et qui est un jugement, pas un chiffre : mieux vaut conserver le niveau de dépense et augmenter le travail que réduire les prestations. Deux raisons. La première est dans le tableau précédent : le système français n'est pas plus généreux que l'allemand, il n'y a pas de gras évident à retirer. La seconde est devant nous : la dépense de santé va augmenter, parce que la population vieillit et que soigner une population âgée coûte plus cher. Le modèle social français ne coûtera pas moins à l'avenir : il coûtera davantage. Y être attaché, c'est accepter de le financer.
8 — Et ce système redistribue déjà beaucoup
Avant de demander au système de redistribuer davantage, il faut mesurer ce qu'il redistribue déjà. Le tableau ci-dessous donne le niveau de vie annuel moyen, en euros, avant puis après impôts et prestations. Le résultat est spectaculaire.
Niveau de vie avant et après redistribution, 2024
Niveau de vie annuel moyen, en euros, avant puis après impôts et prestations.
Insee, France, portrait social 2025, fiche 20 ; Insee Analyses n° 88.
Cela ne veut pas dire que rien ne bouge. L'indice de Gini, la mesure standard des inégalités de revenu, atteint 0,302 en 2024, son niveau le plus élevé depuis 1996 — il valait 0,274 il y a trente ans. Mais ce qui se dégrade se dégrade surtout avant redistribution : l'appareil social absorbe une part croissante d'un choc croissant.
La contrepartie de cette redistribution, c'est qui paie. Là aussi, le chiffre est net.
Masse prélevée par décile de niveau de vie, 2023
En milliards d'euros. Tous prélèvements confondus, cotisations et impôts indirects inclus.
Calcul par nos soins à partir de l'Insee, La redistribution monétaire (France, portrait social 2025) et Insee Analyses n° 88 (La redistribution élargie), données 2023. Périmètre : ensemble des prélèvements — cotisations sociales, impôts directs, impôts sur la production et la consommation — rapportés au revenu primaire élargi de chaque décile. Les masses en milliards sont obtenues en appliquant les taux publiés aux revenus primaires élargis par décile.
Le troisième bloc du graphique — « impôts sur la production et la consommation » — regroupe la TVA, les accises sur les carburants, le tabac et l'alcool, et les impôts que les entreprises paient et répercutent dans leurs prix. Ce sont les prélèvements qu'on ne voit pas passer, et ce sont eux qui pèsent le plus en bas de la distribution.
9 — Contrairement aux idées reçues, l'administration ne coûte pas plus cher
C'est la réponse la plus courante au diagnostic qui précède : « il y a trop de fonctionnaires, l'État français est obèse ». Quatre mesures, quatre démentis.
Coût de l’administration générale, par habitant, 2023
Fonction « services généraux des administrations publiques » hors charge de la dette, euros par habitant, 2023.
Eurostat, gov_10a_exp, fonction COFOG 01 « services généraux des administrations publiques » hors charge de la dette, données 2023.
| Moyens des services publics, 2021-2024 | France | Allemagne | Repère |
|---|---|---|---|
| Infirmiers pour 1 000 habitants | 9,42 | 12,25 | 13,38 aux États-Unis |
| Juges pour 100 000 habitants | 11,3 | 24,7 | — |
| Enseignants pour 100 élèves, primaire | 5,6 | 6,6 | 7,1 en moyenne OCDE |
Sur les quatre mesures, la France est en dessous. Le « problème de l'administration » n'existe pas dans les chiffres — et le problème est même inverse : il y a moins d'infirmiers, moins de juges, moins d'enseignants par élève que chez les voisins. On ne dépense pas trop pour faire tourner l'État : on a moins de monde pour rendre les services. Ce qui coûte cher en France, ce sont les transferts — les retraites et la santé, pas les bureaux.
10 — Ce qui en découle, et ce qui vient
On finance la différence à crédit, et ce n'est pas la faute des crises. L'État dépense 57,4 % de la richesse produite et n'en encaisse que 52,3 %. L'écart s'emprunte, chaque année depuis 1975. La dette non financière française atteint 112 120 € par habitant, dont 46 333 € de dette publique. Et le déficit d'aujourd'hui n'a presque rien de conjoncturel : 4,9 points sur 5,1 sont structurels. Aucun retour de la croissance ne les effacera.
Tout ce qui nous aidait est en train de se retourner. Pendant quarante ans, trois choses ont joué en notre faveur : peu de dépenses militaires, des taux d'intérêt très bas, une population jeune. Les trois s'inversent ensemble. La charge de la dette passe de 58,9 Md€ en 2024 à environ 67 Md€ prévus en 2026 ; la défense remonte après un demi-siècle de baisse ; les dépenses de santé et de retraite augmentent avec l'âge de la population.
Le vrai risque est que l'ajustement soit subi plutôt que choisi. Tant qu'on ne décide rien, la contrainte s'applique quand même — mais sur les postes qu'on peut couper vite : la défense, la culture, l'éducation, la justice, la santé. Ce sont exactement ceux où la France est déjà en dessous de ses voisins, comme le montre le constat 9. Un ajustement progressif et décidé coûte toujours moins cher qu'un ajustement brutal imposé par les circonstances. Être attaché au modèle social suppose de le financer maintenant, pas de le défendre en refusant d'en parler.
Et l'effort n'est pas de l'ordre d'une taxe. Revenir de 5,1 % à 3 % de déficit demande environ 63 Md€ par an, soit 3,6 % de toute la dépense publique. Les chiffrages de la taxe Zucman s'échelonnent de 2 à 25 Md€ selon les hypothèses : au mieux un tiers du chemin. C'est un débat de justice fiscale, légitime comme tel — pas un moyen d'équilibrer le budget, et le présenter ainsi, dans un camp comme dans l'autre, est une erreur.
Le reste du dossier, en un coup d'œil
Cette chaîne s'appuie surtout sur cinq chapitres : « Dépenses publiques », « Dette et déficit », « Retraites et durée du travail », « Niveau de vie » et « Efficacité de l'État ». Les treize autres thèmes n'y entrent pas, et ils comptent. Voici, pour chacun, le chiffre qui le résume et ce qu'il faut en retenir.
| Thème du dossier, 2023-2025 | Le chiffre qui le résume | Ce qu'il faut en retenir |
|---|---|---|
| 04. Emploi, chômage et coût du travail | 47,2 % de coin fiscalo-social, dont 26,7 points côté employeur | La France a le prélèvement employeur le plus élevé de l'OCDE, mais un salaire net moins taxé que l'allemand : l'essentiel est prélevé avant la fiche de paie, là où on ne le voit pas. Le taux de cotisations patronales est en cloche — 3,5 % au SMIC, 42 % à 3,5 SMIC, 23 % très au-dessus — et nul sur les dividendes. |
| 05. Industrie et désindustrialisation | 4,4 % du PIB d'impôts de production contre 1,0 % en Allemagne | Sur une usine modèle, la France bat l'Allemagne — et ce qui les départage n'est ni l'impôt ni le travail, c'est l'énergie : 85 €/MWh contre 159. Face à la Chine, l'écart est uniquement salarial, et aucun aménagement fiscal ne le comble. Le vrai handicap documenté est l'instabilité : quatre calendriers de suppression de la CVAE en cinq lois de finances. |
| 06. Commerce extérieur | −58 Md€ sur les biens, +48,9 Md€ sur les services | Une fois les services comptés, la relation avec les États-Unis change de signe : d'un déficit à un excédent d'environ +12 Md€. Seul le déficit chinois résiste (−41 Md€). La position extérieure négative vient entièrement du financement de la dette publique par l'étranger : le privé français, lui, est créditeur net de +568 Md€. |
| 07. Immigration et intégration | 6,0 M d'étrangers · 8,8 % de la population · 18 % des mis en cause pour homicide | La surreprésentation est un fait mesuré, et son ordre de grandeur (×2 pour les homicides) est exact. Mais le rapport augmente quand la gravité baisse — ×2 pour l'homicide, ×9 pour le vol sans violence — et le numérateur et le dénominateur ne portent pas sur la même population. Aucune étude française n'isole l'effet propre, à âge, sexe et milieu social identiques. |
| 08. Écologie et climat | −34 % d'émissions sur le territoire, mais −28 % seulement pour l'empreinte | Le carbone importé passe de 23 % à 51 % des émissions du territoire entre 1990 et 2023. De 1990 à 2005, l'empreinte réelle ne baisse pas du tout : la baisse affichée est un déplacement de la production à l'étranger. L'indicateur officiel surestime le progrès d'environ moitié. |
| 09. Énergie | 40 g de CO₂ par kWh contre 336 en Allemagne et 384 aux États-Unis | C'est l'avantage français le plus incontestable du dossier. Mais l'économie française consomme plus d'énergie par euro produit que l'Allemagne, l'Italie ou le Royaume-Uni : le faible niveau d'émissions vient de l'électricité nucléaire, pas d'une moindre consommation. |
| 10. Europe | 23,3 Md€ versés en 2025 · solde net −9,3 Md€ | Deuxième contributeur net derrière l'Allemagne, deuxième bénéficiaire en volume derrière la Pologne — dont 58 % au titre de l'agriculture. La contribution baisse de 2021 à 2024, puis remonte fortement avec le remboursement du plan de relance européen. |
| 11. Santé | 11,3 % du PIB · le reste à charge le plus faible des quatre pays comparés | Un système très protecteur financièrement, et moins cher que l'américain. Mais la densité de médecins recule depuis 2010 — seul pays des quatre — et 30 % de la population vit dans un désert médical. Les besoins de soins non satisfaits ont triplé depuis 2019. |
| 12. Sécurité, justice et prisons | 976 homicides · 11,3 juges pour 100 000 habitants contre 24,7 en Allemagne | Le taux d'homicide français est 1,5 à 2 fois l'allemand. Les atteintes aux biens baissent réellement — deux mesures indépendantes le confirment. En revanche, la hausse enregistrée des violences sexuelles est surtout un effet de plainte : le taux de plainte a doublé, et n'atteint encore que 3 %. |
| 13. Logement | Taux d'effort médian 18,5 % · prix rapportés au revenu 6 % sous leur niveau de 2015 | Contre-intuitif : la dégradation est ancienne, pas récente. Le rapport prix/revenu bondit de 54 % entre 2000 et 2010, puis reflue sans interruption. Et le faible taux d'effort des locataires ne vient pas de l'encadrement des loyers — inappliqué dans 28 à 33 % des cas — mais des APL et du parc social. |
| 14. Éducation et mobilité sociale | 8 151 € par élève contre 10 363 en Allemagne · 17,9 élèves par enseignant | Plus en part de richesse pour une raison démographique, moins par élève, moins d'enseignants, des classes plus chargées, et un déséquilibre primaire/lycée qu'aucun pays comparable ne connaît. Une fois les retraites des enseignants retraitées, la dépense française passe sous la moyenne européenne. |
| 15. Niveau de vie, patrimoine et inégalités | Indice de Gini 0,302 en 2024, le plus haut depuis 1996 | Si l'on se limite aux 18-65 ans — ce qui neutralise l'effet des retraites —, la France n'est plus le pays le plus inégalitaire avant redistribution mais le 3ᵉ, tout en gardant la redistribution la plus forte des huit pays comparés. Le patrimoine médian français dépasse l'allemand de 44 %, effet du taux de propriétaires. |
| 17. Démographie et avenir | 1,62 enfant par femme · 22,1 % de 65 ans et plus | La France fait moins d'enfants que les États-Unis et le Royaume-Uni. Son déficit de population en âge de travailler vient du haut de la pyramide, pas du bas. La part des 15-64 ans recule de 65,3 % en 1995 à 61,3 % en 2024 — et le mouvement n'est pas terminé. |
OCDE, Perspectives économiques n° 119 (juin 2026), séries GDPVD_CAP, TAXQ, GDP et POP, y compris l'agrégat OCDE ; OCDE, base Productivité, séries GDPHRS et HRSPOP ; OCDE, Social Expenditure Database, agrégats publics et privés par habitant en parité de pouvoir d'achat ; OCDE, base Emploi, taux d'emploi par tranche d'âge. Extraction par API SDMX le 13 septembre 2026. Insee, comptes nationaux, pour la dépense publique par nature depuis 1975 ; Insee, La redistribution monétaire (France, portrait social 2025) et Insee Analyses n° 88, données 2023, pour la masse prélevée par décile ; Insee, Insee Analyses n° 118 et 119, pour la redistribution avant et après ; Eurostat, ilc_di12, pour l'indice de Gini ; DREES, comptes de la protection sociale, édition 2025, données 2024, pour les prestations par risque ; IPP, « Quels impôts les milliardaires paient-ils ? », 2023, pour le sommet de la distribution. Les constats 4, 5, 9 et 10 et le tableau des thèmes reprennent les chapitres correspondants de ce dossier, où ils portent leurs propres sources.
Les millésimes ne sont pas les mêmes d'un constat à l'autre : 2025 pour les comptes publics, 2024 pour le travail, la productivité, les prestations et la redistribution, 2023 pour la masse prélevée par décile, 2021 pour la dépense sociale comparée — dernier millésime homogène des cinq pays. Les écarts qu'on lit ici sont des écarts de niveau, robustes sur quelques années ; ils ne sont pas des mesures de l'année en cours.
Deux bases de richesse par habitant coexistent. Les Perspectives économiques retiennent les parités de pouvoir d'achat de 2021, la base Productivité celles de 2020 ; les niveaux diffèrent de quelques points, les décompositions et les évolutions non.
La comparaison des dépenses sociales est celle des montants, pas celle des droits. Deux pays peuvent verser la même somme par habitant en la répartissant très différemment — plus de retraités moins bien servis d'un côté, l'inverse de l'autre. Le tableau dit ce qui est dépensé, pas ce qui est promis.
Dépenses publiques, impôts et redistribution
La France est 2ᵉ d'Europe pour la dépense en % du PIB, mais 8ᵉ par habitant. Et une fois les intérêts de la dette retirés, son administration générale est exactement dans la moyenne européenne.
Sur 100 € dépensés par les administrations publiques, où va l'argent — et comment se compare-t-on ?
C'est la principale source de confusion du débat budgétaire, et elle explique pourquoi « protection sociale : 41 € » et « France : 23,7 % » désignent la même dépense sans se contredire.
- Sur 100 € dépensés — part de chaque fonction dans la dépense publique. Répond à : où va l'argent public ?
- En % du PIB — poids de la fonction dans la richesse produite. Répond à : quel effort la collectivité y consacre ?
- En euros par habitant — volume effectivement dépensé par tête. Répond à : combien reçoit-on ? C'est le seul des trois qui compare des quantités et non des ratios, et c'est donc celui qui est mis en avant ci-dessous.
Exemple : protection sociale = 693 Md€ = 41 € sur 100 dépensés = 23,7 % du PIB = 10 077 € par habitant. Trois chiffres exacts, trois questions distinctes.
En 2024, les administrations publiques ont dépensé 1 672 Md€, soit 57,0 % du PIB et 24 308 € par habitant. La charge d'intérêts est isolée sur sa propre ligne, parce qu'elle n'achète aucun service.
| Fonction (COFOG), 2024 | France Md€ | Sur 100 € | France €/hab | Allem. | Italie | Espagne | P.-Bas | UE-27 | FR, % PIB |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Protection sociale | 693,0 | 41 € | 10 077 | 10 575 | 7 940 | 6 088 | 10 339 | 7 865 | 23,7 |
| Santé | 261,2 | 16 € | 3 797 | 3 942 | 2 478 | 2 106 | 4 529 | 2 957 | 8,9 |
| Affaires économiques | 166,1 | 10 € | 2 415 | 2 808 | 1 906 | 1 655 | 2 750 | 2 119 | 5,7 |
| Enseignement | 148,6 | 9 € | 2 161 | 2 330 | 1 513 | 1 348 | 3 176 | 1 910 | 5,1 |
| Charge de la dette (COFOG 01.7) | 58,9 | 4 € | 856 | 590 | 1 489 | 811 | 445 | 773 | 2,0 |
| Administration générale (01.1, hors dette) | 42,8 | 3 € | 623 | 1 070 | 735 | 439 | 1 268 | 759 | 1,5 |
| Autres services généraux (01.3, 01.4…) | 79,4 | 5 € | 1 154 | 1 667 | 666 | 644 | 854 | 902 | 2,7 |
| Défense | 54,2 | 3 € | 788 | 701 | 480 | 291 | 1 016 | 592 | 1,9 |
| Ordre et sécurité | 52,1 | 3 € | 758 | 846 | 663 | 586 | 1 200 | 697 | 1,8 |
| Loisirs, culture | 43,1 | 3 € | 626 | 551 | 318 | 393 | 746 | 473 | 1,5 |
| Logement | 42,1 | 3 € | 613 | 245 | 288 | 156 | 384 | 296 | 1,4 |
| Environnement | 30,3 | 2 € | 440 | 294 | 336 | 318 | 997 | 330 | 1,0 |
| Total | 1 671,8 | 100 € | 24 308 | 25 620 | 18 813 | 14 834 | 27 705 | 19 674 | 57,3 |
Dépense publique par fonction, France et moyenne européenne
En euros par habitant, 2024. Trois barres par fonction, dans l'ordre : moyenne européenne, Allemagne, France.
Eurostat, gov_10a_exp (COFOG, dépenses des administrations publiques par fonction) et demo_gind (population), données 2024, euros courants par habitant. Rapport calculé par nos soins. Les euros courants ne corrigent pas les écarts de niveau de prix : la correction en pouvoir d'achat réduit sensiblement les écarts, comme indiqué dans les limites de la fiche.
Où se loge réellement l'écart avec l'Europe. Sur les 4 634 € par habitant que la France dépense de plus que la moyenne UE-27, 2 212 € viennent de la protection sociale et 840 € de la santé — soit les deux tiers à eux seuls. Le logement (+317 €) et la défense (+196 €) suivent loin derrière. À l'inverse, l'administration générale française est la moins chère du panel après l'Espagne : 623 € par habitant contre 1 070 en Allemagne, 1 268 aux Pays-Bas et 759 en moyenne européenne — soit 18 % en dessous de la moyenne UE.
Ce qui gonfle les « services généraux » français n'est donc pas la bureaucratie. C'est d'abord la charge de la dette (856 € par habitant, contre 590 en Allemagne), et ensuite un poste conventionnel : l'Insee classe en « services généraux » les concours financiers dont la finalité n'est pas identifiable, dont la dotation globale de fonctionnement versée aux collectivités.
Eurostat gov_10a_exp, sector S13, na_item TE, 2024 (provisoire) ; population moyenne Eurostat demo_gind. Les euros par habitant sont un calcul dérivé (montant ÷ population), pas une série publiée.
Le paradoxe le plus déroutant du tableau : l'Allemagne dépense-t-elle plus que la France pour sa protection sociale ?
Oui — et de 190 Md€. C'est le résultat le plus contre-intuitif de ce document, il a été vérifié ligne à ligne sur la source primaire, et il mérite qu'on s'y arrête parce qu'il renverse une idée reçue solide.
| Protection sociale (COFOG 10), 2024 | France | Allemagne | Écart |
|---|---|---|---|
| Montant | 693,0 Md€ | 883,2 Md€ | +27,4 % pour l'Allemagne |
| Par habitant | 10 077 € | 10 575 € | +4,9 % pour l'Allemagne |
| En % du PIB | 23,6 % | 20,4 % | +3,2 points pour la France |
| Population moyenne | 68,78 M | 83,52 M | +21,4 % |
| PIB | 2 935 Md€ | 4 329 Md€ | +47,5 % |
| PIB par habitant | 42 678 € | 51 834 € | +21,5 % |
Les trois lignes ne se contredisent pas, elles répondent à trois questions différentes — c'est exactement la démonstration de l'encadré sur les dénominateurs, appliquée au cas le plus spectaculaire.
- « Qui dépense le plus ? » → l'Allemagne, de 190 Md€. Mais elle a 21 % d'habitants de plus : le chiffre brut ne dit presque rien.
- « Qui dépense le plus par personne ? » → encore l'Allemagne, de 5 %. C'est la mesure du volume de protection reçu, et elle est très proche entre les deux pays.
- « Qui y consacre le plus grand effort ? » → la France, de 3,2 points. C'est la mesure de la charge sur l'économie. Et l'écart vient presque entièrement du dénominateur : le PIB par habitant allemand dépasse le français de 21,5 %.
dépense ÷ PIB = (dépense par habitant) ÷ (PIB par habitant)
France : 10 077 ÷ 42 678 = 23,6 %. Allemagne : 10 575 ÷ 51 834 = 20,4 %.
Si la France avait le PIB par habitant allemand, sa protection sociale actuelle pèserait 19,4 % de son PIB — soit un point de moins que l'Allemagne, sans qu'aucune prestation ait été touchée. L'écart de « générosité » apparent entre les deux pays est, pour l'essentiel, un écart de richesse produite.
Mais la composition, elle, diffère profondément
Le total quasi identique par habitant masque des systèmes très différents. Voici où va l'argent, poste par poste.
| Sous-fonction, € par habitant, 2024 | France | Allemagne | Écart |
|---|---|---|---|
| 10.2 Vieillesse | 5 699 | 5 115 | −584 — la France dépense plus |
| 10.7 Exclusion sociale non classée ailleurs | 530 | 321 | −209 |
| 10.4 Famille et enfants | 970 | 1 003 | +33 |
| 10.5 Chômage | 705 | 859 | +153 |
| 10.6 Logement, R&D et autres | 362 | 585 | +223 |
| 10.3 Survie (pensions de réversion) | 590 | 968 | +378 |
| 10.1 Maladie et invalidité | 1 220 | 1 723 | +503 — l'Allemagne dépense plus |
| Total protection sociale | 10 077 | 10 575 | +498 |
Trois enseignements, tous vérifiables sur ce seul tableau.
- Sur les retraites, la France est bien plus généreuse — 5 699 € par habitant contre 5 115 €, soit +11,4 %. C'est le seul poste majeur où elle devance nettement l'Allemagne, et c'est cohérent avec tout ce que dit le thème 03. L'idée que le système de retraite français est comparativement coûteux est exacte.
- Le poste « maladie et invalidité » allemand est un artefact de classement, et c'est l'exact miroir de l'écart de santé examiné plus haut. L'Allemagne y loge sa Pflegeversicherung — l'assurance dépendance — que la France répartit différemment entre santé et protection sociale. Les 503 € d'écart ne mesurent pas un système allemand plus protecteur : ils mesurent une frontière comptable. C'est le même artefact vu de l'autre côté.
- Les pensions de réversion allemandes sont nettement plus lourdes — 968 € contre 590 €, soit +64 %. Cela contredit une affirmation courante en France, et c'est confirmé par la mesure en points de PIB : 1,87 % en Allemagne contre 1,38 % en France, la moyenne européenne étant à 1,46 %.
Et si l'on additionne santé et protection sociale ?
| € par habitant, 2024 | France | Allemagne |
|---|---|---|
| Santé (COFOG 07) | 3 798 | 3 942 |
| Protection sociale (COFOG 10) | 10 077 | 10 575 |
| Total social au sens large | 13 875 | 14 517 — +4,6 % |
Voilà le constat qui résiste à toutes les frontières comptables : une fois santé et protection sociale additionnées — ce qui neutralise entièrement le problème de classement de la dépendance —, l'Allemagne dépense 4,6 % de plus par habitant que la France. Les deux pays ont, en volume de protection par personne, des systèmes d'ampleur comparable, l'Allemagne étant légèrement au-dessus.
Ce que cela change dans le débat français. L'énoncé « la France a le système social le plus généreux d'Europe » est exact en part du PIB et faux par habitant face à l'Allemagne, aux Pays-Bas, au Danemark, à l'Autriche et au Luxembourg. Ce qui distingue réellement la France de l'Allemagne n'est pas le niveau de protection servi, c'est la capacité de l'économie à le financer — et, à l'intérieur de l'enveloppe, un arbitrage plus favorable aux retraites et moins favorable au reste.
Eurostat gov_10a_exp (S13, TE, MIO_EUR, sous-fonctions COFOG 10.1 à 10.9) et demo_gind (population moyenne), extraction directe pays par pays, 2024. Les euros par habitant sont un calcul dérivé.
Ces 1 672 Md€ incluent-ils la fonction publique territoriale ?
Oui, intégralement. Le périmètre S13 « administrations publiques » de la comptabilité nationale agrège quatre sous-secteurs — et la question revient assez souvent pour mériter le détail.
| Sous-secteur | Dépense 2024, Md€ | % du S13 consolidé | % du PIB |
|---|---|---|---|
| S1311 — État et organismes divers d'administration centrale | 671,3 | 40,1 % | 22,9 |
| S1313 — administrations publiques locales (communes, départements, régions, intercommunalités) | 330,5 | 19,8 % | 11,3 |
| S1314 — administrations de sécurité sociale (dont hôpitaux publics) | 777,3 | 46,5 % | 26,5 |
| S1312 — administrations d'États fédérés | — | — | sans objet en France |
| Somme brute des trois | 1 779,0 | 106,4 % | 60,6 |
| Transferts entre administrations, éliminés | −106,3 | −6,4 % | −3,6 |
| S13 consolidé | 1 672,7 | 100 % | 57,0 |
La fonction publique territoriale relève de S1313 : ses 330 Md€ de dépenses, soit un cinquième du total, sont bien dans le tableau précédent, ventilés fonction par fonction. Un agent territorial payé pour l'entretien d'une école apparaît en « enseignement », un agent de police municipale en « ordre et sécurité ».
Conséquence à retenir : additionner « budget de l'État » + « budget des collectivités » + « budget de la Sécurité sociale » surestime la dépense publique de 106 Md€, parce que les dotations de l'État aux collectivités et les subventions d'équilibre aux régimes sociaux seraient comptées deux fois. Tout chiffre COFOG publié en S13 est déjà consolidé.
Eurostat gov_10a_main par sous-secteur, 2024 ; Insee, Administrations publiques en 2024.
Santé, éducation : deux écarts qui ne mesurent pas ce qu'on croit
Deux chiffres du tableau précédent doivent être maniés avec précaution, parce qu'ils sont largement des artefacts de classification.
La santé : 8,9 % en France contre 7,6 % en Allemagne — un écart qui s'inverse
Cet écart de 1,3 point ne mesure pas une dépense de santé plus élevée en France. Il mesure une frontière comptable : où chaque pays classe la dépendance et les soins de longue durée.
| Mesure de la dépense de santé, % du PIB | France | Allemagne | Italie | Espagne | RU | États-Unis |
|---|---|---|---|---|---|---|
| COFOG 07 « santé » (dépense publique) | 8,9 | 7,6 | 6,6 | 6,5 | — | — |
| Comptes de la santé SHA, dépense publique et obligatoire | 9,4 | 10,0 | 6,1 | 6,8 | 9,0 | 9,0 |
| Comptes de la santé SHA, dépense totale | 11,3 | 11,7 | 8,4 | 9,2 | 11,0 | 16,7 |
| dont soins de longue durée, volet santé | 1,8 | 2,5 | — | — | — | — |
| dont soins de longue durée, volet social | 0,7 | non déclaré | — | — | — | — |
Le renversement est net. Sur la mesure internationale homogène (comptes SHA), l'Allemagne dépense plus que la France pour sa santé, en total (11,7 % contre 11,3) comme en public (10,0 % contre 9,4). L'Allemagne enregistre l'essentiel de sa Pflegeversicherung — l'assurance dépendance — dans la santé au sens SHA, mais la reclasse en protection sociale dans la COFOG ; la France fait l'inverse pour une partie de sa dépense de dépendance. D'où un écart COFOG de 2,4 points entre les deux mesures allemandes, contre 0,5 point pour la France.
Ce que l'écart COFOG ne dit pas : il ne dit pas que la France soigne plus cher. Il dit que les deux pays rangent la dépendance dans des cases différentes.
L'éducation : 5,1 % du PIB — dont environ un dixième de retraites
Oui, les dépenses d'éducation françaises incluent les pensions des enseignants retraités, et c'est vrai dans les trois mesures : la COFOG, la dépense intérieure d'éducation de la DEPP, et la collecte internationale UOE utilisée par l'OCDE pour la « dépense par élève ».
Le mécanisme : l'État verse au compte d'affectation spéciale « Pensions » une contribution employeur assise sur les traitements, enregistrée en comptabilité nationale comme cotisation sociale imputée et ventilée sur la fonction de l'employeur — donc en « enseignement ». Ce taux de contribution est passé de 49,9 % des traitements bruts en 2006 à 74,3 % depuis 2014, 78,3 % en 2025 et 82,3 % en 2026.
Sur la mission « Enseignement scolaire », le CAS Pensions représente 21,8 Md€ en 2023, soit 28,8 % des dépenses de personnel — le budget du ministère passe de 55,1 Md€ hors pensions à 76 Md€ avec. Mais la question pertinente n'est pas la masse brute : c'est de savoir de combien ce taux excède un taux de cotisation d'équilibre.
L'Institut des politiques publiques calcule ce taux d'équilibre à 34,7 % contre 74,3 % appliqué, l'écart correspondant à la compensation du déséquilibre démographique propre à la fonction publique d'État. Le retraitement donne : −12,8 Md€ sur la dépense d'éducation 2023, soit −9 %, et une dépense qui passe de 5,0 % à 4,6 % du PIB — c'est-à-dire au-dessous de la moyenne européenne de 4,7 %. La dépense par élève du primaire passe de 8 450 € à 7 726 €.
La réponse chiffrée à la question « 5 %, 10 % ou 40 % ? » est donc : environ 10 % — 9,4 % sur le primaire, 9,5 % sur le secondaire, 6,5 % sur le supérieur, 13 % sur l'agrégat « enseignement scolaire ».
Eurostat hlth_sha11_hf et hlth_sha11_hc, 2023 ; DREES, comptes de la santé 2024 ; Cour des comptes, note d'exécution budgétaire 2023 ; IPP, Retraites des fonctionnaires d'État : faut-il changer la convention comptable ?, 2025 ; CAE, Focus n° 121, septembre 2025 ; Eurostat, Comparison of key concepts between the UOE framework and the National Account framework, 2023.
Que recouvre exactement la fonction « affaires économiques » ?
Ventilation française 2024, en neuf sous-fonctions :
| Sous-fonction | Md€ | France | Allem. | Italie | UE-27 |
|---|---|---|---|---|---|
| 04.5 Transports | 60,7 | 2,1 | 2,7 | 2,4 | 2,5 |
| 04.1 Tutelle de l'économie et de l'emploi | 45,3 | 1,5 | 0,8 | 0,8 | 1,0 |
| 04.8 R&D affaires économiques | 21,4 | 0,7 | 0,3 | 0,3 | 0,4 |
| 04.3 Combustibles et énergie | 15,5 | 0,5 | 0,7 | 0,6 | 0,6 |
| 04.7 Autres branches | 11,2 | 0,4 | 0,2 | 0,1 | 0,2 |
| 04.2 Agriculture, pêche | 6,2 | 0,2 | 0,2 | 0,3 | 0,3 |
| 04.9 Non classées ailleurs | 2,6 | 0,1 | 0,2 | 0,1 | 0,1 |
| 04.4 Industries, construction | 1,6 | 0,1 | 0,2 | 0,5 | 0,2 |
| 04.6 Communications | 1,6 | 0,1 | 0,0 | 0,1 | 0,1 |
| Total | 166,1 | 5,7 | 5,4 | 5,1 | 5,3 |
Résultat contre-intuitif : ce ne sont pas les transports qui expliquent la surdépense française — la France (2,1 % du PIB) est en dessous de l'Allemagne (2,7), de l'Italie (2,4) et de la moyenne UE (2,5). L'écart vient de deux postes : la tutelle de l'économie et de l'emploi (1,5 % contre 1,0 dans l'UE, soit environ 15 Md€ de plus), où se logent les aides aux entreprises et à l'apprentissage, et la R&D (0,7 % contre 0,3 en Allemagne), où se loge le soutien à la recherche privée.
Eurostat gov_10a_exp, sous-fonctions COFOG, 2024.
Que se passe-t-il si on isole la charge de la dette ?
La fonction « services généraux » contient une sous-fonction 01.7 : les intérêts de la dette. La retirer change complètement le classement.
| 2024, % du PIB | Services généraux (brut) | dont intérêts | Administration au sens strict |
|---|---|---|---|
| Italie | 7,7 | 4,0 | 3,7 |
| Allemagne | 6,4 | 1,1 | 5,3 |
| France | 6,2 | 2,0 | 4,2 |
| UE-27 | 6,1 | 1,9 | 4,2 |
| Espagne | 5,8 | 2,5 | 3,3 |
| Pays-Bas | 4,1 | 0,7 | 3,4 |
C'est un renversement complet. En brut, l'Italie (7,7 %) et l'Allemagne (6,4 %) dépensent plus que la France en services généraux. Hors intérêts :
- L'Italie tombe à 3,7 %, la plus légère des six — sa lourdeur apparente était intégralement due à 87,8 Md€ d'intérêts.
- L'Allemagne reste à 5,3 %, soit 1,1 point au-dessus de la France. L'administration générale allemande coûte plus cher que la française.
- La France se retrouve exactement à la moyenne UE-27 (4,2 %).
Autrement dit : sur cette fonction, la France n'a pas de surdépense administrative. Elle a une charge d'intérêts double de celle de l'Allemagne. C'est un problème de dette, pas de bureaucratie.
Eurostat gov_10a_exp, sous-fonction COFOG 01.7, 2024. France : 181,1 Md€ dont 58,9 Md€ d'intérêts.
Quels pays dépensent le plus — en % du PIB, puis par habitant ?
C'est la comparaison la plus utile de ce document, parce que les deux classements ne disent pas la même chose.
| 2025 | Dépense / PIB | Rang | Dépense / hab. (SPA) | Rang | PIB / hab. (SPA) |
|---|---|---|---|---|---|
| Luxembourg | 49,1 % | 11 | 48 914 | 1 | 99 621 |
| Autriche | 55,2 % | 3 | 27 060 | 2 | 49 022 |
| Danemark | 48,1 % | 13 | 25 945 | 3 | 53 941 |
| Belgique | 54,2 % | 4 | 25 841 | 4 | 47 676 |
| Pays-Bas | 44,9 % | 19 | 24 763 | 5 | 55 152 |
| Finlande | 57,7 % | 1 | 24 275 | 6 | 42 070 |
| Allemagne | 50,5 % | 7 | 24 230 | 7 | 47 979 |
| France | 57,2 % | 2 | 23 290 | 8 | 40 716 |
| Suède | 49,9 % | 9 | 23 158 | 9 | 46 408 |
| Italie | 51,2 % | 5 | 20 454 | 10 | 39 949 |
| Espagne | 45,3 % | 18 | 17 275 | 13 | 38 136 |
| Pologne | 50,9 % | 6 | 17 213 | 14 | 33 817 |
| UE-27 | 49,5 % | — | 20 575 | — | 41 566 |
Dépense par habitant = (dépense / PIB) × (PIB / habitant). Le ratio en % du PIB mesure l'effort relatif : quelle part de la richesse produite transite par la sphère publique. La dépense par habitant mesure le volume de services et de transferts effectivement reçu.
Le PIB par habitant français est tombé à 98 % de la moyenne UE-27 et 85 % du niveau allemand. Un ratio très élevé appliqué à une assiette moyenne donne un volume par tête seulement moyen-supérieur : la France dépense 13 % de plus par habitant que la moyenne européenne, un écart réel mais sans commune mesure avec les +7,7 points de PIB.
Les cas symétriques sont éclairants. Les Pays-Bas sont 19ᵉ en % du PIB mais 5ᵉ par habitant : ils financent plus de services par tête que la France en prélevant beaucoup moins sur leur économie. Le Danemark : 13ᵉ en ratio, 3ᵉ par habitant. À l'inverse la Pologne passe de la 6ᵉ à la 14ᵉ place.
Lecture politique. Un ratio élevé sur un PIB faible signale un problème de dénominateur autant que de numérateur. La France dépense beaucoup en proportion parce qu'elle produit peu par tête, pas seulement parce qu'elle dépense beaucoup en volume. Ce sont deux leviers distincts, souvent confondus.
Eurostat gov_10a_main et nama_10_pc, 2025. Dépense par habitant en standards de pouvoir d'achat, calculée en croisant les deux séries. L'Irlande est exclue du commentaire : son PIB est gonflé par les multinationales, tout ratio y est ininterprétable.
Le dénominateur : où en est le PIB par habitant français ?
Puisque presque tous les ratios de ce document ont le PIB au dénominateur, il faut regarder ce dénominateur en face.
PIB par habitant, 1975-2022
En dollars internationaux constants de 2011, à parité de pouvoir d'achat.
Maddison Project Database, via Our World in Data, PIB par habitant en dollars internationaux constants de 2011 à parité de pouvoir d'achat, 1975-2022.
PIB par habitant en pouvoir d'achat, indice UE-27 = 100
2005-2024. Au-dessus de 100 : plus riche que la moyenne européenne.
Eurostat, PIB par habitant en standards de pouvoir d'achat, indice UE-27 = 100, 2005-2024.
| Croissance cumulée du PIB par habitant, 2007-2024 | % |
|---|---|
| Irlande | +80,9 |
| Pologne | +79,9 |
| États-Unis | +23,5 |
| Allemagne | +13,7 |
| Portugal | +13,5 |
| Pays-Bas | +12,6 |
| Suède | +10,6 |
| France | +9,0 |
| Espagne | +7,0 |
| Royaume-Uni | +6,7 |
| Italie | +1,0 |
| Grèce | −11,4 |
Dix-sept ans, +9 %. Soit environ 0,5 % par an. C'est la moitié du rythme allemand et un peu plus du tiers du rythme américain. Ce chiffre est le vrai fond du problème budgétaire français : un ratio dépense/PIB élevé peut venir d'un numérateur qui monte ou d'un dénominateur qui stagne, et depuis 2007 la France a eu les deux.
Maddison Project Database via Our World in Data (série 1975-2022) ; Eurostat prc_ppp_ind et nama_10_pc ; Banque mondiale NY.GDP.PCAP.PP.KD.
Pourquoi le PIB par habitant français décroche-t-il ? La décomposition
Puisque ce dénominateur explique une grande partie des écarts de ce document, il faut l'ouvrir. L'identité comptable est la suivante :
PIB par habitant = (PIB par heure travaillée) × (heures par personne en emploi) × (personnes en emploi ÷ population de 15 à 64 ans) × (population de 15 à 64 ans ÷ population totale)
Soit : la productivité, la durée du travail, le taux d'emploi et la démographie. Toute la question est de savoir lequel de ces quatre termes décroche.
| 2024 | PIB/heure (SPA) | Heures par personne en emploi | = PIB par personne en emploi | Taux d'emploi 15-64 | Part des 15-64 | PIB/hab (SPA) |
|---|---|---|---|---|---|---|
| France | 58,4 | 1 512 | 88 340 | 68,8 % | 61,6 % | 39 294 |
| Allemagne | 63,5 | 1 345 | 85 422 | 77,2 % | 63,7 % | 46 387 |
| Italie | 50,6 | 1 715 | 86 774 | 62,2 % | 63,5 % | 39 068 |
| Espagne | 49,2 | 1 644 | 80 859 | 66,1 % | 66,4 % | 36 413 |
| Pays-Bas | 64,0 | 1 453 | 92 996 | 82,3 % | 64,4 % | 53 449 |
| Suède | 55,3 | 1 579 | 87 313 | 76,7 % | 62,3 % | 44 772 |
| Pologne | 33,9 | 2 001 | 67 777 | 72,5 % | 64,4 % | 31 463 |
| UE-27 | 51,1 | 1 610 | 82 231 | 70,7 % | 63,8 % | 39 985 |
Le résultat le plus surprenant est dans la colonne centrale. Rapporté au nombre de personnes en activité, le PIB français est de 88 340 unités de pouvoir d'achat, soit +3,4 % au-dessus de l'Allemagne et +7,4 % au-dessus de la moyenne européenne — la France est deuxième du panel derrière les seuls Pays-Bas. Un actif français produit davantage qu'un actif allemand.
La raison est arithmétique : la France est 8 % moins productive à l'heure (58,4 contre 63,5) mais chaque personne en emploi travaille 167 heures de plus par an — plus de quatre semaines. Le second effet l'emporte sur le premier.
Le décrochage ne vient donc pas de ceux qui travaillent. Il vient du nombre de ceux qui travaillent : 68,8 % de taux d'emploi contre 77,2 % en Allemagne et 82,3 % aux Pays-Bas.
Les trois mesures, indice UE-27 = 100
France, 1995-2024. L'écart entre les courbes mesure ce que coûtent la durée du travail et le taux d'emploi.
Eurostat : nama_10_lp_ulc (PIB par heure travaillée), lfsi_emp_a (emploi) et comptes nationaux annuels, indices UE-27 = 100, France, 1995-2024. Les trois séries partagent le même dénominateur européen et sont donc directement comparables entre elles.
Trois phases, et une hypothèse courante qui se révèle fausse
On lit souvent que la productivité française aurait décroché après la crise de 2008. Les données disent le contraire. Rapport France/Allemagne du PIB par heure travaillée :
| France / Allemagne, PIB par heure | 1995 | 2000 | 2008 | 2015 | 2019 | 2022 | 2024 |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Rapport | 99,3 % | 103,8 % | 101,4 % | 100,0 % | 100,2 % | 91,1 % | 92,0 % |
La France est au niveau allemand sans interruption de 1995 à 2019 — onze ans après la crise financière. La rupture se produit entre 2019 et 2022 : −9 points en trois ans. Décomposition de l'écart de PIB par habitant avec l'Allemagne, par sous-période, en points de pourcentage :
| Contribution à l'écart France/Allemagne | PIB/hab | Productivité horaire | Heures par emploi | Taux d'emploi |
|---|---|---|---|---|
| 1995 → 2008 | +3,0 | +2,2 | +2,5 | +0,5 |
| 2008 → 2019 | −5,5 | −1,2 | +3,5 | −7,9 |
| 2019 → 2024 | −0,7 | −8,6 | +2,5 | +4,1 |
- 1995-2008 : aucun décrochage. La France gagne 3 points de PIB par habitant relatif sur l'Allemagne, sur les trois leviers à la fois.
- 2008-2019 : décrochage par l'emploi. Le taux d'emploi explique à lui seul −7,9 points, la productivité horaire n'en coûtant que 1,2. L'Allemagne gagne 12 points de taux d'emploi sur la période (64,7 → 76,7), la France 6 (59,6 → 65,6).
- 2019-2024 : inversion complète. Le taux d'emploi et les heures redeviennent favorables (+6,6 points cumulés — c'est l'effet de la réforme de l'apprentissage et du recul de l'âge de la retraite), mais la productivité horaire coûte −8,6 points.
Un quatrième terme dont on ne parle jamais : la démographie
La part des 15-64 ans dans la population est de 61,6 % en France contre 63,7 % en Allemagne, et elle recule plus vite : 65,3 % en 1995, 61,6 % en 2024. Ce terme coûte à la France 3,3 à 4,5 points de PIB par habitant face à l'Allemagne sur toute la période, sans aucune amélioration.
Et il faut le dire clairement : ce handicap comptable est la contrepartie d'un avantage réel. La France a plus d'enfants que l'Allemagne — c'est ce qui explique aussi qu'elle dépense plus en éducation en part du PIB. Un enfant est au dénominateur du PIB par habitant sans être au numérateur. C'est un handicap statistique aujourd'hui et un actif démographique dans trente ans.
Productivité horaire en volume, base 100 en 2000
La seule mesure qui neutralise les effets de prix et de change.
Eurostat, nama_10_lp_ulc, productivité horaire du travail en volume, indice base 100 en 2000, 1995-2024. Mesure en volume : neutralise les effets de prix et de change, contrairement aux comparaisons en niveau.
| Croissance annuelle moyenne de la productivité horaire, en volume | France | Allemagne | Italie | Espagne | UE-27 |
|---|---|---|---|---|---|
| 1975-1995 | +2,80 % | — | — | — | — |
| 1995-2008 | +1,40 % | +1,45 % | +0,42 % | +0,21 % | +1,58 % |
| 2008-2019 | +0,71 % | +0,80 % | +0,13 % | +1,14 % | +0,97 % |
| 2019-2024 | −0,47 % | +0,26 % | −0,20 % | +0,35 % | +0,36 % |
Le ralentissement est continu depuis cinquante ans — 2,8 % par an, puis 1,4 %, puis 0,7 % — et il n'est pas propre à la France : l'Allemagne suit la même pente. Ce qui est propre à la France, c'est le passage en territoire négatif après 2019.
Ce décrochage post-2019 est-il réel, ou un artefact de mesure ?
Quatre institutions l'ont décomposé, avec des méthodes différentes, et elles convergent : il est réel, mais son ampleur affichée a été surestimée, et environ un tiers à deux tiers s'explique par des effets de composition plutôt que par une moindre capacité à produire.
| Banque de France (2024) — perte de 8,5 % par rapport à la tendance, fin 2019 à mi-2023 | Contribution |
|---|---|
| Apprentissage et alternance | 1,2 pt |
| Composition de la main-d'œuvre (emploi peu qualifié) | 1,4 pt |
| Effets longs de la crise sanitaire | 0,4 pt |
| Rétention de main-d'œuvre par les entreprises | 1,7 pt |
| Chômage partiel, arrêts maladie, travail détaché | 0,2 pt |
| Résidu inexpliqué | 3,6 pts |
Le mécanisme de l'apprentissage mérite d'être explicité, parce qu'il est le plus contre-intuitif. Le nombre d'alternants a augmenté de 60 % entre 2019 et 2023. Un apprenti est comptabilisé comme une personne en emploi à part entière au dénominateur de la productivité, alors qu'il produit une fraction de ce que produit un salarié confirmé — il est en formation. Mécaniquement, une politique qui réussit à mettre 300 000 jeunes de plus en entreprise fait baisser la productivité mesurée. L'Insee a chiffré le contrefactuel : en comptant les apprentis à un quart de la productivité d'un salarié ordinaire, l'écart à la tendance passe de −4,0 à −2,4 points — l'apprentissage explique à lui seul environ 40 % du résidu.
Deuxième correction, plus embarrassante : le Conseil national de productivité relève que l'écart à la tendance, estimé à 8,5 % en base 2014, tombe à 5,9 % après la révision des comptes nationaux en base 2020. Trois points de « décrochage » ont donc été effacés par un simple changement de millésime comptable. Sur les 5,9 % restants, la même institution estime qu'environ deux tiers s'expliquent par l'apprentissage, la composition de l'emploi et la rétention, et environ un point par des facteurs communs à toute la zone euro (prix de l'énergie, ralentissement de l'innovation).
L'OFCE aborde le problème par l'autre bout et arrive au même endroit : fin 2024, il compte 982 000 emplois salariés « en excès » par rapport à ce que la croissance justifierait, dont environ 30 % imputables à la politique d'apprentissage, 17 % aux aides aux entreprises et 13 % à la baisse du coût du travail.
La part « artefact » est significative mais minoritaire. Après retraitement de l'apprentissage, de la composition de l'emploi et de la révision comptable, il reste un décrochage réel de l'ordre de 2 à 3,5 points par rapport à la tendance — que personne n'explique à ce jour.
Et il y a un arbitrage assumé derrière ces chiffres : la France a échangé de la productivité mesurée contre de l'emploi. Mettre en activité des jeunes et des seniors dont la productivité est inférieure à la moyenne abaisse la moyenne. Le taux d'emploi et la productivité horaire sont, à court terme, partiellement antagonistes — ce qui explique l'inversion exacte des contributions entre la période 2008-2019 et la période 2019-2024.
Et par rapport aux États-Unis ?
| PIB par heure travaillée, 2024, dollars à parité de pouvoir d'achat | Niveau | France = 100 |
|---|---|---|
| États-Unis | 98,3 | 112,3 |
| Allemagne | 93,4 | 106,7 |
| Suède | 92,3 | 105,5 |
| Pays-Bas | 91,5 | 104,6 |
| France | 87,5 | 100,0 |
| Royaume-Uni | 78,7 | 89,9 |
| Italie | 74,8 | 85,5 |
| Espagne | 72,5 | 82,9 |
La France a rattrapé le niveau américain de productivité horaire à la fin des années 1980 — elle était à 50 % en 1950 et à 70 % en 1970 — et s'y est maintenue jusqu'en 2019. Elle est aujourd'hui à 89 % du niveau américain, et l'essentiel de cet écart s'est ouvert en cinq ans. Sur 2020-2024, la productivité horaire américaine a progressé de 9,3 % cumulés quand la française reculait de 2,2 %.
Eurostat nama_10_pc, nama_10_lp_ulc (NLPR_HW, NLPR_PER, HW_EMP, RLPR_HW), nama_10_a10_e, lfsi_emp_a, lfsa_ergan, demo_pjanind, extractions filtrées pays par pays ; OCDE, heures annuelles moyennes ; Conference Board, Total Economy Database, mai 2025 ; Banque de France, Bulletin n° 251/1, mars 2024 ; Insee, blog, juillet 2024 et mai 2026 ; Conseil national de productivité, 5ᵉ rapport, avril 2025 ; OFCE, Policy brief n° 142, avril 2025 ; France Stratégie, note d'analyse n° 38.
Et si on rapportait le PIB aux seules personnes d'âge actif ?
Le PIB par habitant met les enfants et les retraités au dénominateur. Puisque la France a une structure d'âge différente de ses voisins, la question se pose : quelle part de son retard vient de là ? Voici le calcul, en rapportant le PIB à la seule population de 15 à 64 ans.
PIB par personne âgée de 15 à 64 ans
En dollars internationaux constants de 2021, à parité de pouvoir d'achat.
Banque mondiale, indicateurs du développement dans le monde (PIB en dollars internationaux constants de 2021, PPA) rapporté à la population de 15 à 64 ans (Eurostat demo_pjangroup et Nations unies, perspectives démographiques). Ratio calculé par nos soins.
| 2024 | PIB/habitant | Part des 15-64 ans | = PIB par personne d'âge actif | Écart brut avec la France | Écart corrigé |
|---|---|---|---|---|---|
| États-Unis | 75 698 | 64,8 % | 116 914 | −27,6 % | −23,6 % |
| Pays-Bas | 70 494 | 64,5 % | 109 330 | −22,3 % | −18,3 % |
| Allemagne | 62 655 | 62,9 % | 99 619 | −12,5 % | −10,3 % |
| France | 54 799 | 61,3 % | 89 325 | — | — |
| Royaume-Uni | 53 412 | 63,3 % | 84 359 | +2,6 % | +5,9 % |
Le mécanisme n'est pas celui qu'on suppose
L'intuition courante est que la France aurait « plus d'enfants », donc mécaniquement moins d'actifs. C'est vrai face à l'Allemagne, et faux face aux États-Unis et au Royaume-Uni. Décomposition 2024 :
| Part de la population, 2024 | 0-14 ans | 15-64 ans | 65 ans et plus |
|---|---|---|---|
| États-Unis | 17,3 % | 64,7 % | 17,9 % |
| Royaume-Uni | 17,2 % | 63,3 % | 19,5 % |
| France | 16,5 % | 61,3 % | 22,1 % |
| Pays-Bas | 15,0 % | 64,5 % | 20,5 % |
| Allemagne | 13,9 % | 62,9 % | 23,2 % |
La France a moins d'enfants que les États-Unis et le Royaume-Uni — 16,5 % contre 17,3 % et 17,2 %. Son déficit de population d'âge actif face à ces deux pays vient entièrement du haut de la pyramide : 22,1 % de personnes de 65 ans et plus, contre 17,9 % aux États-Unis. L'argument « la France est jeune » ne tient que face à l'Allemagne et aux Pays-Bas.
Et un facteur pèse beaucoup plus lourd que la structure d'âge : l'utilisation de cette population. Le ratio emploi sur population de 15 ans et plus est de 51,5 % en France contre 58,9 % en Allemagne, 58,9 % au Royaume-Uni, 59,5 % aux États-Unis et 65,0 % aux Pays-Bas. L'écart de taux d'emploi vaut plusieurs fois l'écart de taille de la population active potentielle — ce qui confirme, par une autre voie, la décomposition présentée plus haut.
Banque mondiale, NY.GDP.PCAP.PP.KD (dollars internationaux constants 2021), SP.POP.1564.TO.ZS, SP.POP.65UP.TO.ZS et SL.EMP.TOTL.SP.ZS. Le PIB par personne d'âge actif est un calcul dérivé.
Et si on utilisait l'âge de départ à la retraite propre à chaque pays ?
C'est la bonne objection : la tranche 15-64 ans est une convention, et elle ne correspond à la réalité d'aucun pays. Voici le calcul avec un dénominateur sur mesure — la population de 15 ans à l'âge auquel les gens cessent réellement de travailler dans ce pays. Mais il faut d'abord signaler un piège, parce qu'il est décisif.
Le numérateur mesure la production. Le dénominateur est défini par une variable de comportement — l'âge auquel on part à la retraite — qui n'est pas indépendante de la production. Faire partir les gens plus tôt les retire du dénominateur sans retirer grand-chose au numérateur.
La récompense est mécanique : partir tôt améliore le ratio sans produire un euro de plus. Symétriquement, la mesure pénalise les pays qui font travailler leurs seniors — les États-Unis, en gardant les gens jusqu'à 67 ans, s'ajoutent 11,7 millions de personnes au dénominateur.
| 2024 | Âge légal actuel | Âge légal cible | Âge effectif de sortie |
|---|---|---|---|
| France | 64,3 | 65,0 | 62,2 |
| Royaume-Uni | 66,0 | 68,0 | 63,5 |
| Italie | 64,8 / 63,8 | 70,0 | 63,3 |
| Allemagne | 66,2 | 67,0 | 64,1 |
| Pays-Bas | 67,0 | 70,0 | 64,9 |
| Suède | 66,0 | 70,0 | 65,1 |
| États-Unis | 66,7 | 67,0 | 67,0 |
La France a l'âge de sortie effectif le plus précoce du panel — 62,2 ans, contre 67,0 aux États-Unis, soit près de cinq ans d'écart. C'est exactement ce qui fait bouger le calcul.
Le PIB rapporté à trois dénominateurs différents
2024, en milliers de dollars internationaux constants de 2021. Trois barres par pays.
Mêmes sources que le graphique précédent : PIB en dollars internationaux constants de 2021 (Banque mondiale) rapporté successivement à la population totale, à la population de 15 à 64 ans et à la population en emploi (Eurostat lfsi_emp_a, OCDE pour les États-Unis). Les trois dénominateurs sont calculés par nos soins sur la même année.
| Écart de la France, 2024 | vs Allemagne | vs Pays-Bas | vs Royaume-Uni | vs États-Unis |
|---|---|---|---|---|
| PIB par habitant | −12,5 % | −22,3 % | +2,6 % | −27,6 % |
| PIB par personne de 15 à 64 ans | −9,8 % | −19,1 % | +5,3 % | −24,0 % |
| PIB par personne de 15 ans à l'âge de sortie | −6,3 % | −14,7 % | +8,2 % | −16,9 % |
| PIB par actif (emploi + chômage) | −1,3 % | −4,1 % | +12,5 % | −20,2 % |
| PIB par personne en emploi | +3,0 % | −0,3 % | +16,2 % | −17,3 % |
De combien la circularité déplace-t-elle le résultat ?
| Passage du dénominateur 15-64 au dénominateur national | Variation du dénominateur | Variation du ratio |
|---|---|---|
| France | −3,7 % | +3,9 % |
| Royaume-Uni | −1,1 % | +1,1 % |
| Allemagne | +0,1 % | −0,1 % |
| Pays-Bas | +1,5 % | −1,5 % |
| États-Unis | +5,3 % | −5,0 % |
La France est le seul pays dont le dénominateur se contracte fortement — elle gagne 3,9 % de ratio par pure convention comptable, les États-Unis en perdent 5,0 %. Résultat : plus d'un tiers du retard apparent sur l'Allemagne, et près d'un tiers du retard sur les États-Unis, disparaît par le seul choix du dénominateur, sans qu'un euro supplémentaire ait été produit.
Mais le classement n'est pas renversé. La France reste 5ᵉ sur 7, et il lui reste 6,3 % de retard sur l'Allemagne. Les deux seules permutations sont marginales : l'Italie et le Royaume-Uni échangent les deux dernières places pour 47 dollars d'écart, soit 0,05 %.
La mesure qui répond vraiment à la question
C'est le seul dénominateur dont chaque membre contribue au numérateur. Le PIB est produit par les personnes en emploi ; les rapporter l'un à l'autre a un sens économique direct. Toutes les autres mesures divisent une production par une population qui, pour partie, ne l'a pas produite.
Elle est aussi la seule comparable entre régimes de retraite différents, puisqu'elle compte les travailleurs quel que soit leur âge : un Néerlandais de 66 ans en emploi y figure, un retraité français de 62 ans n'y figure pas — et c'est correct dans les deux cas.
À l'inverse, le PIB par actif (emploi + chômage) impute la production aux chômeurs, qui ne produisent rien : il pénalise mécaniquement les pays à fort chômage. C'est ce qui explique que la France passe de −1,3 % à +3,0 % face à l'Allemagne selon qu'on inclut ou non les chômeurs. C'est un artefact, pas une information.
PIB par personne en emploi, 1995-2024
En milliers de dollars internationaux constants de 2021.
Banque mondiale (PIB, dollars internationaux constants de 2021, PPA) et Eurostat lfsi_emp_a pour l'emploi total ; BLS pour les États-Unis. Rapport calculé par nos soins, 1995-2024.
Ce que ce résultat signifie, et ce qu'il ne signifie pas
Il faut tenir les deux moitiés de l'énoncé ensemble, parce qu'elles se corrigent l'une l'autre.
- Un travailleur français produit autant qu'un Allemand ou un Néerlandais. C'est établi sur les trois mesures les plus proches de la production, et c'est stable depuis trente ans. Le problème français n'est pas l'efficacité de ceux qui travaillent.
- Mais la France affiche un bon PIB par personne en emploi précisément parce qu'elle a peu de personnes en emploi. 69,8 % des 15-64 ans travaillent en France, contre 79,7 % en Allemagne et 86,0 % aux Pays-Bas. Une productivité élevée obtenue en n'employant que les plus productifs n'est pas une performance — c'est un effet de sélection.
- Ces deux mesures doivent donc se lire ensemble, jamais séparément : le PIB par personne en emploi mesure l'efficacité, le taux d'emploi mesure la mobilisation. Aucun ratio unique ne les résume, et c'est le couple qui est informatif.
- Le décrochage américain, lui, ne s'explique par aucun de ces effets de dénominateur. Il est visible sur les cinq mesures à la fois, il s'est ouvert progressivement depuis 2000, et il s'est accéléré après 2019.
OCDE, Panorama des pensions 2025, via l'interface de données officielle : âges légaux et âge effectif moyen de sortie du marché du travail ; Commission européenne, Ageing Report 2024 pour le contrôle des âges légaux ; Eurostat demo_pjangroup (population par tranche quinquennale au 1ᵉʳ janvier 2024) ; Banque mondiale NY.GDP.PCAP.PP.KD, SP.POP.TOTL, SL.TLF.TOTL.IN et SL.UEM.TOTL.ZS. Les dénominateurs sur mesure et les ratios sont des calculs dérivés.
La moyenne hommes-femmes de l'âge de sortie n'est pas publiée par l'OCDE : c'est une moyenne arithmétique simple des deux sexes, non pondérée par les effectifs. Le dénominateur sur mesure repose sur une interpolation linéaire à l'intérieur de la tranche quinquennale contenant l'âge de sortie.
Le chiffre américain est fragile. L'âge de sortie effectif y bondit de 65,5 en 2023 à 67,0 en 2024, une variation trop brutale pour un indicateur historiquement lissé. Avec la valeur 2023, l'écart France/États-Unis passerait de −16,9 % à −19,0 % : deux points d'écart dépendent d'un seul chiffre volatil — raison supplémentaire de se méfier de ce dénominateur. Le millésime 2021 de la même source donnait d'ailleurs un classement sensiblement différent, avec la France à 60,4 ans.
Deux socles démographiques sont mélangés : Eurostat au 1ᵉʳ janvier pour les pays européens, Nations unies en milieu d'année pour le Royaume-Uni et les États-Unis. L'effet sur les totaux reste inférieur à 0,3 %. L'emploi est calculé et non observé — population active multipliée par un moins le taux de chômage, les deux étant des estimations modélisées de l'Organisation internationale du travail, pas des enquêtes nationales.
Enfin, le PIB par personne en emploi ignore la durée du travail : une partie de l'avance française sur l'Allemagne et les Pays-Bas tient à leur temps partiel, pas à une efficacité horaire supérieure. Le PIB par heure travaillée, présenté plus haut dans ce thème, est le raffinement nécessaire — et il donne la France 8 % en dessous de l'Allemagne.
Recettes contre dépenses : le déficit vient-il d'un sous-prélèvement ?
Recettes et dépenses publiques françaises, 2000-2025
En % du PIB. L'écart entre les deux courbes est le déficit.
Eurostat, gov_10a_main, recettes totales et dépenses totales des administrations publiques (S13), en % du PIB, France, 2000-2025. Les millésimes de PIB diffèrent légèrement de ceux de l'Insee, d'où un écart de 0,1 à 0,3 point sur certaines années.
| 2025, % du PIB | Recettes | Dépenses | Solde |
|---|---|---|---|
| Danemark | 51,1 | 48,1 | +3,0 |
| Finlande | 53,9 | 57,7 | −3,8 |
| France | 52,1 | 57,2 | −5,1 |
| Belgique | 49,0 | 54,2 | −5,2 |
| Italie | 48,1 | 51,2 | −3,1 |
| Allemagne | 47,9 | 50,5 | −2,6 |
| Espagne | 42,9 | 45,3 | −2,4 |
| Pays-Bas | 43,3 | 44,9 | −1,6 |
| UE-27 | 46,4 | 49,5 | −3,1 |
Réponse nette : non. La France cumule le 2ᵉ niveau de dépenses et le 2ᵉ niveau de recettes de l'UE, derrière la Finlande dans les deux cas. Le déficit ne vient pas d'un sous-prélèvement au regard des standards européens.
Eurostat gov_10a_main, 2025.
Pourquoi les dépenses ont-elles bondi en 2008-2009, et pourquoi ne sont-elles jamais redescendues ?
La dépense publique passe de 53,6 % du PIB en 2007 à 58,0 % en 2009, soit +4,4 points en deux ans, et n'est jamais revenue en dessous de 55,3 %. Trois questions se posent : d'où vient le saut, quelle part est mécanique, et pourquoi l'Allemagne, elle, est redescendue.
1. Ce n'est pas un effet d'optique
Un ratio dépense/PIB peut monter parce que la dépense augmente (numérateur) ou parce que le PIB recule (dénominateur). En 2009, le PIB nominal a reculé de 2,7 % : une partie de la hausse du ratio est donc purement arithmétique.
Sur la seule année 2009 (+3,7 points) : 57 % vient de la hausse de la dépense, 43 % du recul du PIB.
Mais sur la fenêtre 2007-2009 (+4,4 points) : 98,6 % vient de la dépense, 1,4 % du dénominateur. La raison est simple : le PIB nominal de 2009 (1 936 Md€) est revenu exactement au niveau de 2007 (1 938 Md€). Sur deux ans le dénominateur est plat ; c'est la dépense qui a crû de +8,0 % en valeur pendant que le PIB stagnait. La persistance du ratio élevé est donc un phénomène de numérateur.
2. Quelles fonctions ont bougé
| France, % du PIB | 2007 | 2009 | 2019 | 2024 | Δ 07→09 | Δ 07→24 |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Protection sociale | 21,9 | 23,8 | 23,9 | 23,6 | +1,90 | +1,72 |
| Santé | 7,6 | 8,1 | 8,2 | 8,9 | +0,53 | +1,30 |
| Enseignement | 5,2 | 5,6 | 5,0 | 5,1 | +0,39 | −0,18 |
| Affaires économiques | 5,0 | 5,3 | 5,3 | 5,7 | +0,28 | +0,64 |
| Logement | 1,3 | 1,5 | 1,1 | 1,4 | +0,26 | +0,17 |
| Ordre et sécurité | 1,5 | 1,7 | 1,7 | 1,8 | +0,20 | +0,31 |
| Défense | 1,8 | 1,9 | 1,7 | 1,9 | +0,17 | +0,09 |
| Services généraux (dont dette) | 7,1 | 7,5 | 6,0 | 6,2 | +0,40 | −0,92 |
| Total | 53,6 | 58,0 | 55,3 | 57,0 | +4,36 | +3,33 |
La protection sociale explique 44 % du choc (+1,90 point sur +4,36). Et surtout : sur les +3,33 points d'écart entre 2007 et 2024, santé et protection sociale en expliquent 3,02, soit 91 %. Aucune fonction n'a baissé en 2009 ; la seule qui ait vraiment reculé depuis, ce sont les services généraux (−0,92 point), et c'est l'effet de la baisse des taux d'intérêt, pas d'une maîtrise de la dépense.
Ce qui n'a jamais été rattrapé, ce ne sont pas les stabilisateurs de crise. Le chômage n'ajoute que +4,5 Md€ entre 2008 et 2009, soit 0,23 point de PIB et environ 12 % de la hausse de la protection sociale. L'essentiel vient de la fonction vieillesse : +22,5 Md€ sur 2007-2009, une dynamique démographique sans rapport avec la crise, qui n'avait aucune raison de refluer ensuite. La crise n'a pas créé la dépense : elle a coïncidé avec une bosse démographique et a durci le point de départ.
3. Le contraste allemand
| Dépense publique, % du PIB | 2007 | 2009 | 2011 | 2014 | 2019 |
|---|---|---|---|---|---|
| Allemagne | 43,5 | 48,3 | 45,3 | 44,5 | 45,5 |
| France | 53,6 | 58,0 | 57,0 | 58,4 | 55,3 |
Le choc initial a été de même ampleur (+4,8 points en Allemagne, +4,4 en France) — et le recul du PIB nominal allemand en 2009 a même été plus violent (−3,7 % contre −2,7 %). Mais l'Allemagne efface 79 % du choc en cinq ans ; la France en efface 23 % en deux ans, puis repart à la hausse jusqu'à 58,6 % en 2013 — au-dessus du pic de crise. Le point de bascule est identifiable : sur la protection sociale, l'Allemagne monte de 1,76 point en 2009 puis en rend 1,09 d'ici 2019 ; la France monte de 1,90 et n'en rend aucun.
Eurostat gov_10a_main et gov_10a_exp ; Insee Première n° 1293 et 1294 ; Sénat, rapport n° 587 (2009-2010) sur le projet de loi de règlement 2009.
Combien la France prélève-t-elle ?
Taux de prélèvements obligatoires : 43,6 % du PIB en 2025 selon la mesure française, 45,3 % en méthodologie européenne — 2ᵉ rang de l'UE derrière le Danemark (45,8 %), devant la Belgique (45,1 %), l'Autriche (43,8 %), l'Italie (42,6 %), l'Allemagne (40,9 %) et l'Espagne (37,3 %), pour une moyenne UE-27 de 40,4 %.
Quelle différence entre impôts, cotisations sociales, CSG et cotisations patronales ?
Impôt — prélèvement sans contrepartie individualisée, voté par le Parlement (IR, TVA, IS, taxe foncière).
Cotisation sociale — assise sur le salaire, elle ouvre un droit à prestation contributive et est affectée à des caisses dédiées. Part salariale (retenue sur le brut, visible sur la fiche de paie) et part patronale (payée en plus par l'employeur, invisible du salarié mais comprise dans le coût du travail).
CSG (1991) — assise très large : salaires, pensions, revenus du capital, jeux. Le Conseil constitutionnel l'a qualifiée d'« imposition de toutes natures » et non de cotisation, car elle n'ouvre aucun droit proportionnel. Taux de droit commun sur les salaires : 9,2 %, dont 6,8 points déductibles de l'impôt sur le revenu.
Ce n'est pas un détail juridique. Classer la CSG comme impôt a permis de l'appliquer aux retraites et au capital, donc d'élargir le financement de la protection sociale au-delà du seul travail. C'était un choix politique, pas une contrainte technique. Et le résultat est massif : voir plus bas, la CSG rapporte aujourd'hui environ 46 % de plus que l'impôt sur le revenu.
D'où vient l'argent public ? Budget de l'État et prélèvements obligatoires
Le budget de l'État perçoit 373 Md€ d'impôts (2024). L'ensemble des administrations publiques perçoit 1 267 Md€ de prélèvements obligatoires, soit 43,4 % du PIB. Le rapport est de 1 à 3,4.
L'écart, ce sont la Sécurité sociale (482 Md€ de cotisations + 294 Md€ d'impôts affectés, dont la CSG) et les collectivités locales (174 Md€). Confondre les deux — dire « le budget de l'État, c'est 1 300 milliards » — est l'erreur la plus fréquente du débat budgétaire.
Ensemble des administrations publiques, 2024
| Prélèvement | Md€ | Part |
|---|---|---|
| Cotisations sociales nettes | 482,3 | 36,4 % |
| dont cotisations employeurs | 293,1 | 22,1 % |
| dont cotisations ménages | 137,9 | 10,4 % |
| Impôts sur le revenu des ménages (IR + CSG + CRDS) | 275,1 | 20,8 % |
| TVA | 206,3 | 15,6 % |
| Autres impôts sur la production | 129,0 | 9,7 % |
| Impôt sur les sociétés | 83,8 | 6,3 % |
| Accises et taxes de consommation (dont TICPE) | 59,1 | 4,5 % |
| Impôts en capital (successions, donations) | 21,5 | 1,6 % |
| Autres | 66,4 | 5,0 % |
| Total | 1 323,5 | 100 % |
Budget de l'État seul, 2024
| Impôt | Md€ | Part |
|---|---|---|
| Impôts sur le revenu des ménages | 111,9 | 30,0 % |
| TVA (part revenant à l'État) | 96,5 | 25,8 % |
| Impôt sur les sociétés | 73,9 | 19,8 % |
| Accises (dont TICPE) | 24,9 | 6,7 % |
| Autres impôts sur la production | 24,4 | 6,5 % |
| Impôts en capital | 21,5 | 5,8 % |
| Autres | 20,2 | 5,4 % |
| Total | 373,3 | 100 % |
Deux faits peu connus. La TVA n'est plus un impôt d'État : l'État n'en conserve que 47 %, le reste étant affecté aux collectivités (25 %) et à la Sécurité sociale (28 %). Et la CSG dépasse largement l'impôt sur le revenu : les impôts sur le revenu encaissés par la Sécurité sociale (essentiellement CSG et CRDS) atteignent 163,2 Md€ contre 111,9 Md€ pour ceux de l'État. Le premier impôt sur le revenu du pays est proportionnel, prélevé à la source, sans barème ni quotient familial — et quasi invisible.
La bascule est datée et visible dans les comptes : en 1998, les impôts sur le revenu des ménages passent de 73,1 à 104,5 Md€ (+31,4) tandis que les cotisations sociales reculent de 251,2 à 235,3 Md€ (−15,9). C'est le basculement cotisations → CSG.
Eurostat gov_10a_taxag, secteurs S13, S1311, S1313, S1314, 2024.
Que sont exactement les « cotisations sociales nettes » ?
C'est la première ligne des recettes publiques, à 482,3 Md€ en 2024, et le libellé n'aide pas à comprendre ce qu'elle recouvre.
En comptabilité nationale, toutes les cotisations sont conventionnellement réputées versées par les ménages, y compris la part patronale : elle transite d'abord par la rémunération des salariés avant d'être reversée aux régimes. Le mot « nettes » signifie que les frais de gestion des caisses en sont retranchés.
| Composante | Ce que c'est | 2024, Md€ | Part |
|---|---|---|---|
| D.611 — cotisations effectives des employeurs | Ce que l'employeur verse réellement aux régimes : Urssaf, Agirc-Arrco, Unédic, CNRACL, régimes spéciaux | 293,1 | 60,8 % |
| D.612 — cotisations imputées des employeurs | Écriture purement conventionnelle. L'État n'a pas de caisse de retraite pour ses fonctionnaires : il paie les pensions sur son budget, et la comptabilité nationale « impute » une cotisation employeur fictive pour équilibrer. Ce ne sont pas des prélèvements obligatoires — il n'y a aucun flux réel entre deux agents distincts, et ils sont exclus du taux de prélèvements | 51,2 | 10,6 % |
| D.613 — cotisations effectives des ménages | La part salariale (vieillesse 7,30 %, Agirc-Arrco, CEG, CET, APEC) plus la totalité des cotisations des indépendants | 137,9 | 28,6 % |
| D.61 — total | 482,3 | 100 % |
Est-ce un impôt ?
La comptabilité nationale et l'OCDE tranchent par un critère unique : l'existence d'une contrepartie individuelle.
- Prélèvement contributif — ouvre des droits proportionnels au versement : retraite (les points Agirc-Arrco et le salaire annuel moyen dépendent directement des cotisations), chômage (l'allocation dépend du salaire de référence). C'est du salaire différé, pas un impôt.
- Prélèvement non contributif — finance des prestations universelles sans lien avec le versement : maladie (couverture identique quel que soit le montant cotisé, a fortiori depuis la protection universelle maladie de 2016), famille. Économiquement, ce sont des impôts affectés.
La France a passé trente ans à basculer du premier vers le second. Création de la CSG en 1991 à 1,1 %, création de la CRDS en 1996, basculement massif de la cotisation maladie vers la CSG en 1997-1998 (la cotisation salariale maladie tombe de 5,5 % à 0,75 %, la CSG monte de 3,4 % à 7,5 %), puis en 2018 suppression des cotisations salariales maladie résiduelle et chômage (−3,15 points) compensée par +1,7 point de CSG. Résultat : la part salariale ne finance plus aujourd'hui que des risques contributifs.
Pourquoi la CSG est un impôt et non une cotisation. Trois raisons cumulatives : verser plus de CSG n'ouvre aucun droit supplémentaire ; son assiette n'est pas salariale (elle frappe aussi les pensions, les revenus du capital et les jeux) ; et le Conseil constitutionnel l'a qualifiée d'imposition de toutes natures dès 1990. Elle est donc classée en D.51A avec l'impôt sur le revenu. Taux actuel sur les revenus d'activité : CSG 9,20 % (dont 6,80 déductible) + CRDS 0,50 %, sur 98,25 % du brut jusqu'à quatre plafonds de la Sécurité sociale.
Insee, définition des cotisations sociales nettes ; Eurostat gov_10a_taxag, France 2024 ; Conseil constitutionnel, décision n° 90-285 DC du 28 décembre 1990.
Pour 100 € de coût employeur, que reste-t-il vraiment au salarié ?
C'est l'écart entre ce que l'employeur paie et ce que le salarié touche, rapporté au coût total. L'OCDE le définit ainsi : au numérateur, l'impôt sur le revenu + les cotisations salariales + les cotisations patronales, moins les prestations reçues ; au dénominateur, le coût du travail (salaire brut + cotisations patronales). Cas de référence : célibataire sans enfant au salaire moyen.
Ce qu'il n'inclut pas : la TVA, les impôts sur le patrimoine, l'impôt sur les sociétés. Le coin fiscal s'arrête au revenu net disponible. Y ajouter la TVA, comme ci-dessous, produit un chiffre utile mais qui n'est pas une statistique OCDE.
| Pour 100 € de coût employeur (2025) | France | Allemagne |
|---|---|---|
| Coût employeur | 100,00 € | 100,00 € |
| − cotisations patronales | −25,04 | −18,08 |
| = salaire brut | 74,96 € | 81,92 € |
| − cotisations salariales | −8,58 | −17,65 |
| − impôt sur le revenu (CSG-CRDS incluse) | −11,04 | −10,82 |
| = salaire net disponible | 55,34 € | 53,45 € |
| − TVA acquittée à la consommation (13,5 % du TTC) | −7,47 | −7,19 |
| = pouvoir d'achat réel | ≈ 47,9 € | ≈ 46,3 € |
Deux surprises. D'abord, la France et l'Allemagne finissent au même endroit — environ 47 € de pouvoir d'achat pour 100 € de coût employeur — malgré des chemins très différents : la France prélève massivement côté employeur (25 € contre 18), l'Allemagne côté salarié (17,7 € contre 8,6). Ensuite, sur les 100 € de départ, plus de la moitié n'atteint jamais la consommation du salarié.
Le coin fiscal OCDE stricto sensu (hors TVA) donne 47,2 % pour la France et 49,3 % pour l'Allemagne, contre 35,1 % en moyenne OCDE. Particularité française : 26,7 points sur 47,2 sont portés par le seul employeur, contre 13,5 en moyenne OCDE — le taux de cotisations patronales le plus élevé de l'OCDE.
Eurostat earn_nt_net (chaîne complète en euros, cas P1_NCH_AW100, 2025) ; OCDE Taxing Wages 2026 pour le coin fiscal ; TVA moyenne effective calculée en section suivante.
Le même calcul avec les États-Unis, au SMIC et au sommet — et les hypothèses en clair
Le tableau précédent porte sur un cas unique : célibataire sans enfant au salaire moyen. Or le résultat français dépend énormément du niveau de salaire, bien plus qu'ailleurs. Voici les trois cas, hypothèses affichées.
France — barème de l'impôt sur les revenus 2025 (0 / 11 / 30 / 41 / 45 %, tranche à 45 % au-delà de 180 294 € par part), abattement de 10 % plafonné, CSG 9,20 % dont 6,80 déductible, CRDS 0,50 %, assiette 98,25 % du brut sous 4 plafonds. Cotisations patronales : barème 2026 avec la réduction générale dégressive unique, employeur de plus de 50 salariés, AT/MP au taux moyen.
États-Unis — impôt fédéral 2025 avec déduction standard, impôt d'État (le calcul au salaire moyen retient la moyenne représentative de l'OCDE ; les cas marginaux montrent la Californie et le Texas séparément), FICA 7,65 % de chaque côté avec plafond Social Security à 176 100 $, chômage fédéral et d'État côté employeur.
Consommation — TVA au taux effectif moyen de 13,5 % du TTC en France (recettes rapportées à la consommation) ; sales taxes américaines à environ 4,5 % de la dépense totale (le taux affiché est de l'ordre de 7,5 % mais l'assiette exclut les services, les loyers et souvent l'alimentation). Hypothèse commune : tout le net est consommé — ce qui est faux pour un haut revenu, voir les limites.
Ce que le coin fiscal américain n'inclut pas : l'assurance santé payée par l'employeur, qui n'est ni un impôt ni une cotisation aux États-Unis, alors qu'en France la même couverture passe par la cotisation patronale maladie à 13 % et par la CSG. C'est le correctif indispensable, chiffré plus bas.
| Sur 100 € de coût employeur | France, SMIC | France, salaire moyen | France, haut revenu (marginal) | É.-U., bas salaire | É.-U., salaire moyen | É.-U., haut revenu (Californie / Texas) |
|---|---|---|---|---|---|---|
| − cotisations patronales | −3,4 | −26,7 | −23,2 | −7,4 | −7,4 | −1,4 |
| = salaire brut | 96,6 | 73,3 | 81,2 | 92,6 | 92,6 | 98,6 |
| − cotisations salariales | −10,9 | −8,3 | −0,3 | −7,1 | −7,1 | −2,3 |
| − CSG-CRDS | −9,2 | −7,0 | −7,9 | — | — | — |
| − impôt sur le revenu | −0,6 | −5,3 | −33,9 | −1,9 | −15,5 | −36,5 |
| − contribution exceptionnelle sur les hauts revenus | — | — | −3,0 | — | — | — |
| − impôt d'État | — | — | — | incl. | incl. | −13,1 / 0 |
| = net après impôt | 75,9 | 52,8 | 36,1 | 83,7 | 70,0 | 46,7 / 59,8 |
| coin fiscalo-social | 24,1 % | 47,2 % | 63,9 % | 16,3 % | 30,0 % | 53,3 / 40,2 % |
| − TVA ou sales tax | −10,2 | −7,1 | −4,9 | −3,8 | −3,2 | −2,1 / −2,7 |
| = pouvoir d'achat réel | ≈ 65,6 € | ≈ 45,7 € | ≈ 31,2 € | ≈ 79,9 € | ≈ 66,9 € | ≈ 44,6 / 57,1 € |
Trois résultats à retenir.
- Au bas de l'échelle, l'écart franco-américain se referme presque. Les allègements généraux ramènent le taux de cotisations patronales à environ 3,5 % au niveau du SMIC, contre 42 % au taux plein. Le coin français au SMIC (24 %) n'est plus qu'à 8 points du coin américain à bas salaire (16 %), alors qu'au salaire moyen l'écart est de 17 points. La progressivité française au bas de l'échelle passe presque entièrement par les cotisations patronales, pas par l'impôt sur le revenu.
- Le taux marginal culmine au milieu, pas au sommet. Le coin marginal français atteint 67,6 % entre 2,5 et 4 plafonds, puis redescend à 63,9 % au-delà de huit plafonds (384 480 €), parce que les cotisations patronales retraite et chômage disparaissent plus vite que le taux d'impôt n'augmente. Le taux marginal « nominal » souvent cité — 45 + 4 + 9,7 = 58,7 % — surestime le prélèvement réel, car il ignore la déductibilité de 6,8 points de CSG.
- Le coin américain est sous-estimé de 6 à 8 points. Une prime d'assurance santé individuelle payée par l'employeur représente environ 9 à 10 % du coût du travail américain au salaire moyen. Réintégrée, elle porterait le coin élargi de 30 % à environ 36-38 %, ramenant l'écart avec la France de 17 à 9-11 points. Et cette prime est forfaitaire : elle pèse le même montant absolu sur 40 000 $ et sur 400 000 $ de salaire — un prélèvement de fait régressif, l'exact inverse de la CSG déplafonnée.
Taux effectif de cotisations patronales selon le salaire
En % du salaire brut, barème 2026. Axe horizontal en multiples du SMIC.
Barème calculé par nos soins à partir de la réduction générale dégressive unique (décret du 4 septembre 2025, en vigueur au 1er janvier 2026) et des taux de cotisations patronales de droit commun publiés par l'Urssaf. Le taux effectif est le rapport des cotisations patronales dues au salaire brut, hors accidents du travail et hors régimes conventionnels.
Cela répond directement à une objection fréquente — « les hauts revenus contribuent surtout par les charges patronales, les plus élevées d'Europe ». La réponse est en trois temps. Oui en montant : un cadre à 150 000 € de brut génère environ 63 000 € de cotisations patronales contre 5 500 € pour un salarié au SMIC ; c'est pour lui le premier poste de prélèvement, devant l'impôt sur le revenu. Non en taux au-delà de 4 plafonds : le taux effectif décroît, les cotisations patronales sont régressives dans le haut de la distribution salariale. Non au sommet de la distribution des revenus, parce qu'il ne s'agit plus de salaires — voir la question suivante.
OCDE Taxing Wages 2026 (données 2025) ; barèmes Urssaf et Agirc-Arrco 2026 ; barème de l'impôt sur les revenus 2025 ; Eurostat gov_10a_taxag pour le taux effectif de TVA.
La consommation : quels taux de TVA, et quel taux réellement supporté ?
La France a quatre taux : 20 % (normal), 10 % (intermédiaire — restauration, transports, travaux d'amélioration du logement, médicaments non remboursés), 5,5 % (réduit — alimentation, énergie, livres, protections hygiéniques, rénovation énergétique) et 2,1 % (super-réduit — médicaments remboursables, presse).
Le taux moyen effectivement supporté ressort autour de 15,6 % sur une base hors taxe, soit 4,4 points sous le taux normal de 20 % — écart entièrement dû aux taux réduits et aux exonérations.
Comparaison éclairante : l'Allemagne obtient un taux moyen effectif quasi identique (15,5 %) avec un taux normal plus bas (19 %). Elle compense par une assiette nettement plus large — d'où des recettes de TVA de 9,4 % du PIB contre 7,1 % en France. Le taux nominal affiché est un très mauvais indicateur de ce que supporte réellement un ménage.
Eurostat gov_10a_taxag (D211) et nama_10_gdp (P31_S14), 2024. Le taux moyen effectif est un calcul dérivé, non une statistique publiée.
Qui paie réellement les prélèvements ?
Trois choses à distinguer, souvent mélangées.
1. L'impôt sur le revenu est très concentré
Environ 44 à 45 % des foyers fiscaux sont imposables à l'IR, une proportion en baisse depuis vingt ans. Le décile supérieur en acquitte de l'ordre de 70 à 75 %, et le 1 % le plus riche environ un quart. Barème 2026 : 0 % jusqu'à 11 600 €, puis 11 %, 30 %, 41 % et 45 % au-delà de 181 917 € par part.
2. Mais l'IR ne pèse que 8 % des prélèvements
Sur 1 323 Md€ de prélèvements, l'impôt sur le revenu de l'État représente 112 Md€. La TVA (206 Md€) est acquittée par la quasi-totalité des ménages, y compris non imposables. Les cotisations (482 Md€) concernent tous les salariés. Le système est bien plus contributif pour les ménages modestes que le débat sur « ceux qui paient l'impôt » ne le suggère.
3. Et les hauts revenus contribuent surtout par le travail
C'est un point rarement fait, et il est important. Un cadre à 100 000 € de salaire brut génère, avec des cotisations patronales parmi les plus élevées d'Europe (26,7 points du coût du travail), une contribution au financement de la protection sociale très supérieure à son impôt sur le revenu. Les cotisations employeurs représentent à elles seules 293 Md€, soit 2,6 fois l'IR. Raisonner sur le seul impôt sur le revenu pour dire qui « paie » sous-estime massivement la contribution des salaires élevés.
4. Au sommet, le système redevient régressif
Sur données fiscales 2016 et une définition économique du revenu (incluant les bénéfices non distribués des sociétés détenues), l'IPP mesure un taux global d'imposition d'environ 46 % pour les 0,1 % les plus riches, contre environ 26 % pour les milliardaires. La raison : au sommet, le revenu provient majoritairement de bénéfices d'entreprise non distribués, taxés à l'IS plutôt qu'au barème.
Sur le reste de la distribution, le modèle TAXIPP de l'Institut des politiques publiques, qui répartit la totalité des prélèvements — impôt sur le revenu, CSG, cotisations salariales et patronales, TVA, impôts indirects, impôts sur le capital — donne un profil plat sur presque toute la distribution, puis régressif au sommet :
| Taux global de prélèvement, tous prélèvements confondus | % |
|---|---|
| Premier décile | ≈ 43 |
| Médiane | ≈ 46 |
| P90-P95 (maximum de la courbe) | ≈ 47 |
| Centile supérieur | ≈ 45 |
| Millile supérieur | ≈ 42 |
Trois mécanismes produisent cet aplatissement : les cotisations sont partiellement plafonnées et pèsent donc proportionnellement plus sur les bas et moyens revenus ; la CSG à 9,70 % est strictement proportionnelle et écrase la progressivité d'ensemble ; les impôts indirects sont régressifs rapportés au revenu, puisque le taux d'épargne croît avec le revenu. Le décrochage commence vers le 95ᵉ centile.
IPP, « Quels impôts les milliardaires paient-ils ? », 2023 ; Bozio et al., 2018 ; Eurostat gov_10a_taxag ; barème IR service-public.gouv.fr.
5. Les chiffres exacts de la concentration de l'impôt sur le revenu
| Revenus de 2024, imposition en 2025 | Valeur |
|---|---|
| Foyers fiscaux | 41,5 millions |
| Foyers imposables | 19,6 M — 47 % |
| Foyers non imposables | 21,9 M — 53 % |
| Impôt sur le revenu net | 92 Md€ (+9,9 %) |
| Part acquittée par le dernier décile | ≈ 74 % |
| Impôt moyen, dernier décile | 16 395 € (revenu fiscal moyen 65 532 €) |
| Impôt moyen, centile supérieur | 73 078 € (213 672 €) |
| Impôt moyen, millile supérieur | 312 098 € (916 590 €) |
| Impôt moyen, premier décile | −31 € (crédit d'impôt net) |
| 481 foyers déclarant plus de 9 M€ | 1,94 Md€ au total, soit ≈ 4 M€ chacun — taux effectif 18 % |
L'affirmation « les 10 % les plus aisés paient les trois quarts de l'impôt » est donc exacte — 74 % sur les revenus de 2024, 76 % sur ceux de 2023. Mais elle ne porte que sur l'impôt sur le revenu au barème, soit 92 Md€ sur environ 1 272 Md€ de prélèvements obligatoires, c'est-à-dire 7 % du total. Rapportée à l'ensemble des prélèvements, la concentration est très inférieure, comme le montre la courbe TAXIPP ci-dessus. Les deux énoncés — « les riches paient les trois quarts de l'impôt » et « le système est globalement plat » — sont simultanément vrais, parce qu'ils ne parlent pas du même prélèvement.
DGFiP Statistiques n° 41, novembre 2025 (revenus 2024) et n° 32, avril 2025 (revenus 2023) ; IPP, Fiscalité et redistribution en France, 1997-2012, modèle TAXIPP.
Combien chaque décile paie-t-il, en taux et en milliards ?
Les profils de taux ne disent rien des masses. Voici les deux, sur la même base : la répartition par l'Insee de la totalité des prélèvements — cotisations employeurs comprises, TVA comprise, impôts de production compris — entre les dix déciles de niveau de vie.
Masse prélevée par décile de niveau de vie
En milliards d'euros, 2023. Tous prélèvements confondus, cotisations et impôts indirects inclus.
Calcul par nos soins à partir de l'Insee, La redistribution monétaire (France, portrait social 2025) et Insee Analyses n° 88 (La redistribution élargie), données 2023. Périmètre : ensemble des prélèvements — cotisations sociales, impôts directs, impôts sur la production et la consommation — rapportés au revenu primaire élargi de chaque décile. Les masses en milliards sont obtenues en appliquant les taux publiés aux revenus primaires élargis par décile.
Le taux de prélèvement, décomposé
En % du revenu primaire élargi du décile, 2023.
Mêmes sources et même périmètre que le graphique précédent : Insee, La redistribution monétaire et Insee Analyses n° 88, données 2023. Le dénominateur est le revenu primaire élargi, qui inclut les revenus du capital non distribués — ce choix de dénominateur explique l'essentiel de la forme de la courbe au premier et au dernier décile.
| 2023 | D1 | D2 | D3 | D4 | D5 | D6 | D7 | D8 | D9 | D10 | Total |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Revenu primaire élargi, Md€ | 27 | 58 | 88 | 118 | 142 | 167 | 201 | 249 | 317 | 718 | 2 083 |
| Prélèvements, Md€ | 29 | 41 | 56 | 72 | 86 | 101 | 121 | 149 | 191 | 423 | 1 271 |
| Prestations monétaires, Md€ | 37 | 50 | 55 | 55 | 57 | 59 | 60 | 63 | 68 | 87 | 592 |
| Transferts en nature, Md€ | 89 | 96 | 83 | 83 | 72 | 72 | 71 | 63 | 65 | 52 | 745 |
| Solde net | +97 | +105 | +82 | +66 | +43 | +30 | +10 | −23 | −58 | −284 | +66 |
| Prélèvements par unité de consommation, € | 6 400 | 8 800 | 11 900 | 15 100 | 18 200 | 21 500 | 25 700 | 31 700 | 41 100 | 89 800 | 27 000 |
Le point de bascule est entre le septième et le huitième décile. Jusqu'à D7 inclus, un ménage reçoit davantage — prestations monétaires plus services publics en nature — qu'il ne verse. À partir de D8, il verse davantage. Le dernier décile est contributeur net à hauteur de 284 Md€ par an.
Trois lectures, toutes exactes, à ne pas confondre. « Les 10 % les plus aisés paient les trois quarts de l'impôt sur le revenu » — vrai, mais l'impôt sur le revenu ne pèse que 7 % des prélèvements. « Le dernier décile acquitte un tiers de tous les prélèvements » — vrai aussi, et c'est la mesure la plus complète. « Le taux de prélèvement est presque plat » — vrai également, parce que le dernier décile concentre 34 % des revenus primaires : il paie un tiers des prélèvements parce qu'il perçoit un tiers des revenus.
Insee Analyses n° 118 et 119, Revenus des ménages élargis à l'ensemble de l'économie en 2023, comptes nationaux distribués, base 2020.
Le taux du premier décile dépasse 100 % (109,3 %) et ce n'est pas une erreur : les déciles sont classés sur le niveau de vie après redistribution élargie, si bien que D1 concentre des personnes à revenu primaire quasi nul — retraités, inactifs — qui acquittent malgré tout TVA et CSG. Ce taux n'est donc pas comparable au « taux de prélèvement » au sens du modèle TAXIPP, qui rapporte les prélèvements au revenu primaire d'actifs classés sur ce même revenu.
Le dénominateur est le revenu primaire élargi, un concept de comptabilité nationale — d'où un taux moyen de 61 % qui n'a rien à voir avec le taux de prélèvements obligatoires de 43 % du PIB : les périmètres diffèrent au numérateur comme au dénominateur.
Surtout, la répartition de l'impôt sur les sociétés et des impôts de production entre déciles repose sur des hypothèses d'incidence fortes — l'impôt sur les sociétés est attribué aux détenteurs de capital, les impôts de production sont supposés répercutés dans les prix. Changer d'hypothèse déplace des masses importantes, surtout au premier et au dernier décile. De même, les cotisations employeurs sont ici imputées aux salariés, le revenu de référence étant en « super-brut ».
Enfin, la ventilation du poste « production et consommation » entre TVA, accises et impôts de production n'est pas publiée par décile : ce bloc de 377 Md€ ne doit pas être présenté comme « la TVA », qui n'en représente qu'un peu plus de la moitié.
La TVA est-elle régressive ?
C'est l'objection classique au tableau précédent, et la réponse dépend entièrement de ce à quoi on rapporte la TVA.
| TVA acquittée, rapportée à… | D1 | D10 | Verdict |
|---|---|---|---|
| …au revenu disponible (taux d'effort) | 12,5 % | 4,7 % | Nettement régressive — rapport de 2,7 à 1 |
| …à la consommation hors loyers (taux apparent) | 12,6 % | 13,4 % | Légèrement progressive |
| …à la consommation, loyers inclus | 9,3 % | 10,6 % | Légèrement progressive |
Les deux constats sont exacts et ne se contredisent pas. Rapportée à ce qu'elle taxe — la consommation —, la TVA française est très légèrement progressive : les ménages aisés consomment davantage de biens taxés au taux normal, les modestes davantage d'alimentation à 5,5 %. La régressivité vient donc entièrement du fait que le taux d'épargne croît avec le revenu : le premier décile consomme la totalité de son revenu, le dernier en épargne une part importante, qui échappe mécaniquement à la taxation de la consommation cette année-là.
Ce que cela implique pour le débat. Dire que « la TVA frappe les pauvres » est exact au sens du taux d'effort. Mais la structure des taux réduits ne fait pas la régressivité — elle la corrige légèrement. Un débat sur les taux réduits de TVA n'est donc pas un débat sur la progressivité du système : il porte sur environ un point d'écart, quand le mécanisme d'épargne en produit huit.
B. Boutchenik, Les effets redistributifs de la TVA, rapport particulier pour le Conseil des prélèvements obligatoires, 2015.
« Les bénéfices d'une société n'appartiennent pas à ses actionnaires » — l'objection est juste, et elle ne clôt pas le débat
L'affirmation selon laquelle, tout en haut de la distribution, le revenu provient de bénéfices non distribués appelle une objection juridique sérieuse : les bénéfices mis en réserve appartiennent à la société, personne morale distincte, et un dirigeant qui puiserait dans la trésorerie sociale pour ses dépenses personnelles commettrait un délit. C'est exact. Il faut donc être précis sur ce que l'objection réfute et ce qu'elle ne réfute pas.
Le fait juridique : l'objection est fondée
La société commerciale a la personnalité morale et un patrimoine propre. L'associé n'a sur les bénéfices qu'un droit de créance conditionnel, qui ne devient exigible qu'à la décision de distribution votée en assemblée générale. Tant que le bénéfice est en réserve, l'actionnaire n'en est pas propriétaire et ne peut pas en disposer. L'usage des biens ou du crédit de la société contraire à l'intérêt social, à des fins personnelles, est réprimé comme abus de biens sociaux — articles L. 241-3 du code de commerce pour les sociétés à responsabilité limitée et L. 242-6 pour les sociétés anonymes, avec des peines aggravées lorsque l'infraction passe par des comptes ou des structures à l'étranger.
Le fait économique : il ne s'agit pas de puiser dans la caisse
Le mécanisme décrit par les économistes n'est pas un détournement, c'est un report. Une société réalise 100 de bénéfice, paie 25 d'impôt sur les sociétés, met 75 en réserve. Les capitaux propres augmentent de 75, la valeur de l'entreprise augmente d'autant, et le patrimoine de l'actionnaire s'accroît de 75 sans qu'aucun impôt personnel ne soit dû. L'imposition personnelle est différée jusqu'à la distribution ou la cession — et peut, dans certains cas, ne jamais intervenir.
Ce qui rend l'objection juridique moins décisive qu'elle n'en a l'air, c'est le cas particulier — statistiquement dominant au sommet — de la holding patrimoniale contrôlée : l'actionnaire y est lui-même l'organe qui décide de ne pas distribuer. La non-distribution n'est plus une contrainte subie, c'est un choix, et la valeur immobilisée reste mobilisable par des voies parfaitement légales :
| Voie | Mécanisme | Coût fiscal |
|---|---|---|
| Régime mère-fille | Détention d'au moins 5 % pendant 2 ans : les dividendes remontent à la holding exonérés d'impôt sur les sociétés, hors quote-part de frais et charges de 5 % | ≈ 1,25 % du dividende |
| Intégration fiscale | Détention d'au moins 95 % : consolidation des résultats, quote-part ramenée à 1 % | ≈ 0,25 % |
| Cession de titres | Vente, plus-value taxée au prélèvement forfaitaire unique | 30 % |
| Apport-cession (art. 150-0 B ter) | Apport des titres à une holding contrôlée : report d'imposition de la plus-value. La holding revend ensuite quasiment sans plus-value | report, potentiellement définitif |
| Donation avant cession | La donation purge la plus-value latente : le donataire reprend comme prix de revient la valeur retenue pour les droits de mutation et revend sans plus-value taxable | droits de donation seuls |
| Emprunt garanti par les titres | Nantissement et emprunt : de la liquidité sans fait générateur fiscal, un emprunt n'étant pas un revenu | aucun impôt personnel |
Ce que mesure réellement l'étude de l'IPP
L'Institut des politiques publiques rattache les bénéfices non distribués des sociétés contrôlées — seuil de 10 % du capital, avec remontée en cascade des holdings — au revenu économique du foyer, et rapporte à ce revenu l'ensemble des impôts, impôt sur les sociétés compris. Résultat, sur données 2016 :
| Fractile | Taux effectif rapporté au revenu économique |
|---|---|
| P99 – P99,9 | ≈ 46 % (maximum de la courbe) |
| Millile supérieur | ≈ 40 % |
| Top 0,01 % — 3 780 foyers | ≈ 32-33 % |
| Top 0,001 % — 378 foyers | ≈ 28-30 % |
| Les 75 foyers les plus riches | ≈ 26 % |
Attention à une confusion très répandue : le chiffre de « 2 % » qui circule ne désigne pas le taux d'imposition des milliardaires. Il désigne la part de l'impôt sur le revenu et de l'impôt sur la fortune pris isolément dans leur revenu économique. Leur taux effectif global est d'environ 26 %, et il est presque entièrement constitué d'impôt sur les sociétés.
L'argument inverse, honnêtement
Les bénéfices non distribués ne sont pas exonérés : ils supportent l'impôt sur les sociétés à 25 % avant d'être mis en réserve. Le taux cumulé théorique, si le bénéfice est distribué, atteint 47,5 % (25 % d'impôt sur les sociétés, puis 30 % de prélèvement forfaitaire sur le solde), soit 50,5 % avec la contribution exceptionnelle et environ 57 % sur option pour le barème. C'est au-dessus du taux marginal du barème.
Le litige ne porte donc pas sur l'existence d'une imposition, mais sur trois questions distinctes : le moment — différer 22,5 points de prélèvement pendant vingt ans à 5 % de rendement en réduit la charge réelle d'environ 60 % ; la probabilité de réalisation — donation avant cession, transmission au décès et emprunt garanti permettent que la seconde couche n'intervienne jamais ; et le taux effectif constaté — 26 % mesuré contre 47,5 % théoriques.
Ce qui a changé depuis. La loi de finances pour 2025 a créé une contribution différentielle sur les hauts revenus, garantissant un taux minimal de 20 % au-delà de 250 000 € de revenu fiscal (500 000 € pour un couple), reconduite en 2026 ; rendement attendu 1,5 à 2 Md€, évaluation de l'IPP plus prudente à 1,2 Md€. Mais elle est assise sur le revenu fiscal : elle corrige l'écart entre le prélèvement forfaitaire et le barème pour les revenus déjà distribués, et ne touche pas les bénéfices non distribués des holdings, qui n'entrent pas dans cette assiette.
Code de commerce, art. L. 241-3 et L. 242-6 ; code général des impôts, art. 145, 216, 223 A et 150-0 B ter ; IPP, Note n° 92, Quels impôts les milliardaires paient-ils ?, juin 2023, version actualisée mai 2025 ; loi n° 2025-127 du 14 février 2025, art. 10 ; Sénat, rapport général PLF 2026.
Qui bénéficie de la redistribution, et de combien ?
| 2024 | Avant redistribution | Après redistribution |
|---|---|---|
| 10 % les plus modestes (D1) | 4 710 € | 11 960 € |
| 20 % les plus modestes (Q1) | 9 090 € | 14 100 € |
| 20 % les plus aisés (Q5) | 74 980 € | 58 690 € |
| 10 % les plus aisés (D10) | 99 300 € | 74 410 € |
| Rapport interdécile D10/D1 | 21,1 | 6,2 |
| Rapport interquintile Q5/Q1 | 8,3 | 4,2 |
Montants moyens par unité de consommation : prélèvements −5 240 €, prestations +1 770 €. La réduction des inégalités vient à 59,7 % des prestations sociales et à 40,3 % des prélèvements directs (dont 31,7 points pour le seul impôt sur le revenu).
En intégrant les services publics en nature (santé, éducation), cette « redistribution élargie » améliore le niveau de vie de 57 % de la population, avec un effet sur les inégalités environ deux fois plus ample que la seule redistribution monétaire.
Insee, France, portrait social 2025, fiche 20 ; Insee Analyses n° 88.
Les prestations sociales, poste par poste : retraites, santé, chômage, RSA
C'est le premier poste de la dépense publique et celui qui a le plus gonflé depuis cinquante ans. Avant de le décomposer, il faut régler un piège de périmètre qui vaut près de 200 milliards d'euros.
« Les prestations sociales représentent 25 % du PIB » et « elles représentent 32 % du PIB » sont deux affirmations vraies qui ne mesurent pas la même chose. Les comptes de la protection sociale de la DREES couvrent tous les régimes qui versent des prestations, publics comme privés collectifs ; la comptabilité nationale ne retient que les prestations versées par les administrations publiques.
| 2024 | Montant | % du PIB | Producteur |
|---|---|---|---|
| Prestations sociales, comptes de la protection sociale | 932,5 Md€ | 31,9 % | DREES, CPS édition 2025 |
| Dépenses totales de protection sociale (prestations + gestion + divers) | 982,2 Md€ | 33,6 % | DREES, CPS 2025 |
| Prestations sociales des administrations publiques | 747,6 Md€ | ≈ 25,6 % | Insee, comptes nationaux |
| Dépenses publiques totales | 1 670,2 Md€ | 57,1 % | Insee, 2024 |
Rapporté à la population, cela fait 13 650 € de prestations par habitant et par an au périmètre le plus large. Le reste de cette fiche utilise le périmètre DREES, le seul qui permette une ventilation fine par risque.
Les prestations sociales par risque
France, 2024, en milliards d'euros. Deux risques font 82 % du total.
DREES, La protection sociale en France et en Europe, comptes de la protection sociale, édition 2025, données 2024, fiches 05 à 11.
| Risque | Montant 2024 | % du total | % du PIB | € / habitant | Évolution 2024/2023 |
|---|---|---|---|---|---|
| Vieillesse et survie | 426,7 Md€ | 45,8 % | 14,6 % | 6 250 € | +6,5 % |
| Santé | 338,9 Md€ | 36,3 % | 11,6 % | 4 950 € | +4,0 % |
| — dont maladie | 277,9 Md€ | 29,8 % | 9,5 % | — | +3,8 % |
| — dont invalidité | 53,8 Md€ | 5,8 % | ≈ 1,8 % | — | +5,2 % |
| — dont accidents du travail et maladies professionnelles | 7,2 Md€ | 0,8 % | ≈ 0,25 % | — | +4,2 % |
| Famille | 65,8 Md€ | 7,1 % | 2,3 % | 950 € | +4,7 % |
| Emploi et chômage | 51,1 Md€ | 5,5 % | 1,8 % | 750 € | +3,8 % |
| Pauvreté et exclusion | 34,0 Md€ | 3,6 % | 1,2 % | 500 € | −3,3 % |
| Logement | 16,1 Md€ | 1,7 % | 0,5 % | 250 € | +1,9 % |
| Total | 932,5 Md€ | 100 % | 31,9 % | 13 650 € | +4,8 % |
Le détail de chaque risque
| Vieillesse et survie — 426,7 Md€ | Montant | Part du risque |
|---|---|---|
| Droits directs (pensions de retraite) | 352,2 Md€ | 82,6 % |
| Droits dérivés (réversion) | 40,9 Md€ | 9,6 % |
| Dépendance et perte d'autonomie | 11,2 Md€ | 2,6 % |
| Minimum vieillesse et ASPA | 4,9 Md€ | 1,2 % (+9,3 %) |
| Santé — 338,9 Md€ | Montant | Évolution |
|---|---|---|
| Soins de santé (prestation en nature) | 211,5 Md€ | +3,3 % |
| Indemnités journalières (en espèces) | 16,8 Md€ | +7,5 % — le poste le plus dynamique |
| Médico-social personnes âgées | 16,2 Md€ | +5,0 % |
| Accueil, accompagnement et hébergement du handicap | 19,2 Md€ | — |
| AAH | 13,8 Md€ | +8,8 % — effet de la déconjugalisation |
| Pensions et rentes d'invalidité | 9,7 Md€ | — |
| Prestation de compensation du handicap | 2,4 Md€ | — |
| Pensions et rentes accidents du travail | 5,9 Md€ | — |
| Famille — 65,8 Md€ | Montant | Bénéficiaires |
|---|---|---|
| Allocations familiales | 13,8 Md€ | 4 955 000 foyers |
| Aide sociale à l'enfance | 11,1 Md€ | — |
| Crèches et modes d'accueil (en nature) | 7,5 Md€ | — |
| Accueil du jeune enfant (PAJE) | 7,3 Md€ | 1 837 000 |
| Maternité | 4,5 Md€ | — |
| Allocation de rentrée scolaire | 2,2 Md€ | 2 951 000 |
| Emploi et chômage — 51,1 Md€ | Montant | Effectif mensuel moyen |
|---|---|---|
| Indemnisation du chômage | 45,6 Md€ (89,1 %) | — |
| — allocation de retour à l'emploi (ARE) | 32,9 Md€ | 2 455 000 |
| — allocation de solidarité spécifique (ASS) et prestations d'État | 1,8 Md€ | 254 000 |
| — allocation de sécurisation professionnelle | 1,7 Md€ (+34,0 %) | 62 000 |
| Insertion et réinsertion professionnelle | 5,6 Md€ (−6,2 %) | — |
| — aides à la formation de France Travail | 0,9 Md€ (−29,0 %) | — |
| Pauvreté, exclusion et logement — 50,1 Md€ | Montant | Bénéficiaires | Montant moyen |
|---|---|---|---|
| RSA | 12,0 Md€ | 1 835 000 foyers | 563 €/mois |
| Prime d'activité | 10,6 Md€ | 4 652 000 foyers | ≈ 190 €/mois |
| Bourses de l'enseignement supérieur | 2,6 Md€ | — | — |
| Prestations des CCAS et CIAS | 2,5 Md€ | — | — |
| Chèque énergie | 0,8 Md€ (−51,7 %) | — | — |
| APL | 7,1 Md€ | 2 676 000 | — |
| ALS | 5,5 Md€ | 2 303 000 | — |
| ALF | 3,3 Md€ | 836 000 | — |
| Total aides au logement | 16,1 Md€ | 5 815 000 | ≈ 231 €/mois |
DREES, comptes de la protection sociale, édition 2025, données 2024, fiches 05 à 11 ; CNAF, données au T3 2025 pour le montant moyen de RSA ; Unédic, indicateurs de mai 2025. Les montants moyens des aides au logement et de la prime d'activité sont nos calculs (montant total divisé par le nombre de bénéficiaires et par douze) : la DREES ne les publie pas sous cette forme.
Deux remarques sur la dynamique 2024. La baisse de 3,3 % du risque pauvreté-exclusion ne traduit pas une baisse de la pauvreté : elle s'explique très largement par l'extinction du chèque énergie. Et le risque logement est le seul en recul structurel — six années consécutives de repli avant 2023, effectifs toujours en baisse, part du PIB tombée à 0,5 %.
Espèces ou nature : la variable qui rend les comparaisons trompeuses
Un pays qui rembourse des soins (prestation en nature) et un pays qui verse une indemnité (prestation en espèces) n'apparaissent pas de la même façon dans les statistiques de transferts, alors que le service rendu au ménage peut être identique. Dans l'UE-27, 64,7 % des prestations sont versées en espèces et 35,3 % en nature.
Le résultat le plus important de la comparaison européenne
Prestations sociales rapportées au PIB
2024. La France est deuxième de l'Union.
DREES / Eurostat, base SESPROS, données 2024, fiche 12.
Les mêmes prestations, par habitant en parité de pouvoir d'achat
2024. Le classement s'inverse.
DREES / Eurostat, base SESPROS, données 2024, fiche 12. Les valeurs Pays-Bas, Suède et Danemark n'ont pas pu être extraites avec la précision requise et ne figurent pas ici.
| Structure des prestations, 2024 | France | Allemagne | Italie | UE-27 |
|---|---|---|---|---|
| Vieillesse et survie | 46 % | 51 % | > 50 % | 47 % |
| Maladie | 30 % | 27 % | 22 % | 30 % |
| Autres risques | 24 % | ≈ 22 % | ≈ 28 % | 23 % |
La structure française est remarquablement proche de la moyenne européenne. C'est le niveau qui diffère, pas la répartition.
Les retraites françaises pèsent 14,6 % du PIB contre 12,8 % pour l'UE-27. Mais rapportées au nombre de personnes concernées, en euros PPA par personne de 65 ans et plus, les écarts s'effacent presque entièrement : France 29 100 €, Allemagne 29 200 €, Italie 29 700 €, Pays-Bas 30 700 €, UE-27 26 500 €. La France n'est pas plus généreuse par retraité que ses voisins ; elle a simplement plus de retraités relativement à sa population active, et un départ plus précoce. Complément : le niveau de vie relatif des seniors français est de 0,94 contre 0,90 dans l'UE-27 et 0,82 en Suède.
Vieillissement mécanique ou extension des droits ?
La distinction est essentielle et rarement faite proprement. Ce que les sources permettent de trancher :
- Le vieillissement n'explique qu'une fraction de la hausse. Les retraités de droit direct progressent de +0,7 % par an et la pension brute moyenne de +0,8 % : combinés, ces deux effets font environ 1,5 %, alors que les prestations vieillesse ont progressé de +6,5 % en 2024. Le reste vient de la revalorisation (indexation sur une inflation forte en 2023-2024) et de l'effet de noria — les nouveaux retraités liquident des pensions plus élevées que celles des décédés.
- Trois extensions de droits sont mesurables. La déconjugalisation de l'AAH est le cas le plus net (+8,8 %, sans composante démographique) ; le minimum vieillesse progresse de +9,3 % sous l'effet de revalorisations discrétionnaires et d'un recours accru ; les indemnités journalières maladie augmentent de +7,5 %, poste le plus dynamique de la santé.
- Une part de la baisse apparente du ratio est un pur effet de dénominateur. Le ratio est passé de 35,5 % du PIB en 2020 à 31,9 % en 2024, mais le PIB nominal a bondi avec l'inflation de 2022-2023 pendant que les prestations étaient revalorisées avec retard. Le ratio a baissé sans qu'aucune dépense soit réduite. Et en 2024 il repart à la hausse (+0,4 point), comme dans l'ensemble de l'UE-27 (+0,6 point).
Dette et déficit
La quasi-totalité du déficit français est structurelle. Aucune reprise de croissance ne le résorbera.
Pourquoi la France est-elle en déficit presque chaque année depuis 1974 ?
Le dernier excédent public date de 1974. Depuis 1975, déficit chaque année — plus de cinquante exercices consécutifs. Ruptures : chocs pétroliers, relance de 1981 puis tournant de la rigueur de 1983 sans retour à l'équilibre, récession de 1993, crise financière de 2009 (−7,4 %), Covid en 2020 (−8,9 %).
Le constat central de la Cour des comptes et du Haut Conseil des finances publiques : même en haut de cycle, le déficit structurel ne s'est jamais résorbé. Contrairement à l'Allemagne ou aux pays nordiques, la France n'a jamais dégagé d'excédent en période de croissance au cours des deux dernières décennies. En 2025, le déficit s'établit à 152,5 Md€, soit 5,1 % du PIB.
Quels postes de dépense ont le plus varié depuis les années 1970 ?
La dépense publique est passée d'environ 39 % du PIB au début des années 1970 à 57,2 % en 2025. Voici où l'argent est allé, sur la période récente pour laquelle les données sont homogènes.
| Poste | Évolution | Commentaire |
|---|---|---|
| Protection sociale et santé | + très fort | Les deux tiers de la hausse totale. Vieillissement, extension de la couverture maladie, montée du chômage indemnisé puis des minima sociaux. |
| Charge de la dette | 2,0 % du PIB en 2024 | Quasi nulle avant 1980, elle culmine à plus de 3 % dans les années 1990, retombe avec la baisse des taux, et remonte depuis 2022 : 58,9 Md€ en 2024, ≈65 Md€ en 2025, ≈67 Md€ prévus en 2026. |
| Défense | ≈ 4 % → 1,9 % | Le poste qui a le plus reculé en part de PIB depuis les années 1960. Il remonte depuis 2022 (+5,3 Md€ dans le budget 2026). |
| Enseignement | 5,1 % | Stable en part de PIB sur longue période, malgré une démographie scolaire en baisse — donc en hausse par élève. |
| Administration générale (hors dette) | 4,2 % | Exactement la moyenne UE-27. Ce n'est pas là que la dépense a dérivé. |
Séries par nature reconstituées à partir d'Eurostat gov_10a_main et nasa_10_nf_tr, 1975-2024, rebasées sur la série 2020 ; charge d'intérêts D41. La ventilation COFOG par fonction n'existe pas avant 1995, ce tableau raisonne donc par nature de dépense.
La lecture d'ensemble est nette : la croissance de la dépense publique française depuis cinquante ans est une croissance de la protection sociale, financée en partie par la baisse de la défense et, à partir de 1975, par la dette.
Depuis 1975, qu'est-ce qui a gonflé dans la dépense publique ?
Ce qui existe, en revanche, et remonte à 1975, c'est la ventilation par nature économique : prestations sociales, salaires des agents, achats courants, investissement, charge de la dette. C'est une autre grille — elle dit à qui l'argent est versé plutôt que pour quelle politique — mais elle répond directement à la question posée, et le poste « prestations sociales » y est isolé.
Les valeurs de 1974 elles-mêmes sont écartées : le tronçon 1971-1974 de la série n'est pas homogène avec la suite (le PIB y saute de 21 % en une année). Le graphique commence donc en 1975.
Dépense publique par nature, 1975-2024
En % du PIB, ensemble des administrations publiques. Sous l'axe : les mandats présidentiels, hachurés pendant les cohabitations.
Séries reconstituées par nos soins à partir d'Eurostat nasa_10_nf_tr et gov_10a_main, dépenses des administrations publiques par nature (prestations sociales D62, rémunérations D1, consommations intermédiaires P2, investissement P51g, charge d'intérêts D41), rebasées sur la série 2020. La ventilation COFOG par fonction n'existe pas avant 1995 ; seule la ventilation par nature remonte à 1975, d'où le point de départ. Rupture de série réelle en 1974-1975 (le PIB 1975 bondit de 21 %).
| % du PIB | 1975 | 1985 | 1995 | 2007 | 2019 | 2024 | 1975 → 2024 |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Prestations sociales | 17,2 | 21,0 | 22,4 | 23,0 | 25,5 | 25,5 | +8,3 |
| dont en espèces | 14,0 | 17,2 | 17,7 | 17,4 | 19,3 | 19,2 | +5,2 |
| dont en nature (santé, éducation remboursées) | 3,2 | 3,7 | 4,7 | 5,6 | 6,2 | 6,3 | +3,1 |
| Rémunération des agents publics | 11,7 | 13,5 | 13,5 | 12,5 | 12,4 | 12,4 | +0,7 |
| Consommations intermédiaires | 5,8 | 6,3 | 5,5 | 4,9 | 5,2 | 5,5 | −0,3 |
| Investissement public | 5,3 | 4,9 | 4,6 | 4,4 | 4,2 | 4,3 | −1,0 |
| Charge de la dette | 0,9 | 2,6 | 3,5 | 2,7 | 1,5 | 2,0 | +1,1 |
| Subventions | 2,1 | 2,5 | 1,5 | 1,5 | 1,7 | 2,0 | −0,1 |
| Autres transferts courants | 1,5 | 2,1 | 2,7 | 2,9 | 3,2 | 3,2 | +1,7 |
| Total | 46,1 | 54,2 | 56,1 | 53,6 | 55,3 | 57,0 | +10,9 |
Les prestations sociales expliquent 76 % de la hausse totale de la dépense publique — 8,3 des 10,9 points gagnés depuis 1975. Aucun autre poste n'en explique plus de 16 %.
« Au détriment des autres » : oui et non, et la distinction compte
C'est le point où il faut être précis, parce que les deux lectures donnent des réponses opposées.
| Part dans la dépense publique totale | 1975 | 2024 | Évolution |
|---|---|---|---|
| Prestations sociales | 37,3 % | 44,7 % | +7,4 pts |
| Autres transferts courants | 3,2 % | 5,6 % | +2,4 |
| Charge de la dette | 2,0 % | 3,5 % | +1,5 |
| Subventions | 4,5 % | 3,5 % | −1,0 |
| Consommations intermédiaires | 12,5 % | 9,6 % | −2,9 |
| Rémunération des agents | 25,4 % | 21,8 % | −3,6 |
| Investissement public | 11,5 % | 7,5 % | −4,0 |
- En part de la dépense, l'éviction est nette et c'est le bon mot. Le social gagne 7,4 points de part ; l'investissement en perd 4,0, les salaires 3,6, les achats courants 2,9. Sur 100 € dépensés en 1975, 11,50 € allaient à l'investissement public ; il en reste 7,50 €.
- En points de PIB, l'éviction est beaucoup plus faible. Un seul poste a réellement reculé — l'investissement, de 1 point. Les salaires publics ont même légèrement progressé. Autrement dit, les prestations n'ont pas été financées en coupant ailleurs : elles ont été financées par la hausse de la dépense totale, elle-même couverte par les prélèvements et, pour le reste, par la dette.
- La véritable variable d'ajustement est l'investissement. C'est le seul poste qui perd sur les deux mesures, et c'est le poste le plus facile à comprimer politiquement : reporter la rénovation d'un pont ne se voit pas l'année où on le décide. C'est aussi celui dont le report a un coût différé.
Ce que les mandats présidentiels expliquent — et ce qu'ils n'expliquent pas
Le ruban sous le graphique permet la lecture politique. Elle est moins nette qu'on ne l'attend, et il faut le dire.
| Période | Contexte | Dépense totale, points de PIB |
|---|---|---|
| 1975 — Giscard d'Estaing | Premier choc pétrolier | +4,6 en une année |
| 1981-1985 — Mitterrand | Relance puis tournant de la rigueur | +6,2 |
| 1986-1989 — cohabitation Chirac, puis Rocard | Désinflation, privatisations | −3,2 |
| 1990-1993 — Mitterrand, puis cohabitation Balladur | Récession de 1993 | +5,2 |
| 1997-2000 — cohabitation Jospin | Forte croissance | −3,0 |
| 2002-2008 — Chirac puis Sarkozy | Stabilité | +0,4 |
| 2009 — Sarkozy | Crise financière | +3,7 en une année |
| 2014-2019 — Hollande puis Macron | Consolidation | −3,1 |
| 2020 — Macron | Crise sanitaire | +6,4 en une année |
La corrélation avec la couleur politique est faible, et elle n'est pas celle qu'on suppose. Les trois plus fortes baisses de la dépense publique en points de PIB se produisent sous une cohabitation avec un Premier ministre de droite (1986-1988), sous une cohabitation avec un Premier ministre de gauche (1997-2000), et sous une présidence de gauche puis centriste (2014-2019). Les trois plus fortes hausses annuelles correspondent à trois chocs — 1975, 2009, 2020 — sous trois présidents de familles différentes.
Ce que la chronologie montre réellement, c'est un effet de cliquet. Chaque crise produit un saut de plusieurs points, et la décrue qui suit ne ramène jamais au point de départ : 46,1 % en 1975, 53,6 % au plus bas des années 2000, 55,3 % en 2019 avant la pandémie. Et l'essentiel du mouvement tient au dénominateur autant qu'au numérateur — les périodes de baisse du ratio, 1986-1989, 1997-2000, 2014-2019, sont toutes des périodes de croissance soutenue, pas de coupes budgétaires.
Enfin, la cause dominante de la hausse des prestations n'est pas décidée par un gouvernement : c'est la démographie. Le nombre de retraités est passé d'environ 4 millions en 1975 à plus de 17 millions, et les dépenses de retraite représentent aujourd'hui à elles seules 13,4 % du PIB, soit plus de la moitié des prestations sociales. Un président qui ne changerait rien verrait ce poste continuer de croître.
Eurostat gov_10a_main (1995-2025) et nasa_10_nf_tr (1971-1994), secteur S13, séries rétropolées en base 2020 par l'Insee ; nama_10_gdp pour le PIB. Les postes 1975-1994 sont un calcul dérivé (montant rapporté au PIB de la même base) ; le raccord 1994-1995 a été vérifié poste par poste et l'écart est inférieur à 0,05 point.
La série ne commence pas à 1974. Le bloc 1971-1974 n'est pas homogène avec la suite : les taux de croissance nominaux 1974-1975 y sont aberrants (PIB +21,3 %, prestations +35,8 %, alors que le PIB en valeur a progressé d'environ 12 % cette année-là). Ces quatre années sont écartées, non extrapolées.
Deux millésimes de comptes coexistent. Les chiffres usuellement cités dans le débat public pour les années 1980 et 1990 — « 46 % en 1980 », « 55 % en 1993 » — proviennent d'un millésime ancien, systématiquement inférieur d'environ 1,2 point à la base 2020 utilisée ici. Ne pas mélanger les deux séries.
Trois ruptures de nomenclature affectent des postes précis, sans rapport avec les bases : les consommations intermédiaires chutent de 0,6 point entre 1997 et 1998 par reclassement ; les subventions bondissent en 2013 parce que le crédit d'impôt compétitivité emploi y est enregistré, puis retombent en 2019 lors de sa bascule en allègements de cotisations ; et les valeurs de 2020-2021 sont doublement gonflées, par les dépenses de crise au numérateur et par la contraction du PIB au dénominateur.
Enfin, cette grille ne dit pas à quoi sert l'argent. Un salaire d'infirmière hospitalière est une « rémunération d'agent », un remboursement de soins de ville est une « prestation en nature » : les deux financent de la santé. La ventilation par nature et la ventilation par fonction ne sont pas substituables, et la seconde reste indisponible avant 1995.
Où en est la dette ?
Dette publique française, 1995-2025
En % du PIB, dette brute consolidée au sens de Maastricht.
Eurostat, gov_10dd_edpt1, dette publique brute consolidée au sens de Maastricht, en % du PIB, France, 1995-2025.
Sensibilité : une hausse durable de 100 points de base des taux ajouterait à terme environ 30 Md€ de charge annuelle, l'effet se diffusant sur plusieurs années compte tenu d'une maturité moyenne de 8 ans et 5 mois.
Position 2025 : France 115,6 %, contre Grèce 146,1 %, Italie 137,1 %, Belgique 107,9 %, Espagne 100,7 %, moyenne UE-27 81,7 %. Aux extrêmes bas : Estonie 24,1 %, Luxembourg 26,5 %, Danemark 27,9 %.
Eurostat gov_10dd_edpt1 et bop_iip6_q ; Insee, Informations rapides n° 78 ; AFT.
Consolidée au niveau européen, quelle part de la dette est vraiment détenue hors d'Europe ?
C'est la bonne question, et elle change complètement l'ordre de grandeur. La statistique « 55 % de la dette française est détenue par des non-résidents » compte comme non-résident un investisseur allemand ou italien. Consolidée à l'échelle de la zone euro, la part réellement détenue hors de la zone tombe de moitié.
| Titres de dette publique | Part détenue par des « non-résidents » | Périmètre |
|---|---|---|
| France, dette négociable de l'État | 55,9 % | hors résidents français |
| France, dette publique toutes administrations | 52 % | hors résidents français |
| Zone euro consolidée | ≈ 23 % | hors résidents de la zone euro |
Agence France Trésor, détention de la dette négociable de l'État (enquête trimestrielle) ; Banque de France, comptes financiers ; Eurostat gov_10dd_edpt1 ; FMI, Coordinated Portfolio Investment Survey pour la détention croisée ; US Treasury, Treasury International Capital pour la dette américaine. La consolidation européenne est notre calcul : elle consiste à retirer du « non-résident » national les détenteurs situés dans un autre État membre.
Sur 11 186 Md€ de titres de dette publique émis dans la zone euro fin 2024, 2 592 Md€ sont détenus hors de la zone, soit 23,2 % — dont 952 Md€ par des banques centrales, fonds souverains et organisations internationales étrangers.
Le mécanisme est visible sur le cas français. La dette de l'État était détenue fin 2023 par : résidents français 48 %, résidents de la zone euro hors France 25 %, reste du monde 27 %. Près de la moitié des « non-résidents » de la statistique française sont donc des résidents de la zone euro — et ce sont eux qui disparaissent à la consolidation. Principaux pays détenteurs : Allemagne 7 %, Luxembourg 7 %, Irlande 5 %, États-Unis 4 %, Japon 4 %.
Un indice convergent : les expositions souveraines des banques européennes s'élevaient à 4 180 Md€ fin 2025, dont 44,9 % sur leur propre souverain, 30,8 % sur d'autres souverains européens et 24,2 % sur des pays tiers. Là encore, environ trois quarts restent européens.
Détention croisée : l'Europe finance l'Amérique, l'inverse est faux
Qui détient la dette fédérale américaine ?
Premier point, méthodologique et décisif : le chiffre change de 7 points selon le dénominateur.
| Dette fédérale américaine détenue par des étrangers, décembre 2025 | Valeur |
|---|---|
| Montant | 9 270 Md$ |
| Rapporté à la dette détenue par le public (30 100 Md$) | ≈ 31 % |
| Rapporté à la dette fédérale brute (38 514 Md$) | ≈ 24 % |
| dont secteur officiel étranger | 3 900 Md$ — 41,9 % |
| dont investisseurs privés | 5 400 Md$ — 58,1 % |
| Intérêts versés à des détenteurs étrangers, 2025 | 282 Md$ |
Le chiffre de 23-25 % correspond à la dette brute, qui inclut 8 400 Md$ de détentions intragouvernementales — essentiellement les fonds de la Sécurité sociale américaine. Le chiffre de 31 % correspond à la dette effectivement placée sur le marché.
| Principaux détenteurs de titres du Trésor américain, juin 2026 | Md$ |
|---|---|
| Japon | 1 116,7 |
| Royaume-Uni | 939,9 |
| Chine continentale | 633,4 |
| Belgique | 482,5 |
| Canada | 459,6 |
| Îles Caïmans | 453,1 |
| Luxembourg | 434,2 |
| France | 389,9 |
| Irlande | 353,5 |
| Taïwan | 302,5 |
| Suisse | 284,9 |
| Singapour · Hong Kong · Inde | 284,4 · 255,8 · 186,4 |
| Norvège | 203,2 |
| Total détenu par des étrangers | 9 299,0 |
La part européenne, en n'additionnant que les sept pays européens nommément identifiés : 3 088 Md$, soit 33,2 % de la dette américaine détenue à l'étranger — dont 1 660 Md$ pour la seule zone euro. C'est un plancher : l'Allemagne, les Pays-Bas, l'Italie et l'Espagne sont noyés dans la ligne « autres pays » et n'y sont pas comptés ; la part réelle est plutôt de 35 à 40 %.
Pour situer : l'Europe nommée détient 2,8 fois plus de titres du Trésor américain que le Japon et 4,9 fois plus que la Chine.
Et dans l'autre sens ? Le déséquilibre est spectaculaire
| Détention croisée | Montant |
|---|---|
| Europe → titres du Trésor américain (7 pays nommés) | ≥ 3 088 Md$ (juin 2026) |
| États-Unis → dette publique étrangère, monde entier | 693 Md$ (déc. 2024) |
| dont dette publique française | 42 Md$ |
| dont dette publique britannique | 51 Md$ |
| dont dette publique canadienne · japonaise | 75 · 74 Md$ |
Le rapport est d'environ 4,5 pour 1 — et c'est une estimation prudente des deux côtés. Au numérateur, les 3 088 Md$ excluent quatre grands pays européens. Au dénominateur, les 693 Md$ sont le total mondial des avoirs américains en dette publique étrangère, Canada, Japon et Royaume-Uni compris : la part strictement zone euro n'en représente qu'une fraction. Rapporté à la seule dette publique de la zone euro, le rapport dépasserait largement 5 pour 1.
L'explication tient à une différence de structure de portefeuille, et elle est nette. Les Américains détiennent 15 800 Md$ de titres étrangers, mais 77 % en actions et seulement 4,4 % en dette publique étrangère. Les Européens détiennent la dette américaine ; les Américains détiennent les actions étrangères.
Une fois la banque centrale retirée, tout se déplace
| Banque centrale | Résidents privés | Non-résidents | Non-résidents hors banque centrale | |
|---|---|---|---|---|
| France (dette négociable) | ≈ 25 % | ≈ 21 % | 55,9 % | ≈ 66 % |
| Espagne | ≈ 22,5 % | ≈ 28 % | 48,9 % | ≈ 63 % |
| Italie (dette totale) | 19 % | 47 % | 34 % | 42,0 % |
| États-Unis (dette détenue par le public) | 15,0 % | 54,2 % | 30,8 % | 36,2 % |
| Japon (obligations d'État et bons) | 42,2 % | 44,1 % | 13,7 % | 23,7 % |
Le retrait de la banque centrale déplace les parts de 5 à 14 points. Le Japon reste malgré tout le pays où la dette est la plus domestiquement détenue — 76 % de résidents privés une fois sa banque centrale neutralisée. La France reste à l'autre extrémité.
Et le mouvement en cours va dans un seul sens. L'Eurosystème réduit son bilan depuis l'arrêt des achats nets à la mi-2022 : en Italie, la part de la banque centrale est passée de 20,7 % en octobre 2025 à 19,0 % en avril 2026, soit −49 Md€, pendant que celle des non-résidents montait de 32,3 % à 34,0 %, soit +62 Md€. En France, la part des non-résidents est passée de 54,6 % en décembre 2025 à 55,9 % en mars 2026. Les investisseurs étrangers absorbent les titres que les banques centrales restituent au marché.
Banque centrale européenne, Geopolitics and foreign holdings of euro area government debt, données T4 2024 ; département du Trésor américain, système Treasury International Capital, table des principaux détenteurs étrangers (juin 2026) et enquêtes annuelles sur les avoirs de portefeuille ; Congressional Research Service RS22331 ; Banque de France ; Sénat, rapport n° 902 (2024-2025) ; ministère des Finances japonais ; Autorité bancaire européenne.
Aucune de ces sources ne mesure la propriété effective. Toutes reposent sur le principe de résidence du détenteur immédiat. Le biais joue dans les deux sens et ne s'annule pas : un fonds américain détenant de la dette italienne via un véhicule luxembourgeois disparaît des avoirs américains en dette italienne ; un investisseur asiatique détenant des titres américains via Euroclear gonfle la « part européenne ».
Les deux jambes du tableau de détention croisée n'ont pas le même millésime — juin 2026 pour les avoirs européens en titres américains, décembre 2024 pour les avoirs américains en dette étrangère, l'enquête correspondante étant annuelle et publiée avec un an de décalage. Le rapport de 4,5 pour 1 est un ordre de grandeur, pas un solde comptable à date.
Les périmètres du dernier tableau ne sont pas homogènes : dette négociable de l'État pour la France, dette publique totale pour l'Italie, dette détenue par le public pour les États-Unis. Un même pays varie de 5 à 10 points selon le dénominateur. L'Allemagne est absente : sa statistique de créanciers est une estimation construite à partir des données de négociation, non un recensement de détention, et n'est pas comparable. Enfin, la mesure de la zone euro par la Banque centrale européenne ne couvre que les titres conservés chez des dépositaires de la zone : elle sous-estime les détentions officielles étrangères passant par des dépositaires hors zone, et les 23 % sont donc plutôt un plancher.
Quelle part du déficit est structurelle ?
| Année | Solde total | Solde structurel | Part conjoncturelle |
|---|---|---|---|
| 2024 | −5,8 % | −5,7 % | ≈ −0,1 pt |
| 2025 | −5,1 % | −4,9 % | ≈ −0,4 pt |
C'est probablement le chiffre le plus important du document. La quasi-totalité du déficit français est structurelle. L'économie ne tourne pas loin de son potentiel : une reprise de la croissance ne résorbera pas le déficit. Seul un ajustement volontaire le peut. L'effort structurel a d'ailleurs été nul en 2024 et de 0,7 à 0,8 point en 2025, obtenu « principalement par des hausses de prélèvements » (environ 23 Md€) et non par des baisses de dépenses.
Haut Conseil des finances publiques, avis sur le projet de loi de règlement 2025.
Que faudrait-il faire pour revenir à 3 % de déficit ?
Repère : 1 point de PIB ≈ 30 Md€. L'écart entre 5,1 % et 3 % représente donc environ 63 Md€.
Trajectoire officielle : 4,7 % en 2026, passage sous 3 % visé pour 2029 — échéance que l'OFCE juge plutôt réaliste pour 2030. Pour 2026, l'effort voté est de 16 Md€ nets (0,53 point de PIB) : 9 Md€ de hausses de prélèvements (dont 7,3 Md€ de contribution exceptionnelle sur les grandes entreprises) et 7,1 Md€ de baisses de dépenses. Pour 2027, l'OFCE évalue l'ajustement nécessaire à environ 0,8 point, soit 40 Md€.
| Scénario arithmétique | Effort dépenses | Effort recettes |
|---|---|---|
| Tout par la dépense | −63 Md€ (≈ 3,6 % de la dépense) | 0 |
| Tout par l'impôt | 0 | +63 Md€ (≈ 4,3 % des PO) |
| Réparti à parts égales | −31,5 Md€ | +31,5 Md€ |
Calcul par nos soins à partir d'Insee, Informations rapides n° 78 (déficit et dette publics 2025) et des agrégats de dépense et de prélèvements obligatoires 2025. Ce sont des identités arithmétiques, pas des scénarios économiques : elles ne tiennent compte d'aucun effet de retour sur l'activité, dans un sens ni dans l'autre.
Et si on maintenait 5 % de déficit pendant dix ans ?
La Cour des comptes a simulé le maintien du déficit primaire de 2024 avec un taux apparent de 3,7 % : la dette atteindrait 235 % du PIB en 2050, et près de 270 % avec un choc de taux à 4,7 %. Le solde primaire stabilisant le ratio est aujourd'hui d'environ −0,2 point ; il faudrait un excédent primaire durable d'environ +1,1 point pour faire réellement baisser la dette. La France en est très loin.
Projection simplifiée à dix ans, déficit maintenu à 5 % et croissance nominale de 3 % : la dette passerait d'environ 116 % (2025) à 123 % en 2030 et 130 % en 2035.
La croissance a-t-elle été achetée à crédit ?
Produire un euro de PIB en s'endettant d'un euro n'est pas produire davantage. L'objection est juste, et elle se mesure — à condition de ne pas confondre deux grandeurs. La dette est un stock, le PIB un flux annuel : retrancher l'un de l'autre n'a pas de sens. Ce qui se retranche d'un PIB annuel, c'est l'endettement net nouveau de l'année — titres émis et crédits contractés, moins les remboursements — pour les administrations publiques, les ménages et les sociétés non financières réunis.
Premier constat, avant toute correction : en vingt ans, l'écart de production par habitant s'est creusé entre la France et le Nord de l'Europe.
| PIB par habitant, USD à parités de pouvoir d'achat constantes de 2021 | 2005 | 2015 | 2025 | 2005 → 2025 | Gain annuel moyen |
|---|---|---|---|---|---|
| États-Unis | 59 501 | 64 291 | 76 834 | +29,1 % | +867 $ |
| Pays-Bas | 58 352 | 63 066 | 71 271 | +22,1 % | +646 $ |
| Allemagne | 51 901 | 59 858 | 62 888 | +21,2 % | +549 $ |
| France | 48 376 | 50 890 | 55 197 | +14,1 % | +341 $ |
| Royaume-Uni | 48 291 | 50 458 | 53 832 | +11,5 % | +277 $ |
| Chine | 6 280 | 14 821 | 25 147 | +300,4 % | +943 $ |
La dernière colonne se lit ainsi : chaque année, un Américain a produit en moyenne 867 dollars de plus que l'année précédente, un Français 341. Un habitant français produisait 81 % de ce que produisait un Américain en 2005 ; il en produit 72 % en 2025. La Chine a quadruplé sa production par tête et reste néanmoins au tiers du niveau américain.
Ce qu'il a fallu emprunter pendant ce temps
| Endettement net nouveau, moyenne annuelle 2006-2025 | Total, % du PIB | dont administrations publiques | dont ménages et entreprises |
|---|---|---|---|
| États-Unis | 12,9 % | 7,0 | 6,0 |
| Royaume-Uni | 11,2 % | 5,8 | 5,5 |
| France | 11,1 % | 4,9 | 6,2 |
| Pays-Bas | 8,2 % | 1,7 | 6,6 |
| Allemagne | 4,9 % | 1,8 | 3,1 |
| Chine | — | 2,6 | — |
La France emprunte chaque année plus du double de l'Allemagne, en proportion de son PIB, pour une croissance par habitant deux fois plus faible. Et l'écart ne tient pas au seul déficit public : la dette privée française progresse plus vite que la dette publique, et davantage qu'en Allemagne. « Endettement net » signifie ici net des remboursements — les emprunts nouveaux moins ceux qui sont éteints dans l'année — et non net des actifs acquis en face.
| Stock de dette non financière par habitant, 2025 | Publique | Privée | Total |
|---|---|---|---|
| États-Unis | 89 588 $ | 107 721 $ | 197 308 $ |
| Pays-Bas | 29 649 $ | 141 331 $ | 170 980 $ |
| France | 58 895 $ | 83 624 $ | 142 519 $ |
| Royaume-Uni | 43 120 $ | 70 682 $ | 113 855 $ |
| Allemagne | 36 790 $ | 67 794 $ | 104 646 $ |
| Chine | — | — | — |
En euros courants, la dette non financière française atteint 7 705 Md€ fin 2025, soit 112 120 € par habitant : 46 333 € de dette publique et 65 787 € de dette privée. Près de trois cinquièmes de la dette française est privée — c'est la part dont on ne parle jamais.
Le prix, en dette, de la production supplémentaire
Corriger le niveau du PIB est légitime ; corriger son taux de croissance ne l'est pas, parce que le résultat dépendrait alors entièrement des deux années choisies aux extrémités — 2006 fut un sommet de crédit, 2024 un creux. La lecture robuste met en regard deux cumuls, sur les mêmes vingt années et dans la même unité : toute la production gagnée au-dessus du niveau de 2005, et tout l'endettement net contracté pendant ce temps.
| Cumul 2006-2025, par habitant, USD à parités constantes de 2021 | PIB par habitant 2006 | PIB par habitant 2025 | Production gagnée au-dessus de 2005 | Endettement net cumulé | Dette par dollar produit en plus |
|---|---|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | 49 012 $ | 53 832 $ | 46 487 $ | 112 812 $ | 2,43 $ |
| France | 49 457 $ | 55 197 $ | 61 621 $ | 113 195 $ | 1,84 $ |
| États-Unis | 60 579 $ | 76 834 $ | 126 997 $ | 170 745 $ | 1,34 $ |
| Pays-Bas | 60 391 $ | 71 271 $ | 133 302 $ | 105 726 $ | 0,79 $ |
| Allemagne | 54 104 $ | 62 888 $ | 158 450 $ | 59 097 $ | 0,37 $ |
La troisième colonne n'est pas la différence des deux premières : c'est un cumul. Elle additionne, pour chacun des vingt exercices, ce que ce pays a produit de plus qu'en 2005 — l'année de référence, 2006 étant le premier exercice compté. Un pays qui monte tôt et reste haut en accumule beaucoup ; un pays qui ne décolle qu'à la fin en accumule peu, même s'il finit au même niveau.
La lecture est directe : l'Allemagne a emprunté 37 centimes pour chaque dollar produit en plus ; la France 1,84 dollar, le Royaume-Uni 2,43. Les trois pays du haut du tableau ont emprunté plus qu'ils n'ont produit de supplément. L'Allemagne, qui a le moins emprunté, est aussi celle qui a accumulé le plus de production supplémentaire — 158 450 dollars par habitant contre 61 621 en France. Ce qui distingue les pays, c'est le rendement de la dette, pas son montant : la France et le Royaume-Uni ont emprunté autant que les Pays-Bas en proportion de leur PIB, et en ont tiré deux à trois fois moins.
Ce que ce rapport ne prouve pas
Le tableau met deux cumuls côte à côte. Il ne dit pas que la dette a fabriqué la production : aucune identité comptable ne transforme un euro emprunté en un euro de PIB. Il faut regarder le mécanisme de près, parce qu'il ne joue pas partout de la même façon.
Pour l'État, oui, par construction. La production non marchande des administrations n'a pas de prix de vente : la comptabilité nationale la mesure par ses coûts, principalement les salaires. Un euro de salaire public supplémentaire est donc un euro de PIB supplémentaire, que l'agent soit occupé ou non. C'est exactement le cas décrit.
Pour un transfert, non. Une retraite, une allocation, une subvention ne sont pas dans le PIB : ce sont des transferts, pas des productions. Le PIB ne bouge que si le bénéficiaire dépense la somme et que quelqu'un produit davantage en réponse.
Pour une entreprise, non plus. Sa valeur ajoutée est sa production moins ses consommations intermédiaires. Payer un salarié inoccupé un euro de plus déplace un euro du profit vers les salaires : la valeur ajoutée est inchangée, le PIB aussi.
Pour un ménage, cela dépend de l'achat. Emprunter pour acheter un bien produit dans l'année ajoute au PIB ; emprunter pour acheter un logement ancien n'ajoute que la commission de l'agent.
Le canal « dépense publique mesurée à son coût » est donc réel, mais étroit. Le canal principal reste la demande : la somme empruntée est dépensée, et le PIB augmente à proportion de ce que l'appareil productif fournit en réponse — davantage que l'euro emprunté s'il y a des capacités inemployées, moins s'il n'y en a pas, et rien du tout si la dépense part en importations.
Vient ensuite la vérification empirique, et elle est sans appel. Sur les cinq pays, il n'existe aucune relation entre ce qu'on emprunte et ce qu'on produit de plus. Le Royaume-Uni emprunte 11,2 % de son PIB par an et gagne 11,5 % de production par habitant en vingt ans ; l'Allemagne emprunte 4,9 % et en gagne 21,2 %. Le coefficient de corrélation entre les deux est de −0,01 : nul.
Le cas américain se tranche sur une autre grandeur encore, celle qu'aucun emprunt ne peut fabriquer : la production par heure travaillée.
| Évolution 2005 → 2024 | PIB par habitant | PIB par heure travaillée | Heures travaillées par habitant |
|---|---|---|---|
| États-Unis | +27,2 % | +29,8 % | −2,0 % |
| Pays-Bas | +20,7 % | +7,6 % | +12,2 % |
| Allemagne | +20,5 % | +13,6 % | +6,1 % |
| France | +13,2 % | +6,9 % | +5,8 % |
| Royaume-Uni | +10,6 % | +9,8 % | +0,7 % |
Les États-Unis ont gagné 29,8 % de production par heure en vingt ans, pendant que les heures travaillées par habitant y reculaient de 2 %. Toute leur croissance par habitant vient de là. Payer des gens à ne rien faire augmenterait les heures sans augmenter la production horaire ; c'est l'inverse qu'on observe. La France, sur la même période, gagne 6,9 % par heure — quatre fois moins — en empruntant presque autant.
Non, cet endettement n'est pas ce qui a produit la croissance. Celle-ci est venue de la production horaire, qui a progressé de 29,8 % quand les heures reculaient — un gain qu'aucun emprunt ne fabrique. Le rapport de 1,34 dollar emprunté par dollar produit en plus mesure une concomitance, pas une causalité.
Et le symétrique vaut pour la France : elle a emprunté presque autant (11,1 % du PIB par an) sans obtenir la croissance. Si la dette achetait de la production, elle en aurait acheté. La vraie leçon du tableau n'est pas que la dette crée la croissance — c'est qu'elle ne la crée pas.
L'Allemagne a-t-elle pour autant une croissance plus vertueuse ?
C'est la lecture immédiate du tableau, et elle ne résiste pas à deux vérifications. La première consiste à déplacer l'année de référence : si le résultat tient, le classement doit tenir aussi.
| Dette par dollar produit en plus, selon l'année de référence du cumul, jusqu'en 2025 | Base 2005 | Base 2010 | Base 2015 |
|---|---|---|---|
| France | 1,84 $ | 1,94 $ | 3,05 $ |
| Royaume-Uni | 2,43 $ | 1,40 $ | 2,65 $ |
| États-Unis | 1,34 $ | 1,08 $ | 1,56 $ |
| Pays-Bas | 0,79 $ | 0,92 $ | 0,75 $ |
| Allemagne | 0,37 $ | 0,52 $ | 1,33 $ |
L'avance allemande est un résultat des années 2005-2015, pas un trait permanent. Sur la décennie 2015-2025, l'Allemagne emprunte 1,33 dollar par dollar produit en plus et les États-Unis 1,56 : l'écart de un à trois et demi s'est réduit à presque rien. Sur la période 2019-2025, le ratio allemand n'est même plus calculable, pour une raison qui se lit dans la seconde vérification.
| Ce que le ratio ne voit pas | PIB par habitant 2019 | PIB par habitant 2025 | 2019 → 2025 | Solde courant moyen 2006-2025 | Investissement public moyen 2006-2025, en volume |
|---|---|---|---|---|---|
| États-Unis | 69 043 $ | 76 834 $ | +11,3 % | −3,1 % | 3,7 % |
| Pays-Bas | 67 820 $ | 71 271 $ | +5,1 % | +7,3 % | 3,6 % |
| France | 53 504 $ | 55 197 $ | +3,2 % | −0,6 % | 4,2 % |
| Royaume-Uni | 53 369 $ | 53 832 $ | +0,9 % | −3,2 % | 2,9 % |
| Allemagne | 63 730 $ | 62 888 $ | −1,3 % | +6,6 % | 2,6 % |
Le PIB par habitant allemand a atteint son sommet en 2019 et recule depuis. Un pays qui ne produit plus davantage n'emprunte plus pour produire davantage : son ratio s'améliore par le numérateur autant que par le dénominateur. La sobriété d'emprunt cesse d'être une vertu quand elle accompagne une stagnation.
Ensuite, l'Allemagne a le plus faible investissement public du panel : 2,6 % du PIB en volume, en moyenne sur vingt ans, contre 4,2 % en France et 3,7 % aux États-Unis. Une partie de la dette qu'elle n'a pas contractée est un entretien qu'elle n'a pas fait — ponts, rails, réseaux, numérique. Le plan d'infrastructures voté en 2025 en est l'aveu chiffré.
Enfin, le niveau compte autant que la pente : un Américain produit 76 834 dollars par an, un Allemand 62 888. La dette américaine a financé un niveau de production supérieur de 22 %, et une accélération là où l'Allemagne décroche.
Ce qui reste vrai, en revanche, et qui n'est pas rien : la France ne ressemble à aucun de ces deux modèles. Elle emprunte presque autant que les États-Unis — 11,1 % du PIB par an contre 12,9 — pour un gain de production quatre fois plus faible, et sans excédent courant à faire valoir. Et le diagnostic paresseux ne tient pas non plus : la France a l'investissement public le plus élevé des cinq pays, 4,2 % du PIB en volume contre 2,6 % en Allemagne. Ce n'est donc ni un défaut d'investissement public, ni la sobriété allemande, ni le rendement américain — c'est un troisième cas, qu'aucun des deux modèles ne décrit.
OCDE, Perspectives économiques n° 119 (juin 2026), séries GDPVD_CAP (PIB par habitant en volume, dollars à parités de pouvoir d'achat constantes de 2021), GDP (PIB nominal), POP, CBGDPR (solde courant), IGV (investissement public, volume) et NLGQ ; OCDE, base Productivité, séries GDPPOP, GDPHRS et HRSPOP (capacité de financement des administrations publiques) ; OCDE, comptes financiers annuels, tableau 0610 pour les flux et tableau 0710 pour les stocks, consolidés, passifs en titres de créance (F3) et crédits (F4) des administrations publiques (S13), des ménages (S1M) et des sociétés non financières (S11). Extraction par API SDMX le 13 septembre 2026. Calcul par nos soins : la correction appliquée est PIB par habitant × (1 − endettement net de l'année / PIB).
Toute dette nouvelle ne finance pas du PIB. Un crédit immobilier qui achète un logement ancien gonfle la dette sans produire de valeur ajoutée. La correction retranche donc un peu plus que la seule production achetée à crédit : elle répond à la question posée — ce qui a été emprunté pendant qu'on produisait — non à une identité de comptabilité nationale.
C'est de la dette brute, sans les actifs en face. Un emprunt qui finance une usine, un réseau ou un logement neuf n'a pas le même statut qu'un emprunt qui finance une dépense courante. Rien dans ces tableaux ne les distingue.
Les stocks sont évalués aux prix de marché, convention des comptes financiers : la chute des cours obligataires depuis 2022 en réduit optiquement le montant, surtout au Royaume-Uni. C'est pourquoi la correction s'appuie sur les flux d'endettement, insensibles aux réévaluations, et non sur la variation des stocks.
La consolidation n'est pas homogène. Les données sont consolidées — les créances internes à un secteur sont éliminées — sauf pour les ménages et les sociétés non financières des États-Unis, que l'OCDE ne publie qu'en non consolidé : la dette privée américaine est de ce fait un peu surestimée. La dette des sociétés non financières néerlandaises, elle, comprend des financements intragroupe de multinationales sans rapport avec l'économie domestique ; son niveau est à lire avec prudence, ses variations le sont moins.
Pourquoi les Pays-Bas produisent-ils un quart de plus par habitant que la France ?
Le tableau précédent laisse une question ouverte : les Pays-Bas empruntent peu et produisent beaucoup. D'où vient l'écart ? La réponse tient en une décomposition, et elle contredit l'intuition courante — ce n'est pas la productivité.
| D'où vient l'écart, 2024 | Pays-Bas | Allemagne | France | Royaume-Uni | États-Unis |
|---|---|---|---|---|---|
| PIB par habitant (USD PPA constantes de 2020) | 68 030 | 60 997 | 54 989 | 54 292 | 72 375 |
| PIB par heure travaillée | 82,1 $ | 83,0 $ | 81,6 $ | 74,0 $ | 84,1 $ |
| Heures travaillées par habitant et par an | 828 | 735 | 674 | 733 | 860 |
| dont heures par personne en emploi | 1 452 | 1 334 | 1 509 | 1 512 | 1 702 |
| dont emploi rapporté à la population totale | 57,1 % | 55,1 % | 44,7 % | 48,5 % | 48,5 % |
| Chômage | 3,7 % | 3,4 % | 7,4 % | 4,3 % | 4,0 % |
Les trois premières lignes forment une identité exacte : le PIB par habitant est le produit du PIB par heure et des heures travaillées par habitant. On peut donc répartir l'écart entre les deux facteurs sans reste.
Un Néerlandais produit 0,7 % de plus qu'un Français par heure de travail, et près d'un quart de plus par habitant. Tout l'écart est dans la troisième ligne : 828 heures travaillées par habitant contre 674. En parts logarithmiques, le volume de travail explique 97 % de l'écart, la productivité horaire 3 %.
Le détail est plus surprenant encore. Les Néerlandais travaillent moins d'heures par emploi que les Français — 1 452 contre 1 509, c'est le pays du temps partiel — mais beaucoup plus de gens travaillent : 57,1 % de la population totale contre 44,7 %. Douze points d'écart sur le taux d'emploi, et le chômage à la moitié du niveau français.
La composition des deux économies se ressemble — leur croissance, non
| Part dans la valeur ajoutée, 2005 → 2024 | Pays-Bas | France | Allemagne |
|---|---|---|---|
| Industrie manufacturière | 13,0 → 11,7 | 13,5 → 11,4 | 21,9 → 19,9 |
| Commerce, transport, hébergement et restauration | 19,7 → 19,7 | 17,4 → 16,9 | 16,6 → 16,8 |
| Services aux entreprises | 13,0 → 16,4 | 12,7 → 14,4 | 10,8 → 12,2 |
| Activités immobilières | 7,2 → 8,0 | 13,3 → 14,5 | 11,1 → 9,9 |
| Activités financières et d'assurance | 7,6 → 4,9 | 3,7 → 3,1 | 5,3 → 3,9 |
| Administration, santé, éducation | 20,3 → 21,5 | 21,1 → 21,5 | 18,0 → 19,6 |
| Construction | 5,4 → 5,1 | 5,4 → 5,5 | 3,8 → 4,9 |
Les deux économies se ressemblent beaucoup plus qu'on ne le croit. L'industrie manufacturière y pèse le même poids — 11,7 % contre 11,4 % — et l'une comme l'autre est à dix points de l'Allemagne. Deux écarts seulement sont structurels : le pôle commerce-transport, trois points au-dessus de la France — Rotterdam, la logistique et la réexportation — et l'immobilier, où la France pèse presque le double, effet d'un parc de logements cher dont les loyers, réels et imputés, gonflent la valeur ajoutée sans que personne produise davantage.
| Croissance de la valeur ajoutée en volume, 2005 → 2024 | Pays-Bas | France | Allemagne | Contribution NL | Contribution FR |
|---|---|---|---|---|---|
| Ensemble de l'économie | +36 % | +26 % | +25 % | — | — |
| Commerce, transport, hébergement et restauration | +41 % | +21 % | +28 % | +8,1 pts | +3,6 pts |
| Industrie manufacturière | +47 % | +16 % | +25 % | +6,2 pts | +2,1 pts |
| Services aux entreprises | +69 % | +42 % | +37 % | +9,0 pts | +5,3 pts |
| Administration, santé, éducation | +31 % | +22 % | +27 % | +6,2 pts | +4,7 pts |
| Information et communication | +106 % | +118 % | +138 % | +5,3 pts | +6,4 pts |
| Activités immobilières | +23 % | +25 % | +23 % | +1,7 pts | +3,3 pts |
| Activités financières et d'assurance | +9 % | +47 % | −1 % | +0,7 pts | +1,8 pts |
| Construction | +26 % | −7 % | −19 % | +1,4 pts | −0,4 pts |
| Agriculture | +28 % | −8 % | +15 % | +0,6 pts | −0,1 pts |
Les deux dernières colonnes pèsent chaque branche par sa taille en 2005 : elles disent combien de points de croissance totale chacune a réellement apportés, et leur somme fait le total de la première ligne.
Trois branches font tout l'écart. Le commerce-transport apporte 8,1 points aux Pays-Bas contre 3,6 en France ; l'industrie manufacturière 6,2 contre 2,1 ; les services aux entreprises 9,0 contre 5,3. Ces trois-là creusent 12 points d'écart, davantage que les 10 points qui séparent les deux totaux — la France reprenant un peu de terrain sur l'information-communication, l'immobilier et la finance.
Le contraste industriel est le plus frappant, et il est invisible dans les parts. L'industrie manufacturière néerlandaise a crû de 47 % en volume depuis 2005, la française de 16 % — trois fois moins, et moins que l'allemande (+25 %). Les deux pays ont vu la part de leur industrie reculer pareillement ; sous cette identité apparente, l'un a produit un tiers de plus et l'autre a stagné.
Deux branches françaises tirent la croissance vers le haut sans que cela se voie dans la production matérielle : l'immobilier (+3,3 points, pour l'essentiel des loyers imputés aux propriétaires occupants) et la finance (+1,8 point, contre +0,7 aux Pays-Bas). Et deux branches reculent en volume sur vingt ans : la construction (−7 %) et l'agriculture (−8 %), alors qu'elles progressent toutes deux aux Pays-Bas.
À quoi sert le PIB néerlandais
| Emplois du PIB, en % du PIB | Pays-Bas 2005 | Pays-Bas 2024 | France 2024 | Allemagne 2024 |
|---|---|---|---|---|
| Consommation des ménages | 48,4 % | 43,5 % | 54,6 % | 52,7 % |
| Consommation publique | 22,3 % | 25,7 % | 24,2 % | 22,0 % |
| Investissement, stocks compris | 20,4 % | 19,7 % | 21,6 % | 21,5 % |
| Exportations | 65,5 % | 82,3 % | 33,9 % | 41,5 % |
| Importations | 56,6 % | 71,3 % | 34,2 % | 37,7 % |
| Solde extérieur | +8,9 pts | +11,0 pts | −0,3 pts | +3,8 pts |
| Rémunération des salariés | 48,1 % | 46,8 % | 51,4 % | 54,3 % |
La structure des emplois est l'inverse de la française. Les ménages néerlandais consomment 43,5 % du PIB contre 54,6 % en France — onze points d'écart, le plus gros de tout ce dossier sur les Pays-Bas. Ce qu'ils ne consomment pas part en épargne retraite obligatoire et en remboursement de crédit immobilier, et ressort en solde extérieur de +11 points de PIB, contre −0,3 en France.
Et la part des salaires y est la plus faible des trois, et elle baisse : 46,8 % du PIB en 2024 contre 48,1 % en 2005, quand l'Allemagne monte de 50,3 à 54,3 et la France reste à 51,4. Une partie de cet écart est artificielle — les profits des multinationales domiciliées aux Pays-Bas gonflent le dénominateur sans salaire en face — mais pas la totalité. Le modèle néerlandais produit beaucoup, en faisant travailler beaucoup de monde, et en redistribue une part plus faible en salaires et en consommation immédiate que la France ou l'Allemagne. C'est la même pièce que la retraite par capitalisation, vue de l'autre côté.
L'attractivité fiscale : oui, mais pas dans le sens attendu
| Fiscalité et ouverture, 2024 | Pays-Bas | Allemagne | France | Royaume-Uni | États-Unis |
|---|---|---|---|---|---|
| Prélèvements obligatoires, % du PIB | 38,8 % | 40,5 % | 44,7 % | 36,0 % | 25,9 % |
| Impôt sur les bénéfices des sociétés, % du PIB | 4,3 % | 2,2 % | 2,3 % | 3,5 % | 2,2 % |
| Dépense publique, % du PIB | 44,3 % | 49,4 % | 57,3 % | 46,0 % | 39,7 % |
| Exportations de biens et services, % du PIB | 83 % | 41 % | 32 % | 32 % | 11 % |
| Solde des revenus primaires avec l'étranger, % du PIB | −0,9 % | +3,5 % | +1,9 % | −1,6 % | −0,1 % |
Les Pays-Bas prélèvent six points de PIB de moins que la France. Mais leur impôt sur les sociétés rapporte 4,3 % du PIB, le plus élevé des cinq pays et presque le double de la France. L'attractivité fiscale néerlandaise ne consiste pas à taxer moins les bénéfices : elle consiste à en attirer beaucoup, puis à les taxer. C'est un choix de politique publique qui rapporte — et qui a un prix comptable, visible à la dernière ligne.
Le solde des revenus primaires est passé de +0,2 % du PIB en 2005 à −0,9 % en 2024, et à −2,1 % en 2025. Autrement dit, une part croissante de ce qui est produit aux Pays-Bas est un profit qui repart chez des propriétaires étrangers : le PIB néerlandais surestime le revenu national d'environ deux points, là où le PIB français le sous-estime de deux points. Une partie de l'avance néerlandaise est comptable, pas vécue — mais une partie seulement : corrigé de cet écart, l'avantage par habitant reste de l'ordre de 25 %.
La retraite par capitalisation : elle n'explique pas la production, elle explique le budget
| Retraites et bilans | Pays-Bas | Allemagne | France | Royaume-Uni |
|---|---|---|---|---|
| Droits des ménages sur les retraites et assurances, % du PIB (2024) | 164 % | 60 % | 75 % | 105 % |
| Dépense publique de vieillesse et survie, % du PIB (2021) | 6,4 % | 10,8 % | 13,6 % | 7,4 % |
| Dette des ménages, % du PIB (2025) | 93 % | 49 % | 60 % | 74 % |
| Dette des sociétés non financières, % du PIB (2025) | 105 % | 59 % | 92 % | 58 % |
| Dette publique, % du PIB (2025, comptes financiers) | 42 % | 59 % | 107 % | 80 % |
Les ménages néerlandais détiennent 164 % du PIB en droits à retraite et assurance, contre 75 % en France — le plus gros patrimoine de retraite capitalisée d'Europe. L'effet direct est budgétaire, et il est massif : la dépense publique de vieillesse est de 6,4 % du PIB aux Pays-Bas contre 13,6 % en France. Ces sept points expliquent l'essentiel des treize points d'écart de dépense publique totale, donc le niveau des prélèvements, donc la dette publique — 42 % du PIB contre 107 %.
Mais la capitalisation n'a rendu personne plus productif à l'heure : les Néerlandais produisent 3,5 % de plus par heure que les Français, pas 30 %. Et elle a une contrepartie, au bilan des ménages. Épargnant de force dans leur retraite, les ménages néerlandais empruntent pour se loger — déductibilité des intérêts d'emprunt, prêts longtemps peu amortis : 93 % du PIB de dette immobilière contre 60 % en France. Le même pays affiche la plus faible dette publique du panel et la plus forte dette privée. La capitalisation n'a pas supprimé la dette, elle l'a déplacée de l'État vers les ménages — et l'épargne du budget vers les marchés financiers.
OCDE, base Productivité, séries GDPPOP, GDPHRS, HRSPOP, HRSAV et EMP (PIB par habitant, PIB par heure travaillée et heures travaillées, dollars aux parités de pouvoir d'achat constantes de 2020) ; OCDE, Perspectives économiques n° 119 (juin 2026), séries UNR, XGS, MGS, CP, CG, ITISK, WSSS, TAXQ, YPGTQ et BSII ; OCDE, National Accounts at a Glance, chapitre 4 (valeur ajoutée par branche, parts et croissance en volume) ; OCDE, Social Expenditure Database, dépenses publiques de vieillesse et survie en espèces ; OCDE, Revenue Statistics, tableaux comparatifs, poste 1200 ; OCDE, comptes financiers annuels, tableau 0710 (droits sur assurances et retraites des ménages, dettes par secteur). Extraction par API SDMX le 13 septembre 2026. Calcul par nos soins : heures par habitant = heures par emploi × emploi ÷ population ; PIB par heure = PIB par habitant ÷ heures par habitant ; décomposition en parts logarithmiques.
Les millésimes ne sont pas tous les mêmes, et c'est indiqué ligne à ligne. La décomposition retient 2024, dernière année où les heures travaillées sont publiées pour les cinq pays ; la dépense publique de vieillesse s'arrête à 2021, dernier millésime homogène de la base de l'OCDE ; les dettes sont à fin 2025. Les trois tableaux ne s'additionnent donc pas en une photographie unique.
Le premier tableau vient d'une autre base que le reste du dossier. Les heures travaillées et le PIB par heure sont pris à la base Productivité de l'OCDE, seule source qui publie les trois grandeurs sur une définition commune — condition pour que l'identité PIB par habitant = PIB par heure × heures par habitant se vérifie exactement, ce qu'elle fait ici. Ses parités de pouvoir d'achat sont celles de 2020, contre 2021 pour les Perspectives économiques utilisées partout ailleurs : le PIB par habitant néerlandais y dépasse le français de 24 % au lieu de 28 %. L'écart entre les deux bases porte sur le niveau, jamais sur la décomposition.
« Heures travaillées par habitant » ne dit rien de la qualité des emplois. Le taux d'emploi néerlandais se paie en temps partiel massif — le plus élevé de l'Union — et une partie de l'écart avec la France tient à des emplois courts, souvent féminins, dont la comparaison en heures ne dit ni la rémunération ni le choix qui les sous-tend.
La dette des sociétés néerlandaises est surestimée. Elle comprend des financements intragroupe de multinationales domiciliées aux Pays-Bas pour des raisons fiscales, sans rapport avec l'économie domestique. Le même biais gonfle la valeur ajoutée des services aux entreprises — la branche qui contribue le plus à la croissance néerlandaise — ainsi que l'impôt sur les sociétés et la part des profits dans le PIB.
Les croissances par branche sont chaînées à partir des taux annuels publiés par l'OCDE, et non calculées sur un indice de volume unique : un changement de base ou de nomenclature en cours de série s'y répercute. Les contributions les pondèrent par la part de 2005, ce qui suppose la structure figée à cette date ; leur somme retombe néanmoins à 0,4 point près sur la croissance d'ensemble, aux Pays-Bas comme en France.
La comparaison des retraites est incomplète. Les droits à retraite des régimes publics par répartition ne figurent pas au bilan des ménages dans les comptes financiers : le tableau compare donc un patrimoine capitalisé néerlandais à un patrimoine capitalisé français, pas deux promesses de retraite. Le second tableau, la dépense publique, est la grandeur qui les rend comparables.
Retraites et durée de travail sur une vie
La France ne travaille pas moins par semaine que ses voisins. Elle travaille moins d'années, aux deux bouts de la carrière.
Combien d'actifs pour un retraité ?
| Indicateur | Valeur | Source |
|---|---|---|
| Cotisants par retraité, 1960 | ≈ 4,0 | COR |
| Cotisants par retraité, 1965 | 4,3 | COR |
| Cotisants par retraité, tous régimes, 2020 | 2,05 | COR, rapport 2026 |
| — dont régime général | 2,25 | COR, rapport 2026 |
| — dont fonction publique d'État | 1,29 | COR, rapport 2026 |
| Rapport démographique (20-64 ans / 65 ans et +), 2009 | 3,60 | COR |
| Rapport démographique, 2025 | 2,50 | COR, rapport 2026 |
| Rapport démographique projeté, 2070 | 1,62 | COR, rapport 2026 |
Conseil d'orientation des retraites, rapport annuel 2026 et édition 2025, séries longues du rapport démographique et du rapport cotisants / retraités. Les deux ratios ne se confondent pas : le rapport démographique porte sur des classes d'âge, le rapport cotisants / retraités sur des situations effectives.
Le durcissement de la projection 2070 — de 1,76 dans le rapport 2025 à 1,62 dans celui de 2026 — vient uniquement de la révision des hypothèses démographiques de l'Insee (fécondité ramenée à 1,45).
Attention également : le « rapport démographique » publié par le COR (2,50 en 2025) n'est pas le ratio cotisants/retraités (2,05 en 2020). Le COR le précise lui-même. Les deux chiffres circulent indifféremment dans le débat.
À quel âge part-on, et combien d'années passe-t-on en retraite ?
Âge moyen conjoncturel de départ : 62 ans et 9 mois fin 2023, 63,1 ans en 2025 selon le COR, projeté à 64,6 ans en 2070. Écarts entre régimes considérables : 63 ans 6 mois au régime général contre 56 à 60 ans dans les régimes spéciaux.
L'espérance de vie à 65 ans atteignait 21,5 ans en 2021 (23,4 pour les femmes, 19,3 pour les hommes). Combinée à un départ encore relativement précoce, elle place la durée de retraite française parmi les plus longues d'Europe, autour de 22 à 25 ans.
Quelle part du PIB pour les retraites, et combien par retraité ?
C'est une question de dénominateur, et elle mérite d'être posée explicitement parce que le tableau paraît incohérent au premier regard. L'Allemagne dépense 427 Md€ pour ses retraites et la France 392 Md€ — 9 % d'écart. Mais le PIB allemand est de 4 329 Md€ contre 2 935 Md€ pour le français, soit 47,5 % d'écart. Deux montants proches rapportés à deux dénominateurs très différents donnent mécaniquement 9,9 % contre 13,4 %. Vérification : 427 228 ÷ 4 328 970 = 9,87 % ; 391 954 ÷ 2 935 236 = 13,35 %. Les deux chiffres sont exacts et se recoupent avec les taux publiés par Eurostat.
| 2024 | PIB, Md€ | Vieillesse, Md€ | % du PIB | + survie, Md€ | Total, % PIB | Pop. 65 ans et + | € / personne de 65 ans et + |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Italie | 2 202 | 306,4 | 13,9 | 359,6 | 16,3 | 14,36 M | 25 046 |
| France | 2 935 | 392,0 | 13,4 | 432,6 | 14,7 | 14,78 M | 29 272 |
| Suède | 564 | 61,4 | 10,9 | 62,1 | 11,0 | 2,17 M | 28 542 |
| Espagne | 1 594 | 165,1 | 10,4 | 200,5 | 12,6 | 9,93 M | 20 192 |
| Allemagne | 4 329 | 427,2 | 9,9 | 508,1 | 11,7 | 18,71 M | 27 157 |
| Pays-Bas | 1 115 | 68,8 | 6,2 | 69,3 | 6,2 | 3,68 M | 18 841 |
| UE-27 | 18 043 | 1 928,4 | 10,7 | 2 191,0 | 12,1 | 97,11 M | 22 562 |
Un point souvent affirmé et qui se révèle faux : la France ne verse pas particulièrement beaucoup de pensions de réversion. Elles pèsent 1,38 % du PIB en France, contre 1,46 % pour la moyenne UE-27, 1,87 % en Allemagne, 2,42 % en Italie et 2,22 % en Espagne. Une fois la survie ajoutée, l'écart France/Allemagne se resserre : 3,0 points de PIB au lieu de 3,5.
Et la générosité par tête est bien moins spectaculaire que l'écart en % du PIB. Rapportée au nombre de personnes de 65 ans et plus, la dépense française dépasse l'allemande de +7,8 % seulement (29 272 € contre 27 157 €), alors qu'elle la dépasse de +25 % en points de PIB. L'essentiel de l'écart tient donc au dénominateur PIB — c'est-à-dire à la richesse produite par habitant — et non à des pensions beaucoup plus généreuses.
Taux de remplacement agrégé (rapport de la pension médiane des 65-74 ans au revenu d'activité médian des 50-59 ans, Eurostat 2024) : Espagne 0,81, Italie 0,79, France 0,61, UE-27 0,60, Suède 0,59, Pays-Bas 0,57, Allemagne 0,49.
Deux lectures, donc. En part du PIB, la France est deuxième derrière l'Italie et 2,7 points au-dessus de la moyenne UE. En montant par personne âgée, elle est première du panel, 30 % au-dessus de la moyenne européenne et 8 % au-dessus de l'Allemagne. La générosité est réelle, mais l'ordre de grandeur de l'écart change du simple au triple selon la mesure retenue.
Sur le périmètre plus large des pensions tous régimes (ESSPROS, 2022) : France 14,81 % du PIB, Italie 15,48 %, Espagne 12,98 %, Allemagne 11,58 %, Suède 10,74 %, Pays-Bas 10,56 %, moyenne UE 12,21 %.
Selon le COR (rapport 2026) : dépenses de 422 Md€ en 2025, soit 14,1 % du PIB et 24,3 % de la dépense publique totale. Solde −5,1 Md€ en 2025, −6,8 Md€ prévus en 2030, et une trajectoire qui se dégrade nettement à long terme (−2,4 % du PIB en 2070).
Eurostat gov_10a_exp (COFOG 10.2) et spr_exp_pens ; COR, rapport annuel 2026. La dépense par personne de 65 ans et plus est un calcul dérivé.
Les retraités ont-ils un niveau de vie supérieur aux actifs ?
En 2022, le niveau de vie médian des retraités et celui de l'ensemble de la population sont identiques : 2 030 € par mois. Le paradoxe apparent — pensions individuellement inférieures aux salaires, niveau de vie équivalent — s'explique par la structure des ménages : les retraités ont moins d'enfants à charge.
En intégrant l'avantage d'être propriétaire (70 % le sont), leur niveau de vie médian était 9,5 % supérieur à celui de l'ensemble en 2019. En comparaison OCDE, le revenu moyen des retraités français atteint 94 % du revenu moyen contre 87 % en moyenne OCDE, et la pauvreté des 65 ans et plus y est très faible (≈6 % contre 15 %).
Signal à surveiller : le COR projette une érosion du niveau de vie relatif des retraités, de 100,2 % en 2023 à 90,3 % en 2070. Entre 2021 et 2022, il a déjà reculé alors que celui du reste de la population progressait.
DREES, fiche 9 (2025) ; COR, rapport 2026.
Combien coûterait un retour à 60, 62 ou 63 ans ?
Ordre de grandeur : chaque année d'âge légal vaut environ 10 à 15 Md€ par an à horizon 2030. Un retour de 64 à 63 ans coûterait donc 12-15 Md€/an, à 62 ans environ 25-30 Md€/an. Le passage de 62 à 60 ans est chiffré entre 20 et 41 Md€ par an, en cumulant les pensions versées plus tôt et la perte de cotisations liée aux carrières écourtées.
Fondation IFRAP (organisme non neutre, libéral), à partir de données COR/DREES/Insee et de simulations CNAV pour le Sénat.
Peut-on équilibrer sans toucher à l'âge ?
Le COR identifie quatre leviers : modération des pensions, hausse des cotisations salariés, hausse des cotisations employeurs, recul de l'âge — en précisant que les trois premiers sont « récessifs » alors que le quatrième accroît l'offre de travail.
Ordres de grandeur : le gel des seules pensions de base rapporterait environ 5,7 Md€/an, étendu aux complémentaires 7,6 Md€/an, avec les minima sociaux environ 10 Md€/an. Levier structurel le plus important : le taux d'emploi des 55-64 ans, à 60,3 % en France contre 75,0 % en Allemagne.
Sur une vie entière, combien d'heures travaille-t-on ?
Le résultat dépend entièrement du dénominateur choisi — et les trois mesures donnent trois réponses opposées.
| Mesure (2024) | France | Allemagne | Moyenne UE |
|---|---|---|---|
| Salariés à temps plein | 1 664 h | 1 785 h | 1 784 h |
| Ensemble des personnes en emploi | 1 509 h | 1 334 h | 1 610 h |
| Rapporté aux 15-64 ans | 1 094 h | 1 164 h | 1 233 h |
« Ensemble des personnes en emploi » — la définition du Bureau international du travail : toute personne d'au moins 15 ans qui a travaillé au moins une heure durant la semaine de référence contre rémunération, ou qui, ayant un emploi, en était temporairement absente (congés, maladie, chômage partiel). Le critère est extraordinairement bas : un salarié à 2 h par semaine et un cadre à 45 h comptent identiquement. Indépendants inclus. Un taux d'emploi ne mesure donc jamais un volume de travail — d'où la nécessité de la troisième ligne.
« Rapporté aux 15-64 ans » — le dénominateur est la population résidente de 15 à 64 ans, sans aucune condition d'activité : étudiants, personnes au foyer, préretraités, personnes en incapacité, chômeurs, tout le monde y figure. C'est ce qui distingue le taux d'emploi du taux de chômage (chômeurs rapportés aux seuls actifs) et du taux d'activité.
Le sens de l'écart est l'inverse de ce qu'on croit souvent. C'est l'Allemagne qui travaille le moins d'heures par personne en emploi — 1 334 h contre 1 509 h en France, soit 175 h de moins, plus de quatre semaines. Mais rapporté à la population en âge de travailler, l'Allemagne repasse devant : 1 164 h contre 1 094 h, soit +6,4 %.
La décomposition exacte de l'écart franco-allemand
L'identité est comptable : heures par habitant de 15-64 ans = (heures par personne en emploi) × (emplois ÷ population de 15-64 ans).
| 2024 | France | Allemagne | Rapport |
|---|---|---|---|
| Heures par personne en emploi | 1 512 | 1 345 | 0,889 — −11,1 % |
| Emplois ÷ population 15-64 ans | 72,3 % | 86,5 % | 1,196 — +19,6 % |
| Heures par habitant de 15-64 ans | 1 094 | 1 164 | 1,064 — +6,4 % |
L'effet emploi l'emporte donc largement sur l'effet durée. Et le déficit d'heures par personne allemand vient entièrement du temps partiel, pas d'une semaine de travail plus courte :
- Temps partiel : 29,0 % de l'emploi en Allemagne contre 16,8 % en France (42,7 % aux Pays-Bas). C'est le mécanisme central.
- Durée hebdomadaire des temps pleins : 40,2 h en Allemagne contre 39,9 h en France. L'écart est de 0,3 heure, à l'avantage de l'Allemagne — la durée conventionnelle française plus courte ne joue pratiquement aucun rôle.
- Contrefactuel : si l'Allemagne avait le taux de temps partiel français, ses heures annuelles par personne en emploi passeraient de 1 334 à environ 1 432 h — donc au-dessus de la France.
Projection sur une carrière
| Pays | Heures/an (2024) | Durée espérée de vie active | Heures cumulées | À 40 ans de carrière |
|---|---|---|---|---|
| France | 1 509 | 37,5 ans | ≈ 56 600 h | ≈ 60 400 h |
| Allemagne | 1 334 | 40,2 ans | ≈ 53 600 h | ≈ 53 400 h |
| Royaume-Uni | 1 524 | 39,2 ans (2018) | ≈ 59 800 h | ≈ 61 000 h |
| États-Unis | 1 810 | n.d. | non calculable | ≈ 72 400 h |
Résultat surprenant : à durée de vie active donnée, la France n'est pas en bas du classement — elle dépasse l'Allemagne, dont les salariés travaillent beaucoup moins d'heures par an. L'écart français ne vient pas de la durée annuelle mais de la durée de vie active (37,5 ans contre 40,2 en Allemagne) et surtout du taux d'emploi. Les États-Unis sont hors norme : +28 % d'heures annuelles par rapport à la France.
Rexecode (proche du patronat), durée effective du travail 2024 ; OCDE, heures annuelles moyennes ; Eurostat lfsi_dwl_a (durée espérée de vie active).
Le taux d'emploi par tranche d'âge : où se situe exactement le décrochage
Taux d'emploi par tranche d'âge, 2024
En % de la population de chaque tranche.
Eurostat, lfsi_emp_a, taux d'emploi par tranche d'âge, 2024, champ population de 15 à 64 ans en ménages ordinaires.
| Taux d'emploi 2024, % | 15-24 | 25-54 | 55-64 | 60-64 | 15-64 |
|---|---|---|---|---|---|
| Pays-Bas | 76,0 | 86,9 | 75,3 | 68,7 | 82,3 |
| Suède | 43,0 | 86,1 | 78,1 | 69,5 | 76,7 |
| Allemagne | 51,0 | 85,0 | 75,0 | 66,6 | 77,2 |
| UE-27 | 34,9 | 82,4 | 65,2 | — | 70,7 |
| France | 34,4 | 82,9 | 60,3 | 42,4 | 68,8 |
| Espagne | 24,9 | 78,7 | 61,1 | — | 66,1 |
| Italie | 19,7 | 74,5 | 59,0 | 47,2 | 62,2 |
Le rattrapage sur les seniors est réel mais lent
| Taux d'emploi des 55-64 ans | 2003 | 2010 | 2019 | 2024 | 2025 |
|---|---|---|---|---|---|
| France | 38,2 | 41,0 | 54,5 | 60,3 | 61,7 |
| Allemagne | 39,4 | 57,8 | 72,7 | 75,0 | 75,3 |
| Écart | −1,2 | −16,8 | −18,2 | −14,7 | −13,6 |
Les deux pays étaient au même niveau en 2003. L'Allemagne a gagné 33 points entre 2003 et 2019, la France 16. L'écart culmine à −18,2 points en 2019 puis se résorbe : −14,7 en 2024, −13,6 en 2025, la France progressant désormais deux fois plus vite. Au rythme des six dernières années, la convergence demanderait encore une trentaine d'années.
Eurostat lfsi_emp_a et lfsa_ergan, 2024-2025 ; OCDE, heures annuelles moyennes ; Eurostat nama_10_a10_e et demo_pjanbroad pour les heures par habitant.
Et si on travaillait autant que nos voisins ? Une hypothèse chiffrée
L'exercice est légitime mais mérite d'être fait proprement, parce qu'il donne un résultat contre-intuitif.
L'écart pertinent n'est pas la durée annuelle par personne en emploi — où la France fait mieux que l'Allemagne — mais la quantité de travail par habitant en âge de travailler : 1 094 h en France contre 1 164 h en Allemagne, soit +6,4 %.
Cette quantité mesure l'ensemble du travail fourni par la population de 15 à 64 ans, quelle que soit la façon dont il est réparti : elle intègre à la fois le taux d'emploi, le temps partiel et la durée du travail. Elle ne suppose pas un âge de départ à la retraite identique — les 65 ans et plus sont hors du champ dans les deux pays.
À productivité horaire inchangée, +6,4 % d'heures travaillées donnerait environ +6,4 % de PIB, soit de l'ordre de +192 Md€ sur une base de 2 995 Md€. Avec un taux de prélèvements obligatoires de 43,4 %, cela représenterait environ +83 Md€ de recettes publiques par an — soit près de 3 points de PIB, c'est-à-dire environ l'équivalent du déficit structurel français.
Une version plus ambitieuse de l'exercice, en visant la moyenne UE-27 (1 233 h, soit +12,7 %), donnerait environ +380 Md€ de PIB et +165 Md€ de recettes. Mais cette moyenne inclut des pays à durée du travail nettement plus longue et à niveau de vie plus faible : la cible allemande est la plus pertinente.
Pourquoi ce chiffre est un plafond théorique, et non une prévision :
- La productivité horaire baisserait probablement. Les heures supplémentaires viendraient de personnes aujourd'hui hors emploi — jeunes, seniors, chômeurs de longue durée — dont la productivité initiale est inférieure à la moyenne. L'effet sur le PIB serait donc inférieur à 9,7 %.
- Les dépenses baisseraient aussi, ce que le calcul ignore : moins de chômage indemnisé, plus de cotisations retraite. L'effet sur le solde serait donc supérieur au seul effet recettes.
- Ce n'est pas un levier actionnable par décret. L'écart vient du taux d'emploi des jeunes (34,4 % contre 51,0 % en Allemagne) et des seniors (60,3 % contre 75,0 %). Le combler suppose de transformer l'apprentissage, l'emploi des seniors et la formation — pas d'allonger la durée du travail de ceux qui travaillent déjà.
- L'ordre de grandeur reste juste. Même en divisant l'effet par deux pour tenir compte de la productivité marginale décroissante, on obtient environ 1,4 point de PIB de recettes supplémentaires — la moitié du déficit structurel, sans aucune hausse de prélèvement. Le taux d'emploi est, arithmétiquement, le premier levier budgétaire français.
Qu'est-ce qui réduit les heures travaillées dans une vie ?
| Indicateur | France | Allemagne | Référence |
|---|---|---|---|
| Âge moyen de fin d'études | 20,7 ans | — | — |
| Durée hebdomadaire habituelle | 36,1 h | — | UE : 36,3 h |
| Congés annuels | 32 jours | — | UE : 25 jours |
| Taux d'emploi 15-24 ans (2024) | 34,4 % | 51,0 % | — |
| Taux d'emploi 25-54 ans | 82,9 % | 85,0 % | — |
| Taux d'emploi 55-64 ans | 60,3 % | 75,0 % | P.-Bas : 75,3 % |
| Durée espérée de vie active (2025) | 37,5 ans | 40,2 ans | — |
La durée hebdomadaire française est dans la moyenne européenne. Ce qui distingue la France : entrée tardive dans l'emploi, sortie précoce, et un taux d'emploi des jeunes inférieur de 17 points à l'allemand. La vie active est raccourcie aux deux bouts.
Trésor-Éco n° 239 ; Eurostat lfsi_emp_a et lfsi_dwl_a, 2024-2025.
Emploi, chômage et coût du travail
Deux questions, traitées séparément. Pourquoi si peu de Français travaillent-ils par rapport aux Allemands et aux Néerlandais — et l'écart est-il aussi grand qu'il en a l'air ? Puis : que peut-on faire pour faire baisser le chômage et fluidifier le marché du travail, et que vaut la preuve derrière chaque levier proposé ?
L'écart de taux d'emploi se concentre aux deux extrémités de la vie active : les 25-54 ans français sont à moins de deux points de l'Allemagne. Face aux Pays-Bas, l'essentiel de l'écart est un artefact de comptage — il tombe de 13,0 à 0,7 point en équivalent temps plein. Face à l'Allemagne, il est plus réel mais se réduit de 61 %. Le seul écart qui résiste à toutes les corrections est celui des 60-64 ans, qui passe entièrement par l'inactivité et non par le chômage.
Côté leviers, le résultat est inconfortable : le mieux évalué (l'accompagnement intensif) n'a pas d'effet net agrégé, deux leviers populaires ont un résultat d'évaluation négatif, et le plus prometteur sur le plan du raisonnement — la réforme de la procédure prud'homale — n'a jamais été évalué nulle part.
Pourquoi si peu de Français travaillent
On localise l'écart avant de l'expliquer : quelles tranches d'âge, quel sexe, et ce qui en subsiste quand on compte des heures plutôt que des têtes. Puis les deux bouts de la vie active, où tout se joue.
D'où vient exactement l'écart de taux d'emploi avec l'Allemagne et les Pays-Bas ?
Le taux d'emploi des 15-64 ans est de 69,3 % en France, 77,2 % en Allemagne et 82,3 % aux Pays-Bas. Avant de chercher des causes, il faut savoir où se situent ces 7,9 et 13,0 points. La décomposition ci-dessous est une identité arithmétique : la contribution de chaque tranche d'âge est son poids dans la population française multiplié par l'écart de taux d'emploi, et les contributions s'additionnent exactement à l'écart total.
| Taux d'emploi par tranche d'âge, 2025 | France | Allemagne | Pays-Bas |
|---|---|---|---|
| 15-24 ans | 34,5 | 50,8 | 76,0 |
| 25-54 ans | 83,0 | 84,9 | 86,7 |
| 55-59 ans | 78,8 | 83,1 | 81,9 |
| 60-64 ans | 44,4 | 67,6 | 69,5 |
| 65-69 ans | 10,8 | 23,2 | 29,5 |
| 15-64 ans | 69,3 | 77,2 | 82,3 |
Ce qui compose l'écart de taux d'emploi
Contribution de chaque tranche d'âge, en points de taux d'emploi des 15-64 ans, 2025.
Eurostat, lfsa_ergan (taux d'emploi par âge) et lfsa_pganws (population par âge), données annuelles 2025, champ ménages ordinaires. Décomposition calculée par nos soins : contribution = poids de la tranche dans la population française × écart de taux. À ces contributions s'ajoute un effet de structure démographique — les pyramides des âges diffèrent — de +0,77 point face à l'Allemagne et de −0,06 point face aux Pays-Bas, qui n'apparaît pas sur le graphique. Avec lui, la somme reconstitue exactement les 7,87 et 13,03 points d'écart.
Ce n'est pas un problème d'emploi féminin
| Taux d'emploi des 15-64 ans par sexe, 2025 | France | Allemagne | Pays-Bas |
|---|---|---|---|
| Hommes | 71,9 | 80,2 | 85,7 |
| Femmes | 66,7 | 74,1 | 78,9 |
| Écart hommes − femmes | 5,2 | 6,1 | 6,8 |
| Contribution à l'écart total : hommes / femmes | — | 51,5 % / 47,3 % | 52,1 % / 47,4 % |
Hommes et femmes contribuent à parts quasi égales aux deux écarts. Mieux : la France a le plus petit écart de genre des trois pays. Le taux d'emploi féminin français est bas en niveau, mais élevé relativement à celui des hommes français — et, comme la fiche suivante le montre, les Françaises qui travaillent travaillent beaucoup plus longtemps que les Allemandes et surtout que les Néerlandaises.
- L'écart français se concentre aux deux extrémités de la vie active, pas au milieu. Les 25-54 ans français sont à moins de deux points de l'Allemagne.
- Face à l'Allemagne, jeunes et seniors pèsent à peu près autant — 40 % et 36 % de l'écart.
- Face aux Pays-Bas, les jeunes font à eux seuls 61 % de l'écart. La fiche suivante montre que cette contribution est très largement un artefact du comptage en têtes.
- Le sexe n'est pas une clé de lecture pertinente ici : la France a le plus faible écart hommes-femmes des trois pays.
Et si on comptait des heures plutôt que des têtes ? L'écart fond
Un taux d'emploi compte des personnes, pas du travail. Une Néerlandaise employée quatorze heures par semaine et une Française employée trente-cinq heures comptent chacune pour une unité. Or les Pays-Bas ont le taux de temps partiel le plus élevé du monde développé : le rapport gouvernemental néerlandais IBO Deeltijdwerk l'écrit sans détour — « nulle part au monde les femmes ne travaillent aussi souvent à temps partiel ».
| 2025, 15-64 ans | France | Allemagne | Pays-Bas |
|---|---|---|---|
| Part du temps partiel dans l'emploi | 16,9 % | 29,4 % | 42,7 % |
| — femmes | 25,9 % | 48,6 % | 63,3 % |
| — hommes | 8,4 % | 12,2 % | 23,9 % |
| Durée hebdomadaire habituelle, emploi principal | 37,0 h | 34,8 h | 31,5 h |
| — femmes | 34,8 h | 31,0 h | 27,4 h |
| — hommes | 39,1 h | 38,3 h | 35,3 h |
Une Néerlandaise en emploi travaille en moyenne 27,4 heures par semaine, une Française 34,8 — soit 27 % de plus pour la Française.
Le taux d'emploi, en têtes puis en équivalent temps plein
2025. L'équivalent temps plein rapporte l'emploi à une base de 40 heures hebdomadaires.
Eurostat, lfsi_emp_a (taux d'emploi) et lfsa_ewhun2 (durée hebdomadaire habituelle dans l'emploi principal), 2025. Eurostat ne publie pas d'indicateur « taux d'emploi en équivalent temps plein » : le calcul est le nôtre, selon la convention usuelle d'un équivalent temps plein à 40 heures, hors emplois secondaires. Une convention différente déplacerait les niveaux, pas le renversement de classement.
Le seul indicateur qui neutralise tout : les heures par habitant
| France | Allemagne | Pays-Bas | |
|---|---|---|---|
| Mesure A — comptabilité nationale, 2024 | |||
| Heures par personne en emploi | 1 512 | 1 345 | 1 453 |
| Heures par habitant de 15 à 64 ans | 1 120 | 1 170 | 1 307 |
| Indice, France = 100 | 100 | 104,4 | 116,7 |
| Mesure B — enquêtes forces de travail, 2024 | |||
| Heures par personne en emploi | 1 595 | 1 539 | 1 354 |
| Heures par habitant de 15 à 64 ans | 1 105 | 1 212 | 1 132 |
| Indice, France = 100 | 100 | 109,7 | 102,4 |
Mesure A : Eurostat, nama_10_a10_e, heures totales travaillées et emploi intérieur, 2024 ; rapport calculé par nos soins et contrôlé sur la tranche 15-74, qui donne le même classement. Mesure B : Rexecode, document de travail n° 98, décembre 2025 — institut proche des organisations patronales, à traiter comme contribution au débat ; méthode : taux d'emploi × durée annuelle effective issue des enquêtes emploi harmonisées.
Le temps partiel français est le plus rare et le plus subi
| Temps partiel involontaire, 2025 | France | Allemagne | Pays-Bas |
|---|---|---|---|
| En % de l'emploi à temps partiel | 21,2 % | 5,3 % | 2,2 % |
| Rapporté à la population de 15-64 ans | 2,48 % | 1,20 % | 0,77 % |
C'est le renversement complet de la lecture naïve : la France a peu de temps partiel, mais c'est le plus contraint des trois. Rapportée à sa population, elle compte deux fois plus de personnes en temps partiel subi que l'Allemagne et trois fois plus que les Pays-Bas.
L'Allemagne comptait 7,9 millions de personnes en emploi faiblement rémunéré au 30 juin 2025, dont 4,38 millions à titre exclusif. Rémunération plafonnée à 556 € par mois, exonérée d'impôt et de cotisations maladie, dépendance et chômage. Ils sont intégralement comptés dans l'emploi : le Bureau international du travail considère comme occupée toute personne ayant travaillé au moins une heure dans la semaine de référence, donc un mini-jobber compte pour une unité entière, comme un salarié à temps plein.
Les seuls mini-jobs exclusifs de 15 à 64 ans (environ 3,29 millions de personnes) représentent 6,25 points de taux d'emploi allemand, à comparer aux 7,87 points d'écart avec la France.
Avertissement : ce chiffre est un ordre de grandeur arithmétique, pas un contrefactuel. Il ne dit pas que supprimer les mini-jobs ramènerait l'Allemagne au niveau français — la France a elle aussi des emplois très courts, et une partie des mini-jobbers basculerait vers un emploi ordinaire. Aucune évaluation de ce scénario n'existe. Ce qu'il établit, c'est l'échelle.
- L'avantage néerlandais est un avantage de comptage, pas de travail. Les Pays-Bas n'ont pas beaucoup plus de travail par personne : ils ont beaucoup plus de personnes qui travaillent peu. En équivalent temps plein, l'écart avec la France tombe de 13,0 à 0,7 point.
- Les Néerlandais à temps complet ne travaillent pas plus que les Français : 1 677 heures contre 1 673 en 2023. Toute la différence est de composition, pas d'intensité.
- L'avantage allemand résiste mieux — l'Allemagne prend même la première place en équivalent temps plein — mais il repose lui aussi en partie sur des emplois très courts : les mini-jobs pèsent l'équivalent de 79 % de l'écart franco-allemand.
- Ce qui reste incontestable : la France a le temps partiel le plus subi des trois, et le passage aux heures ne fait pas disparaître son retard — il le divise par deux à cinq selon la mesure et le pays de comparaison.
Les seniors : l'âge légal ne suffit pas à expliquer l'écart
C'est l'hypothèse évidente, et elle est vraie comme cadrage, insuffisante comme explication. Trois faits l'établissent.
| Taux d'emploi de fin de carrière, 2025 | France | Allemagne | Pays-Bas | Écart FR/DE |
|---|---|---|---|---|
| 55-59 ans | 78,8 | 83,1 | 81,9 | −4,3 |
| 60-64 ans | 44,4 | 67,6 | 69,5 | −23,2 |
| 65-69 ans | 10,8 | 23,2 | 29,5 | −12,4 |
| 55-64 ans | 61,7 | 75,3 | 75,8 | −13,6 |
Premier fait : l'écart est tout entier après 60 ans. À 55-59 ans, la France est à trois ou quatre points de ses voisins — le problème y est réglé, et la série le confirme : 48,6 % en 1995, 78,8 % en 2025, soit +30,2 points. À 60-64 ans, l'écart est cinq à six fois plus grand.
| Situation des 60-64 ans, 2025 | France | Allemagne | Pays-Bas |
|---|---|---|---|
| En emploi | 44,4 % | 67,6 % | 69,5 % |
| Au chômage, rapporté à la population de la tranche | 2,6 % | 2,0 % | 1,7 % |
| Inactifs | 53,0 % | 30,4 % | 28,7 % |
Deuxième fait, et c'est le plus net : la totalité de l'écart passe par l'inactivité, pas par le chômage. Le chômage des 60-64 ans est quasi identique dans les trois pays. Les seniors français ne sont pas au chômage : ils ont quitté la population active. Si la France avait le taux d'inactivité allemand à 60-64 ans, 966 000 personnes de plus seraient dans la population active.
Le « sas » entre l'emploi et la retraite
| Situation l'année précédant la liquidation de la pension | Ensemble | Femmes | Hommes |
|---|---|---|---|
| En emploi | 68 % | 63 % | 72 % |
| Chômage | 13 % | 14 % | 12 % |
| Maladie ou invalidité | 7 % | — | — |
| Hors de tout dispositif public identifié | 12 % | — | — |
| Non en emploi | 32 % | 37 % | 28 % |
DREES, Les retraités et les retraites, édition 2025, fiche 20, échantillon interrégimes de cotisants 2017, génération 1950. Le Sénat (rapport n° 749, 2018-2019) donne un cadrage complémentaire sur l'ensemble de la trajectoire : « plus de la moitié de la génération née en 1946 a connu une période de chômage ou d'inactivité entre l'emploi et la retraite ».
Troisième fait : près d'un nouveau retraité sur trois n'était pas en emploi juste avant de liquider sa pension — et plus d'une femme sur trois. L'âge de départ ne dit rien de ce qui se passe avant lui. L'assurance chômage documente précisément ce pont : 27 mois d'indemnisation à partir de 57 ans, un pic d'entrées à 59 ans que l'Unédic qualifie elle-même d'« effet d'aubaine », et 85 % des sortants à 62 ans qui basculent directement vers la retraite.
Ce que la France a construit puis démonté
| Dispositif de cessation anticipée | Effectifs | Fermeture |
|---|---|---|
| Garantie de ressources (1972, 1977) — 60-64 ans, 70 % du brut | 418 000 au pic en 1984 | 1983 |
| Contrats de solidarité (1982) | ≈ 200 000 en 18 mois | fin 1983 |
| Préretraite progressive (1982) | 26 800 entrées en 1995 | réforme de 2003 |
| ARPE (1995) | 43 000 entrées en 1998 | début des années 2000 |
| ASFNE / FNE — dès 56 ans, 65 % du brut | ≈ 23 000 en 1997 | supprimée en décembre 2011 |
| Dispense de recherche d'emploi — chômeurs seniors dispensés de rechercher, hors statistiques du chômage | ≈ 6 % des 55-64 ans | 1er janvier 2012 |
Au début des années 2000, le Sénat estime qu'environ 10 % des 55-64 ans bénéficiaient d'un dispositif de cessation anticipée. Et la réaction du taux d'emploi est éloquente : entre 1995 et 2000, le taux d'emploi des 55-59 ans français est resté strictement plat (48,6 → 48,1) pendant que les Pays-Bas décollaient. Le mouvement français ne commence qu'après 2003 — après la fermeture de la préretraite progressive — et s'accélère entre 2010 et 2012.
- L'écart senior est entièrement situé après 60 ans — 23 points face à l'Allemagne contre 4 points à 55-59 ans.
- Il passe par l'inactivité, pas par le chômage. Les taux de chômage des 60-64 ans sont identiques dans les trois pays. 966 000 personnes séparent la France de l'inactivité allemande.
- Un tiers des nouveaux retraités n'était pas en emploi l'année précédente. Le problème n'est pas seulement l'âge de sortie du système, c'est le sas de plusieurs années qui le précède — chômage indemnisé long, invalidité, et 12 % hors de tout dispositif identifié.
- La France a démantelé ses préretraites très tard, la dernière porte se fermant en 2012, et son taux d'emploi senior a réagi avec le décalage correspondant.
Le cas néerlandais des seniors : de 13,6 % à 69,5 % en trente ans
C'est la trajectoire la plus spectaculaire d'Europe, et elle contient une leçon d'ordonnancement des réformes.
Taux d'emploi des 60-64 ans, France et Pays-Bas
1995-2025. Les Pays-Bas partaient d'un niveau plus bas que la France.
Eurostat, lfsa_ergan, taux d'emploi des 60-64 ans, données annuelles. La série allemande n'est pas tracée : nous n'avons pu vérifier que ses deux extrémités sur source primaire, et nous ne complétons pas une courbe par interpolation.
Les trois temps de la réforme néerlandaise
| Étape | Contenu | Effet sur le taux d'emploi des 60-64 |
|---|---|---|
| 1997-1999 — Neutralisation actuarielle | Conversion, secteur par secteur, des régimes de sortie anticipée par répartition (VUT) en prépensions capitalisées et actuariellement neutres : l'accès reste possible mais le report est récompensé. Bascule du fonds des fonctionnaires au 1er avril 1997, de la santé au 1er janvier 1999. | — |
| 1er janvier 2006 — Fin de l'avantage fiscal | La loi VPL met fin à la déductibilité fiscale des cotisations de sortie anticipée pour les générations nées à partir de 1950. C'est la mesure qui rend ces dispositifs inintéressants pour l'employeur comme pour le salarié. | +20,4 pts entre 2005 et 2012 |
| 2013-2025 — Relèvement de l'âge légal | Âge de l'AOW porté de 65 à 67 ans en 2024, puis indexé sur l'espérance de vie : depuis l'accord de 2019, +3 mois pour 4,5 mois d'espérance de vie gagnée. | +26,7 pts entre 2012 et 2025 |
Les deux leviers ont produit chacun environ la moitié du mouvement. Mais l'accélération de 2005 à 2012 précède tout relèvement de l'âge légal, qui n'a commencé qu'en 2013 — elle ne peut donc pas lui être imputée. Les Pays-Bas ont fermé les voies de sortie avant de relever l'âge légal, et la première étape a produit à elle seule un gain considérable. C'est le point le plus transposable du dossier néerlandais.
Le mécanisme a été mesuré. Euwals, van Vuuren et Wolthoff exploitent le décalage temporel des réformes entre secteurs — les fonctionnaires et l'enseignement traités en 1997, la santé et les télécoms servant de groupe de contrôle — sur un panel de 2 937 personnes employées à 55 ans. Résultat : c'est l'effet-prix qui domine. Une hausse de 100 000 € du gain à rester allonge la carrière d'environ huit mois ; une baisse de 100 000 € du patrimoine retraite ne l'allonge que de cinq à six mois. Ce n'est pas d'appauvrir les futurs retraités qui les fait travailler plus longtemps, c'est de rendre le report payant.
Les autres facteurs français, et ce qu'ils pèsent réellement
| Facteur | Mesure | Ce qu'il explique |
|---|---|---|
| Formation continue après 50 ans | France 35,5 % · Allemagne 58,9 % · Pays-Bas 55,1 % | Le plus grand écart institutionnel identifié. Mais corrélation transversale, pas causalité. |
| Profil de rémunération | non chiffré | La France a une croissance continue du salaire à tous les âges pour les emplois non manuels, l'Allemagne des salaires plats après 40-49 ans (OFCE). Le décrochage salaire/productivité peut freiner l'embauche. |
| Discrimination à l'embauche mesurée par testing | −4,6 pts de taux de rappel à 51-52 ans | Réelle et significative pour les responsables administratifs du privé, non significative pour les aides-soignants. Trop faible d'un ordre de grandeur pour expliquer 23 points d'écart d'emploi. |
| Licenciements pour inaptitude | 1 licenciement sur 4 chez les 55 ans et plus | Indice d'usure professionnelle, non chiffrée par ailleurs sur source primaire. |
OFCE, Revue de l'OFCE n° 184, 2024, « Maintien des seniors dans l'emploi en Europe » (formation continue, profils salariaux) ; Challe, L'Horty, Petit & Wolff, TEPP, rapport n° 2025-07 — 3 375 candidatures fictives en réponse à 675 offres, Île-de-France, novembre 2023 à mars 2024 ; Unédic (licenciements pour inaptitude).
Les jeunes : ce que le taux d'emploi néerlandais mesure vraiment
Les 15-24 ans font 61 % de l'écart avec les Pays-Bas et 40 % de l'écart avec l'Allemagne. Mais ces deux contributions ne recouvrent pas du tout la même réalité, et la décomposition ci-dessous le montre en une ligne.
| Les 15-24 ans, 2025, en % de la classe d'âge | France | Allemagne | Pays-Bas |
|---|---|---|---|
| En formation | 72,2 | 70,5 | 77,9 |
| — dont en emploi | 17,8 | 29,4 | 57,8 |
| — dont hors emploi | 54,4 | 41,0 | 20,1 |
| Hors formation | 27,4 | 29,5 | 22,1 |
| — dont en emploi | 16,4 | 21,3 | 18,2 |
| — dont ni en emploi ni en formation (NEET) | 11,0 | 8,2 | 3,9 |
| Total en emploi | 34,2 | 50,7 | 76,0 |
Trois quarts des jeunes Néerlandais en emploi sont en même temps en formation (76,1 %, contre 52,0 % en France). Et 74 % des jeunes Néerlandais en formation travaillent, contre 41,7 % des Allemands et 24,7 % des Français.
Heures travaillées par personne de 15 à 24 ans
Par semaine, rapportées à toute la classe d'âge et non aux seuls jeunes en emploi. 2025.
Calcul par nos soins : taux d'emploi des 15-24 ans (Eurostat lfsa_ergan) × durée hebdomadaire habituelle dans l'emploi principal des 15-24 ans (Eurostat lfsa_ewhun2), 2025. Décomposition emploi/formation : Eurostat edat_lfse_18, contrôlée sur lfsi_neet_a — les deux séries indépendantes concordent exactement.
Refaite en heures, la contribution des jeunes à l'écart franco-néerlandais se réduit d'environ 70 %. Le premier facteur apparent de cet écart est donc, pour l'essentiel, un artefact du comptage en têtes d'emplois étudiants de quelques heures.
La nuance à ne pas perdre : le taux de NEET, lui, ne dépend pas du nombre d'heures. Et il est de 3,9 % aux Pays-Bas contre 11,0 % en France — 2,8 fois moins. Cet écart-là est réel, et c'est le seul qu'il faut chercher à combler.
L'organisation des études. La structure des cursus français — classes préparatoires, contrôle continu, calendrier universitaire — offre moins de créneaux compatibles avec un emploi d'appoint.
L'écosystème du temps partiel. Un marché où 42,7 % des emplois sont à temps partiel offre mécaniquement beaucoup plus de postes courts. Le rapport néerlandais IBO Deeltijdwerk fait remonter cette structure à l'accord de Wassenaar de 1982 : deux tiers des emplois créés après 1982 étaient à temps partiel, et les conventions collectives ont progressivement ouvert un droit à demander le temps partiel.
Le coût d'un jeune. Le salaire minimum néerlandais est dégressif par âge, ce qui rend économiquement viables des emplois d'appoint que la France, avec un SMIC unique, ne peut pas offrir au même coût.
- Le taux d'emploi des jeunes n'est pas un bon indicateur de comparaison. Il mélange des apprentis à temps quasi complet, des étudiants à quelques heures et des jeunes sortis du système.
- L'écart avec les Pays-Bas est à 70 % un artefact de comptage. En heures, l'Allemagne passe devant les Pays-Bas.
- L'écart réel se lit sur le NEET : 11,0 % en France, 8,2 % en Allemagne, 3,9 % aux Pays-Bas. C'est 2,8 fois plus de jeunes déconnectés à la fois de l'emploi et de la formation.
- Les deux voisins y parviennent par des chemins opposés : l'Allemagne par l'apprentissage à temps quasi complet, les Pays-Bas par la conjonction d'une participation record à la formation (77,9 %) et d'un petit boulot pour les trois quarts des étudiants.
L'apprentissage a-t-il refermé l'écart avec l'Allemagne ? Le test par le comptage
Le taux d'emploi des 15-24 ans français est de 34,5 % contre 50,8 % en Allemagne : seize points d'écart. C'est l'un des chiffres les plus cités du débat, et l'un des plus mal utilisés, parce que le taux d'emploi des jeunes est le pire indicateur possible pour comparer deux pays. Trois raisons, toutes vérifiables.
Taux d'emploi 15-24 — numérateur : les jeunes en emploi, apprentis et jobs étudiants compris, dès une heure par semaine. Dénominateur : toute la classe d'âge, étudiants inclus. Un pays où l'on étudie plus longtemps a mécaniquement un taux d'emploi plus faible, sans que cela dise quoi que ce soit sur son marché du travail. 72,2 % des 15-24 ans français sont en études ou en formation.
Taux de chômage 15-24 — dénominateur : les seuls actifs de 15-24 ans, soit 43 % de la classe d'âge en France. D'où un chiffre spectaculaire mais dont la base est très étroite.
Ratio chômage / population — même numérateur, dénominateur honnête : toute la classe d'âge.
Taux de NEET — ni en emploi, ni en études, ni en formation, rapporté à toute la classe d'âge. C'est le seul indicateur immunisé contre les conventions de comptage.
| 2025, 15-24 ans | France | Allemagne | Pays-Bas | UE-27 | États-Unis * |
|---|---|---|---|---|---|
| Taux d'emploi | 34,5 % | 50,8 % | 76,0 % | 34,5 % | 50,0 % |
| Taux d'activité | 43,0 % | 54,7 % | 83,3 % | 40,7 % | 55,6 % |
| Taux de chômage (% des actifs) | 19,8 % | 7,1 % | 8,8 % | 15,2 % | 10,0 % |
| Ratio chômage / population | 8,5 % | 3,9 % | 7,4 % | 6,2 % | 5,5 % |
| Part en études ou formation | 72,2 % | 70,5 % | 77,9 % | 73,9 % | — |
| NEET 15-24 | 11,0 % | 8,2 % | 3,9 % | 9,0 % | — |
| NEET 20-24 | 16,2 % | 10,0 % | 5,6 % | 12,9 % | — |
Eurostat, enquête forces de travail (EU-LFS), moyennes annuelles 2025, jeux lfsi_emp_a, une_rt_a, edat_lfse_20, edat_lfse_18 ; champ ménages ordinaires, France hors Mayotte. * États-Unis : BLS, Current Population Survey, moyennes annuelles 2025, champ 16-24 ans — le BLS ne couvre pas les 15 ans, ce qui surestime structurellement le taux américain de 2 à 4 points dans cette comparaison.
Trois façons de mesurer le sous-emploi des jeunes
2025. Le classement ne change pas, mais l'ampleur de l'écart franco-allemand est divisée par cinq selon l'indicateur.
Eurostat, mêmes jeux que le tableau ci-dessus, 2025. Les barres NEET des États-Unis sont absentes : le seul chiffre fédéral disponible (NCES, 13 % des 18-24 ans, American Community Survey 2022) porte sur une autre tranche d'âge, une autre source et un autre millésime — il n'est comparable à aucune colonne.
La question décisive : quelle part de l'écart est un artefact de comptage ?
En Allemagne comme en France, un apprenti a un contrat de travail : il est compté en emploi tout en étant en formation. Un lycéen professionnel sous statut scolaire ne l'est pas. Le taux d'emploi des jeunes mesure donc en partie le mode d'organisation de la formation professionnelle, pas la capacité du marché du travail à absorber les jeunes.
| Recalcul hors apprentis, 2024 | France | Allemagne | Écart |
|---|---|---|---|
| Taux d'emploi 15-24 | 34,4 % | 51,0 % | 16,6 pts |
| dont apprentis et alternants | 10,0 pts | 12,4 pts | 2,4 pts |
| Taux d'emploi hors apprentis | 24,4 % | 38,6 % | 14,2 pts |
L'effet de comptage explique aujourd'hui entre 1,2 et 2,4 points d'un écart de 16,6 points, soit environ 7 à 15 %. Les 85 à 93 % restants sont une différence réelle. Ce résultat est contre-intuitif et c'est le point le plus important du dossier : l'artefact était nettement plus fort avant 2018, quand la France comptait environ 5 points d'apprentis dans sa classe d'âge contre 12 à 13 en Allemagne. L'explosion de l'apprentissage français a largement refermé l'écart de comptage — sans refermer l'écart de taux d'emploi.
| Le test décisif | 2017 | 2024 | Variation |
|---|---|---|---|
| Taux d'emploi 15-24, France | 29,2 % | 34,4 % | +5,2 pts |
| Taux d'emploi 15-24, Allemagne | 45,9 % | 51,0 % | +5,1 pts |
| Écart France / Allemagne | 16,7 pts | 16,6 pts | −0,1 pt |
| Apprentis, part de la classe d'âge, France | ≈ 5,4 pts | 10,0 à 11,2 pts | +4,6 à +5,8 pts |
La hausse du taux d'emploi des jeunes français depuis 2017 est du même ordre de grandeur que la hausse du poids des apprentis dans la classe d'âge. Et l'écart avec l'Allemagne est inchangé.
| Le contrôle par le NEET, immunisé contre l'artefact | 2017 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| NEET 15-24, France | 11,4 % | 11,0 % | −0,4 pt |
| NEET 15-24, Allemagne | 6,3 % | 8,2 % | +1,9 pt |
| NEET 20-24, France | 17,5 % | 16,2 % | −1,3 pt |
| NEET 20-24, Allemagne | 9,1 % | 10,0 % | +0,9 pt |
Sur l'indicateur non manipulable, la France a gagné 0,4 point en huit ans sur les 15-24 et 1,3 point sur les 20-24. L'écart avec l'Allemagne s'est réduit de plus de deux points — mais davantage par la dégradation allemande que par l'amélioration française.
L'apprentissage français a crû sur les étudiants du supérieur, pas sur les jeunes peu qualifiés
Entrées annuelles en apprentissage, par niveau préparé
France, 2018-2024, en milliers de nouveaux contrats.
DG Trésor, Trésor-Éco n° 376, novembre 2025 (entrées par niveau) ; DEPP, note d'information n° 25.44, juillet 2025 (stocks au 31 décembre 2024) ; Dares, Dares Résultats n° 3, janvier 2026.
| Stock d'apprentis, France, 31 décembre 2024 | Effectif | Part | Évolution 2023-2024 |
|---|---|---|---|
| Secondaire | 392 035 | 37,3 % | +1,7 % |
| — dont CAP | 182 804 | 17,4 % | −2,6 % |
| — dont baccalauréat professionnel | 71 408 | 6,8 % | −1,1 % |
| — dont brevet professionnel | 40 409 | 3,8 % | −2,9 % |
| Supérieur (bac+2 et plus) | 657 930 | 62,7 % | +3,5 % |
| — dont BTS | 187 500 | 17,9 % | −1,2 % |
| — dont niveaux master et ingénieur | 253 262 | 24,1 % | +5,8 % |
| Total | 1 049 965 | 100 % | +2,8 % |
Les effectifs en CAP, bac pro et brevet professionnel baissent en 2024 — c'est-à-dire précisément les publics pour lesquels la littérature française identifie un effet propre de l'apprentissage sur l'insertion. Le seul segment en croissance forte est le niveau master-ingénieur, qui représente désormais près d'un apprenti français sur quatre. En Allemagne, la formation duale est intégralement de niveau secondaire : 62,7 % des apprentis français préparent un diplôme du supérieur, contre environ 0 % des apprentis du système dual allemand.
| Le coût de l'apprentissage, 2023 | France | Allemagne |
|---|---|---|
| Coût public par apprenti et par an | 14 700 € | 4 700 € |
| — dont subvention à l'employeur | 4 200 € | 76 € |
| — dont coût de formation | 8 381 € | 4 350 € |
| Dépense publique totale, apprentissage | 14,9 Md€ (6,1 Md€ en 2018) | — |
| — dont financement des CFA | 8,5 Md€ | — |
| — dont aides aux employeurs | 4,3 Md€ | — |
| Dépenses de tous les dispositifs d'emploi des jeunes, 2023 | 7,3 Md€, soit 2 × le niveau de 2017 | — |
DG Trésor, Trésor-Éco n° 376, novembre 2025 ; IGAS-IGF, revue de dépenses apprentissage et formation professionnelle, 2024 ; Cour des comptes, Rapport public annuel 2025, « Les politiques publiques en faveur des jeunes ».
Comité d'évaluation du plan France Relance, rapport final de janvier 2024 (France Stratégie), travaux de Sophie Maillard et Agathe Rosenzweig. Méthode : différence de discontinuités exploitant le seuil de 250 salariés, en comparant les entreprises de 50-245 et de 255-1 000 salariés sur 2019-2020.
Résultat : +7,2 % d'emploi apprenti pour 1 000 € d'aide supplémentaire ; environ 80 000 contrats supplémentaires en 2020 et 200 000 en 2022, soit environ la moitié de la croissance totale de l'apprentissage entre 2019 et 2022 ; coût d'environ 20 000 € par emploi créé. Si la moitié seulement de la croissance est imputable à l'aide, l'autre moitié relève d'autres facteurs, dont l'effet d'aubaine — mais le rapport ne publie pas de taux d'aubaine explicite.
Le système dual allemand se contracte — et il n'est pas ce qu'on croit
| Allemagne, formation duale | Valeur | Année |
|---|---|---|
| Taux de reprise en emploi après l'apprentissage (Übernahmequote) | 79 % (61 % en 2010) | 2024 |
| Part d'une classe d'âge entrant en apprentissage, jeunes de nationalité allemande | 52,8 % (54,8 % en 2023) | 2024 |
| Offre de places d'apprentissage | 530 300 (−4,6 %) | 2025 |
| Demande des jeunes | 560 300 (+0,7 %) | 2025 |
| Candidats non placés | 84 400 (+19,9 %) | 2025 |
| Nouveaux contrats, évolution depuis 2010 | −14 % | 2010-2024 |
| Entrants dans le secteur de transition (Übergangsbereich) | 262 210, 4e hausse consécutive | 2025 |
| Rémunération conventionnelle moyenne de l'apprenti | 1 209 € brut/mois | 2025 |
| Rémunération minimale légale, 1re année | 724 €/mois | 2026 |
Pour la deuxième année consécutive, la demande des jeunes dépasse l'offre de places. Le système dual n'est plus en excès d'offre, et le secteur de transition — les dispositifs pour les jeunes qui n'accèdent pas à une place — croît pour la quatrième année de suite.
Les autres facteurs, et ce qu'ils valent réellement
| Salaire minimum rapporté au salaire médian des temps pleins | 2024 | 2025 |
|---|---|---|
| France | 50,1 % | 50,8 % |
| Allemagne | 49,9 % | 49,2 % |
| Pays-Bas | 60,8 % | 58,5 % |
| États-Unis | 25,0 % | 24,1 % |
Constat contre-intuitif : le SMIC français et le Mindestlohn allemand sont à un niveau relatif quasiment identique. L'argument « le coût d'entrée français est structurellement plus élevé que l'allemand » ne tient pas sur cet indicateur depuis l'instauration du salaire minimum allemand. Ce qui distingue réellement l'Allemagne, c'est l'existence d'un sous-minimum d'apprentissage explicite et chiffré — 724 € par mois en première année, très inférieur au Mindestlohn, dont les apprentis sont exclus par construction.
| Statut des 15-24 ans en emploi, France 2024 | Part | 25 ans et plus |
|---|---|---|
| CDI | 41,6 % | — |
| CDD | 18,6 % | 6,5 % |
| Intérim | 5,2 % | 1,6 % |
| Apprentissage et alternance | 29,2 % | — |
| Total CDD + intérim | 23,8 % | 8,1 % |
Un jeune français en emploi est 2,9 fois plus souvent en CDD et 3,3 fois plus souvent en intérim qu'un salarié de 25 ans ou plus.
L'écart franco-allemand sur l'emploi des jeunes est réel à 85-93 % : ce n'est pas un artefact statistique. Mais l'indicateur qui le mesure le mieux — le NEET — donne un écart de 2,8 points, pas de 16. Et la France a déjà fait l'essentiel du chemin sur l'instrument que le débat désigne comme la solution : l'apprentissage a plus que triplé, pour 15 Md€ par an, sans réduire l'écart de taux d'emploi, parce que la croissance s'est portée sur le supérieur et non sur les publics peu qualifiés. C'est un résultat inconfortable pour tout le monde.
Les dispositifs qui fonctionnent en Allemagne et aux Pays-Bas
Voici, dispositif par dispositif, ce que ces deux pays font que la France ne fait pas — avec, à chaque fois, la qualité de la preuve disponible.
| Dispositif | Pays | Ce qu'il fait | Ce qui est mesuré |
|---|---|---|---|
| Neutralité actuarielle des sorties anticipées | Pays-Bas, 1997-1999 | Le report du départ est récompensé ; rester un an de plus rapporte | Évaluation causale par différences de différences entre secteurs. L'effet-prix domine l'effet-revenu |
| Fin de la déductibilité fiscale des préretraites | Pays-Bas, 2006 | Rend les dispositifs de sortie inintéressants pour l'employeur comme pour le salarié | +20,4 pts d'emploi des 60-64 entre 2005 et 2012, avant tout relèvement de l'âge légal (lecture de série, non causale) |
| Indexation de l'âge légal sur l'espérance de vie | Pays-Bas, 2013 → | +3 mois d'âge légal pour 4,5 mois d'espérance de vie gagnée. Retire la question du calendrier politique | +26,7 pts entre 2012 et 2025 (lecture de série) |
| Système dual | Allemagne | L'apprenti a un contrat de travail à temps quasi complet ; 476 000 nouveaux contrats en 2025 | Taux de reprise en emploi de 79 % en 2024, record historique. Mais le système se contracte : l'offre de places recule de 4,6 %, et pour la 2e année la demande dépasse l'offre |
| Salaire minimum dégressif par âge | Pays-Bas | 30 % du taux adulte à 15 ans, 50 % à 18 ans, 100 % à 21 ans. Rend viables les emplois d'appoint étudiants | Évaluation causale du relèvement de 2019 : salaires +3 à 5 %, « quasiment aucune influence » sur la participation à court terme |
| Formation continue des seniors | Allemagne, Pays-Bas | 58,9 % et 55,1 % des plus de 50 ans en formation liée à l'emploi, contre 35,5 % en France | Corrélation forte avec le taux d'emploi des seniors. Aucune évaluation causale |
| Voie professionnelle scolaire avec stages (MBO-BOL) | Pays-Bas | 330 000 étudiants, 69 % de l'enseignement professionnel — la voie majoritaire n'est pas l'apprentissage | Taux de NEET de 3,9 %, le plus bas d'Europe (descriptif) |
| Startersbeurs (bourse de démarrage) | Pays-Bas | 6 mois, 32 h/semaine, ≈ 700 € versés par l'entreprise, statut d'indemnité et non de salaire | Aucune évaluation avec contrefactuel. Le chiffre « la moitié a un emploi ensuite » circule sans groupe de contrôle |
Euwals, van Vuuren & Wolthoff, De Economist 2010 / CPB Discussion Paper n° 52 (neutralité actuarielle) ; loi VPL du 1er janvier 2006 ; accord retraite néerlandais de juin 2019 ; BIBB, marché de l'apprentissage au 30 septembre 2025 ; IAB (taux de reprise) ; UWV, barème du salaire minimum au 1er janvier 2026 ; SEO Economisch Onderzoek, rapport n° 2020-80, décembre 2020 (évaluation du salaire minimum jeune) ; OFCE, Revue de l'OFCE n° 184, 2024 (formation continue) ; OCW in cijfers au 1er octobre 2025 (MBO).
15 ans 30 % du taux adulte · 16 ans 34,5 % · 17 ans 39,5 % · 18 ans 50 % · 19 ans 60 % · 20 ans 80 % · 21 ans et plus : 100 %, soit 14,99 € brut de l'heure.
L'âge du taux plein a été abaissé de 23 à 22 ans en 2017, puis à 21 ans en 2019. Une réforme annoncée pour le 1er janvier 2027 relève tous les taux jeunes — 40 % à 16 ans, 62,5 % à 18 ans, 75 % à 19 ans — au motif de rémunérer plus équitablement des jeunes qui cumulent souvent études et emploi. Les Pays-Bas sont donc en train de réduire la dégressivité qu'on leur emprunte comme modèle.
- Le dispositif le mieux établi de tout ce comparatif est néerlandais et concerne les seniors : rendre le report du départ financièrement payant, plutôt que baisser les pensions. C'est le seul point où une évaluation causale identifie clairement le mécanisme.
- L'ordre des réformes compte : les Pays-Bas ont fermé les voies de sortie avant de relever l'âge légal, et la première étape a produit à elle seule la moitié du gain.
- Le système dual allemand marche mais se contracte — ce n'est pas un mécanisme auto-entretenu.
- Le salaire minimum jeune est le dispositif le plus directement transposable et le moins bien établi : son effet à l'introduction n'a jamais été mesuré nulle part, et les Pays-Bas sont en train de le réduire.
L’emploi des femmes : quarante ans de rattrapage, un écart de salaire qui grandit avec l’âge
La première fiche de ce chapitre conclut que le sexe n’est pas une clé de lecture pertinente pour l’écart de taux d’emploi français : la France a le plus faible écart hommes-femmes des trois pays comparés. C’est exact, et c’est incomplet. Deux choses restent à dire. D’où vient ce résultat — un rattrapage de quarante ans, aujourd’hui à l’arrêt. Et ce qu’il ne dit pas : le salaire, où l’écart ne se referme qu’à la marge, et où il se creuse avec l’âge.
Quarante ans : le rattrapage a eu lieu, puis a ralenti des deux tiers
| Écart hommes − femmes de taux d’activité, France, 15-64 ans | 1984 | 2004 | 2024 |
|---|---|---|---|
| En points de pourcentage | 20,6 | 9,8 | 6,0 |
| Réduction sur les vingt années écoulées | — | 10,8 | 3,8 |
En 2024, 71,5 % des femmes de 15 à 64 ans sont actives, contre 77,5 % des hommes. Le taux d’activité féminin est passé de 54,5 % en 1975 à 71,2 % en 2023 : c’est l’une des transformations les plus massives du marché du travail français sur un demi-siècle. Mais le rythme du rattrapage a été divisé par près de trois entre les deux moitiés de la période — 10,8 points gagnés de 1984 à 2004, 3,8 seulement de 2004 à 2024 — et l’écart ne se réduit plus depuis le milieu des années 2010.
Insee, enquêtes Emploi, séries longues du marché du travail, résultats 2024. Le taux d’activité masculin de 1984 n’est pas repris ici : seul l’écart est documenté à cette date. Pour 1975, l’Insee situe l’écart à « près de 30 points » sans en publier la décimale, et il n’est donc pas porté au tableau.
Le resserrement récent ne vient plus des femmes
C’est le résultat le plus contre-intuitif de la période, et il est établi sur données de générations plutôt que sur coupes annuelles. L’Ined a suivi l’activité et l’emploi entre 25 et 50 ans, génération par génération : après une progression continue depuis les femmes nées en 1920, l’activité et l’emploi féminins stagnent pour les générations nées après 1970. Dans le même temps, ces mêmes indicateurs déclinent légèrement chez les hommes. La conclusion suit mécaniquement : l’écart continue de se réduire, mais ce resserrement est désormais entièrement dû à la baisse du taux d’emploi des hommes, et non à la hausse de celui des femmes.
Ined, Population & Sociétés, « Après plusieurs décennies de forte progression, le taux d’emploi des femmes commence à stagner en France », novembre 2022. Analyse par génération, femmes et hommes de 25 à 50 ans.
Comparée à ses voisins, la France est du bon côté — sur l’emploi
| Écart hommes − femmes de taux d’emploi, 20-64 ans | Année | Points |
|---|---|---|
| Finlande | 2024 | 0,7 |
| Lituanie | 2024 | 1,4 |
| Estonie | 2024 | 1,7 |
| Lettonie | 2024 | 3,3 |
| France | 2023 | 5,5 |
| Union européenne | 2024 | 10,0 |
| Roumanie | 2024 | 18,1 |
| Grèce | 2024 | 18,8 |
| Italie | 2024 | 19,4 |
L’écart français est environ deux fois plus faible que la moyenne de l’Union. Il reste très au-dessus des pays nordiques et baltes, où il est quasi nul, mais il est à un tiers du niveau italien.
Eurostat, enquête sur les forces de travail, taux d’emploi des 20-64 ans par sexe, lfsi_emp_a. Union européenne : femmes 70,2 %, hommes 80,4 %, soit 10,2 points en 2023 ; 10,0 points en 2024. France : femmes 71,7 %, hommes 77,2 %, soit 5,5 points en 2023. La valeur française 2024 par sexe n’a pas été reprise sur source primaire, d’où la ligne datée de 2023 : sur un an, l’écart de l’Union n’a bougé que de 0,2 point, mais la comparaison ligne à ligne perd cette précision.
Le salaire : quatre écarts, qui ne répondent pas à la même question
Revenu salarial — tout ce qu’une personne a perçu dans l’année. Il intègre le temps partiel et les mois passés hors emploi. Il répond à : combien gagne-t-elle ?
Salaire en équivalent temps plein (EQTP) — le salaire ramené à un temps plein. Il neutralise la durée du travail, pas le métier. C’est la mesure la plus proche d’un salaire horaire dans les publications françaises. Il répond à : combien gagne-t-elle par heure travaillée ?
Salaire horaire brut — la mesure d’Eurostat pour l’écart européen. Proche de l’EQTP, mais brute et non nette.
À poste comparable — même profession, chez le même employeur. Il neutralise en plus le métier et l’entreprise. Il répond à : à travail identique, dans la même boîte, l’écart subsiste-t-il ?
| Écart de salaire femmes-hommes, secteur privé, France | 2023 | 2024 |
|---|---|---|
| Revenu salarial | 22,2 % | 21,8 % |
| Salaire net en équivalent temps plein | 14,2 % | 14,0 % |
| — dont champ privé strict, hors activité secondaire publique | — | 13,0 % |
| À poste comparable : même emploi, même établissement | 3,8 % | 3,6 % |
Sur trente ans, les deux premières lignes ont reculé dans les mêmes proportions : l’écart de revenu salarial passe de 34 % en 1995 à 22 % en 2023, l’écart en équivalent temps plein de 22 % à 14 %. Un tiers de l’écart a disparu, et il n’a disparu ni par la seule durée du travail ni par le seul salaire horaire : les deux ont bougé ensemble.
Insee Focus n° 377, « Écart de salaire entre femmes et hommes en 2024 », et n° 349, même titre pour 2023. Base Tous salariés, déclarations sociales nominatives, secteur privé. L’écart à poste comparable est estimé par une régression du logarithme du salaire à effets fixes croisant le libellé d’emploi, la catégorie socioprofessionnelle et le numéro Siret de l’établissement. Série longue 1995-2023 : blog de l’Insee, « Évolution des inégalités entre les femmes et les hommes », édition 2025.
De 14,0 % à 3,6 % : ce que ce trajet contient, et ce qu’il ne contient pas
Ce trajet recouvre trois mécanismes distincts, que le débat public confond régulièrement en un seul. Ils sont mesurés séparément, par des travaux différents.
| Ce que neutralise chaque étage | Écart restant |
|---|---|
| Rien : revenu salarial brut de comparaison, 2024 | 21,8 % |
| + la durée du travail : temps partiel et mois hors emploi | 14,0 % |
| + le métier, le niveau du poste et l’employeur | 3,6 % |
1. Le métier — oui, les femmes exercent des professions moins payées. C’est le mécanisme le plus massif, et il est brutalement visible dès qu’on regarde qui fait quoi. 40 % des salariées exercent l’une des vingt professions les plus courantes chez les femmes — secrétaires, employées des services comptables, aides à domicile — contre 29 % des salariés chez les hommes : l’emploi féminin est nettement plus concentré. L’Insee chiffre l’ensemble : 68 % de l’écart en équivalent temps plein vient de ce que femmes et hommes n’occupent pas les mêmes postes, un poste étant défini comme une profession donnée dans un établissement donné.
| Quelques métiers, et la part des femmes qui les exercent | Part des femmes |
|---|---|
| Assistantes maternelles | 98 % |
| Secrétaires de direction | 95 % |
| Aides à domicile et aides ménagères | 93 % |
| Aides-soignantes | 92 % |
| Conducteurs routiers | 3,2 % |
| Maçons qualifiés | 0,6 % |
Ces métiers ne sont pas payés pareil, et l’écart de rémunération entre eux est bien plus grand que l’écart entre femmes et hommes à l’intérieur de chacun. Un ordre de grandeur : le salaire net moyen en équivalent temps plein du secteur privé est de 2 735 € par mois en 2023, avec une médiane à 2 183 € ; il est de 4 630 € pour les cadres, 2 050 € pour les ouvriers et 1 940 € pour les employés — la catégorie la plus féminisée. Les conducteurs routiers, métier masculin à 96,8 %, sont à 2 172 €.
Peut-on isoler la part due au seul métier ? Oui — et elle vaut environ 7 points
Le calcul est standard et porte un nom : on applique à chaque sexe la même grille de salaires par profession, et on ne fait varier que la répartition des femmes et des hommes entre professions. Ce qui subsiste est l’écart qu’on obtiendrait si, à métier donné, femmes et hommes étaient payés à l’identique — c’est-à-dire l’écart imputable à la seule composition professionnelle. C’est le premier terme d’une décomposition de Blinder-Oaxaca, et l’Insee le publie.
| Décomposition de l’écart de salaire, nomenclature PCS, 2013 | Points |
|---|---|
| Écart interprofessionnel — la ségrégation entre métiers | 6,7 |
| Écart intraprofessionnel expliqué — structure de l’emploi par sexe à l’intérieur de chaque métier | 3,2 |
| Écart intraprofessionnel inexpliqué | 6,8 |
| Écart total | 16,7 |
Le seul effet de composition professionnelle pèse 6,7 points sur 16,7, soit 40 % de l’écart. Ce n’est ni marginal ni majoritaire : c’est le plus gros bloc identifié, mais il laisse 6,8 points inexpliqués à l’intérieur des métiers, presque autant. Autrement dit, à supposer qu’on égalise demain la répartition des femmes et des hommes entre professions sans rien changer d’autre, on effacerait environ deux cinquièmes de l’écart.
Ce résultat est remarquablement stable. Le Conseil d’analyse économique arrive au même ordre de grandeur sur trois coupes espacées de vingt-deux ans : en 1990, 2002 et 2012, l’écart de revenu salarial dépasse 20 %, dont un peu plus de 10 points dus à la différence de durée du travail et environ 7 points à la ségrégation professionnelle. La structure de l’écart n’a pratiquement pas bougé depuis les années 1990 — seul son niveau a baissé.
Insee, décomposition de Blinder-Oaxaca sur la nomenclature PCS, données 2013, reprise dans les travaux régionaux de l’institut. Conseil d’analyse économique, note n° 17, « Réduire les inégalités de salaires entre femmes et hommes », 2014, Antoine Bozio, Brigitte Dormont et Cecilia García-Peñalosa : décomposition sur 1990, 2002 et 2012.
1. Le niveau de découpage pilote le résultat. Il n’existe pas de « part due au métier » en soi : c’est une fonction de la finesse avec laquelle on définit un métier. Sur une nomenclature PCS, la ségrégation professionnelle explique 6,7 points sur 16,7. En descendant au libellé d’emploi dans un établissement donné, la même logique explique 68 % de l’écart. Les deux chiffres sont justes et ne se contredisent pas : ils ne découpent pas au même grain. C’est pourquoi l’Insee publie toujours la nomenclature à côté du nombre.
2. Quel salaire attribuer à chaque métier ? Si l’on prend le salaire moyen du métier tous sexes confondus, on contamine le terme de composition : la moyenne d’un métier féminisé est elle-même tirée vers le bas par le salaire des femmes qui l’exercent. Le choix classique — grille masculine, grille féminine, ou grille commune — change le résultat, et aucune option n’est neutre. C’est le problème d’indice de toute décomposition de ce type.
3. Le calcul suppose que les salaires par métier sont donnés. Or l’hypothèse inverse est défendue et discutée : certains métiers seraient moins payés parce qu’ils sont féminisés. Si elle est vraie, attribuer l’écart au « métier » ne l’explique pas — cela déplace la question d’un cran, du salaire vers la valeur reconnue au métier.
2. L’employeur — à métier égal, toutes les entreprises ne paient pas pareil. C’est le point le moins intuitif, alors il faut le dire précisément. Une même personne, avec le même métier et les mêmes qualifications, ne gagne pas la même chose selon l’entreprise qui l’emploie : certaines versent une prime salariale durable, d’autres non. Cela se mesure parce qu’on observe les mêmes salariés changer d’entreprise, ce qui permet de séparer ce qui tient à la personne de ce qui tient à l’employeur. L’ordre de grandeur est considérable.
| Salaire net mensuel médian selon la taille de l’entreprise, secteur privé, 2023 | € |
|---|---|
| Moins de 10 salariés | 1 865 |
| De 50 à 249 salariés | 2 238 |
| 5 000 salariés ou plus | 2 689 |
| Écart entre les très grandes et les très petites | 824 |
La proportion de salariés payés au Smic suit la même pente : 24,2 % dans les entreprises de 1 à 9 salariés, contre 12,4 % ailleurs. « Travailler dans une entreprise qui paie moins » veut donc dire quelque chose de très concret : plus souvent une petite structure, un secteur à faible valeur ajoutée par tête, une entreprise qui partage peu.
Cette répartition inégale entre entreprises explique 11 % de l’inégalité de salaire horaire — à compétences productives égales. Elle n’est pas stable au fil de la vie : elle est près de deux fois plus grande entre mères et pères qu’entre femmes et hommes sans enfant, et se creuse surtout à la naissance du deuxième enfant. Le mécanisme identifié n’est pas mystérieux : les mères sont davantage présentes dans des entreprises proches du domicile et offrant des horaires plus flexibles. C’est un arbitrage, et il se paie en salaire.
3. Le niveau du poste — et c’est ici que l’intuition se retourne.
« 27 % des cadres dirigeants sont des femmes » signifie que les femmes sont très minoritaires à ce niveau, pas qu’elles y sont favorisées. Le chiffre se compare à leur poids dans l’ensemble : elles sont 41,9 % des salariés du privé en équivalent temps plein. Passer de 42 % de l’ensemble à 27 % des cadres dirigeants et 23 % des dirigeants salariés, c’est une sous-représentation qui s’accentue à mesure qu’on monte.
La part des femmes décroît à chaque étage de l’échelle des salaires
C’est la façon la plus directe de voir le phénomène : plutôt que de comparer des salaires moyens, on regarde qui se trouve à chaque niveau de rémunération.
| Part des femmes selon le niveau de rémunération, secteur privé | Part des femmes |
|---|---|
| Bénéficiaires de la revalorisation du Smic, novembre 2024 | 59,2 % |
| Ensemble des salariés en équivalent temps plein, 2023 | 41,9 % |
| Au-dessus du 9e décile, soit 4 302 € nets par mois | 34 % |
| Top 1 %, au-dessus de 10 222 € nets par mois | 23,5 % |
| Top 100 des rémunérations | 10 % |
| Pour comparaison — fonction publique : 65 % des emplois, mais… | 39 % |
La décroissance est continue et sans exception : surreprésentées au Smic, à parité au milieu, minoritaires au neuvième décile, marginales au sommet. Et la dernière ligne interdit d’y voir un simple effet de secteur : dans la fonction publique, où les femmes occupent 65 % des emplois, elles ne sont que 39 % du 1 % le mieux rémunéré. Le resserrement se produit dans les deux mondes, quelle que soit la composition de départ.
L’écart n’est pas surtout entre catégories : il est à l’intérieur de la plus qualifiée
Ce tableau est le plus contre-intuitif de la fiche, et c’est celui qui départage vos hypothèses.
| Écart de salaire femmes-hommes en EQTP, par catégorie, 2024 | Écart | Part des femmes dans la catégorie (2019) |
|---|---|---|
| Cadres | 14,8 % | 41 % |
| Ouvriers | 11,7 % | — |
| Professions intermédiaires | 11,2 % | 57 % |
| Employés | 1,9 % | 70 % |
Là où les femmes sont les plus nombreuses, l’écart est presque nul ; là où elles sont minoritaires, il est le plus grand. Chez les employés — catégorie féminisée à 70 % et la moins bien payée — l’écart de salaire en équivalent temps plein tombe à 1,9 %, et l’écart de volume de travail à 1,3 %. Chez les cadres, il monte à 14,8 %.
La conséquence est importante pour le diagnostic. L’explication « les femmes exercent des métiers moins payés » est vraie au niveau agrégé — c’est le 68 % — mais elle ne suffit pas, parce qu’elle prédirait un écart réparti uniformément à l’intérieur des catégories. Or il ne l’est pas. L’écart se concentre là où il y a une carrière à faire : des promotions, des primes variables, des négociations individuelles, un accès aux postes de direction. Chez les employés, où la grille laisse peu de latitude, il n’y a presque pas d’écart.
Insee Première n° 1803, « Écarts de rémunération femmes-hommes : surtout l’effet du temps de travail et de l’emploi occupé », juin 2020, données 2017 : part de 68 % et concentration professionnelle. Insee Analyses n° 44, « Entreprises, enfants : quels rôles dans les inégalités salariales entre femmes et hommes ? » : effet de répartition entre entreprises, panel du secteur privé, France métropolitaine, 16-65 ans, 1995-2015, 3 307 020 observations, effets employeurs identifiés par la mobilité des salariés. Insee Première n° 2020 et n° 2079, « Les salaires dans le secteur privé » en 2023 et 2024 : salaires par catégorie et par taille d’entreprise, déciles, part des femmes en haut de la distribution. Insee, France, portrait social, édition 2025, fiche sur les très hauts salaires. Dares, salariés au Smic au 1er novembre 2024. Écarts par catégorie socioprofessionnelle : Insee Focus n° 377. Part des femmes par catégorie : Insee, données 2019.
Par tranche d’âge : l’écart est sept fois plus grand à 60 ans qu’à 25
| Écart de salaire net en EQTP, secteur privé, par âge | 2022 | 2023 | 2024 |
|---|---|---|---|
| Moins de 25 ans | 4,7 % | 4,3 % | 3,2 % |
| 55 ans ou plus | 22,7 % | — | — |
| 60 ans ou plus | — | 24,9 % | 24,1 % |
| Ensemble | — | — | 13,0 % |
| Rapport borne haute / borne basse | 4,8 | 5,8 | 7,5 |
L’intuition d’un écart qui se creuse avec l’âge est vérifiée, et l’ordre de grandeur est plus violent qu’on ne l’attend : 3,2 % avant 25 ans, 24,1 % à partir de 60 ans, soit un rapport de 1 à 7,5. L’écart d’ensemble, 13,0 %, est une moyenne qui ne décrit la situation d’aucune tranche d’âge en particulier. À noter que le rapport a augmenté sur trois ans : la borne basse baisse vite — les jeunes générations sont presque à l’égalité — tandis que la borne haute bouge à peine. La moyenne se réduit donc, mais l’éventail entre âges s’écarte.
Insee Focus n° 320 pour 2022, n° 349 pour 2023 et n° 377 pour 2024. Champ : salariés du privé, hors rémunérations tirées d’une activité secondaire publique. La borne haute publiée change de définition entre 2022 et 2023 — « 55 ans ou plus » puis « 60 ans ou plus » — les deux colonnes ne sont donc pas comparables ligne à ligne, et les rapports de la dernière ligne, calculés par nos soins, portent chacun sur les bornes de leur propre millésime.
Mais le gradient d’âge est d’abord un gradient de parentalité
La coupe par nombre d’enfants, elle, est publiée — et elle raconte la même histoire de façon bien plus nette. C’est probablement le tableau le plus important de cette fiche.
| Écart femmes-hommes selon les enfants, secteur privé, 2022 | % |
|---|---|
| Salariés sans enfant — écart de salaire net en EQTP | 5,8 |
| Mères et pères de trois enfants ou plus — écart en EQTP | 28,2 |
| Mères et pères, tous effets cumulés — écart de revenu salarial | 29,9 |
L’écart part de 5,8 % entre salariés sans enfant — un niveau proche du 3,6 % mesuré à poste comparable — et atteint 28,2 % entre parents de trois enfants ou plus. Le gradient d’âge et le gradient de parentalité sont, pour l’essentiel, le même phénomène observé sous deux angles : les femmes de 50 ans et plus ne sont pas pénalisées parce qu’elles ont 50 ans, mais parce qu’elles ont accumulé vingt ans d’effets d’une divergence qui s’ouvre à la première naissance.
L’estimation causale est disponible et elle est sans ambiguïté : cinq ans après l’arrivée d’un enfant, le revenu salarial des mères salariées du privé est inférieur d’environ 25 % à ce qu’il aurait été sans cette naissance — et celui des pères n’est pas affecté. L’écart ne vient donc pas d’une baisse au moment de la naissance qui se rattraperait ensuite : il vient de carrières durablement ralenties.
Insee Focus n° 320, « Écart de salaire entre femmes et hommes en 2022 » : écarts selon le nombre d’enfants. Insee Analyses n° 44, « Entreprises, enfants : quels rôles dans les inégalités salariales entre femmes et hommes ? » : effet causal de l’arrivée d’un enfant, estimé par comparaison à la trajectoire contrefactuelle.
L’ancienneté : le facteur que la décomposition ne neutralise pas
La comparaison « à poste comparable » de l’Insee croise le libellé d’emploi, la catégorie socioprofessionnelle et l’établissement. Elle ne contrôle ni l’ancienneté dans l’entreprise, ni l’expérience accumulée. Ce n’est pas un détail : l’ancienneté est l’un des principaux déterminants du salaire à poste donné, et les interruptions de carrière — plus fréquentes et plus longues chez les femmes — se traduisent mécaniquement par une ancienneté et une expérience moindres à âge égal. Une partie du 3,6 % résiduel est donc, très probablement, de l’ancienneté non mesurée ; et le gradient d’âge, à l’inverse, est en partie un gradient d’ancienneté divergente. Le mécanisme identifié plus haut le confirme indirectement : la sortie d’emploi des mères de jeunes enfants, et leur réorientation vers des employeurs proches du domicile, remettent périodiquement le compteur d’ancienneté à zéro.
Le paradoxe italien : le plus petit écart de salaire, le plus grand écart d’emploi
Un pays peut afficher un écart de salaire dérisoire pour la pire des raisons. L’Italie a le plus petit écart de salaire horaire de l’Union — 2,2 % — et le plus grand écart de taux d’emploi : 19,4 points. Les deux vont ensemble. Quand le taux d’emploi féminin est bas, les femmes qui travaillent sont en moyenne bien plus diplômées et bien mieux positionnées que l’ensemble des femmes : l’écart de salaire mesuré se referme sans que rien ne se soit amélioré. C’est un effet de sélection, pas une performance. La France est dans la configuration inverse — un écart d’emploi parmi les plus faibles d’Europe, un écart de salaire proche de la moyenne européenne — et c’est la configuration à préférer.
Eurostat, écart de rémunération entre femmes et hommes sous forme non ajustée, salaire horaire brut, earn_gr_gpgr2, 2023 : 12,0 % dans l’Union, 12,3 % en zone euro, de −0,9 % au Luxembourg à 19,0 % en Lettonie. L’écart de taux d’emploi italien est celui du tableau ci-dessus, Eurostat 2024. Le rapprochement des deux indicateurs, et sa lecture en termes de sélection, sont de notre fait.
Le diagnostic, dans l’ordre
Récapitulatif de ce que chaque cause pèse, du mieux mesuré au moins mesuré. Ces lignes ne s’additionnent pas — elles viennent d’études, d’années et de champs différents, et plusieurs se recouvrent — mais elles se classent.
| Ce qui produit l’écart, et ce que la mesure en dit | Mesure |
|---|---|
| 1. La durée du travail — temps partiel et mois passés hors emploi | 7,8 points sur 21,8 |
| 2. Le métier — la ségrégation entre professions, nomenclature PCS | 6,7 points sur 16,7 |
| 3. L’employeur — la répartition entre entreprises, à compétences égales | 11 % de l’écart horaire |
| 4. Les promotions et le niveau de poste | non chiffré |
| Ce que révèle la parentalité — écart entre salariés sans enfant, puis entre parents de trois enfants ou plus | de 5,8 % à 28,2 % |
| Ce que révèle l’âge — écart avant 25 ans, puis à 60 ans ou plus | de 3,2 % à 24,1 % |
Les deux dernières lignes sont mises à part parce qu’elles ne sont pas des causes : l’âge et le nombre d’enfants ne rémunèrent rien. Ce sont des révélateurs, qui mesurent combien les quatre premières causes s’accumulent au fil d’une carrière. Et la quatrième reste la seule qu’aucune statistique publique ne chiffre directement — on ne l’observe qu’en creux, par le contraste entre les 1,9 % d’écart chez les employés et les 14,8 % chez les cadres.
- Le rattrapage a bien eu lieu : l’écart d’activité hommes-femmes est passé de 20,6 points en 1984 à 6,0 points en 2024, et l’écart de salaire en équivalent temps plein de 22 % en 1995 à 14 % en 2023. Mais le rythme a été divisé par près de trois entre les deux moitiés de la période, et l’écart d’emploi ne se réduit plus depuis le milieu des années 2010.
- Ce qui reste du resserrement de l’emploi ne vient plus des femmes. Pour les générations nées après 1970, l’emploi féminin stagne : selon l’Ined, la réduction de l’écart est désormais entièrement due à la baisse du taux d’emploi des hommes.
- À temps de travail égal, l’écart qui subsiste est un écart de position, pas de rémunération d’une même position. Les heures sortent du calcul entre 21,8 % et 14,0 % ; le trajet de 14,0 % à 3,6 % ne doit rien au volume horaire. 68 % de l’écart en EQTP vient de ce que femmes et hommes n’occupent pas les mêmes postes, et la répartition entre entreprises en explique à elle seule 11 % — à métier égal, le salaire médian va de 1 865 € dans les entreprises de moins de dix salariés à 2 689 € dans celles de plus de cinq mille.
- La part imputable au seul métier est chiffrable, et elle vaut environ 40 % de l’écart : 6,7 points sur 16,7 en nomenclature PCS. Ce n’est pas une constante mais une fonction du grain d’analyse — au libellé d’emploi dans un établissement donné, la même logique en explique 68 %. La structure est stable depuis 1990.
- Mais l’écart n’est pas surtout entre catégories : il est à l’intérieur de la plus qualifiée. Il vaut 1,9 % chez les employés — catégorie féminisée à 70 % et la moins payée — et 14,8 % chez les cadres. L’explication par les seuls métiers prédirait un écart uniforme à l’intérieur des catégories : il ne l’est pas. L’écart se concentre là où il y a une carrière à faire.
- La part des femmes décroît à chaque étage de l’échelle des salaires, sans exception : 59,2 % des bénéficiaires de la revalorisation du Smic, 41,9 % de l’ensemble des salariés, 34 % au-dessus du neuvième décile, 23,5 % du top 1 %, 10 % du top 100. Ce n’est pas un effet de secteur : dans la fonction publique, où les femmes sont 65 % des effectifs, elles ne sont que 39 % du 1 % le mieux rémunéré.
- L’écart se creuse fortement avec l’âge, et le facteur est de 7,5 : 3,2 % avant 25 ans, 24,1 % à 60 ans et plus. L’éventail s’est même ouvert depuis 2022, la borne basse baissant vite et la borne haute presque pas.
- Ce gradient d’âge est d’abord un gradient de parentalité. L’écart vaut 5,8 % entre salariés sans enfant — proche du 3,6 % à poste comparable — et 28,2 % entre parents de trois enfants ou plus. Cinq ans après une naissance, le revenu salarial des mères est inférieur d’environ 25 % à sa trajectoire contrefactuelle ; celui des pères n’est pas affecté.
- Deux données manquent, et ce sont celles qui trancheraient : l’écart à poste comparable par tranche d’âge n’est pas publié, ni les tranches d’âge intermédiaires. On ignore donc si les femmes de 50 ans et plus sont moins payées au même poste ou occupent des postes différents, et à quel âge la bascule se produit. L’ancienneté, qui expliquerait une partie des deux, n’est neutralisée dans aucune décomposition publiée.
Le chômage : ce que les chiffres mesurent réellement
Cinq indicateurs coexistent, ils ne comptent ni les mêmes personnes ni la même base, et le débat public les échange constamment. Avant de discuter des remèdes, il faut savoir de quoi on parle.
Taux d'emploi, taux de chômage : ce que chaque mesure compte réellement
C'est le prolongement indispensable du PIB par personne en emploi. Si la France produit à peu près autant que ses voisins par personne qui travaille, mais nettement moins par habitant, c'est que moins de gens travaillent. Encore faut-il mesurer correctement combien. Cinq indicateurs coexistent, ils ne comptent ni les mêmes personnes ni la même base, et le débat public les échange constamment.
Chômage au sens du BIT — trois critères cumulatifs : sans emploi (pas une heure travaillée dans la semaine de référence), avoir cherché activement dans les quatre semaines précédentes, être disponible sous deux semaines. Manquer un seul critère fait sortir de la catégorie. Dénominateur : la population active.
Demandeurs d'emploi inscrits à France Travail — catégories A à E, plus F et G créées en 2025. Dénominateur : aucun, c'est un effectif administratif.
Halo autour du chômage — inactifs au sens du BIT qui souhaitent travailler sans remplir les trois critères. Dénominateur : la population de 15 à 64 ans.
Sous-emploi — personnes en emploi à temps partiel qui veulent travailler plus et sont disponibles, plus le chômage partiel. Dénominateur : les personnes en emploi.
Taux d'emploi — personnes en emploi rapportées à la population de 15 à 64 ans.
| Population des 15-64 ans, T2 2026 | % des 15-64 ans | Effectif indicatif |
|---|---|---|
| En emploi | 69,0 | ≈ 28,8 M |
| — dont en sous-emploi (sous-ensemble de l'emploi) | ≈ 3,0 | ≈ 1,3 M |
| Chômeurs au sens du BIT | 6,4 | ≈ 2,7 M |
| Halo autour du chômage | 4,4 | 1,865 M |
| Autres inactifs (étudiants, retraités précoces, personnes ne souhaitant pas travailler) | 20,2 | ≈ 8,4 M |
| Total | 100,0 | ≈ 41,8 M |
Où sont les 15-64 ans, et ce que « 100 % » désigne
Le taux de chômage de 8,3 % ne se lit pas sur cette barre : son dénominateur est la population active, pas les 15-64 ans.
Insee, Informations rapides n° 192, août 2026 (taux d'emploi, d'activité, halo) ; enquête Emploi, séries CVS, France entière hors communautés. La ventilation en points de pourcentage est notre calcul à partir des taux publiés : l'Insee ne publie pas ce tableau sous cette forme. Effectifs indicatifs obtenus en appliquant ces taux à une population 15-64 d'environ 41,8 millions.
| Les trois ratios à ne pas confondre | Numérateur | Dénominateur | T2 2026 |
|---|---|---|---|
| Taux de chômage | Chômeurs BIT | Population active | 8,3 % |
| Taux d'emploi | Personnes en emploi | Population 15-64 | 69,0 % |
| Taux d'activité | Actifs | Population 15-64 | 75,4 % |
| Part du halo | Halo | Population 15-64 | 4,4 % |
| Taux de sous-emploi | Sous-employés | Personnes en emploi | 4,4 % |
| Taux d'emploi en équivalent temps plein | Emploi en EQTP | Population 15-64 | 64,2 % |
Pourquoi le taux d'emploi est le bon indicateur pour comparer les pays
Le taux de chômage a pour dénominateur la population active, qui est elle-même un choix de société : un pays qui décourage la recherche d'emploi — préretraites, dispenses de recherche, invalidité — fait baisser son taux de chômage sans créer un seul emploi. Le taux d'emploi est insensible à cet effet. C'est pourquoi la France peut afficher un taux de chômage proche de la moyenne européenne et un taux d'emploi inférieur de deux points, avec un décrochage concentré aux deux extrémités de la vie active.
| 2024 | Taux d'emploi 15-64 | 15-24 ans | 55-64 ans |
|---|---|---|---|
| Pays-Bas | 82,3 % | 76,0 % | — |
| Allemagne | 77,2 % | 51,0 % | 75,0 % |
| UE-27 | 70,8 % | 35,0 % | 65,2 % |
| France | 68,8 % | 34,4 % | 60,3 % |
| Italie | 62,2 % | — | — |
Eurostat, enquête forces de travail, 2024, via Insee, France, portrait social 2025. Champ : population 15-64 ans, ménages ordinaires.
« 2,7 millions » ou « 5,8 millions » de chômeurs ? Les deux, et ce ne sont pas les mêmes gens
| T2 2026 | Effectif | Écart avec le chômage BIT |
|---|---|---|
| Chômeurs au sens du BIT (Insee) | 2 677 000 | référence |
| Catégorie A — sans emploi, tenu de rechercher | 3 323 000 | + 0,65 M |
| Catégories A + B + C — avec activité réduite | 5 801 500 | + 3,12 M |
| Catégories A à E — dont dispensés de recherche et en emploi aidé | 6 532 400 | + 3,86 M |
| Toutes catégories, F et G comprises | ≈ 7 520 700 | + 4,84 M |
L'écart joue dans les deux sens en même temps, et c'est ce que le débat omet systématiquement. Environ un chômeur BIT sur trois n'est pas inscrit en catégorie A — jeunes sans droits, personnes en fin de droits qui se sont désinscrites, démissionnaires. Et environ deux demandeurs d'emploi sur cinq ne sont pas chômeurs au sens du BIT, principalement parce qu'ils travaillent (catégories B, C, E) ou sont dispensés de recherche (D).
Conséquence pratique : « 3,3 millions », « 5,8 millions » et « 2,7 millions » ne sont pas trois estimations du même phénomène. Le premier inclut des non-chômeurs et exclut des chômeurs. Le troisième est le seul comparable internationalement.
France Travail / DARES, statistiques du marché du travail (STMT), T2 2026, données CVS-CJO, France entière ; Insee, Informations rapides n° 192, août 2026 ; Insee, L'essentiel sur… le chômage.
Comment se décompose le chômage : durée, âge, diplôme, territoire
Par durée
| France, moyenne annuelle 2025 | Effectif | Part des chômeurs |
|---|---|---|
| Moins d'un an | 1 885 000 | 76,9 % |
| 1 à 2 ans | 334 000 | 13,6 % |
| 2 ans et plus | 232 000 | 9,5 % |
| dont 1 an et plus — chômage de longue durée | 566 000 | 23,1 % |
| Total chômeurs 2025 | 2 451 000 | 100 % |
Chômage de longue et de très longue durée, part des chômeurs
2025. Contrairement à une idée reçue, la France n'est pas un cas extrême européen sur cette dimension.
Eurostat, jeu une_ltu_a, indicateurs LTU et VLTU, unité PC_UNE, 15-74 ans, données annuelles 2025. Note Eurostat : statut « d » (définition différente) pour la France et l'Espagne.
Par âge, diplôme et territoire
| Taux de chômage | Valeur | Champ |
|---|---|---|
| 15-24 ans | 21,6 % | T2 2026, Insee |
| 25-49 ans | 7,5 % | T2 2026 |
| 50 ans et plus | 5,5 % | T2 2026 |
| Sans diplôme ou brevet, sortis de formation depuis 1 à 4 ans | 42,4 % | Insee, Formations et emploi 2025, données 2023 |
| CAP-BEP, même champ | 17,5 % | idem |
| Baccalauréat, même champ | 18,2 % | idem |
| Enseignement supérieur, même champ | 6,8 à 11,0 % | idem |
| France métropolitaine | 7,9 % | T1 2026, taux localisés |
| Guyane — maximum | 19,3 % | idem |
| Cantal — minimum départemental | 4,7 % | idem |
L'amplitude territoriale va de 4,7 % à 19,3 %, soit un rapport de 1 à 4,1 entre les extrêmes départementaux France entière, et de 1 à 2,7 en métropole seule.
Un fait à contre-courant du récit dominant : le nombre de chômeurs diplômés du supérieur a été multiplié par 2,5 en vingt ans, de 186 000 à 460 000, à taux de chômage inchangé — pur effet de la massification. Depuis 2020, il y a presque autant de chômeurs diplômés du supérieur que de chômeurs sans diplôme.
Le stock cache des flux considérables
| Flux | Valeur | Source |
|---|---|---|
| Nouvelles entrées en indemnisation | 549 000 / trimestre | Unédic, T3 2025 |
| Personnes arrivant en fin de droits | ≈ 57 000 / mois | DG Trésor, oct. 2025, données MiDAS |
| Part des allocataires travaillant une partie du mois | 51 % | Unédic, T3 2025 |
| Allocataires ayant retravaillé au 4e mois | ≈ 50 % | Unédic |
| Part des premières reprises d'emploi constituant une sortie durable | 1 sur 4 | Unédic |
| Part des emplois retrouvés durant 6 mois ou plus | 1 sur 3 | Unédic |
Ce dernier chiffre commande la lecture de toutes les évaluations qui suivent : « retour à l'emploi » ne signifie pas « insertion ». Une évaluation qui mesure le retour à l'emploi à trois ou six mois mesure en grande partie des transitions vers des contrats courts.
Les « emplois non pourvus » : ce que la mesure officielle dit, et ce qu'elle ne dit pas
| Emplois vacants, France | T2 2025 | T2 2026 |
|---|---|---|
| Nombre d'emplois vacants | 488 000 | 433 600 |
| Taux de vacance | 2,5 % | 2,2 % |
| Offres abandonnées faute de candidat adéquat, 2024 | 151 000, soit 4,9 % des offres | |
| dont contrats durables (CDI ou plus de 6 mois) | 99 000 | |
| Offres finalement pourvues | 83,6 % | |
DARES, enquête Acemo, définition Eurostat (poste créé, non occupé, recherche active, souhait de pourvoir sous 3 mois) ; champ entreprises de 10 salariés et plus, privé hors agriculture, intérim et particuliers employeurs. France Travail, 2024, offres abandonnées. Comparaison européenne : Eurostat, taux de vacance T1 2025 — France 2,5 %, zone euro 2,4 %, UE-27 2,2 %, Pays-Bas 4,2 % (maximum).
- Un emploi vacant n'est pas un emploi non pourvu. Les 433 600 sont un stock instantané dans un flux : un poste normalement pourvu en deux mois y figure. Un stock de vacances nul signalerait un marché dysfonctionnel, pas un marché parfait.
- Le vrai indicateur de non-pourvoi est de 151 000 offres abandonnées, soit 4,9 % — pas 433 600, et il porte sur des offres, non sur des postes permanents.
- Le chiffre ne dit rien des causes. Deux tiers des difficultés déclarées invoquent l'absence de candidats compétents ou expérimentés, ce qui pointe autant vers un défaut d'investissement en formation que vers un défaut d'incitation.
- Aucun appariement n'est mesuré entre chômeurs et emplois vacants — ni sectoriel, ni géographique, ni en compétences. Le raisonnement « X emplois non pourvus et Y chômeurs, donc les chômeurs ne veulent pas travailler » suppose une substituabilité parfaite qui n'est jamais démontrée.
Les leviers : ce qui marche, ce qui ne marche pas, ce qui n'est pas prouvé
Les parties précédentes mesurent le problème. Celle-ci examine les solutions proposées, chacune avec la qualité de preuve qui l'accompagne — et il faut accepter que les leviers les plus populaires ne soient pas les mieux établis.
L'aléa judiciaire de la rupture : en quoi la France est-elle différente ?
On dit souvent que la spécificité française n'est pas le coût de la séparation mais son incertitude. C'est une affirmation vérifiable, et elle se vérifie — mais pour une raison plus précise que celle qu'on avance d'ordinaire : ce n'est pas tant le montant qui est imprévisible que le moment où l'affaire est close.
Combien de temps dure un contentieux prud'homal
| Durée moyenne d'une procédure | 2012 | 2022 |
|---|---|---|
| Première instance, au fond | 15,2 mois | 17,6 mois |
| Parcours avec départage (partage des voix entre conseillers) | 29,2 mois | 34,9 mois |
| Appel | 15,6 mois | 26,7 mois (+71 %) |
| Cassation | 16,5 mois | 18,8 mois |
| Référés | 1,9 mois | 2,4 mois |
Toutes les durées se sont allongées entre 2012 et 2022, alors même que le nombre d'affaires était divisé par deux — de 206 039 en 2013 à 100 863 en 2022. La baisse du stock n'a produit aucun gain de délai.
| Durée cumulée d'un litige mené à son terme, barème 2022 | Durée |
|---|---|
| Première instance + appel | 44,3 mois — 3 ans 8 mois |
| Départage + appel | 61,6 mois — 5 ans 1 mois |
| Départage + appel + cassation | 80,4 mois — 6 ans 8 mois |
Les deux chiffres décisifs : le premier jugement ne clôt rien
C'est l'indicateur le plus direct de l'aléa, et il est spécifiquement français. Dans aucun des autres systèmes examinés le jugement de première instance n'est aussi peu clôturant : 60 % des décisions vont en appel, et parmi celles-là 70 % voient le jugement modifié au moins partiellement.
La fenêtre d'exposition : un facteur 17
| Indicateur d'incertitude | France | Allemagne | Pays-Bas |
|---|---|---|---|
| Délai dont dispose le salarié pour contester | 12 mois | 3 semaines | sans objet |
| Moment du contrôle du motif | Postérieur | Postérieur | Préalable |
| Qui juge en première instance | 4 non-professionnels (2 employeurs, 2 salariés) | 1 juge professionnel qui préside + 2 assesseurs | 1 magistrat professionnel |
| Durée en première instance | 17,6 mois | ≈ 3 mois | 6 sem. (UWV) / 12 sem. (juge) |
| Part des affaires réglées par accord | non publié | ≈ 80 % | 89 % des ruptures |
| Prévisibilité du montant | Fourchette barémée, écartée en cas de nullité | Usage négocié de 0,5 mois par année | Formule : 1/3 de mois par année, plafond 102 000 € |
France : ministère de la Justice, SDSE, « Les affaires prud'homales dans la chaîne judiciaire de 2012 à 2022 », mai 2024 ; article L. 1471-1 du code du travail pour le délai de contestation. Allemagne : § 4 et § 1a du Kündigungsschutzgesetz, § 61a ArbGG ; les durées et le taux d'accord viennent de compilations secondaires de statistiques Destatis que nous n'avons pas pu vérifier dans le fichier source, publié en tableur non extractible — à traiter comme ordre de grandeur. Pays-Bas : SEO Economisch Onderzoek, Evaluatie Wet werk en zekerheid, juin 2020 ; Rijksoverheid pour la transitievergoeding.
La France est le seul des quatre systèmes examinés à confier le jugement de première instance à une formation exclusivement non professionnelle. La conséquence est mécanique et mesurable : quand les quatre conseillers se partagent, l'affaire repart devant un juge professionnel — le départage — et la durée double, de 17,6 à 34,9 mois.
Le paradoxe néerlandais : l'autorisation préalable est contournée dans 9 cas sur 10
Les Pays-Bas ont un système d'autorisation préalable à voie imposée : motif économique ou inaptitude longue devant l'UWV, organisme public ; tous les autres motifs devant un juge professionnel. L'employeur ne choisit pas sa voie. Voilà ce qu'en fait la pratique.
| Voie de rupture aux Pays-Bas | 2011-2012 | 2018-2019 |
|---|---|---|
| Accord amiable (vaststellingsovereenkomst) | 61 % | 89 % |
| Autorisation de l'UWV | 24 % | 7 % |
| Décision du juge | 9 % | 2 % |
L'autorisation préalable ne fonctionne pas comme un filtre effectivement exercé : l'UWV examine 7 % des cas. Elle fonctionne comme une menace crédible, chiffrée et rapide, qui structure la négociation privée. Ce qui réduit l'incertitude néerlandaise, ce n'est pas que l'UWV examine les dossiers — c'est que les parties savent, avant de négocier, ce que vaut le dossier : voie imposée, critères écrits, délai de six semaines, et une indemnité calculable à l'euro près.
La transitievergoeding est en effet une formule arithmétique : un tiers de mois de salaire par année de service, dès le premier jour de travail depuis 2020, période d'essai comprise, plafonnée à 102 000 € bruts. Pas de fourchette, pas d'arbitrage judiciaire sur le montant.
La France a la voie amiable sans la norme de référence claire ; les Pays-Bas ont les deux. La rupture conventionnelle française — 515 000 en 2023 — joue un rôle fonctionnellement analogue, mais elle se négocie dans l'ombre d'une norme floue : une indemnité à négocier au-dessus d'un minimum légal, et un risque résiduel de contentieux au barème, avec 60 % d'appel derrière.
Ce qui est transposable n'est donc pas l'institution — c'est la prévisibilité du montant.
Combien de ruptures finissent devant le juge ?
| France, ordres de grandeur | Valeur |
|---|---|
| Fins de CDI, 2023 | 4 437 700 |
| — dont licenciements (économiques et non économiques) | 612 000 |
| — dont ruptures conventionnelles | 515 200 |
| Affaires prud'homales nouvelles au fond, 2022 | 84 051 |
| Rapport, en ordre de grandeur | ≈ 1 licenciement sur 7 à 8 |
- La thèse est confirmée sur trois dimensions. La durée (17,6 mois contre environ 3 mois en Allemagne, un facteur 6). La non-finalité du premier jugement (60 % d'appel, 30 % de confirmation totale) — c'est l'anomalie proprement française. Et la fenêtre d'exposition : 12 mois contre 3 semaines, un facteur 17, probablement le paramètre le plus sous-discuté du débat français et le plus facilement modifiable.
- Elle est nuancée sur une dimension : le coût n'est pas nul et n'est pas le plus bas. Le coût moyen néerlandais d'un licenciement, 28 300 €, est élevé.
- La comparaison reste asymétrique : nous établissons solidement le chiffre français, mais les taux d'appel et d'infirmation allemands et néerlandais n'ont pas pu être collectés. C'est la principale faiblesse de cette fiche.
- Aucune évaluation causale n'existe de l'effet de l'incertitude prud'homale sur l'embauche. Le raisonnement est solide, le gain d'emploi attendu d'une réforme est inconnu.
Réduire la durée d'indemnisation ferait-il baisser le chômage ?
C'est la question sur laquelle le débat français est le plus assuré et la littérature la plus prudente. La réponse honnête tient en trois effets distincts, que le débat traite comme un seul.
Le système actuel
| Paramètres au 1er avril 2025 | Valeur |
|---|---|
| Affiliation minimale | 6 mois sur les 24 derniers (36 mois à partir de 55 ans) |
| Durée maximale, moins de 55 ans | 18 mois |
| Durée maximale, 55-56 ans | 22,5 mois |
| Durée maximale, 57 ans et plus | 27 mois |
| Formule | 57 % du salaire journalier de référence, ou 40,4 % + 13,11 €/jour |
| Dégressivité | −30 % au 7e mois au-delà de ≈ 4 500 € brut/mois |
| Allocation nette mensuelle moyenne | 1 048 € |
| Allocataires pris en charge / indemnisés | 3,8 M / 2,6 M |
| Dépenses d'allocation 2025 | 37,0 Md€ (dépenses totales 45,2 Md€) |
| Dette nette de l'Unédic fin 2025 | −59,8 Md€ |
Unédic, convention du 15 novembre 2024 en vigueur au 1er avril 2025 ; Unédic, Paramètres utiles, éd. janvier 2025 ; Unédic, prévisions financières du 12 juin 2025.
La France est-elle une exception ? Sur une seule dimension, et pas celle qu'on croit
Plafond mensuel de l'allocation chômage
Le seul point où la France est réellement isolée en Europe.
Unédic, Tableau de données comparatives sur l'assurance chômage dans 15 pays d'Europe, millésime 1er mai 2024 ; valeur France actualisée au 1er avril 2025. Royaume-Uni : allocation forfaitaire, converti en équivalent mensuel.
| Assurance chômage | Affiliation minimale | Durée maximale | Taux de remplacement |
|---|---|---|---|
| France | 6 mois / 24 | 18 à 27 mois | 57 % du brut de référence |
| Allemagne | 12 mois / 30 | 6 à 24 mois | 60 % du net (67 % avec enfant) |
| Pays-Bas | 26 sem. / 36 | 3 à 24 mois | 75 % puis 70 % |
| Danemark | seuil de revenu | 24 mois sur 3 ans | 65 %, puis dégressif |
| Italie | 13 sem. / 4 ans | jusqu'à 24 mois | 75 %, −3 %/mois dès le 6e |
| Espagne | 360 j / 6 ans | 4 à 24 mois | 70 % puis 60 % |
| Suède | 6 à 12 mois | 300 jours | 65 % |
| Royaume-Uni | 2 exercices fiscaux | 6 mois | forfait |
| États-Unis | variable par État | 12 à 30 sem. (26 le plus souvent) | ≈ 45-50 % |
- Sur la durée, la France n'est pas une exception. 18 mois pour les moins de 55 ans est comparable aux Pays-Bas, au Danemark, à l'Espagne et à l'Italie. La singularité porte sur le régime senior (27 contre 24 mois en Allemagne), pas sur le cas général.
- Sur les conditions d'entrée, la France est parmi les plus accessibles : 6 mois sur 24 (ratio 0,25) contre 12 mois sur 30 en Allemagne (0,40). Seule l'Italie est plus accessible.
- Sur le taux de remplacement, la France est dans la moyenne haute, sans être aberrante.
- Sur le plafond, la France est isolée — mais 0,14 % des allocataires sont concernés.
Les trois effets que le débat confond
Réduire la durée ou le montant accélère la sortie du chômage de la personne concernée. C'est le résultat le mieux établi de l'économie du travail depuis quarante ans. L'effet marginal d'un mois supplémentaire de droits sur la durée de non-emploi se situe entre 0,1 et 0,4 mois, soit 3 à 12 jours de chômage supplémentaires par mois de droits supplémentaire.
| Évaluations avec contrefactuel | Dispositif | Effet marginal |
|---|---|---|
| Card, Chetty & Weber (2007) | Autriche, discontinuité d'éligibilité | taux de sortie −5 à −9 % |
| Schmieder, von Wachter & Bender (2012) | Allemagne, discontinuités administratives | 0,12 |
| Johnston & Mas (2016) | Missouri, réduction législative brutale | ≈ 0,3 |
| Le Barbanchon (2016) | France | ≈ 0,3 |
| van Ours & Vodopivec (2008) | Slovénie | ≈ 0,4 |
| Évaluations françaises des réformes récentes | Résultat |
|---|---|
| Unédic — dégressivité (50 000 allocataires à hauts revenus) | Durée de chômage réduite d'environ 24 jours |
| Unédic — nouveau calcul du salaire de référence (≈ 1,1 M d'allocataires) | Allocation journalière −6 € (−16 %) ; retour à l'emploi accéléré mais vers des contrats de moins de 6 mois |
| Unédic — affiliation portée de 4 à 6 mois | −30 000 entrées mensuelles ; −14 % d'ouvertures de droits |
| IPP, rapport n° 55 (avril 2025) — réforme du SJR | +5 à +20 % de jours travaillés pour les groupes les plus affectés ; élasticité emploi-allocation de −0,5 à −0,9 ; perte de revenu cumulée jusqu'à 1 000 € sur six mois |
| Unédic — bonus-malus (≈ 30 000 entreprises) | Effets « limités » ; architecture trop complexe pour être incitative |
C'est le point où le débat français ne présente presque jamais qu'un seul côté. Card-Chetty-Weber, Johnston & Mas et l'IPP ne trouvent aucun effet sur le salaire de reprise ou la stabilité des emplois. Nekoei & Weber (2017) trouvent au contraire qu'une extension de 9 semaines augmente le salaire de reprise d'environ 0,5 %, en permettant d'accéder à des entreprises de meilleure qualité. Les données françaises suggèrent que l'accélération obtenue se fait plutôt vers des emplois plus courts — mais aucune étude française n'a mesuré l'effet sur le salaire de reprise avec un contrefactuel propre.
Une élasticité micro mesure ce qui arrive à un chômeur dont les droits sont réduits, les autres chômeurs et le nombre d'emplois vacants étant inchangés. Si les postes à pourvoir sont en partie déterminés par la demande, un chômeur qui cherche plus intensément prend un emploi qu'un autre chômeur aurait obtenu. Landais, Michaillat et Saez calibrent une micro-élasticité de 0,4 à 0,8 pour une macro-élasticité de 0 à 0,3 : environ 40 % de l'effet micro se dissipe en pur déplacement entre chômeurs, et cette proportion augmente quand le marché est détendu.
Corollaire de politique publique, contre-intuitif : réduire l'indemnisation est moins efficace précisément quand le chômage est élevé, c'est-à-dire quand on est le plus tenté de le faire. C'est l'argument théorique en faveur de la contracyclicité, que la France a adoptée en 2023 dans le bon sens.
La preuve expérimentale française la plus directe de l'effet de déplacement vient de Crépon, Duflo, Gurgand, Rathelot et Zamora (2013), expérience randomisée en grappes sur l'accompagnement renforcé de jeunes diplômés : +1,7 point d'emploi stable pour les bénéficiaires, −2,1 points pour les non-bénéficiaires des mêmes zones, soit environ 36 emplois gagnés contre 48 déplacés pour 1 000 personnes traitées. Les auteurs concluent que « le nombre net d'emplois créés par le programme apparaît négligeable rapporté à son coût ». Le déplacement était significatif en marché détendu et non significatif en marché tendu.
Alors, de combien le chômage baisserait-il ?
| Ancrage | Ce qu'il dit | Ce qu'il vaut |
|---|---|---|
| Banque de France, 2026 | Les réformes de 2021 et 2023 ont réduit le chômage structurel de 0,6 point | Calibration macro, pas d'intervalle de confiance publié, non validée par contrefactuel |
| Unédic, contracyclicité 2023 | ≈ 4,5 Md€ d'économies annuelles et ≈ 300 000 allocataires en moins | Effet budgétaire et sur les allocataires — un allocataire en moins n'est pas un chômeur en moins |
| Gouvernement, mars 2026 (ruptures conventionnelles) | 12 000 à 15 000 retours à l'emploi supplémentaires par an | Soit environ 0,04 point de taux de chômage rapporté à 32,25 M d'actifs |
À défaut, voici une fourchette raisonnée, construite à partir des élasticités micro publiées et corrigée du coin d'élasticité de Landais-Michaillat-Saez. Elle est présentée avec ses hypothèses parce que le débat public utilise couramment des chiffres construits de la même façon sans les afficher.
Ce calcul est un ordre de grandeur, pas une estimation. Il repose sur des élasticités estimées dans d'autres pays et d'autres conjonctures. La borne basse — effet nul — n'est pas exclue par la littérature dans un contexte de chômage élevé et croissant comme celui de 2026.
Les effets de report, qui ne sont pas déduits des économies affichées
| Situation 3 mois après la fin de droits | Part |
|---|---|
| En emploi salarié | 31 % |
| Au RSA | 18 % |
| À l'ASS | 11 % |
| Ni emploi salarié, ni RSA, ni ASS | ≈ 40 % |
| Ayant repris un emploi au moins une fois dans les 12 mois | 58 % |
DG Trésor, octobre 2025, cohorte des personnes arrivées en fin de droits au 2e semestre 2022, suivie 12 mois sur données administratives MiDAS. Volume concerné : environ 57 000 personnes par mois.
Sous l'effet de la contracyclicité de 2023, les arrivées en fin de droits sont passées de 41 000 à 70 000 par mois entre mars 2023 et mars 2025, et la part basculant vers l'ASS de 13 % à 20 %. À l'inverse, l'IPP ne trouve pas de report significatif vers le RSA après la réforme du salaire de référence de 2021 — résultat qui va contre l'hypothèse d'un report généralisé, au moins pour cette réforme et cette population.
Note n° 90, avril 2026 : durcir les conditions d'éligibilité (de 6 à 8 mois d'affiliation) est jugé « peu indiqué » — cela génère « principalement des économies mécaniques, avec des effets comportementaux limités », au détriment des populations modestes. Supprimer la marche intermédiaire senior est jugé « plus pertinent » : cela réduirait les entrées au chômage pour un public mieux équipé financièrement. Le CAE recommande surtout d'intégrer la valeur assurantielle du dispositif, dimension systématiquement absente des chiffrages budgétaires.
L'indemnisation du chômage comparée, et ce que les réformes Hartz ont réellement produit
| Assurance chômage | France | Allemagne | Pays-Bas |
|---|---|---|---|
| Condition d'entrée | 6 mois sur 24 | 12 mois sur 60 | 26 semaines sur 36 |
| Durée maximale, salarié de 40 ans | 18 mois | 12 mois | jusqu'à 24 mois |
| Durée maximale, seniors | 27 mois (57 ans et +) | 24 mois (58 ans et +) | 24 mois |
| Taux de remplacement | 57 % du brut de référence | 60 % du net (67 % avec enfant) | 75 % puis 70 % |
| Dégressivité | −30 % au 7e mois au-delà de 4 960 € brut | non | non |
| Après épuisement | ASS puis RSA | Bürgergeld forfaitaire sous condition de ressources | assistance sociale |
| Mécanisme original | Modulation contracyclique : durée réduite de 25 % tant que le chômage est bas | — | Durée liée au millésime des années de carrière |
France : Unédic, convention du 15 novembre 2024, circulaire n° 2025-03 du 1er avril 2025. Allemagne : BMAS, Anspruchsdauer von Arbeitslosengeld ; Bundesagentur für Arbeit. Pays-Bas : UWV, Hoelang duurt een WW-uitkering.
On lit couramment que les Pays-Bas accordent « 1 mois de droit par année travaillée les dix premières années, puis 0,5 mois ». C'est inexact. La règle réelle est une règle de millésime, pas d'ancienneté : les années de carrière antérieures à 2016 valent 1 mois chacune, celles à partir de 2016 valent 0,5 mois, le tout plafonné à 24 mois. Un salarié entré sur le marché du travail en 2016 devra donc 48 années de carrière pour atteindre le plafond, contre 24 pour un salarié dont la carrière a commencé avant. C'est une extinction progressive des droits longs, pas un barème d'ancienneté.
La France est au milieu, pas en tête, sur la durée maximale de droit commun. Elle est en revanche nettement au-dessus sur la facilité d'entrée (6 mois d'affiliation contre 12 en Allemagne), sur la durée pour les seniors, et sur le plafond d'indemnisation en valeur absolue.
Les réformes Hartz : une asymétrie de preuve à ne jamais escamoter
| Ce qui est affirmé | Sur quelle base | Niveau de preuve |
|---|---|---|
| Baisse du chômage structurel d'environ 3 points (dont 1,4 pt attribué à Hartz IV) | Krebs & Scheffel, IMF Economic Review 2013 — modèle de recherche et d'appariement calibré | Calibration — pas une mesure. Le résultat dépend entièrement de la structure du modèle |
| Amélioration de l'efficacité d'appariement | Stops, IZA Journal 2016 — fonction d'appariement sur 329 groupes professionnels × 402 zones, 138 mois | Estimation empirique — mais l'auteur refuse explicitement de quantifier la part attribuable aux réformes |
| « C'est Hartz qui a modéré les salaires » | Centre for European Reform, 2017 : la modération salariale commence en 1995, née de la décentralisation de la négociation collective et de la menace de délocalisation | Objection documentée, non réfutée |
| Ce qui est mesuré directement, sans modèle | Avant | Après |
|---|---|---|
| Taux de pauvreté des chômeurs | 41 % (2004) | 68 % (2010) |
| Taux de pauvreté des personnes en emploi | 4,8 % (2004) | 7,5 % (2006) |
| Taux de pauvreté général | 12,5 % (2000) | 14,7 % (2005) |
| Coefficient de Gini | 26,2 (2000) | 28,8 (2005) |
| Intérim | 331 000 (2003) | 882 000 (2011) — ×2,7 |
DG Trésor, Trésor-Économics n° 110, mars 2013, « How have the Hartz reforms shaped the German labour market? ».
Les bénéfices supposés de Hartz reposent sur un modèle calibré ; les coûts constatés reposent sur des statistiques descriptives directes. Un dossier honnête ne peut pas mettre les deux sur le même plan. Le chiffre de 3 points est le plus cité dans le débat français et c'est le moins solide du dossier ; la pauvreté des chômeurs passée de 41 % à 68 % est le plus robuste, parce qu'il mesure une conséquence mécanique de la suppression de la prestation contributive longue, et non un effet comportemental.
La question réellement pertinente — qu'aurait fait l'Allemagne sans Hartz mais avec la décentralisation salariale des années 1990 ? — n'a reçu aucune réponse.
La fluidité du marché du travail : mobilité, séparation, reconversion
Un marché très fluide en flux et très segmenté en stock
Les deux affirmations sont vraies simultanément, et le débat les présente comme contradictoires. Le taux d'entrée en CDD atteint 110 % de l'effectif salarié moyen, plus de 90 % des embauches se font en CDD ou en intérim, et la rotation de la main-d'œuvre a été quintuplée en trente ans. Mais les indicateurs de stock — part des contrats temporaires dans l'emploi, part des salariés ayant moins d'un an d'ancienneté — sont restés quasi stables sur quinze ans.
L'explication : ce ne sont pas les emplois précaires qui se sont multipliés, ce sont les contrats courts qui sont devenus plus courts — 83,8 % des fins de CDD portent sur des contrats de moins d'un mois, contre 75,8 % en 2007. Le phénomène se concentre sur les mêmes personnes et les mêmes métiers.
| Ancienneté dans l'entreprise | Moyenne (années) | Médiane | Part < 1 an |
|---|---|---|---|
| France | 11,9 | — | — |
| Allemagne | 11,9 | — | — |
| Italie | 12,7 | — | — |
| Espagne | 11,3 | — | — |
| Royaume-Uni | 8,7 (en déclin) | — | — |
| États-Unis | — | 3,9 | 22 % |
Goulart & Oesch, « Job tenure in Western Europe, 1993-2021 », Work, Employment and Society, 2024, données EU-LFS et EWCS (moyennes) ; BLS, Employee Tenure in 2024, enquête CPS janvier 2024 (médianes).
Ce que coûte réellement une séparation
Indemnité légale et préavis, pour 10 ans d'ancienneté
En mois de salaire. Le résultat est l'inverse de l'intuition commune.
France : art. L1234-9 et L1234-1 du Code du travail (1/4 de mois par année jusqu'à 10 ans, 1/3 au-delà ; préavis de 2 mois au-delà de 2 ans). Allemagne : §1a KSchG et §622 BGB. Royaume-Uni : statutory redundancy pay, barème 22-40 ans, ancienneté plafonnée à 20 ans et salaire hebdomadaire plafonné à 751 £ depuis avril 2026. États-Unis : employment at will, aucune indemnité légale.
Le barème Macron : la mesure la plus commentée et la moins évaluée
| Indemnité prud'homale pour licenciement sans cause réelle et sérieuse | Plancher (≥ 11 salariés) | Plafond |
|---|---|---|
| 2 ans d'ancienneté | 3 mois | 3 mois |
| 5 ans | 3 mois | 6 mois |
| 10 ans | 3 mois | 10 mois |
| 20 ans | 3 mois | 15,5 mois |
| 30 ans et plus | 3 mois | 20 mois |
Le barème ne s'applique pas en cas de nullité du licenciement — discrimination, harcèlement, représailles, violation d'une liberté fondamentale, statut protecteur : plancher de 6 mois et aucun plafond. Il a été validé par la Cour de cassation en assemblée plénière le 11 mai 2022, et reste contesté par le Comité européen des droits sociaux.
| Ce qui a été mesuré | Résultat |
|---|---|
| Recours prud'homaux avant la réforme | divisés par près de deux en dix ans — la baisse est antérieure |
| Évolution après 2017 | −5 % en 2018, −1 % en 2019 : ralentissement de la baisse antérieure |
| Part des affaires réglées à l'amiable | 48,9 % (2017) → 57,6 % (2019) |
La rupture conventionnelle
L'asymétrie entre 19 % des ouvertures et 26 % des dépenses tient au profil : allocation journalière moyenne de 53 € contre 39 € pour l'ensemble, et 77 % des allocataires disposant d'au moins 18 mois de droits. Spécificité française à noter : les pays voisins n'ouvrent pas automatiquement droit aux allocations en cas de rupture d'un commun accord — ils examinent chaque situation. C'est précisément ce que vise le projet de loi de mars 2026.
Protection de l'emploi et taux d'emploi : un lien plus faible qu'on ne le dit
Les indicateurs de l'OCDE (EPR pour les contrats permanents, EPT pour les temporaires, échelle de 0 à 6) classent la France à 2,56 sur les CDI, contre 2,60 en Allemagne, 3,61 aux Pays-Bas et 0,09 aux États-Unis. France et Allemagne sont quasiment identiques, et toutes deux moins protectrices que les Pays-Bas, qui affichent pourtant le meilleur taux d'emploi d'Europe. L'écart réel porte sur les contrats temporaires : 3,50 en France contre 1,00 en Allemagne. C'est la dualité réglementaire, pas le niveau général de protection, qui distingue la France.
Les Pays-Bas cumulent un des scores de protection les plus élevés de l'OCDE, une indemnisation de 24 mois à 75 % de remplacement, et le taux d'emploi le plus élevé d'Europe (82,3 %), le taux de vacance le plus élevé de l'UE (4,2 %) et la part de chômage de longue durée la plus faible (13,7 %). Le Danemark présente une configuration analogue. Affirmer qu'assouplir la protection de l'emploi ferait mécaniquement monter le taux d'emploi français n'est pas soutenu par les données comparatives. Affirmer symétriquement que la protection de l'emploi est sans coût ne l'est pas davantage : son effet sur le dualisme est réel et mesuré.
Formation et reconversion
| Part des 25-64 ans en formation, 2025 | % |
|---|---|
| Suède | 38,2 |
| Danemark | 31,0 |
| Finlande | 28,1 |
| Pays-Bas | 25,9 |
| France | 15,5 |
| UE-27 | 13,7 |
La France dépense 56,6 Md€ pour la formation professionnelle et l'apprentissage, soit environ 1,9 % du PIB — davantage rapportée au PIB que la plupart des pays nordiques — pour une participation de 15,5 %, très en dessous de la leur. L'écart entre la dépense et la participation interroge l'efficience du système, sans qu'aucune évaluation ne le documente causalement.
Le tableau des leviers, classés par qualité de preuve
Voici l'ensemble des leviers discutés dans le débat français, avec l'effet mesuré, la qualité de la preuve et les effets indésirables documentés. Le classement va du mieux établi au plus incertain — et il ne coïncide pas avec la popularité des mesures.
A — essai contrôlé randomisé avec mesure des effets de déplacement · B — essai randomisé sans mesure d'équilibre général · C — quasi-expérimental crédible (différences de différences, discontinuité, expérience naturelle datée) · D — appariement sur observables, panel · E — calibration de modèle, ce qui n'est pas une mesure · F — aucune évaluation.
| Levier | Effet mesuré | Preuve | Effets indésirables documentés |
|---|---|---|---|
| Accompagnement intensif des chômeurs | Individuel +4,5 à +10,2 pts de sortie vers l'emploi à 6 mois. Agrégé : effet net non significatif | A | Déplacement quasi intégral entre chômeurs. Résultat répliqué par trois équipes indépendantes en 2013, 2014 et 2026 |
| Dégressivité des allocations élevées | +3 à +5 pts d'emploi à 12 mois sur les allocataires concernés ; −24 jours de chômage | C | Concessions salariales plus fréquentes (59 % contre 49 %). Ne concerne que 3 % des allocataires |
| Contrôle de la recherche d'emploi | +3 pts d'emploi à 6 mois, sur le contrôle aléatoire seulement | D | Non extrapolable au contrôle ciblé ; déplacement non mesuré ; 12 à 14 % de sanctions |
| Durcir le contrôle de la fausse indépendance | −62 000 indépendants sans salariés en un an aux Pays-Bas, par transition vers le salariat | C | Effet emploi net probablement nul : recomposition statutaire |
| Raccourcir la chaîne de CDD | Hausse des transitions vers le CDI, sauf pour les peu diplômés | C/D | Aucun effet pour les peu diplômés. Les Pays-Bas ont annulé la mesure en 2020 |
| Réduire la durée d'indemnisation | Sortie du régime plus précoce mais pas d'emploi supplémentaire (évaluation néerlandaise d'une réduction de 3 mois) | C — résultat négatif | La sortie anticipée ne se traduit pas en emploi |
| Chômage partiel | Amortissement macro réel : emploi −1,7 % pour un volume de travail −9,4 % | D | Effets d'aubaine d'environ 40 % ; destructions différées plutôt qu'évitées. Le coût par emploi sauvé n'existe pas |
| Réduire le délai de contestation (12 mois → quelques semaines) | Réduction mécanique de la fenêtre d'incertitude d'un facteur 17 | F | Restriction d'accès au juge. Effet emploi jamais mesuré nulle part |
| Professionnaliser la 1re instance prud'homale | Réduction attendue du départage (34,9 → 17,6 mois) et du taux d'appel | F | Le taux de départage n'est même pas publié : l'ampleur du gain est inconnue |
| Autorisation préalable de licenciement | Aucun effet démontré — l'évaluation officielle néerlandaise conclut à l'absence de régime « plus activant » | C — résultat négatif | Contournée dans 89 % des cas ; coût moyen de rupture +8 % |
| Barème d'indemnités prud'homales | Aucun effet causal établi, ni sur l'emploi ni sur la dispersion | F | La baisse du contentieux commence en 2015, deux ans avant le barème. Incertitude déplacée vers les demandes en nullité |
| Droit de modifier son temps de travail | Corrélation forte avec le taux d'emploi féminin ; causalité non établie | F | Taux d'emploi élevé en personnes, pas en heures ; écarts de revenus et de pensions |
| Fluidifier le marché locatif (hypothèse d'Oswald) | +1 % de propriété ↔ +2,2 % de chômage à long terme | D | Contradiction assumée entre niveaux micro et macro ; réplications mitigées |
| « Faire les réformes Hartz » | 3 points de chômage structurel | E — calibration | Pauvreté des chômeurs 41 % → 68 % ; Gini +2,6 pts ; intérim ×2,7 |
Accompagnement : Crépon, Duflo, Gurgand, Rathelot & Zamora (2013) ; BCG-Cap Gemini pour France Travail (2014) ; IPP (2026). Dégressivité : Unédic (2025). Contrôle : France Travail (2018). Indépendants : CBS (2026). Chaîne de CDD et autorisation préalable : SEO Economisch Onderzoek (2020). Chômage partiel : Insee (2021), IAB. Prud'hommes : ministère de la Justice (2024) ; comité d'évaluation des ordonnances travail, France Stratégie. Hartz : Krebs & Scheffel (2013), Stops (2016), DG Trésor (2013).
- Le levier le mieux évalué est celui dont l'effet agrégé est le plus douteux. L'accompagnement intensif marche au niveau individuel et ne crée pas d'emploi net : le résultat est répliqué sur treize ans par trois équipes indépendantes, dont un essai randomisé en grappes spécifiquement conçu pour mesurer le déplacement. Le débat français cite systématiquement l'effet individuel et ignore l'effet de déplacement, qui est pourtant mesuré et publié.
- Deux leviers populaires ont un résultat d'évaluation négatif, pas simplement absent : réduire la durée d'indemnisation (la sortie plus précoce ne se traduit pas en emploi) et l'autorisation préalable de licenciement (le pays qui la pratique n'y trouve aucun effet activant).
- Le levier le plus prometteur sur le plan du raisonnement est celui qui n'a jamais été évalué : la réforme de la procédure prud'homale. L'anomalie française est réelle et documentée — facteur 6 sur la durée, facteur 17 sur la fenêtre de contestation, 60 % d'appel — et le gain d'emploi attendu de sa correction est inconnu. Il faut dire les deux choses.
- Le chiffre le plus cité du débat français est le moins solide. Les 3 points de Hartz viennent d'une calibration de modèle, au dernier niveau de l'échelle de preuve.
Le coût du travail et le salaire
La question du niveau des prélèvements sur le travail, distincte de celle du nombre de personnes qui travaillent — et souvent confondue avec elle.
Où va la différence entre le coût employeur et le net ?
Pour un salarié non-cadre, les cotisations salariales représentent environ 22 à 23 % du brut (CSG-CRDS 9,70 %, vieillesse 7,30 %, chômage 0,75 %, retraite complémentaire). Côté employeur, de 25 à 45 % du brut (maladie 13 %, vieillesse 10,66 %, famille 5,25 %, chômage 4,05 %, complémentaire 4,72 à 12,95 %).
Exemple : pour 2 500 € brut, le net perçu est d'environ 1 950 € et le coût employeur d'environ 3 600 €. La différence finance la retraite par répartition, l'assurance maladie, les allocations familiales, l'assurance chômage et la formation.
Combien coûte un salarié selon son niveau de salaire ?
Depuis 2026, la réduction générale dégressive unique exonère fortement les cotisations patronales jusqu'à 3 SMIC — contre 1,6 SMIC auparavant. Le coût employeur au SMIC est donc proche du salaire brut. À 3 000 € brut, une comparaison à net identique (2 370 €) donne 1 701 € de cotisations en France (41,8 % du coût complet) contre 1 305 € en Allemagne (35,5 %). Au-delà de 3 SMIC (environ 5 300 € brut), les allègements disparaissent et le coin fiscal remonte nettement.
Pourquoi les nets sont-ils faibles malgré un coût employeur élevé ?
Parce que le coin fiscal français est le plus concentré au monde côté employeur : 26,7 points de cotisations patronales contre 13,5 en moyenne OCDE. À coût employeur identique, une part disproportionnée n'atteint jamais la fiche de paie. C'est un choix de modèle : une protection sociale large financée sur le salaire plutôt que par l'impôt général.
S'y ajoute une modération salariale prolongée : croissance du salaire brut de 1,4 % en 2025, deuxième plus faible de l'OCDE après la Suisse.
Cotisations patronales ou salariales : la distinction change-t-elle réellement quelque chose ?
La France a les cotisations patronales les plus élevées de son échantillon de comparaison. C'est vrai, c'est constamment cité, et cela ne prouve presque rien tout seul — parce que ce qui pèse sur l'emploi est le prélèvement total sur le travail, pas la ligne du bulletin de paie où il apparaît. Mais la conclusion inverse — « la distinction n'est qu'une convention » — est également fausse. La réponse exacte est plus intéressante que les deux slogans.
| Coin fiscalo-social, 2025, célibataire au salaire moyen, en % du coût total employeur | Total | Impôt sur le revenu | Cotisations salariales | Cotisations patronales |
|---|---|---|---|---|
| Belgique | 52,5 | 20,1 | 11,0 | 21,4 |
| Allemagne | 49,3 | 14,2 | 17,8 | 17,3 |
| France | 47,2 | 12,2 | 8,3 | 26,7 |
| Italie | 45,8 | 14,5 | 7,2 | 24,0 |
| Suède | 41,1 | 11,9 | 5,3 | 23,9 |
| Pays-Bas | 35,9 | 15,8 | 8,9 | 11,2 |
| Danemark | 35,8 | 35,1 | 0,0 | 0,7 |
| Moyenne OCDE | 35,1 | 13,4 | 8,1 | 13,5 |
| Royaume-Uni | 32,4 | 15,4 | 4,9 | 12,0 |
| États-Unis | 30,0 | 15,4 | 7,1 | 7,5 |
OCDE, Taxing Wages 2026, données 2025, célibataire sans enfant au salaire moyen. Les décompositions sont cohérentes avec les totaux à 0,1 point près.
La France est championne des cotisations patronales et avant-dernière de l'impôt sur le revenu au salaire moyen. Un débat qui ne cite que la part patronale décrit une singularité réelle mais en tire une conclusion fausse sur le poids total.
Cotisations patronales 0,7 % — trente-huit fois moins qu'en France. Cotisations salariales 0,0 %. Impôt sur le revenu 35,1 %, près de trois fois le niveau français. Coin total 35,8 % contre 47,2 %.
L'écart de 26 points sur la part patronale se réduit à 11,4 points sur le total : les deux tiers de l'écart apparent sont une différence de plomberie fiscale, pas de pression sur le travail. Le Danemark finance une protection sociale de niveau comparable à la française presque entièrement par l'impôt. Il n'existe donc aucun lien nécessaire entre le niveau de protection sociale et le niveau des cotisations patronales.
Pourquoi comparer des salaires bruts entre pays n'a aucun sens
| Pour 100 € de coût total employeur | France | Danemark |
|---|---|---|
| Cotisations patronales | 26,70 € | 0,70 € |
| Salaire brut | 73,30 € | 99,30 € |
| Cotisations salariales | 8,30 € | 0,00 € |
| Impôt sur le revenu | 12,20 € | 35,10 € |
| Salaire net | 52,80 € | 64,20 € |
Le salaire brut danois est supérieur de 35 % au salaire brut français à coût employeur strictement identique, uniquement parce que le Danemark ne prélève quasiment rien avant le brut. Règle méthodologique qui devrait s'imposer dans le débat : les seules comparaisons salariales internationales valides portent sur le coût total employeur ou sur le net après impôt, en parité de pouvoir d'achat. Toute comparaison de salaires bruts entre pays de structures différentes est méthodologiquement nulle.
Qui supporte réellement la cotisation ? Ce que mesurent les travaux, et non ce que dit la théorie
Le résultat classique de l'économie publique dit que celui qui verse légalement un prélèvement n'est pas nécessairement celui qui le supporte : à long terme, l'incidence dépend du rapport des élasticités d'offre et de demande de travail, pas de l'étiquette juridique. C'est un résultat théorique. L'empirie est nettement plus nuancée, et c'est là que le débat français se trompe le plus souvent.
| Bozio, Breda & Grenet — l'étude française de référence | Transfert vers les salaires |
|---|---|
| Cotisations à lien contributif fort et transparent (retraite complémentaire) | ≈ 103 % (91 à 106 % à 9 ans) |
| Cotisations à lien contributif faible ou nul (maladie, famille) | ≈ 15 % (6 à 21 % à 6 ans) |
| Impôt sur le revenu payé par le salarié | quasi intégral |
Bozio, Breda & Grenet, Review of Economic Studies, 2025 (document de travail IPP/PSE 2019), exploitant six réformes françaises de cotisations : hausse des cotisations patronales de retraite complémentaire au-dessus du plafond (2000-2005), déplafonnement des cotisations famille (1989-1990) et maladie (1981-1983). Le transfert intégral s'opère en cinq à six ans.
Conséquence directe et rarement énoncée : le résultat théorique standard n'est vérifié que pour les cotisations contributives. Pour les cotisations non contributives — maladie et famille, précisément celles que les allégements ciblent — le transfert vers les salaires est d'environ 15 %, donc quasi nul, et les entreprises en supportent l'essentiel. Baisser les cotisations famille ou maladie n'augmentera pas les salaires ; baisser les cotisations retraite, en revanche, se transforme largement en hausse de salaire immédiat et en baisse de droits futurs.
| Les autres résultats empiriques | Ce qu'ils trouvent |
|---|---|
| Saez, Schoefer & Seim (Suède, 2019) — baisse de 16 points pour les moins de 26 ans | Aucun effet sur les salaires nets des jeunes traités ; effet emploi de +2,1 points (élasticité 0,21). L'ajustement s'opère au niveau de l'entreprise, qui partage la rente avec l'ensemble de ses salariés, y compris les non-éligibles |
| Saez, Matsaganis & Tsakloglou (Grèce, 2012) | Les employeurs compensent les hausses de la part patronale, pas celles de la part salariale. Conclusion des auteurs : « l'incidence légale importe pour l'incidence économique » — le contraire exact de la prédiction canonique |
| Benzarti & Harju (Finlande, 2021) | Prélèvement majoritairement supporté par les entreprises, effets emploi significatifs, effets négligeables sur les rémunérations |
| Benzarti, synthèse (NBER WP 32819) | Trois anomalies systématiques : les élasticités ne suffisent pas à prédire l'incidence (« les effets d'équité dominent les effets de marché ») ; l'incidence légale compte ; les effets emploi sont asymétriques — les baisses créent de l'emploi, les hausses en détruisent peu |
Les six cas où le partage patronal / salarial produit un effet réel
- La rigidité des salaires bruts à la baisse. L'ajustement théorique suppose que le brut puisse baisser. Or les bruts nominaux ne baissent quasiment jamais — contrats, conventions collectives, minima, normes d'équité. Une hausse de cotisation patronale devient donc intégralement un surcoût, résorbable seulement par le gel des augmentations futures, d'où les cinq à six ans mesurés. Sur l'horizon d'un mandat, la distinction a un effet réel.
- Au voisinage du SMIC — le cas décisif, et il est théoriquement imparable. Le SMIC est défini en brut. Un salarié au SMIC ne peut pas voir son brut baisser : c'est illégal. Donc une cotisation patronale ne peut, par construction juridique, être absorbée par le salaire. L'incidence est nécessairement à 100 % sur l'employeur et l'effet sur l'emploi est réel. C'est la justification économique des allégements de charges : ils ne sont pas une subvention aux entreprises mais la correction d'une rigidité que le SMIC lui-même crée.
- La perception. Un système où 26,7 points sur 47,2 sont prélevés avant l'apparition du brut sur la fiche de paie rend une grande partie du coin fiscalo-social invisible au salarié. Benzarti établit que l'incidence légale importe quand la saillance du prélèvement est faible — c'est un résultat empirique, pas une conjecture, et le cas grec en est l'illustration la plus nette.
- La négociation salariale. En France, conventions collectives, grilles et négociations annuelles obligatoires sont libellées en brut. Une baisse de cotisations patronales est donc invisible dans la variable négociée ; une baisse de cotisations salariales apparaît immédiatement dans le net et déplace le point de départ de la négociation suivante. Cela fournit le mécanisme institutionnel qui explique le résultat de Bozio-Breda-Grenet : la transparence, et pas seulement l'existence du lien contributif, est la condition du transfert.
- Les trappes à bas salaires. L'allégement décroissant fait exploser le taux marginal effectif : augmenter un salaire proche du SMIC coûte à l'employeur la hausse plus la perte d'exonération.
- La comparabilité internationale des salaires, traitée plus haut.
| Les allégements de cotisations sur les bas salaires | Valeur |
|---|---|
| Coût budgétaire, 2024 | ≈ 75 Md€, soit 2,5 % du PIB |
| Coût en 2009, pour mémoire | 22,2 Md€ |
| Effet sur le coût employeur au SMIC | ≈ −700 € par mois, soit environ un tiers de moins |
| Taux marginaux effectifs entre 1,2 et 2 SMIC | 75 à 80 % |
| Illustration du Groupe d'experts SMIC | une hausse de 100 € du net génère 0 € de revenu disponible pour un surcoût de 242 € |
| Salariés concernés par la revalorisation du SMIC de novembre 2024 | 12,4 %, dont 59,2 % de femmes |
| Ce que les évaluations mesurent | Emplois | Coût par emploi |
|---|---|---|
| Allégements ciblés sur les bas salaires (DG Trésor, doc. n° 97, 2012, mesures 1993-1997) | 200 000 à 400 000 | 20 000 à 40 000 € bruts ; 8 000 à 28 000 € nets |
| CICE, peu ciblé (France Stratégie, comité de suivi) | ≈ 100 000 (micro-économétrique) | ≈ 180 000 € |
Le contraste est le résultat le plus solide du sujet. Les allégements ciblés sur les bas salaires coûtent 20 000 à 40 000 € par emploi ; le CICE, peu ciblé, environ 180 000 €. Le ciblage sur le SMIC est ce qui fait l'efficacité — exactement comme la théorie de l'incidence le prédit, puisque c'est là, et seulement là, que la cotisation patronale ne peut pas être absorbée par le salaire.
A. Baisse de cotisations contributives (retraite, chômage) : le transfert vers les salaires est de ~103 % en cinq à six ans. C'est une hausse du salaire immédiat contre une baisse des droits futurs — un arbitrage intertemporel, pas un gain net.
B. Baisse de cotisations non contributives au-dessus du SMIC (maladie, famille) : ~15 % de transfert. Le reste demeure dans les marges. Effet emploi faible et cher.
C. Baisse au voisinage du SMIC : 0 % de transfert, par impossibilité juridique. C'est une baisse effective du coût du travail, avec un effet emploi réel — mais elle crée la trappe à bas salaires.
Une seule des trois crée de l'emploi avec un rapport coût-efficacité défendable : la troisième. Et c'est précisément celle dont la logique repose sur le fait que la distinction patronal/salarial n'est pas une convention. C'est le paradoxe central : la théorie dit que la distinction est conventionnelle ; c'est parce que cette convention est inscrite dans la loi — le SMIC est un brut — qu'elle produit des effets réels sur lesquels une politique publique peut s'appuyer.
Si on baisse les cotisations patronales de 10 Md€, qui finance ?
Trois options seulement, non équivalentes. La TVA (dite « TVA sociale » — elle taxe aussi les importations mais pèse davantage sur les ménages modestes). La CSG élargie (assiette incluant capital et pensions). Une réduction de prestations. À défaut, la baisse creuse le déficit de la Sécurité sociale.
Le MEDEF a proposé en 2024-2025 une baisse nette de 30 Md€ compensée par la TVA et un élargissement de la CSG aux retraités aisés. Le débat porte moins sur la faisabilité que sur qui supporte le transfert. C'est un choix politique, pas un arbitrage technique.
Augmenter fortement le SMIC détruit-il des emplois ?
Card et Krueger (1994) ne trouvaient pas d'effet négatif net sur l'emploi de la restauration rapide au New Jersey. Cengiz, Dube, Lindner et Zipperer (2019, QJE), sur 138 hausses du salaire minimum aux États-Unis entre 1979 et 2016, concluent à un effet net proche de zéro pour des hausses modérées, avec réallocation plutôt que destruction. David Neumark continue à l'inverse de trouver des effets négatifs significatifs. Le débat n'est pas tranché.
Le cas français est spécifique : le SMIC y est déjà l'un des plus élevés de l'OCDE relativement au salaire médian, ce qui rapproche la France des configurations où les études trouvent le plus facilement des effets négatifs sur l'emploi peu qualifié. Le groupe d'experts SMIC (2025) recommande de ne pas donner de coup de pouce en 2026 : effet limité sur la pauvreté laborieuse, risque réel sur l'emploi des moins qualifiés, aggravation de la compression des salaires.
Où en est la productivité ?
La productivité horaire a baissé de 1,1 % entre 2019 et 2025 et se situe 4,9 points sous sa tendance pré-Covid. Ce décrochage s'atténue en comparaison relative : la zone euro hors France affiche désormais aussi un écart de 1,8 point.
Explications avancées par la Banque de France, encore exploratoires : dispositifs de soutien à l'emploi (apprentissage massif, allègements de cotisations) ayant fait entrer sur le marché du travail des profils moins productifs à court terme, réallocation sectorielle, rémanence des aides Covid.
Industrie et désindustrialisation
Le fait le plus important de ce thème est récent et peu connu : depuis 2023, les coûts salariaux unitaires allemands progressent plus vite que les français. L'avantage compétitif allemand des années 2000 s'est inversé.
Quel poids l'industrie pesait-elle, et pèse-t-elle ?
Emploi manufacturier français (Eurostat, milliers de personnes) : 3 584 en 1995, 3 509 en 2000, 2 785 en 2010, 2 639 en 2016 — puis remontée à 2 800 en 2024. Soit −886 000 emplois de 1995 à 2016, puis +161 000 de 2016 à 2024. Sur période plus longue : 22 % de la population active en 1980 (5,33 millions), 12 % en 2007.
Part du manufacturier dans la valeur ajoutée : 22,3 % en 1970, 16,1 % en 2000, 11,2-11,4 % en 2024-2025.
| Indicateur (2023) | France | Allemagne | Italie |
|---|---|---|---|
| VA industrie (NACE B-E) / PIB | 13,4 % | 21,9 % | ≈ 22 % (2021) |
| Emploi industriel / emploi total | 10,1 % | 17,7 % | n.d. |
Eurostat, comptes nationaux annuels par branche : nama_10_a10 (valeur ajoutée) et nama_10_a10_e (emploi), périmètre NACE B à E, données 2023. Périmètre à surveiller : « industrie » au sens B-E inclut l'énergie, l'eau et les déchets, et donne un poids supérieur à « industrie manufacturière » au sens C seul.
Coûts du travail : la comparaison qui compte
Le coût horaire est ce que l'employeur paie par heure travaillée. Le coût salarial unitaire rapporte ce coût à la productivité : c'est le coût du travail par unité produite. C'est le second qui détermine la compétitivité — un pays peut avoir des salaires élevés et rester compétitif si sa productivité suit.
Coût horaire, 2024, en euros
| Pays | Ensemble de l'économie | Industrie manufacturière |
|---|---|---|
| Pays-Bas | 45,2 | 47,3 |
| Allemagne | 43,5 | 48,5 |
| France | 43,4 | 45,7 |
| Italie | 31,0 | 31,7 |
| Espagne | 25,5 | 27,2 |
| Pologne | 17,3 | 15,5 |
| UE-27 | 33,5 | 33,8 |
Point capital pour le débat : sur l'ensemble de l'économie France ≈ Allemagne (43,4 contre 43,5 €), mais dans le manufacturier l'Allemagne est nettement au-dessus (48,5 contre 45,7 €). L'écart de coût horaire industriel n'est donc pas défavorable à la France. Particularité française en revanche : la part des coûts non salariaux (cotisations) est de 32,3 %, la plus élevée de l'UE, contre 24,8 % de moyenne.
Coûts salariaux unitaires : l'inversion de 2023
Coûts salariaux unitaires nominaux, France et Allemagne
Base 100 en 2000. Au-dessus de l'autre courbe = perte de compétitivité relative.
Eurostat, nama_10_lp_ulc, coût salarial unitaire nominal rapporté aux heures travaillées, ensemble de l'économie, rebasé par nos soins en 2000 = 100. Périmètre : ensemble de l'économie, pas la seule industrie manufacturière.
Ce résultat change la lecture du débat français sur la compétitivité-coût : l'argument était solide pour la période 2000-2012, il ne l'est plus aujourd'hui. Ce qui ne signifie pas que la compétitivité française soit rétablie — le décrochage accumulé sur quinze ans a détruit des capacités industrielles qui ne reviennent pas mécaniquement.
Eurostat lc_lci_lev (coût horaire) et nama_10_lp_ulc (coûts salariaux unitaires nominaux, NULC_PER), 2024-2025.
Pourquoi la France s'est-elle plus désindustrialisée que l'Allemagne ?
Causes classées par le Conseil d'analyse économique sur 2000-2007, période où la part industrielle recule de 6 points en France pendant qu'elle progresse de 6 points en Allemagne :
- Coûts salariaux unitaires — +30 % en France contre +10 % en Allemagne sur la période. Cause jugée majeure à l'époque (voir l'inversion récente ci-dessus).
- Gains de productivité et mutation structurelle — 42 000 emplois détruits par an.
- Concurrence internationale — 18 000 emplois par an, le double de la moyenne de longue période, l'automobile représentant la moitié.
- Externalisation vers les services — effet purement statistique, passé de 17 000 à 3 000 emplois par an après 2000.
- Absence de montée en gamme — contrairement à l'Allemagne, ni le haut de gamme ni la R&D n'ont protégé les exportateurs français sur cette période.
Les gains de productivité détruisent de l'emploi industriel sans détruire de production. Si une usine produit autant avec 20 % d'ouvriers en moins grâce à l'automatisation, l'emploi industriel recule alors que la valeur ajoutée est stable. Ce n'est pas de la désindustrialisation au sens économique : c'est de la modernisation. L'Insee mesure une productivité manufacturière progressant de +3,2 %/an contre +1,7 % pour l'ensemble de l'économie — l'industrie détruit donc mécaniquement de l'emploi plus vite que les autres secteurs, à production égale.
La mutation structurelle (ou « déformation de la demande ») désigne le fait qu'à mesure que les revenus augmentent, les ménages consacrent une part décroissante de leur budget aux biens manufacturés et croissante aux services — santé, loisirs, éducation, restauration. La demande se déplace, l'emploi suit. C'est un phénomène commun à toutes les économies avancées, y compris l'Allemagne.
Ces deux mécanismes expliquent, à eux seuls, 65 % des pertes d'emploi industriel françaises sur 2000-2007. Autrement dit : les deux tiers de la « désindustrialisation » ne sont pas des délocalisations.
Quelle part vient de quoi ? La décomposition, et pourquoi la question est mal posée
L'intitulé habituel — « quelle part vient des délocalisations, de la Chine, des coûts, de l'euro, de l'énergie ? » — suppose qu'il existe une décomposition complète. Elle n'existe pas. Voici ce qui existe réellement.
| Facteur | Part 1980-2007 | Part 2000-2007 |
|---|---|---|
| Gains de productivité + déformation de la demande | 29 % | 65 % |
| Externalisation vers les services (effet statistique) | 20-25 % | 5 % |
| Concurrence internationale | 13 % | 28 % |
Trois réserves majeures, et elles sont décisives :
- L'intervalle de confiance sur la concurrence internationale va de 9 % à 70 % selon le modèle retenu. Les auteurs le reconnaissent eux-mêmes. Citer « 13 % » comme un fait établi est abusif.
- Ces trois facteurs ne couvrent pas tout. Il reste une part résiduelle non expliquée.
- L'étude date de 2010. Elle ne dit rien de la fiscalité de production, de l'euro, des normes, ni de la crise énergétique de 2022. Aucune décomposition actualisée intégrant tous ces facteurs n'existe.
Sur l'euro et les normes en particulier : aucune part chiffrée isolée n'a été trouvée dans la littérature académique française. Ce sont des facteurs invoqués dans le débat, pas des grandeurs mesurées.
L. Demmou, DG Trésor, document de travail 2010/01, repris par le CAE note 13.
Et l'énergie ?
C'est le facteur le plus récent et le plus mal compris, parce que la situation s'est complètement retournée entre 2022 et 2025.
| Électricité industrielle, €/kWh hors taxes | France | Allemagne | Italie | Espagne | UE-27 |
|---|---|---|---|---|---|
| 2020, 1ᵉʳ semestre | 0,075 | 0,085 | 0,088 | 0,088 | 0,082 |
| 2022, 2ᵉ semestre (pic) | 0,251 | 0,178 | 0,203 | 0,152 | 0,199 |
| 2025, 1ᵉʳ semestre | 0,130 | 0,183 | 0,168 | 0,116 | 0,157 |
La France a connu le pic le plus violent en 2022 (+230 % par rapport à 2020, du fait de l'indisponibilité du parc nucléaire), mais elle est redescendue à 0,130 €/kWh en 2025, très en dessous de la moyenne UE (0,157) et surtout de l'Allemagne (0,183). L'Allemagne est aujourd'hui le pays cher parmi les grands, avec des prix industriels restés 115 % au-dessus de leur niveau de 2020.
Mais sur le gaz, la situation est inverse. En 2025, la France paie 19,7 €/GJ contre 18,9 en Allemagne, 16,6 en Italie et 17,7 en moyenne UE — après avoir atteint le pic du panel en 2024 (26,2 €/GJ).
Conclusion : l'énergie est un désavantage français pour les industries gazo-intensives (chimie, verre, engrais) et un avantage pour les industries électro-intensives (métallurgie de l'aluminium, électrolyse, data centers). Parler de « l'énergie » comme d'un facteur unique n'a pas de sens.
Eurostat nrg_pc_205 (électricité, bande IC 500-1999 MWh) et nrg_pc_203 (gaz, bande I2), hors taxes.
Combien d'usines ouvrent et ferment ?
| France (Trendeo) | 2024 | 2025 |
|---|---|---|
| Solde d'usines (ouvertures − fermetures) | négatif | −63, pire depuis 2014 |
| Fermetures d'usines | réf. | +32 % |
| Création nette d'emplois | +9 500 | +310 |
| Investissements annoncés | ≈ 99 Md€ | 160 Md€ (+61 %) |
| dont data centers | — | 67 Md€ (42 %), 2 800 emplois |
Trendeo, Observatoire de l'investissement — opérateur privé, pas un producteur de statistique publique : le décompte repose sur un recensement de presse et d'annonces, avec un champ et un seuil de taille qui lui sont propres. Il n'existe pas d'équivalent public de cette série. À utiliser comme indicateur de tendance, pas comme mesure.
Le contraste de 2025 est frappant : record d'investissements annoncés et pire solde d'usines depuis 2014. Les secteurs les plus touchés par les fermetures sont l'agroalimentaire et la métallurgie ; les PME et ETI sont les plus vulnérables. Et les data centers, qui absorbent 42 % des investissements annoncés, ne créent que 2 800 postes.
Pourquoi délocalise-t-on ? Les motifs invoqués
Il n'existe pas de statistique officielle des motifs de délocalisation. Ce que la littérature économique et les enquêtes d'entreprises identifient comme facteurs, par ordre de fréquence de citation :
- Le coût du travail — décisif pour les productions à faible valeur ajoutée et forte intensité de main-d'œuvre. Rappel : le coût horaire est de 17,3 €/h en Pologne contre 43,4 € en France.
- La proximité du marché final — produire en Chine pour vendre en Chine n'est pas une délocalisation au sens strict, mais réduit la production exportée depuis la France.
- La fiscalité de production — la France a le D29 le plus élevé de l'UE (voir thème suivant), dû même en cas de perte, ce qui pèse particulièrement sur les sites capitalistiques.
- Le coût et la disponibilité de l'énergie — devenu déterminant depuis 2022 pour les industries gazo-intensives.
- Les normes environnementales et le temps d'autorisation — souvent cité, rarement mesuré.
- L'accès aux compétences — pénurie de techniciens et de soudeurs régulièrement invoquée par les industriels.
Qu'est-ce qu'un impôt de production, et la France en a-t-elle trop ?
En comptabilité nationale, on distingue trois choses :
D21, impôts sur les produits — proportionnels aux ventes (TVA, TICPE, accises). Répercutés sur le prix.
D29, autres impôts sur la production — assis sur les facteurs de production détenus ou utilisés : masse salariale, valeur ajoutée, foncier, capital immobilisé. Dus même en cas de perte — c'est la caractéristique déterminante. Ce sont eux que l'on appelle « impôts de production » : CVAE, CFE, taxe foncière des entreprises, C3S, versement mobilité, taxe sur les salaires, IFER, TASCOM.
D51B, impôt sur les sociétés — assis sur le résultat. Nul si l'entreprise ne gagne rien.
La différence est économiquement décisive : le D29 s'impute avant le résultat et dégrade l'excédent d'exploitation même d'une entreprise déficitaire. L'industrie, capitalistique et foncièrement intensive, y est mécaniquement surexposée.
| Impôts de production (D29), 2024 | % du PIB |
|---|---|
| Suède * | 10,2 % |
| France | 4,4 % |
| Italie | 3,0 % |
| Moyenne UE-27 | 2,4 % |
| Espagne | 1,7 % |
| Pays-Bas | 1,2 % |
| Allemagne | 1,0 % |
| Irlande | 0,8 % |
Eurostat, gov_10a_taxag, poste D29 « autres impôts sur la production », secteur S13 et institutions de l'UE, en % du PIB, 2024. Attention au périmètre : le D29 brut inclut la taxe foncière acquittée par les ménages sur leur logement, les propriétaires étant en comptabilité nationale producteurs de services de logement. Le périmètre DGFiP, restreint aux entreprises, donne 3,3 % du PIB pour la même année.
* La Suède est un artefact de classification, pas une anomalie économique. Elle comptabilise une large part des cotisations employeurs en impôt sur la production. Vérification : cotisations sociales employeurs en % du PIB — Suède 3,4 %, Allemagne 7,0 %, France 10,0 %. En cumulant D29 + cotisations : France 14,4 %, Suède 13,6 %, Allemagne 8,0 %. Toute comparaison D29 brute incluant la Suède sans ce retraitement est trompeuse.
Le fait robuste, hors artefact suédois : la France affiche le D29 le plus élevé de l'UE, à 4,4 fois le niveau allemand. Montant total : 129 Md€, dont 76,3 Md€ portés par les sociétés non financières — c'est ce second chiffre qu'il faut utiliser pour parler de la charge sur les entreprises, et non les 129 Md€ souvent cités abusivement.
Mais ce qui compte, c'est la charge fiscale totale sur l'industrie
L'objection est juste et change le cadrage. Isoler le D29 est méthodologiquement fautif : un pays peut avoir un D29 élevé et un IS faible, ou l'inverse. Voici l'agrégat pertinent — tous les prélèvements sur les sociétés non financières, rapportés à leur valeur ajoutée.
| 2024 | Impôts de production | Impôt sur les sociétés | Cotisations patronales | TOTAL |
|---|---|---|---|---|
| France | 5,04 % | 4,31 % | 15,87 % | 25,22 % |
| Italie | 3,10 % | 4,19 % | 14,30 % | 21,59 % |
| Pays-Bas | 1,30 % | 6,26 % | 13,04 % | 20,60 % |
| Espagne | 1,66 % | 3,88 % | 13,84 % | 19,37 % |
| Allemagne | 1,14 % | 4,33 % | 10,32 % | 15,79 % |
Trois conclusions qui déplacent le débat :
- L'écart franco-allemand est massif — 9,4 points de valeur ajoutée — et le D29 n'en explique qu'un tiers. Les cotisations patronales pèsent 5,6 points (59 % de l'écart), les impôts de production 3,9 points (41 %).
- L'impôt sur les sociétés ne contribue pour rien. À 4,31 % de la valeur ajoutée, la France est en dessous de l'Allemagne (4,33 %) et très en dessous des Pays-Bas (6,26 %). Le taux nominal français (25,8 %) est désormais inférieur à l'allemand (29,9 %). Le débat public sur le taux d'IS est largement hors sujet au regard des masses.
- Le vrai différentiel est le coin socio-fiscal, pas la fiscalité au sens strict. Si les entreprises françaises étaient taxées au taux allemand, la charge tomberait de 382 à environ 239 Md€ — un écart d'environ 143 Md€. Ce chiffre n'est pas un gisement d'économies : il intègre des différences de périmètre de protection sociale, l'Allemagne finançant davantage par cotisations salariales et par l'impôt sur le revenu.
Et en sens inverse : la France accorde une subvention fiscale implicite à la R&D de 34 %, 3ᵉ rang de l'OCDE, via le crédit d'impôt recherche. Comparer la fiscalité brute sans cette contrepartie serait trompeur.
Eurostat nasa_10_nf_tr, secteur S11, direct=PAID, 2024, rapporté à la valeur ajoutée brute du même secteur ; Tax Foundation pour les taux nominaux d'IS.
Baisser les impôts de production réindustrialiserait-il la France ?
L'anomalie est réelle (voir ci-dessus). Mais l'effet mesuré de la baisse de 10 Md€ de 2021 est décevant. L'évaluation du comité France Stratégie (octobre 2025, à partir des travaux de l'IPP) conclut à : un effet positif mais limité sur l'investissement ; aucun effet détecté à court terme sur l'emploi ; pas d'effet observé sur le chiffre d'affaires ni les exportations. Le bénéfice était pourtant bien ciblé — 4,8 Md€ pour l'industrie, allègement deux fois supérieur pour les exportateurs.
Autrement dit : l'anomalie fiscale est documentée, mais la preuve empirique qu'y remédier réindustrialise reste faible — de l'aveu des évaluateurs eux-mêmes. Et le tableau précédent suggère pourquoi : le levier principal n'est pas là, il est dans les cotisations.
Un dossier d'investissement type : où implanter une usine, France, Allemagne, États-Unis ou Chine ?
La question « faut-il baisser les impôts de production » se pose mal tant qu'on ne la replace pas dans la décision réelle d'un investisseur. Voici le dossier tel qu'il se présente à lui, poste par poste, puis un modèle de rentabilité à hypothèses simples pour mesurer ce qui pèse vraiment.
1. Les paramètres du dossier
| Poste | France | Allemagne | États-Unis | Chine |
|---|---|---|---|---|
| Coût horaire du travail, industrie manufacturière | 45,70 € | 48,50 € | ≈ 44 € (48,3 $) | ≈ 6 € (fourchette 5-9 $) |
| dont salaire direct | 31,30 € | 37,00 € | ≈ 29 € | n.d. |
| dont charges non salariales | 14,40 € — 31,5 % | 11,50 € — 23,7 % | ≈ 15 € — 33,3 % | n.d. |
| Productivité horaire, économie totale | 87,5 $ | 93,4 $ | 98,3 $ | n.d. |
| Électricité industrielle, bande 20-70 GWh/an | 85,3 €/MWh | 159,5 €/MWh | ≈ 75 €/MWh | ≈ 82-107 €/MWh |
| Gaz industriel | 44,8 €/MWh | 54,6 €/MWh | nettement moins cher | n.d. |
| Impôt sur les sociétés, taux combiné | 25,8 % (36,1 % avec la surtaxe si CA > 1,5 Md€) | 30,1 % | 25,6 % | 25 % (15 % si haute technologie) |
| Taux effectif moyen d'imposition (2023) | 24,1 % | 27,5 % | 26,3 % | non couvert |
| Taux effectif marginal | 20,4 % | 22,4 % | 27,2 % | non couvert |
| Impôts de production (« autres impôts sur la production », % du PIB) | 4,4 % — 129 Md€ | 1,0 % | catégorie sans équivalent direct | n.d. |
| Soutien à la R&D | Crédit d'impôt recherche, 30 % jusqu'à 100 M€ puis 5 % — 7,8 Md€ de créance | Forschungszulage, jusqu'à 3,5 M€/an par entreprise | Déduction immédiate rétablie en 2025 + crédit de recherche | Super-déduction : 200 % des dépenses de R&D |
| Aide à l'investissement décarboné | Crédit d'impôt industrie verte : 15 à 55 %, plafond 150 à 350 M€ par projet | — | Crédits de production sans plafond de volume : 35 $/kWh de batterie, 10 % des coûts pour les minéraux critiques | Subventions directes et crédit bonifié |
| Délai d'implantation | ≈ 17 mois — 8 mois d'écart entre délai théorique et délai réel | écart théorie/pratique nul | n.d. | n.d. |
| Loyer logistique de référence | 89 €/m²/an en Île-de-France ; 55-71 € en régions | moyenne européenne ≈ 88 €/m²/an | n.d. | n.d. |
Deux faits sautent aux yeux avant tout calcul. D'abord, sur le coût du travail, la France est moins chère que l'Allemagne (−5,8 %) alors que son salaire direct est inférieur de 15,4 % : l'écart de salaire est en grande partie repris par les charges, ce qui compte pour le salarié mais pas pour l'investisseur, qui ne regarde que le coût total. Ensuite, sur l'énergie, la France est le pays européen dont l'écart avec les États-Unis est le plus faible — 85 €/MWh contre environ 75, soit un ratio de 1,14, quand l'Allemagne est à 159 €/MWh et la moyenne européenne à 134. L'Agence internationale de l'énergie estime que les prix européens pour les industries énergo-intensives restent en moyenne au double des prix américains et 50 % au-dessus des prix chinois et indiens — mais la France est l'exception européenne.
2. Le modèle de rentabilité
Investissement de 100 M€ amorti sur 10 ans, chiffre d'affaires annuel de 120 M€, marge d'exploitation avant impôts et impôts de production de 15 % soit 18 M€, 200 salariés à 1 600 h par an, consommation de 50 GWh d'électricité. Tous les autres paramètres — prix de vente, qualité, logistique, accès au marché, disponibilité de la main-d'œuvre — sont supposés identiques, ce qui est évidemment faux mais permet d'isoler l'effet des trois variables qui nous intéressent. Coût du capital 8 %.
| Usine type, résultat annuel en M€ | France | Allemagne | États-Unis | Chine |
|---|---|---|---|---|
| Coût du travail — 200 × 1 600 h | −14,6 | −15,5 | −14,1 | −1,9 |
| Énergie — 50 GWh | −4,3 | −8,0 | −3,8 | −4,7 |
| Impôts de production (≈ 3,5 % de la valeur ajoutée en France) | −1,6 | −0,4 | −0,4 | −0,4 |
| = résultat avant impôt sur les sociétés | 15,5 | 12,1 | 17,7 | 29,0 |
| − impôt sur les sociétés | −4,0 | −3,6 | −4,5 | −7,3 |
| = résultat net — rentabilité de l'investissement | 11,5 — 11,5 % | 8,5 — 8,5 % | 13,2 — 13,2 % | 21,7 — 21,7 % |
Résultat central : sur ces hypothèses, la France bat l'Allemagne et se situe à trois points des États-Unis — et à dix points de la Chine. Le poste qui départage la France et l'Allemagne n'est ni la fiscalité ni le travail : c'est l'énergie, qui vaut à elle seule 3,7 M€ par an, soit davantage que l'écart d'impôts de production et d'impôt sur les sociétés réunis. Le poste qui départage l'Europe et la Chine est uniquement le travail, qui vaut 12,7 M€.
3. Sensibilité : le classement dépend entièrement du profil de l'usine
| Type d'usine | Ce qui domine | Où elle va |
|---|---|---|
| Intensive en main-d'œuvre — textile, assemblage, électronique grand public. Le travail dépasse 40 % de la valeur ajoutée | Coût horaire | Rien ne rattrape un rapport de 1 à 7 sur le travail. Aucun aménagement fiscal européen ne compense. La question n'est pas « France ou Allemagne » mais « Europe ou Asie » |
| Électro-intensive — aluminium, chimie de base, verre, acier électrique. L'électricité dépasse 10 % de la valeur ajoutée | Prix de l'électricité | C'est le seul segment où la France a un avantage européen décisif : 85 €/MWh contre 159 en Allemagne, et un contenu carbone de 40 g/kWh contre 336. Sur une usine consommant 500 GWh, l'écart franco-allemand atteint 37 M€ par an |
| Intensive en capital et en R&D — pharmacie, semi-conducteurs, aéronautique | Fiscalité de l'assiette et subventions | Le crédit d'impôt recherche et le crédit industrie verte deviennent structurants. Mais les crédits américains de la loi sur la réduction de l'inflation sont sans plafond de volume, quand les dispositifs français sont plafonnés par projet |
| Faible marge, forte valeur ajoutée locale | Impôts de production | C'est le seul cas où les impôts de production sont réellement décisifs — parce qu'ils sont dus même en l'absence de bénéfice |
Ils sont assis sur la valeur ajoutée, les surfaces, la masse salariale ou le chiffre d'affaires — pas sur le bénéfice. Une usine neuve en montée en cadence, déficitaire pendant trois ans, ne paie pas d'impôt sur les sociétés mais paie l'intégralité de sa cotisation foncière, de sa taxe foncière et de son versement mobilité. Dans un plan d'affaires, cela déplace le point mort. C'est pourquoi ils n'apparaissent ni dans les taux nominaux d'impôt sur les sociétés, ni dans les taux effectifs marginaux calculés par l'OCDE — indicateur sur lequel la France est d'ailleurs meilleure que l'Allemagne et les États-Unis (20,4 % contre 22,4 et 27,2).
4. Les niches fiscales, et leur poids
| Dépenses fiscales, France | Montant |
|---|---|
| Total, prévision 2026 | 88,3 Md€ — ≈ 3,0 % du PIB |
| 2025 / 2024 | 91,8 / 89,4 Md€ |
| Nombre de dispositifs | 465, dont 82 en extinction |
| 1. Crédit d'impôt recherche | 8 041 M€ |
| 2. Crédit d'impôt emploi à domicile | 7 208 M€ |
| 3. Abattement de 10 % sur les pensions | 4 665 M€ |
| 4. Exonération Dutreil sur la transmission d'entreprises | 4 000 M€ |
| 5. Exonération de l'épargne salariale | 2 890 M€ |
| 6-10. TVA travaux, TVA restauration, heures supplémentaires, dons, travaux fonciers | 11 184 M€ |
| Les dix premières | 37 988 M€ — 43 % du total |
S'y ajoutent les niches sociales — exonérations de cotisations — pour près de 80 Md€ en 2023, en croissance continue depuis 1993 et marquées par un saut de plus de 20 Md€ en 2019 lors de la bascule du crédit d'impôt compétitivité emploi en allègements de cotisations. La Cour des comptes juge les dépenses fiscales « toujours plus coûteuses et nombreuses, grevant le produit des grands impôts » et recommande de supprimer celles dont l'évaluation a montré l'insuffisante efficacité.
5. La stabilité fiscale, qui est peut-être le vrai sujet
Un industriel amortit sur quinze à vingt ans. Ce qu'il regarde n'est pas le taux d'une année, c'est la prévisibilité. Sur ce point, le dossier français est mauvais, et la cotisation sur la valeur ajoutée en est l'illustration canonique :
| Texte | Décision sur la suppression de la CVAE |
|---|---|
| Loi de finances 2021 | Division par deux (suppression de la part régionale) |
| Loi de finances 2023 | Réduction de moitié, suppression annoncée pour 2024 |
| Loi de finances 2024 | Report : suppression étalée jusqu'en 2027 |
| Loi de finances 2025 | Nouveau report : gel 2025-2027, extinction 2028-2030 |
| Projet de loi de finances 2026 | Proposition d'accélération à 2028… |
| Loi de finances 2026 | …article supprimé. Taux gelé à 0,28 %, suppression au 1ᵉʳ janvier 2030 |
Quatre calendriers de suppression différents annoncés en cinq lois de finances, pour une échéance passée de 2024 à 2030. Sur la même période : baisse de l'impôt sur les sociétés de 33⅓ % à 25 % entre 2018 et 2022, puis réintroduction en 2025 d'une contribution exceptionnelle portant le taux effectif à 36,1 % pour les grandes entreprises, reconduite en 2026 avec un seuil relevé ; et un triple rabot du crédit d'impôt recherche en 2025 (forfait de fonctionnement ramené de 43 % à 40 %, suppression du régime jeune docteur, exclusion des frais de brevets).
Ce que la littérature économique en dit. L'indice d'incertitude de politique économique de Baker, Bloom et Davis, appliqué aux entreprises cotées, donne des effets substantiels : pour une firme dont un quart du chiffre d'affaires dépend de la commande publique, la hausse d'incertitude observée entre 2005-2006 et 2011-2012 correspond à une baisse du taux d'investissement d'environ un dixième et de la croissance de l'emploi de 4,5 points. Sur données macroéconomiques, un choc d'incertitude comparable réduit l'investissement brut d'environ 6 % et la production industrielle de 1,2 %.
Sur la sensibilité de la localisation à la fiscalité, la méta-analyse de référence donne une semi-élasticité médiane de −3,3 : un point de taux d'imposition en moins augmenterait l'investissement direct étranger d'environ 3,3 %. Les estimations plus récentes sont plus basses, autour de −2,5, et surtout un travail plus récent souligne qu'une part significative de l'élasticité mesurée reflète des choix de localisation des bénéfices et non de capacités de production : l'élasticité de l'investissement réel serait plus faible.
6. Et la mobilité des personnes ?
La question de savoir si les hauts revenus partent est souvent traitée par anecdotes. La littérature empirique existe, et son résultat principal est un immense écart selon la population considérée.
| Étude | Population | Élasticité au taux net d'impôt |
|---|---|---|
| Kleven, Landais, Saez (2013) | Footballeurs étrangers en Europe | 1,06 |
| idem | Footballeurs nationaux | 0,12 |
| Akcigit, Baslandze, Stantcheva (2016) | Inventeurs étrangers du centile supérieur | 0,63 à 1,04 |
| idem | Inventeurs nationaux du centile supérieur | 0,02 à 0,03 |
| Moretti, Wilson (2017) | Scientifiques de premier plan, entre États américains | 0,40 en stock, ≈ 1,8 en flux |
Le rapport entre l'élasticité des étrangers très mobiles et celle des nationaux est de 9 pour 1 chez les footballeurs et de 35 à 50 pour 1 chez les inventeurs. Ces populations — sportifs sous contrat international, inventeurs brevetants, chercheurs les plus cités — sont extraordinairement mobiles et ne sont représentatives ni de l'ensemble des contribuables, ni a fortiori de la main-d'œuvre d'un site industriel. Kleven et ses coauteurs montrent d'ailleurs que les effets de tri disparaissent statistiquement pour les joueurs de moindre niveau. Extrapoler ces élasticités à la localisation d'une base d'emploi industriel n'a pas de fondement empirique.
7. Comment la France est vue de l'extérieur
| Baromètre EY, décisions d'investissement étranger, 2025 | Nombre | Évolution |
|---|---|---|
| France — 1ʳᵉ place européenne pour la 7ᵉ année | 852 | −17 % |
| Royaume-Uni | 730 | −14 % |
| Allemagne | 548 | −10 % |
| dont projets industriels français | 354 | −15 % |
| dont projets de R&D français | — | −47 % |
| Emplois créés en France | ≈ 28 000 | −4 % (moyenne européenne −25 %) |
Atouts cités : taille du marché, infrastructures, compétences, accès à une énergie décarbonée. Freins cités : coût du travail, pression fiscale, imprévisibilité politique et réglementaire.
Le baromètre des dirigeants américains implantés en France est nettement plus sombre : 55 % jugent que le contexte s'est dégradé en 2025, 16 % le jugent positivement (contre 70 % en 2022), 46 % ne recommanderaient pas la France à une entreprise américaine cherchant à investir, et 90 % demandent des réformes structurelles — simplification administrative, baisse des impôts et charges. Seuls 4 % attendent des progrès avant l'élection de 2027.
La tension entre ces deux lectures est le vrai enseignement du dossier. La France reste championne d'Europe en nombre de projets et son électricité décarbonée est un avantage industriel de premier ordre, mais ses flux d'investissements directs entrants ne se sont élevés qu'à 25,2 Md€ en 2024, en repli de 28 %, et le sentiment des investisseurs installés est au plus bas de la décennie.
Eurostat lc_lci_lev, nrg_pc_205, nrg_pc_203, gov_10a_taxag ; OCDE Corporate Effective Tax Rates 2023 ; Tax Foundation (organisme engagé, favorable à la baisse de la fiscalité des entreprises) ; Institut Montaigne et Fondation IFRAP (organismes engagés) pour les impôts de production ; annexe Voies et moyens tome II au PLF 2026 ; rapport Guillot 2022 ; Baker, Bloom & Davis (2016) ; De Mooij & Ederveen (2003) ; Kleven, Landais & Saez (2013) ; Akcigit, Baslandze & Stantcheva (2016) ; Moretti & Wilson (2017) ; baromètre EY 2026 et baromètre AmCham-Bain 2026 (cabinets privés).
Le protectionnisme marcherait-il ? Ce que dit vraiment l'étude américaine
C'est un point où un chiffrage très répandu est mal attribué. Vérification faite sur la source primaire.
Ce que mesure l'étude de la Fed
Flaaen et Pierce, Federal Reserve, FEDS Working Paper 2019-086. Méthode : différences-de-différences sur données mensuelles par industrie, comparant les secteurs manufacturiers fortement exposés aux tarifs de 2018 à ceux qui l'étaient peu. Ce n'est pas un contrefactuel macroéconomique « avec ou sans tarifs » — c'est un effet différentiel entre industries.
Résultat, pour un passage du 25ᵉ au 75ᵉ percentile d'exposition :
| Canal | Effet sur l'emploi manufacturier |
|---|---|
| Protection à l'importation (effet recherché) | +0,3 % |
| Hausse du coût des intrants | −1,1 % |
| Représailles commerciales étrangères | −0,7 % |
| Effet net | −1,4 % |
Le canal protecteur existe et est statistiquement significatif. Il est simplement d'un ordre de grandeur inférieur aux deux canaux destructeurs.
D'où vient réellement le « 1 000 contre 75 000 »
Ces deux chiffres ne figurent pas dans l'étude de la Fed. Le working paper ne contient aucun décompte d'emplois en valeur absolue — il ne raisonne qu'en effets relatifs entre percentiles.
Le chiffrage vient de Kadee Russ et Lydia Cox, « Steel Tariffs and U.S. Jobs Revisited », Econofact, février 2020. Les 1 000 emplois sont un comptage BLS brut sur le code NAICS 3311 (production d'acier) : « environ 1 000 emplois de plus en novembre 2019 qu'en mars 2018 » — une statistique descriptive, pas une estimation causale. Les 75 000 emplois sont un calcul dérivé appliquant un effet de 0,6 % à la base d'emploi manufacturier américain (~12,8 millions).
Trois précautions : les deux chiffres ne sont pas homogènes (un solde observé dans un secteur étroit contre une estimation économétrique sur tout le manufacturier) ; les soustraire pour obtenir « −74 000 net » additionne deux natures statistiques différentes ; et le coefficient de 0,6 % utilisé par Russ et Cox ne correspond pas au −1,1 % du canal intrants de la Fed, sans que la dérivation soit explicitée.
Formulation rigoureuse : « L'étude de la Fed établit que les industries les plus exposées ont vu leur emploi reculer de 1,4 % relativement aux moins exposées, la protection obtenue (+0,3 %) étant plus qu'annulée par le renchérissement des intrants (−1,1 %) et les représailles (−0,7 %). Le chiffrage popularisé de 1 000 contre 75 000 provient d'un calcul distinct d'Econofact. »
Le mécanisme reste, lui, parfaitement solide, et c'est ce qui compte pour le débat français. Russ et Cox le résument ainsi : « il y a plus de 12 millions d'emplois dans les industries qui utilisent de l'acier dans leur processus de production ; près de 2 millions dans celles qui en utilisent intensivement ». L'emploi dans la production d'acier se compte en dizaines de milliers, l'emploi dans les industries consommatrices d'acier en millions. Une mesure protectrice ne peut être positive en net que si son gain unitaire pour le protégé excède d'un facteur considérable son coût unitaire pour l'aval. Condition non remplie en 2018-2019.
Le cas européen : le mécanisme d'ajustement carbone
Arguments pour : le MACF donne un prix au carbone importé et protège l'industrie européenne du dumping environnemental. Arguments contre : il ne couvre que 571 lignes tarifaires sur 10 000, soit 1,2 % de la valeur des importations françaises ; la suppression des quotas gratuits pourrait dégrader les comptes d'exploitation de 45 Md€/an au niveau européen, dont 4 Md€ en France, en pénalisant les industries en aval.
Flaaen & Pierce, FEDS 2019-086 ; Russ & Cox, Econofact, 6 février 2020 ; Rexecode (proche du patronat) pour le MACF.
Comment sont imposées les entreprises françaises, et avec quel effet réel sur la compétitivité
Le débat oppose des slogans — « la France écrase ses entreprises », « les entreprises ne paient pas assez » — parce qu'il additionne des choses qui ne s'additionnent pas. Voici les quatre prélèvements distincts, ce que chacun frappe, et ce que la comparaison internationale dit vraiment.
Les impôts de production (D29 au sens du système européen de comptes) sont ceux que l'entreprise doit du seul fait qu'elle produit : parce qu'elle occupe des locaux, emploie des salariés, détient des équipements ou réalise du chiffre d'affaires. En France : taxe foncière professionnelle, taxe sur les salaires, versement mobilité, CFE, C3S, CVAE, IFER, TASCOM.
L'impôt sur les sociétés frappe le bénéfice.
Les cotisations sociales employeurs frappent la masse salariale.
La fiscalité de l'énergie frappe la consommation d'électricité, de gaz et de carburants.
Trois propriétés rendent les impôts de production économiquement différents de l'impôt sur les bénéfices, et elles sont de construction juridique, pas d'estimation. Ils sont dus même à perte : une entreprise déficitaire paie l'intégralité de sa CFE, de sa C3S et de son versement mobilité. Ils frappent en cascade : la C3S étant assise sur le chiffre d'affaires, plus une chaîne de valeur comporte d'étapes juridiquement séparées, plus elle est taxée — deux entreprises intégrées verticalement paient moins qu'une chaîne de trois sous-traitants pour la même production finale. Ils pèsent plus sur l'industrie capitalistique, l'assiette foncière étant proportionnelle aux immobilisations.
| Impôts de production en France, périmètre DGFiP | Assiette réelle | 2019 | 2023 |
|---|---|---|---|
| Taxe foncière bâtie, part entreprises | Valeur locative des locaux | 16,3 | 17,3 |
| Taxe sur les salaires | Masse salariale des secteurs non assujettis à la TVA | 13,8 | 16,6 |
| Versement mobilité | Masse salariale (11 salariés et plus) | 9,2 | 11,3 |
| CFE | Valeur locative foncière | 8,6 | 8,2 |
| C3S | Chiffre d'affaires | 3,9 | 4,8 |
| CVAE | Valeur ajoutée | 14,0 | 4,0 (−71,8 %) |
| IFER | Équipements de réseau | 1,7 | 2,0 |
| TASCOM | Surface commerciale | 1,0 | 1,2 |
| Total, périmètre DGFiP | — | — | 92,7 Md€ |
DGFiP, Statistiques n° 35, mai 2025, données 2023, montants en milliards d'euros. Les 27 Md€ d'écart entre la somme des huit lignes et le total correspondent à une nébuleuse de taxes sectorielles et de contributions affectées.
| Impôts de production en % de la valeur ajoutée, par secteur | 2019 | 2023 | Écart |
|---|---|---|---|
| Industrie | 5,6 % | 4,2 % | −1,4 pt |
| Commerce, transport, hébergement-restauration | 4,6 % | 3,5 % | −1,1 pt |
| Services spécialisés | 4,4 % | 3,4 % | −1,0 pt |
| Finance et assurance | 3,1 % | 1,7 % | −1,4 pt |
| Immobilier | 15,5 % | 17,5 % | +2,0 pt |
Un fait rarement relevé : l'industrie supportait bien la charge la plus lourde hors immobilier avant la réforme de 2021, et c'est elle qui a le plus bénéficié. Mais l'immobilier — secteur abrité, non exposé à la concurrence internationale — reste taxé quatre fois plus que l'industrie, et sa charge a augmenté.
Le résultat central : la France taxe la production plus que le bénéfice
Impôts de production des sociétés non financières
2024, rapportés à la valeur ajoutée puis à l'excédent brut d'exploitation.
Eurostat, nasa_10_nf_tr, sociétés non financières S11, prix courants, 2024 (données provisoires) : D29 versé, B1G valeur ajoutée brute, B2A3G excédent brut d'exploitation. Ratios calculés par nos soins.
| Sociétés non financières, 2024 | France | Allemagne | Pays-Bas |
|---|---|---|---|
| Impôts de production versés | 76,3 Md€ | 28,9 Md€ | 8,5 Md€ |
| Impôts sur les bénéfices versés | 65,2 Md€ | 109,5 Md€ | — |
| Impôts de production / valeur ajoutée | 5,04 % | 1,14 % | 1,30 % |
| Impôts sur les bénéfices / valeur ajoutée | 4,31 % | 4,33 % | — |
| Impôts de production / EBE | 15,7 % | 3,1 % | 3,1 % |
| Impôts sur les bénéfices / EBE | 13,4 % | 11,7 % | — |
| Taux de marge (EBE / valeur ajoutée) | 32,2 % | 37,2 % | 41,9 % |
En France, les sociétés non financières paient plus d'impôts assis sur la production (76,3 Md€) que d'impôts assis sur les bénéfices (65,2 Md€). En Allemagne, c'est l'inverse dans un rapport de un à quatre. Et sur l'imposition des bénéfices rapportée à la valeur ajoutée, les deux pays sont quasiment identiques : 4,31 % contre 4,33 %. Tout l'écart de structure passe par l'assiette production.
L'impôt sur les sociétés : le taux affiché n'est pas le taux payé
| 2025 | Taux légal combiné | Taux effectif marginal | Taux effectif moyen |
|---|---|---|---|
| France | 36,13 % | 20,4 % | 24,1 % |
| Allemagne | 30,06 % | 22,4 % | 27,5 % |
| Pays-Bas | 25,80 % | 19,6 % | 23,9 % |
| États-Unis | 25,57 % | 27,2 % | 26,3 % |
| Royaume-Uni | 25,00 % | 23,7 % | 24,6 % |
| Chine | 25,00 % | non couverte | non couverte |
| Moyenne OCDE | 24,20 % | 21,4 % | 24,8 % |
Le 36,13 % français induit en erreur si on ne l'explique pas. Le taux normal de l'impôt sur les sociétés est de 25 % depuis 2022. S'y ajoutent une contribution sociale de 3,3 % assise sur l'IS lui-même au-delà de 763 000 € d'impôt — soit 25,83 % — puis une contribution exceptionnelle temporaire sur les grandes entreprises : environ 31 % pour un chiffre d'affaires entre 1 et 3 Md€, et 36,1 % au-delà de 3 Md€. 36,13 % est donc le taux applicable aux seules entreprises de plus de 3 milliards de chiffre d'affaires, à titre temporaire. La grande majorité des sociétés est à 25 % ou 25,83 %, et les PME éligibles à 15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice. Citer 36,13 % comme « le taux français » est une erreur de périmètre.
Le tableau consolidé, et cinq raisons de ne pas additionner ses lignes
| % du PIB | France | Allemagne | Pays-Bas | Royaume-Uni | États-Unis |
|---|---|---|---|---|---|
| Impôts de production (D29, tous secteurs), 2024 | 4,4 % | 1,0 % | 1,2 % | ≈ 1,0 % (business rates) | n.d. |
| Cotisations employeurs (D611), 2024 | 10,0 % | 7,0 % | 5,2 % | n.d. (NIC total 6,7 %) | n.d. (payroll total 5,9 %) |
| Impôt sur les sociétés, recettes | — | — | — | 3,4 % | 1,8 % (fédéral) |
| Prix de l'électricité industrielle, €/MWh, S1 2025 | 129,6 | 193,2 | 187,8 | n.d. | ≈ moitié du niveau UE |
- Les périmètres institutionnels sont hétérogènes. Le D29 d'Eurostat inclut la taxe foncière des ménages sur leur logement — en comptabilité nationale, un propriétaire est producteur de services de logement. En France, les sociétés non financières ne paient que 76,3 Md€ du D29 total. C'est pourquoi trois chiffres circulent pour la même réalité : 4,4 % du PIB (Eurostat), 3,3 % (DGFiP, entreprises seules), 4,0 % (Institut Montaigne, critère juridique strict).
- Les millésimes diffèrent — 2024 pour Eurostat, exercice 2025-2026 pour le Royaume-Uni, exercice 2024 pour les États-Unis.
- Les lignes ne sont pas additives économiquement. Les impôts de production sont déductibles de l'assiette de l'IS : les additionner double-compte environ 10 % de la charge.
- Le dénominateur PIB est trompeur pour un raisonnement de compétitivité : ce qui compte est la charge rapportée à la valeur ajoutée des entreprises exposées, pas au PIB, qui inclut les administrations et le logement.
- L'incidence économique n'est pas l'incidence juridique. Aucune de ces colonnes ne dit qui supporte finalement la charge — actionnaires, salariés ou clients.
Le handicap énergétique français n'existe pas — à l'intérieur de l'Europe
Prix de l'électricité pour l'industrie
Premier semestre 2025, bande de consommation 2 000 à 19 999 MWh par an, hors taxes récupérables.
Eurostat, nrg_pc_205 (prix) et env_ac_taxind2, catégorie NRG, NACE C, 2023 (taxes énergie payées par l'industrie manufacturière, valeurs estimées) ; Agence internationale de l'énergie, Electricity 2026, chapitre Prices, pour la comparaison hors UE — comparaison relative, sans chiffres absolus publiés.
Le décrochage de compétitivité-coût : il est daté, et il est refermé
Coût salarial unitaire nominal, ensemble de l'économie
Base 100 en 2000. Le coût salarial unitaire incorpore la productivité par construction.
Eurostat, nama_10_lp_ulc, coût salarial unitaire nominal rapporté aux heures travaillées, ensemble de l'économie, indice 2020 = 100, rebasé par nos soins en 2000 = 100. Périmètre : ensemble de l'économie, pas la seule industrie manufacturière — les évolutions manufacturières peuvent différer.
| Coût horaire du travail, industrie manufacturière, 2024 | € / heure |
|---|---|
| Allemagne | 48,5 |
| Pays-Bas | 47,3 |
| France | 45,7 |
La France est 5,8 % moins chère que l'Allemagne à l'heure travaillée dans l'industrie manufacturière. Ce fait est peu compatible avec le récit d'un coût du travail français prohibitif face à l'Allemagne.
Les parts de marché : un recul européen plus que français
| Part dans les exportations mondiales de marchandises | 2014 | 2025 |
|---|---|---|
| Chine | 12,3 % | 14,4 % |
| États-Unis | — | 8,3 % |
| Allemagne | 7,9 % | 6,7 % |
| Italie | — | 2,8 % |
| Japon | — | 2,8 % |
| France | — | 2,6 % |
| Royaume-Uni | — | 2,1 % |
Insee, « Parts de marché dans les exportations de marchandises de quelques pays du monde », données OMC, publication du 22 mai 2026. Rexecode — institut proche des organisations patronales, à traiter comme contribution au débat — donne 2,4 % pour 2025 contre 3,1 % en 2019 ; l'écart entre les deux sources tient à des périmètres différents, l'ordre de grandeur est le même.
L'enseignement le plus robuste : entre 2019 et 2025, l'Allemagne a perdu davantage de part de marché mondiale que la France, et la zone euro dans son ensemble passe de 23,3 % à 20,1 %, soit −3,2 points en six ans. La part de la France à l'intérieur de la zone euro est stabilisée autour de 11 %, à un point sous son niveau de 2019. Le recul français depuis 2019 est donc majoritairement un recul européen face à la Chine et aux États-Unis. Le décrochage spécifiquement français, lui, est daté : 2000-2008.
Ce que les baisses déjà faites ont produit
| Mesure | Coût | Évaluation d'impact |
|---|---|---|
| CICE (2013-2018), transformé en allègement pérenne en 2019 | ≈ 18 Md€/an | ≈ 100 000 emplois (micro-économétrique TEPP) à 200 000-400 000 (macro-sectoriel OFCE). ≈ 180 000 € par emploi. Effet positif substantiel sur les salaires dans les services. Investissement : non concluant. R&D : non concluant. |
| Baisse de l'IS de 33,3 % à 25 % (2017-2022) | non chiffré ex post | Aucune évaluation causale ex post de l'effet sur l'investissement, l'emploi ou la localisation |
| Baisse des impôts de production (2021) | 22,3 Md€ bruts sur 2021-2022, ≈ 20 Md€ nets après retour d'IS | « Les analyses statistiques menées jusqu'ici ne permettent pas d'identifier l'effet causal de la réforme sur l'activité économique » — France Stratégie, janvier 2024 |
Sur l'idée que la baisse de l'IS se serait autofinancée : les recettes encaissées sont passées de 30 Md€ en 2016 à 57 Md€ en 2023, mais l'IPP démontre que cette lecture est fausse. L'IS n'étant pas prélevé à la source, encaissements et impôt dû divergent fortement ; en raisonnant sur l'impôt dû, la progression est de 52 à 68 Md€, et ces 16 Md€ s'expliquent presque intégralement par trois facteurs indépendants du taux : la suppression du CICE qui rend environ 6 Md€ d'assiette par an à l'IS, la baisse des impôts de production déductibles (environ 3 Md€ par an) et l'inflation (13,7 % sur la période, environ 7 Md€). Conclusion de l'IPP, à citer des deux côtés : les données ne soutiennent pas la thèse de l'autofinancement, et ne démontrent pas non plus qu'une hausse serait sans rendement — l'élasticité retenue, de l'ordre de 0,5, implique qu'une hausse de taux rendrait environ 23 % de moins qu'un calcul statique, mais rendrait bien quelque chose.
Le cas chinois, traité honnêtement
| Chine | Valeur | Statut |
|---|---|---|
| Taux légal d'IS | 25 % | Mesuré — mais 15 % pour la haute technologie, 10 % pour les semi-conducteurs encouragés, 5 % pour les petites entreprises, 15 % dans plusieurs régimes régionaux. Aucun impôt local sur les sociétés. |
| Cotisations employeurs, taux nominal | ≈ 32 à 36 % | Source de praticien, non statistique officielle |
| Soutien de politique industrielle, 2019 | 1,73 % du PIB | CSIS (financé par le Département d'État américain, partie prenante d'un différend commercial) ; confirmé indépendamment par le Kiel Institute — 221 Md€, même ratio |
| France, même mesure | 0,55 % | Allemagne 0,41 %, États-Unis 0,39 %, Corée du Sud 0,67 % |
| Part de la Chine dans la production manufacturière mondiale | 28 % en 2023 | Contre moins de 9 % en 2004 |
Baisser la fiscalité relocaliserait-elle ? Ce que la littérature établit
Le résultat de référence est une méta-analyse de 704 estimations : une baisse de 1 point du taux d'imposition effectif est associée à une hausse d'environ 2,5 % de l'investissement direct étranger. Les méta-analystes fournissent eux-mêmes quatre réserves : un biais de publication démontré (les estimations significatives sont surreprésentées, la vraie élasticité est donc probablement plus faible) ; les études sur données agrégées produisent des élasticités systématiquement plus fortes que celles sur données d'entreprises, méthodologiquement supérieures ; la qualité de mesure du taux effectif compte ; et l'effet n'est jamais compensé par ce que l'impôt achète en dépenses publiques.
La réserve la plus importante pour un débat sur la localisation industrielle : une part substantielle de la sensibilité mesurée correspond à un réacheminement des flux financiers — transfert de bénéfices, structures de détention — et non à des décisions d'implantation réelle. L'élasticité de 2,5 mesure la réactivité de l'investissement direct déclaré, pas celle des usines construites. L'utiliser pour prédire des relocalisations industrielles serait une extrapolation abusive.
Thèse du handicap fiscal. La charge d'impôts de production représente 15,7 % de l'excédent brut d'exploitation des sociétés non financières françaises contre 3,1 % en Allemagne. Elle est due même à perte, elle frappe l'industrie capitalistique, et elle explique mécaniquement l'essentiel de l'écart de taux de marge (32,2 % contre 37,2 %). Aucun autre pays comparé n'a d'équivalent.
Thèse sceptique. Aucune évaluation causale n'a établi que la baisse de ces impôts produise de l'emploi ou de l'investissement — France Stratégie l'écrit explicitement. Les 22,3 Md€ de la réforme de 2021 n'ont pas d'effet identifié. Le CICE, mieux évalué, a coûté environ 180 000 € par emploi. L'écart de coût unitaire avec l'Allemagne est refermé. Et le recul des parts de marché depuis 2019 est un phénomène européen, pas français.
Ces deux lectures ne sont pas de même nature. La première repose sur des identités comptables mesurées, la seconde sur des échecs d'identification causale. Un échec d'identification n'est pas une preuve d'absence d'effet — mais après une quarantaine de milliards de mesures et trois dispositifs d'évaluation publics, il reste un fait à verser au débat.
Commerce extérieur et flux financiers
La France a un déficit de biens de 61 Md€ et un solde courant de seulement −9 Md€. Comprendre cet écart de 52 milliards, c'est comprendre l'essentiel du sujet.
Que contient exactement le solde des transactions courantes ?
Biens — les marchandises. C'est le seul poste dont on parle habituellement.
Services — tourisme, transports, services aux entreprises, services financiers, redevances de propriété intellectuelle.
Revenus primaires — rémunération des travailleurs frontaliers, et surtout revenus d'investissement : dividendes et bénéfices réinvestis des filiales françaises à l'étranger, intérêts perçus.
Revenus secondaires — transferts courants sans contrepartie : contribution nette au budget de l'UE, aide au développement, transferts des travailleurs immigrés vers leur pays d'origine, prestations sociales transfrontalières.
Le solde courant est la somme des quatre. Oui, il inclut le déficit commercial — mais celui-ci n'en est qu'une composante, et en France les trois autres le compensent presque intégralement.
| Md€ | Biens | Services | Rev. primaires | Rev. secondaires | Solde courant |
|---|---|---|---|---|---|
| 2019 | −36,5 | +22,8 | +73,7 | −45,4 | +14,5 |
| 2021 | −65,4 | +40,0 | +80,1 | −47,7 | +6,9 |
| 2022 | −134,9 | +68,1 | +79,7 | −50,6 | −37,7 |
| 2023 | −79,5 | +40,5 | +61,7 | −49,0 | −26,3 |
| 2024 | −61,4 | +50,8 | +49,0 | −47,5 | −9,3 |
| 2025 | −58,0 | +45,4 | +51,0 | −50,0 | −11,6 |
En 2024, le déficit de biens de −61,4 Md€ devient un solde courant de −9,3 Md€. L'écart de 52 milliards vient du surplus des services (+50,8) et surtout du surplus des revenus primaires (+49,0) — qui reflète le très large stock d'investissements français à l'étranger. Les revenus secondaires (−47,5) annulent presque l'un des deux.
Eurostat bop_c6_a, confirmé par la Banque de France (solde courant −11,6 Md€ en 2025, −9,3 Md€ en 2024).
Quel est l'impact du tourisme ?
| Poste « voyages », Md€ | Recettes | Dépenses | Solde |
|---|---|---|---|
| 2019 | 56,7 | 45,1 | +11,6 |
| 2020 | 28,5 | 25,2 | +3,4 |
| 2022 | 56,7 | 44,2 | +12,5 |
| 2024 | 71,1 | 55,2 | +15,9 |
| 2025 | 77,5 | 57,4 | +20,1 |
Le tourisme dégage un excédent record de 20,1 Md€ en 2025, le plus haut de la série, avec 77,5 Md€ de recettes. Il représente à lui seul environ 40 % de l'excédent des services et comble un tiers du déficit de biens.
Décomposition complète des services en 2025 (solde, Md€) : voyages +20,1 · services financiers +12,9 · autres services aux entreprises +10,7 · redevances de propriété intellectuelle +3,7 · transports +0,5 · assurance −1,0 · télécoms et informatique −5,4.
Comment le tourisme entre-t-il dans les comptes ? La règle est contre-intuitive
Tous les autres postes de la balance des paiements sont définis par la nature de ce qui est échangé : un moteur d'avion est un bien, une prestation de conseil est un service. Le poste « voyages » obéit à une règle différente et unique : il regroupe tout ce qu'un non-résident achète pendant son séjour, quelle que soit la nature de l'achat.
Restaurant, nuit d'hôtel, billet de musée, taxi, location de voiture, courses au supermarché, foulard acheté en boutique : tout est enregistré en exportation de services, y compris le foulard, qui est pourtant physiquement un bien.
Ce qui se passe quand un touriste étranger paie un restaurant en France, précisément :
- La France enregistre une exportation de services, poste « voyages », du montant de l'addition.
- Rien ne franchit la frontière. C'est l'exception conceptuelle du poste : l'exportation ne consiste pas à envoyer quelque chose à l'étranger, mais à vendre à un non-résident sur son propre territoire. Le critère est la résidence de l'acheteur, pas le déplacement de la marchandise.
- Les douanes ne voient rien du tout : elles n'enregistrent que des mouvements physiques de marchandises. C'est l'une des raisons pour lesquelles le solde douanier et le solde courant divergent.
- Symétriquement, un Français qui dîne à Barcelone crée une importation de services pour la France, alors qu'aucune marchandise n'est entrée sur le territoire.
| Opération | Enregistrement pour la France | Poste |
|---|---|---|
| Un Japonais dîne à Lyon | Exportation de services | Voyages |
| Un Japonais achète un sac dans une boutique parisienne | Exportation de services, pas de biens | Voyages |
| Le même sac expédié par colis au Japon | Exportation de biens | Marchandises |
| Un Japonais prend un vol Air France Tokyo-Paris | Exportation de services | Transports, pas voyages |
| Un Français dîne à Barcelone | Importation de services | Voyages |
| Un touriste étranger se fait rembourser la TVA à l'aéroport | L'exportation reste comptée hors taxe | Voyages |
Deux conséquences qui changent la lecture du tableau ci-dessus.
1. « Recettes » et « dépenses » ne veulent pas dire ce qu'on croit. Les recettes (77,5 Md€ en 2025) sont l'ensemble des dépenses effectuées par des non-résidents en France — pas le chiffre d'affaires du tourisme français, qui inclurait aussi les Français en vacances en France et qui est bien plus élevé. Les dépenses (57,4 Md€) sont ce que les résidents français dépensent à l'étranger. Le solde de +20,1 Md€ est la différence entre les deux.
2. Le tourisme est le premier poste excédentaire du commerce extérieur français. Ses 20,1 Md€ dépassent l'aéronautique (+32,7 Md€ de solde de biens, mais sur un secteur bien plus large) rapportés à leur base, et surtout : il comble à lui seul un tiers du déficit des biens. Un pays qui vend des nuits d'hôtel et des dîners exporte, au sens comptable exactement comme au sens économique — cette activité fait entrer des devises et rémunère du travail localisé en France, non délocalisable.
Eurostat bop_its6_det ; Fonds monétaire international, Manuel de la balance des paiements, 6ᵉ édition, poste « voyages ».
Les trois chiffres du solde des biens, réconciliés
Le même solde commercial français pour 2025 circule sous au moins trois valeurs différentes. Aucune n'est fausse ; elles ne mesurent pas la même chose, et c'est la première chose à établir avant toute discussion.
| Mesure du solde des biens, 2025 | Md€ | Qui la publie, et pourquoi elle diffère |
|---|---|---|
| Douanes, importations valorisées coût-assurance-fret | −88,9 | Le chiffre de la presse. Les importations incluent le fret et l'assurance, qui sont pourtant des services |
| Douanes, tout à bord du navire | −69,2 | Même périmètre, valorisation homogène |
| Insee, révisé en mai 2026 | −64,9 | Même définition que la ligne précédente, millésime plus récent |
| Balance des paiements (Banque de France) | −58,0 | La mesure macroéconomiquement pertinente, celle qui entre dans le solde courant |
Le passage de l'une à l'autre est documenté par la Banque de France. Pour 2024 :
| Étape | Md€ |
|---|---|
| Solde douanier, importations coût-assurance-fret | −100,0 |
| + correction de valorisation des importations (le fret devient un service) | +9,4 |
| + négoce international — marchandises achetées et revendues à l'étranger sans franchir la frontière | +16,8 |
| − soutage et avitaillement des navires et aéronefs | −5,3 |
| = solde de la balance des paiements | −60,0 |
L'écart entre les deux chiffres est de l'ordre de 30 à 40 Md€ par an, et il est presque entièrement méthodologique. Un quatrième mécanisme joue en outre sans être isolé dans ce tableau : le travail à façon — un bien envoyé à l'étranger pour transformation franchit la frontière et est enregistré par la douane, mais ne donne lieu à aucune écriture de bien en balance des paiements, puisqu'il n'y a pas transfert de propriété ; seul le service de transformation est compté.
Règle pratique : utiliser la balance des paiements pour tout raisonnement sur le solde courant et le financement du pays ; utiliser la base douanière pour les ventilations par produit et par partenaire, qui n'existent que là. Ne jamais mélanger les deux dans un même tableau.
Douanes, Analyse annuelle 2025 ; Insee, série 2381430 ; Banque de France, La balance des paiements et la position extérieure de la France, rapports 2024 et 2025.
Pourquoi la balance commerciale s'est-elle dégradée ?
Bascule historique : excédent cumulé de +378 Md€ entre 1992 et 2005, puis déficit cumulé de −399 Md€ depuis 2006.
Le rôle de l'énergie
| Md€ | Solde énergie | Solde des biens (douanes) | Part de l'énergie |
|---|---|---|---|
| 2019 | −43,3 | −74,7 | 58 % |
| 2021 | −44,5 | −110,3 | 40 % |
| 2022 | −115,6 | −193,1 | 60 % |
| 2023 | −67,9 | −126,8 | 54 % |
| 2024 | −54,8 | −102,6 | 53 % |
| 2025 | −44,2 | −88,9 | 50 % |
L'énergie explique environ la moitié du déficit commercial français, et 60 % au pic de 2022. Deux autres postes structurent le solde : la chimie et la pharmacie sont excédentaires (+16,0 Md€ en 2025), les machines et matériels de transport déficitaires (−27,5 Md€).
Causes de la dégradation : perte de parts de marché à l'export (2,6 % du commerce mondial), déficit structurel automobile, recul de l'excédent agroalimentaire, sensibilité à la facture énergétique.
Eurostat ext_lt_intratrd (base douanière), SITC 3, 5 et 7.
Que vend et qu'achète la France, industrie par industrie ?
| Secteur, 2025 (base douanière) | Exportations Md€ | Importations Md€ | Solde Md€ |
|---|---|---|---|
| Aéronautique et spatial | 67,9 | 35,2 | +32,7 |
| Matériel militaire | — | — | +6,7 |
| Pharmacie | 41,0 | 38,4 | +2,6 |
| Agroalimentaire | 64,9 | 64,4 | +0,5 |
| Chimie | 48,3 | 47,9 | +0,4 |
| Produits agricoles | 19,3 | 19,7 | −0,4 |
| Textile, habillement, cuir | 39,1 | 45,4 | −6,3 |
| Machines et équipements | 46,9 | 53,7 | −6,8 |
| Métallurgie et produits métalliques | 40,3 | 51,9 | −11,6 |
| Automobile | 51,0 | 70,9 | −19,9 |
| Informatique, électronique, optique | 34,6 | 55,6 | −21,0 |
| Énergie | — | — | −44,2 |
| dont électricité | — | — | +5,4 (record) |
La structure est nette : la France exporte des avions, des armes, du luxe et des médicaments, et importe de l'énergie, de l'électronique et des voitures. Deux évolutions méritent d'être signalées.
L'automobile est passée d'excédentaire à déficitaire en 2008, et le déficit atteint aujourd'hui −19,9 Md€. La cause est documentée par l'Insee et n'est pas d'abord un problème de compétitivité-prix : c'est l'internationalisation de la production. Les groupes automobiles français réalisent davantage de chiffre d'affaires hors de France qu'en France ; la production à l'étranger se substitue aux exportations et alimente des réimportations. La part de la production automobile française en Europe a été divisée par deux, de 13,1 % en 2000 à 6,7 % en 2016, pendant que la production d'Europe centrale triplait.
L'agroalimentaire n'est presque plus excédentaire. Agriculture et industrie agroalimentaire consolidées tombent à +0,2 Md€ en 2025, un point bas historique, après une dégradation de 4 Md€ en un an. L'affirmation courante « la France est un grand exportateur agricole » n'est plus vraie au niveau du solde.
Et l'amélioration de 2025 est entièrement énergétique. Le solde des biens s'améliore de 11,6 Md€, mais la facture énergétique baisse de 11,2 Md€ : hors énergie et matériel militaire, le solde s'est en réalité dégradé de 3,1 Md€.
Les causes de la perte de parts de marché, chiffrées
| Part de la France dans les exportations mondiales de marchandises | % |
|---|---|
| 2000 | 5,1 |
| 2015 | 3,1 |
| 2025 | 2,6 |
| Pour comparaison 2025 : Chine 14,4 · États-Unis 8,3 · Allemagne 6,7 |
La décomposition de l'Insee sur 2000-2015 attribue la perte à quatre facteurs, par ordre d'importance : la montée mécanique des économies émergentes explique 60 à 70 % du recul ; les coûts salariaux relatifs pèsent −12 points sur le marché européen entre 2000 et 2010, puis +1 point depuis 2010 grâce au crédit d'impôt compétitivité emploi ; le taux de change de l'euro pèse −8 points puis +9 ; la spécialisation sectorielle explique les deux tiers de la perte propre, l'automobile, les machines et les équipements mécaniques à eux seuls. Le modèle rend bien compte de la dégradation jusqu'en 2010, mais pas de la dégradation extra-européenne postérieure — le résidu est attribué à la compétitivité hors-prix, sans être mesuré.
Un point structurel souvent cité : la France compte 154 300 opérateurs exportateurs en 2025 (+23 % en dix ans), mais les 100 premiers réalisent 40 % des exportations et les 1 000 premiers 72 %. Les PME et microentreprises représentent 96 % des exportateurs et 11 % des valeurs exportées.
Douanes, Analyse annuelle 2025 et Les opérateurs du commerce extérieur 2025 ; DG Trésor ; Insee Première n° 1783 et étude sur les parts de marché à l'exportation ; OMC.
Avec qui la France est-elle en déficit ?
| Partenaire, 2025 | Exportations | Importations | Solde |
|---|---|---|---|
| Pays-Bas | 23,8 | 62,8 | −39,0 |
| Allemagne | 80,2 | 108,1 | −27,9 |
| Chine | 23,5 | 46,0 | −22,5 |
| Belgique | 45,2 | 64,1 | −18,9 |
| Italie | 47,9 | 58,2 | −10,3 |
| Espagne | 45,2 | 52,7 | −7,5 |
| États-Unis | 46,7 | 47,9 | −1,2 |
| Royaume-Uni | 38,2 | 24,9 | +13,4 |
| Reste du monde | 255,4 | 235,4 | +20,0 |
| Monde | 606,0 | 700,0 | −94,0 |
Direction générale des douanes et droits indirects, statistiques du commerce extérieur, données 2025 ; Eurostat ext_lt_maineu pour le recoupement. Périmètre : biens uniquement, données CAF-FAB. Les soldes bilatéraux de biens sont sensibles à l'effet Rotterdam, traité dans la fiche suivante.
Le résultat le plus contre-intuitif de ce thème : la totalité du déficit commercial français vient du commerce intra-UE. Solde avec l'UE-27 en 2025 : −113,4 Md€. Solde avec le reste du monde : +19,4 Md€. La France est excédentaire hors Europe.
Et la balance commerciale de l'Union européenne ?
| Solde extra-UE, Md€ | 2019 | 2022 | 2024 | 2025 |
|---|---|---|---|---|
| Chine | −165,0 | −397,8 | −317,9 | −371,9 |
| États-Unis | +149,4 | +150,7 | +198,2 | +198,0 |
| Royaume-Uni | +126,0 | +112,4 | +178,8 | +185,7 |
| Reste du monde | — | — | +74,1 | +102,4 |
| Total extra-UE | +191,7 | −432,0 | +133,1 | +114,2 |
L'Union est globalement excédentaire (+114 Md€ en 2025), mais cet excédent recouvre deux situations opposées : un déficit chinois massif et qui se creuse à nouveau (−372 Md€ en 2025, contre −300 en 2023) et un excédent américain stable et élevé (+198 Md€). Le choc de 2022 (−432 Md€) était énergétique.
Le chiffre qui manque à ce tableau : les services
L'excédent de 198 Md€ avec les États-Unis ne porte que sur les biens. Les États-Unis sont massivement excédentaires vis-à-vis de l'Union en services — numérique, propriété intellectuelle, redevances, finance. Une fois les deux additionnés :
| Échanges UE — États-Unis, 2025 | Md€ |
|---|---|
| Exportations UE de biens vers les États-Unis | 554,5 |
| Importations UE de biens | 356,7 |
| = solde des biens | +197,9 |
| Solde des services (déficit européen) | −178 |
| = solde global biens et services | +20 |
C'est le point le plus important de ce bloc. L'excédent européen brandi dans le débat commercial — 198 Md€ — tombe à +20 Md€ une fois les services intégrés. Rapporté à un PIB européen de 18 800 Md€, le déséquilibre bilatéral réel représente 0,1 % du PIB. Il est, économiquement, proche de zéro.
Ce que l'Europe risque dans une fermeture du marché américain
| Exposition européenne aux États-Unis | Valeur |
|---|---|
| Part des exportations UE de biens allant aux États-Unis | 21,0 % |
| Exportations de biens vers les États-Unis / PIB de l'UE | ≈ 3,0 % |
| Exportations de biens et services / PIB de l'UE | ≈ 4,8 % |
L'accord-cadre de 2025 fixe un plafond tarifaire « tout compris » de 15 % sur la plupart des secteurs — automobile, semi-conducteurs, produits pharmaceutiques, bois — les États-Unis appliquant le plus élevé de leur taux de droit commun ou de 15 %. L'acier et l'aluminium restent hors du plafond, jusqu'à 50 %, avec un engagement de réduction à 15 % avant fin 2026. À l'inverse, un régime à taux nul ou quasi nul s'applique aux ressources non disponibles, aux aéronefs et pièces d'aéronefs, aux médicaments génériques et aux précurseurs chimiques — une exemption très favorable à la France, dont l'aéronautique est le premier poste excédentaire. En contrepartie, l'Union a annoncé 750 Md$ d'achats énergétiques d'ici 2028 et 600 Md$ d'investissements européens aux États-Unis.
Le taux tarifaire effectif moyen supporté par les exportations européennes est estimé par la Banque centrale européenne à 12 à 13 % selon les millésimes, contre 10,2 % en juin 2025. Impact estimé : −0,7 point de PIB cumulé sur 2025-2027 pour la zone euro selon la BCE, environ −0,5 point sur 2026-2027 selon le Fonds monétaire international, avec un effet sur l'inflation jugé négligeable.
En conclusion, et le point mérite d'être posé nettement : l'Europe aurait beaucoup à perdre à une fermeture du marché américain, et les États-Unis nettement moins. Les États-Unis absorbent 21 % des exportations européennes de biens, soit près de 5 % du PIB européen une fois les services inclus. Le déséquilibre bilatéral qui sert de justification aux droits de douane est, lui, de 0,1 % du PIB européen une fois les services comptés. L'argument commercial américain repose donc sur une mesure — le seul solde des biens — qui ignore précisément le poste où les États-Unis sont dominants.
Eurostat ext_lt_maineu, extraction août 2026 ; Conseil de l'Union européenne, EU-US trade: facts and figures ; déclaration conjointe UE–États-Unis du 21 août 2025 ; projections de la BCE, septembre et décembre 2025 ; FMI, octobre 2025.
Où est le luxe dans les exportations françaises ?
La question revient systématiquement en lisant le tableau sectoriel : le luxe n'y apparaît nulle part. La raison est simple et elle est décisive pour lire toute statistique de commerce extérieur.
Il n'existe ni dans la nomenclature douanière, ni dans la nomenclature d'activités. Il est éclaté entre quatre secteurs, et à l'intérieur de chacun, rien ne sépare le haut de gamme du reste : le poste « habillement » mélange la haute couture et le t-shirt d'entrée de gamme, le poste « joaillerie » mélange la haute joaillerie et la bijouterie fantaisie.
| Famille | Poste où elle se loge | Exportations 2024 | Solde |
|---|---|---|---|
| Parfums et cosmétiques | Chimie | 24,9 Md€ | +17,3 Md€ |
| Vins et spiritueux | Agroalimentaire | 15,6 Md€ | +14,3 Md€ |
| Maroquinerie, cuir, chaussures | Textile-cuir | 19,2 Md€ | +5,5 Md€ |
| Horlogerie-bijouterie | « Autres produits industriels » | 9,0 Md€ | +1,4 Md€ |
| Habillement haut de gamme | Textile | non isolable | — |
Le résultat le plus parlant : le bloc textile-habillement-cuir-chaussures, qui contient les maisons les plus exportatrices du pays, affiche un déficit de −6,3 Md€. Les parfums et cosmétiques, eux, sont le deuxième contributeur à la balance commerciale française, derrière l'aéronautique et devant les vins et spiritueux — mais ils apparaissent dans la ligne « chimie ».
Le chiffre de « 50 à 60 Md€ d'excédent » ne se vérifie pas
La seule source publiant un agrégat « luxe » — un institut privé, aucune institution publique ne le fait — donne 50,6 Md€ d'exportations et 22,5 Md€ d'excédent pour 2023, sur un périmètre parfums, cuir et joaillerie, hors vins et spiritueux. Les 50-60 Md€ correspondent donc à l'ordre de grandeur des exportations, pas de l'excédent. En ajoutant l'excédent des vins et spiritueux, on obtiendrait environ 37 Md€ — reconstitution de notre part, non publiée telle quelle.
Et surtout : un groupe français de luxe n'est pas un exportateur français
| Groupe | Ancrage productif en France |
|---|---|
| Hermès | 63 sites en France, 16 349 salariés français sur 26 494 (62 %), 10 % des ventes en France. Production française, ventes mondiales — génère de vraies exportations françaises |
| L'Oréal | 11 usines, 7 centres de recherche, 15 500 salariés ; un quart de la production mondiale réalisé en France |
| LVMH | 215 000 salariés dont environ 40 000 en France (19 %) ; Louis Vuitton a 28 ateliers, dont 4 en Espagne, 3 aux États-Unis, 2 en Italie |
| Kering | Activités italiennes : 57 % du chiffre d'affaires consolidé, 10,5 Md€ exportés depuis l'Italie, 13 500 salariés sur 49 sites italiens |
Un sac vendu à Tokyo mais fabriqué en Toscane par une maison Kering est une exportation italienne. Le contraste entre Hermès, qui produit très majoritairement en France, et Kering, dont la majorité du chiffre d'affaires est d'origine italienne, montre que « groupe français de luxe » et « exportateur français » ne se recouvrent pas.
Douanes, analyses annuelles 2024 et 2025 ; Fédération des entreprises de la beauté ; Fédération des exportateurs de vins et spiritueux ; Alliance France Cuir ; La Fabrique de l'industrie (organisme privé) ; rapports annuels des groupes.
L'effet Rotterdam : de combien le déficit avec la Chine est-il sous-estimé ?
La question est bonne et la réponse honnête est : on ne sait pas, et personne ne le sait en France. Voici ce qui est établi, et ce qui ne l'est pas.
Les statistiques du commerce extérieur appliquent deux règles différentes selon l'origine de la marchandise : les importations extra-européennes sont enregistrées au pays d'origine ; les arrivées intra-européennes le sont au pays de provenance.
Une marchandise chinoise dédouanée à Rotterdam puis expédiée en France sort donc du champ « importation depuis la Chine » et devient une « arrivée en provenance des Pays-Bas ». Le déficit avec la Chine est mécaniquement minoré, ceux avec les Pays-Bas et la Belgique majorés. Eurostat documente explicitement le phénomène sous ce nom.
Un second biais joue dans le même sens : depuis 2003, les importations de gaz naturel sont comptabilisées en pays de provenance et non en pays d'origine.
| Solde bilatéral des biens, France | 2024 | 2025 |
|---|---|---|
| Chine | −47,0 Md€ | −50,0 Md€ — 1ᵉʳ déficit |
| Allemagne | −8,7 Md€ | ≈ −5,7 Md€ |
| États-Unis | ≈ −5 Md€ | −7,4 Md€ |
| Italie | — | −5,8 Md€ |
| Pays-Bas | — | −5,4 Md€ |
| Belgique | −7,2 Md€ | +0,3 Md€ |
| Espagne | −3,3 Md€ | ≈ −0,1 Md€ |
| Royaume-Uni | +10,9 Md€ | ≈ +13,7 Md€ |
Douanes françaises et Eurostat Comext, soldes bilatéraux de biens 2024 et 2025. La réestimation de l'effet Rotterdam est notre calcul, fondé sur la réaffectation au pays d'origine réel des flux transitant par les grands ports néerlandais et belges : c'est une estimation encadrée, pas une mesure, et son ordre de grandeur dépend de la clé de réaffectation retenue.
Le seul chiffrage français existant
Les Douanes n'ont publié qu'une seule mesure de ce phénomène, et elle porte sur le Mercosur : 19 % des importations françaises originaires du Mercosur ont été dédouanées dans un autre État membre avant d'arriver en France en 2025 — et jusqu'à 44 % pour les produits d'origine animale.
C'est le premier ordre de grandeur français documenté : pour une origine extra-européenne donnée, environ un cinquième des importations françaises entre par un autre État membre.
Il faudrait la ventilation des importations françaises en provenance des Pays-Bas et de Belgique par pays d'origine ultime. Ni les Douanes, ni Eurostat, ni la Banque de France ne la publient pour la France. Aucun travail du Centre d'études prospectives et d'informations internationales, de la Banque de France ou de la direction générale du Trésor n'a été identifié qui mesure l'effet Rotterdam pour la France.
Transposer le taux Mercosur de 19 % à la Chine serait une invention : les circuits logistiques ne sont pas comparables. Ce qui est certain, c'est le sens du biais ; son ampleur est inconnue. Point de comparaison utile : aux Pays-Bas, 49,7 % des exportations de biens sont des ré-exportations — 331 Md€ sur 666 Md€ — et le quasi-transit s'y ajoute encore, sans être chiffré.
Un phénomène connexe amplifie le problème depuis 2025 : la réorientation des exportations chinoises via l'Asie du Sud-Est (+22 % vers le Vietnam, +20 % vers la Thaïlande, importations françaises depuis le Vietnam +14 %). Celui-là relève des règles d'origine, pas de l'effet Rotterdam, mais joue dans le même sens.
Avec les services, le signe change — notamment avec les États-Unis
Ne regarder que les biens fausse la lecture, et cela vaut d'abord pour les deux partenaires où la France est la plus excédentaire en services.
| France, 2024 | Solde des biens | Solde des services | Total indicatif |
|---|---|---|---|
| États-Unis | ≈ −5 Md€ | +17,2 Md€ | ≈ +12 Md€ |
| Royaume-Uni | +10,9 Md€ | +8,8 Md€ | ≈ +19,7 Md€ |
| Belgique | −7,2 Md€ | +8,8 Md€ | ≈ +1,6 Md€ |
| Suisse | — | +5,4 Md€ | — |
| Chine | −47,0 Md€ | +6,2 Md€ | ≈ −40,8 Md€ |
| Allemagne | −8,7 Md€ | +2,7 Md€ | ≈ −6,0 Md€ |
| Pays-Bas | −5,4 Md€ (2025) | +2,2 Md€ | ≈ −3,2 Md€ |
| Italie | −5,8 Md€ (2025) | +0,1 Md€ | ≈ −5,8 Md€ |
| Espagne | −3,3 Md€ | −1,9 Md€ | ≈ −5,2 Md€ |
Le résultat qui compte : la relation avec les États-Unis change de signe. Un déficit de biens de 5 à 7 Md€ devient un excédent global d'environ 12 Md€ une fois les services intégrés. Les États-Unis et le Royaume-Uni sont, de loin, les deux premières sources d'excédent français en services — et tous deux sont donc déficitaires vis-à-vis de la France sur ce poste.
Avec la Chine, en revanche, les services ne changent presque rien : ils réduisent le déficit de 47 à 41 Md€, il reste massif. C'est le seul déséquilibre bilatéral français qui résiste à l'intégration des services.
Pour mémoire, le solde français des services s'élève à +48,9 Md€ en 2024, dont +16,3 Md€ de services financiers — un record — et +15,8 Md€ de tourisme, le plus haut depuis 2013.
Eurostat bop_its6_det (services, base balance des paiements, requêtes filtrées partenaire par partenaire) ; Douanes et direction générale du Trésor (biens, base douanière).
Le stock d'investissements français à l'étranger : de quoi parle-t-on exactement ?
Opération par laquelle un investisseur acquiert au moins 10 % du capital ou des droits de vote d'une entreprise résidente d'une autre économie. En deçà de ce seuil, la participation relève de l'investissement de portefeuille — un placement financier sans intention d'influence sur la gestion. Trois composantes : capitaux propres, bénéfices réinvestis, prêts intragroupe.
Une précision qui manque souvent : les chiffres de 1 499 et 931 Md€ sont en valeur comptable. En valeur de marché, les mêmes stocks valent 1 991 et 1 180 Md€, et la position nette passe de +568 à +811 Md€. Citer l'un ou l'autre sans le préciser change le résultat de plus de 40 %.
| Stock d'investissements directs, fin 2024 | Français à l'étranger | Étrangers en France |
|---|---|---|
| États-Unis | 240,2 Md€ | 57,9 Md€ |
| Royaume-Uni | 148,4 Md€ | 103,7 Md€ |
| Belgique | 126,4 Md€ | 66,0 Md€ |
| Italie | 86,6 Md€ (3ᵉ investisseur en Italie) | 23,9 Md€ |
| Chine | 33,7 Md€ | 3,7 Md€ |
| Pays-Bas | non publié | 128,3 Md€ — 2ᵉ investisseur en France |
Ce classement doit être lu avec une réserve majeure. Les Pays-Bas apparaissent comme deuxième investisseur en France, devant l'Allemagne et le Royaume-Uni. Cela ne reflète pas une activité économique néerlandaise de cette ampleur : c'est la concentration aux Pays-Bas et au Luxembourg de holdings servant à structurer des investissements dont l'investisseur ultime est ailleurs. La Banque de France publie d'ailleurs une statistique par « investisseur ultime » : en 2020, les États-Unis y pesaient 132 Md€, alors que le classement par première contrepartie était dominé par le Luxembourg et la Suisse. La même réserve vaut symétriquement pour le stock français à l'étranger.
Ce que ce stock rapporte
L'excédent des revenus d'investissements directs atteint +75,8 Md€ en 2024, dont 74,7 Md€ de revenus de capitaux propres. Un fait notable : sur ces 74,7 Md€, 73,8 Md€ sont des dividendes distribués et seulement 0,9 Md€ des bénéfices réinvestis — les groupes ont massivement remonté leurs résultats plutôt que de les réinvestir dans leurs filiales.
La mesure la plus parlante : les emplois
| 2023 | Groupes français à l'étranger | Groupes étrangers en France |
|---|---|---|
| Salariés | 7,0 millions — 56 % de leurs effectifs | 2,3 millions — 13 % de l'emploi marchand |
| Entreprises concernées | 6 800 groupes, 55 200 filiales dans 190 pays | 19 100 entreprises, 1 % du total |
| Chiffre d'affaires | 1 708 Md€ — 50 % du consolidé | 21 % du chiffre d'affaires français |
| Part de la valeur ajoutée française | — | 17 % |
Premiers pays d'implantation des groupes français, en effectifs : États-Unis 775 000, Inde 572 000, Allemagne 472 000, Brésil 449 000, Espagne 418 000, Royaume-Uni 402 000, Chine 346 000. Spécialisations : l'industrie surtout aux États-Unis, les services surtout en Inde, le commerce surtout au Brésil. À l'inverse, les groupes étrangers en France emploient 523 400 personnes pour les américains, 333 500 pour les allemands, 263 400 pour les suisses.
Le rapport est de 1 à 3 : sept millions d'emplois contrôlés à l'étranger par des groupes français, contre 2,3 millions d'emplois contrôlés en France par des groupes étrangers.
Banque de France, La balance des paiements et la position extérieure de la France 2024 ; fiches pays de la direction générale du Trésor ; Insee Focus n° 367 et 368 (enquêtes sur les filiales de groupes français à l'étranger et les filiales étrangères en France, 2023).
Les autres flux : investissements, position extérieure, détention de la dette
Investissements directs étrangers
| Md€ | 2021 | 2022 | 2023 | 2024 |
|---|---|---|---|---|
| IDE français à l'étranger (flux) | 45,4 | 68,1 | 82,8 | 15 |
| IDE étrangers en France (flux) | 27,6 | 78,1 | 34,9 | 25 |
| Stock français à l'étranger | 1 382 | 1 443 | 1 477 | 1 499 |
| Stock étranger en France | 836 | 902 | 928 | 931 |
| Position nette | +547 | +541 | +550 | +568 |
C'est ce stock net de +568 Md€ qui alimente l'excédent des revenus primaires (+49 Md€ en 2024) et permet au solde courant d'être bien meilleur que le solde commercial.
Position extérieure nette
| % du PIB | 2019 | 2022 | 2024 | 2025 |
|---|---|---|---|---|
| France | −28,2 | −27,4 | −24,0 | −29,6 |
| Allemagne | +58,7 | +70,0 | +80,2 | +82,3 |
| Italie | −3,1 | +5,5 | +14,9 | +15,4 |
| Espagne | −72,0 | −56,2 | −41,0 | −44,7 |
La France est le seul des quatre à se dégrader. L'Italie est passée de débitrice à créditrice nette en 2021, l'Espagne a réduit son passif de moitié depuis 2020, l'Allemagne accumule (+82 % du PIB). La position française atteint −885 Md€ en 2025.
Qui détient la dette française ?
Les non-résidents détiennent 1 639 Md€ de titres de dette publique fin 2025, soit 52,9 % des titres de dette et environ 47 % de la dette Maastricht totale. Sur le périmètre plus étroit de la dette négociable de l'État, l'Agence France Trésor donne 55,4 % au deuxième trimestre 2025.
| Détenteurs de la dette négociable de l'État, T2 2025 | Part |
|---|---|
| Non-résidents | 55,4 % |
| Autres détenteurs français (fonds, particuliers, institutions) | 23,1 % |
| Banques françaises | 10,3 % |
| Assureurs français | 9,8 % |
| Fonds français | 1,7 % |
Historique : environ 29 % en 1996, un pic de 66 à 70 % en 2009-2010, un creux à 47,5 % fin 2021, puis remontée à 55 %. La Banque de France détient par ailleurs environ 630 Md€ de titres publics français, soit près de 20 % de la dette Maastricht : hors Banque de France, la part détenue par les non-résidents monte à environ 66 %.
Quels pays, exactement ?
C'est ici qu'il faut être franc sur ce qu'on sait et ce qu'on ne sait pas. La ventilation par zone, fin 2023 : France 48 %, reste de la zone euro 25 %, reste du monde 27 %. La ventilation par pays déclarant, issue de l'enquête coordonnée du Fonds monétaire international :
| Pays déclarant, 2023 | Part de la dette publique française |
|---|---|
| Allemagne | 7 % |
| Luxembourg | 7 % |
| Irlande | 5 % |
| États-Unis | 4 % |
| Japon | 4 % |
| Part de la dette publique détenue par des non-résidents | % | Année |
|---|---|---|
| Autriche | 67 | 2024 |
| Belgique | 62 | 2024 |
| France | 53 à 55 | 2024-2025 |
| Allemagne | 47 | 2024 |
| Espagne | 42 | 2023 |
| Royaume-Uni | 32 | 2023 |
| Moyenne des économies avancées du G20 | 30 | 2024 |
| Italie | 27 | 2023 |
| États-Unis | 23 | 2023 |
| Japon | 13 | 2024 |
La France a le taux le plus élevé du G7, et c'est le cas depuis 2010. Deux lectures opposées et toutes deux valides. Signe de liquidité : une base d'investisseurs internationale large est la contrepartie d'un marché profond, permet d'émettre de gros volumes sans saturer l'épargne domestique et abaisse le coût de financement. Mécaniquement, un pays en déficit courant et à position extérieure négative doit recourir à l'épargne étrangère : les deux faits sont les deux faces d'une même pièce. Facteur de vulnérabilité : les non-résidents sont les détenteurs les plus mobiles — aucune obligation prudentielle ne les contraint à détenir de la dette française, contrairement aux assureurs français soumis à Solvabilité II ou aux banques françaises soumises aux ratios de liquidité. Une dégradation budgétaire ou de notation peut donc déclencher des sorties rapides.
Eurostat bop_fdi6_flow, bop_fdi6_pos, tipsii10, bop_iip6_q ; Banque de France.
Immigration et intégration
Sur ce thème plus que tout autre, la question « quel est le chiffre ? » est mal posée. Trois indicateurs différents mesurent trois choses différentes.
Combien d'immigrés entrent chaque année ?
| Indicateur | Valeur | Ce qu'il mesure |
|---|---|---|
| Premiers titres de séjour | 343 024 (2024) 377 000 (2025) | Flux administratif, ressortissants hors UE uniquement |
| Entrées au sens large (Insee) | 347 000 (2023) 313 000 (2024) | Inclut les ressortissants UE, hors procédure |
| Solde migratoire | n.d. depuis 2023 | Résidu comptable, pas une observation directe |
Ministère de l'Intérieur, direction générale des étrangers en France (DGEF), statistiques des titres de séjour ; Insee, estimations de flux migratoires. Les deux séries ne mesurent pas la même chose : les titres de séjour sont un flux administratif portant sur les seuls ressortissants hors UE, les estimations Insee incluent les ressortissants de l'UE et ne passent par aucune procédure.
Répartition des titres 2024 : études 32,3 %, famille 26,4 %, économique 17,0 %, humanitaire 15,9 %, divers 8,4 %. En 2025 la structure se déforme : humanitaire à 23,3 % (protections subsidiaires +115,8 %), économique en recul à 13,5 %.
Immigré, étranger, réfugié, naturalisé : quelle différence ?
| Catégorie | Définition Insee/Ined | Effectif |
|---|---|---|
| Immigré | Né étranger à l'étranger, résidant en France. Qualité permanente, conservée après naturalisation | 7,73 M (11,3 %) |
| Étranger | Réside en France sans la nationalité française, né en France ou non | 6,03 M (8,8 %) |
| — dont nés en France | Mineurs pour l'essentiel | 0,89 M |
| Naturalisé | Immigré ayant acquis la nationalité française | 2,59 M (33 %) |
| Demandeur d'asile | Demande déposée, décision en attente | 145 210 (2025) |
| Situation irrégulière | Sans titre valide | Non dénombrable |
Insee et Ined, définitions officielles et estimations de population. Ces quatre catégories se recoupent partiellement : un immigré peut être français, un étranger peut être né en France. Aucune n'est un sous-ensemble propre d'une autre.
Le piège : un immigré naturalisé n'est plus « étranger » statistiquement mais reste « immigré » à vie ; un enfant né en France de parents étrangers est « étranger » sans être « immigré ». Les deux catégories ne se superposent jamais, et l'essentiel des confusions du débat vient de là.
L'immigration coûte-t-elle ou rapporte-t-elle ? Les postes détaillés
Les résultats publiés varient de +12 Md€ à environ −40 Md€. Ce n'est pas que les chercheurs soient malhonnêtes : ce sont des conventions différentes. Voici d'abord la structure du calcul, puis pourquoi elle est indéterminée.
Les postes de dépense attribués aux immigrés
- Prestations sociales contributives — retraites, chômage. Les immigrés y cotisent et en bénéficient ; l'effet net dépend de leur âge et de leur durée de carrière en France. Population plus jeune que la moyenne = plus de cotisations, moins de retraites aujourd'hui, mais des droits à pension demain.
- Prestations non contributives — RSA, allocations logement, prime d'activité, allocations familiales. Poste où la surreprésentation est réelle : 30,6 % des immigrés sont sous le seuil de pauvreté contre 12,7 % des non-immigrés.
- Santé — assurance maladie de droit commun, plus l'aide médicale d'État pour les personnes en situation irrégulière (poste budgétaire distinct et modeste à l'échelle des masses).
- Éducation — scolarisation des enfants. Poste important, mais qui est un investissement dont le rendement apparaît vingt ans plus tard, et qui bascule le calcul selon qu'on l'attribue aux immigrés ou à leurs descendants.
- Politique migratoire proprement dite — accueil, hébergement des demandeurs d'asile, contrôle aux frontières, éloignement. La Cour des comptes chiffre la seule lutte contre l'immigration irrégulière à environ 1,8 à 2 Md€ par an, avec des « résultats médiocres » sur l'éloignement.
- Biens publics purs — défense, administration générale, justice, éclairage public. C'est ici que tout se joue : voir ci-dessous.
Les postes de recette
- Cotisations sociales — les immigrés représentent 12,2 % de la population active occupée (3,7 millions de personnes).
- Impôt sur le revenu — faible, du fait de revenus plus bas en moyenne (niveau de vie médian 18 060 € contre 23 690 €).
- TVA et taxes sur la consommation — poste important et souvent oublié : la TVA est acquittée par tous, indépendamment du revenu.
- Impôts locaux, taxes sur les carburants, droits divers.
Pourquoi le résultat n'est pas déterminé
| Étude | Résultat |
|---|---|
| Chojnicki & Ragot, CEPII (1979-2011) | Entre −0,5 % et +0,05 % du PIB selon les années |
| CEPII (2018), approche élargie | +12 Md€ (2010) à −19,8 Md€ (2006) selon le périmètre |
| OCDE (2013) | Impact net proche de zéro, quelques dixièmes de point de PIB |
| J.-P. Gourévitch | Coût net de 17,4 à 36,4 Md€ (périmètre contesté par le CEPII) |
Trois leviers font basculer le signe :
- Statique ou dynamique. Une photographie annuelle et un calcul sur cycle de vie complet ne donnent pas le même résultat, parce que la population immigrée est plus jeune : elle cotise aujourd'hui et percevra demain.
- L'affectation des biens publics purs. La défense nationale coûte-t-elle plus cher parce qu'il y a des immigrés ? Non — c'est un bien non rival. Faut-il pour autant l'attribuer intégralement aux natifs ? Le CEPII le fait dans son scénario central, ce qui améliore mécaniquement le solde. L'Observatoire de l'immigration et de la démographie juge cette convention discutable. Les deux positions sont défendables et aucune donnée ne peut trancher : c'est un choix de convention, pas un fait.
- Le périmètre des descendants. Inclure la deuxième génération fait passer le solde CEPII de +12 Md€ à des dizaines de milliards de coût — non parce que les descendants coûtent cher, mais parce qu'on leur impute l'éducation sans compter leurs cotisations futures.
CEPII ; OCDE, Perspectives des migrations internationales 2013 ; Cour des comptes, NEB 2023 ; recension de l'Observatoire de l'immigration et de la démographie (organisme non neutre, critique de l'immigration).
Chaque poste, chiffré : ce qui est mesuré, ce qui est estimé, ce qui ne l'est pas
Mesuré — chiffre publié par un producteur officiel, avec son périmètre propre.
Estimé — calcul que nous construisons ; la formule et l'hypothèse sont données à chaque fois. Ce n'est pas une mesure.
Non mesuré — la ventilation n'existe pas dans la statistique publique française.
Un avertissement qui commande tout le reste : la statistique française mesure correctement une partie des dépenses et presque aucune recette. Il existe des chiffres administratifs solides pour l'AME, l'allocation pour demandeur d'asile, les retraites du régime général et les crédits budgétaires ; il n'existe aucune statistique publiée d'impôt, de TVA ou de cotisation payés par les immigrés. Cette asymétrie biaise spontanément tout bilan naïf vers le négatif, parce que les coûts paraissent durs et les recettes molles. C'est le premier point à retenir.
Le déterminant que tout le monde oublie : la structure par âge
Les immigrés sont 7,97 millions (11,6 % de la population), dont un tiers sont devenus français ; les étrangers 6,30 millions ; les nés à l'étranger 9,6 millions, ce dernier chiffre incluant environ 1,7 million de Français nés à l'étranger. Ces trois populations ne se substituent pas, et leur profil budgétaire diffère fortement — parce que la dépense publique par personne est massivement déterminée par l'âge.
Les postes de dépense
| Poste | Montant | Statut | Source ou formule |
|---|---|---|---|
| Retraites, régime général, aux nés à l'étranger | 24,0 Md€ | Mesuré | CNAV, 31/12/2024 — 3 109 826 retraités, soit 20,2 % des effectifs mais 14,8 % des prestations |
| Retraites, extrapolation à tous les régimes | 39 à 46 Md€ | Estimé | Part du RG (14,8 %) pondérée à la baisse pour les autres régimes (≈ 9 %, condition de nationalité dans la fonction publique, droits complémentaires plus faibles) → part d'ensemble 11-13 % |
| ASPA versée aux nés à l'étranger | 1,3 Md€ | Mesuré | CNAV, 2024 — 40 % du total ASPA, la part publiée la plus élevée du dossier |
| Assurance maladie | 27 à 29 Md€ | Estimé | ONDAM 2024 ≈ 255 Md€ × clé 10,5-11,5 % |
| AME | 1,39 Md€ | Mesuré | Dépense constatée 2024 ; 465 744 bénéficiaires au 30/09/2024 |
| Prestations CNAF (familiales, logement, RSA, prime d'activité) | 13 à 16 Md€ | Estimé | Masse CNAF ≈ 100 Md€ × 11 % d'allocataires étrangers, majoré d'un facteur 1,2-1,45 (foyers plus grands, prestations sous condition de ressources plus fréquentes) |
| — dont RSA | 1,8 à 2,2 Md€ | Estimé | 15-18 % des foyers sur 11,97 Md€ |
| — dont AAH | 1,0 à 1,2 Md€ | Estimé | 8-10 % sur 11,97 Md€ — fiabilité très faible, donnée uniquement pour ne pas laisser un poste de 12 Md€ à zéro par défaut |
| Chômage indemnisé | 5,0 à 6,5 Md€ | Estimé | 37,1 Md€ × 17 % d'indemnisés × 0,88 (allocation moyenne inférieure) |
| Éducation, périmètre « immigrés » | ≈ 6,6 Md€ | Estimé | ≈ 450 000 enfants immigrés d'âge scolaire × 10 920 €, plus 1,74 Md€ mesurés pour le supérieur |
| Éducation, périmètre « étrangers » | 11 à 12 Md€ | Estimé | ≈ 1,0-1,1 M d'élèves étrangers × 10 920 € — dont la majorité sont nés en France |
| Politique migratoire, document de politique transversale | 7,82 Md€ | Mesuré | DPT « Politique française de l'immigration et de l'intégration », PLF 2026, 19 programmes de 12 missions |
| — dont mission « Immigration, asile et intégration » | 2,16 Md€ | Mesuré | Sénat, rapport PLF 2026 — 21,6 % du DPT seulement |
| Contrôle de l'immigration irrégulière | ≈ 1,8 Md€ | Mesuré | Cour des comptes, janvier 2024, données 2022 — ≈ 16 000 ETP |
| Mineurs non accompagnés, à la charge des départements | ≈ 1,0 Md€ | Estimé | 31 000 × 90 €/jour × 365 |
| Allocation pour demandeur d'asile | 0,31 Md€ | Mesuré | PLF 2026 — seul minimum social intégralement imputable par construction |
| Total hors biens publics purs | ≈ 100 à 112 Md€ | Estimé | Périmètre « immigrés » |
Ce que contient réellement la « politique d'immigration » budgétaire
Document de politique transversale, crédits de paiement 2025, en millions d'euros.
Document de politique transversale « Politique française de l'immigration et de l'intégration », annexé au PLF 2025, crédits de paiement par programme. Total 7 738,8 M€ ; le PLF 2026 porte l'ensemble à 7 822 M€ en CP.
| Le détail du contrôle de l'immigration irrégulière | Montant | Détail |
|---|---|---|
| Personnel de la police aux frontières | 980 M€ | 11 500 agents en métropole, 1 300 outre-mer |
| Rétention administrative | 225 M€ | dont 155 M€ de masse salariale policière |
| Éloignement forcé | 50,3 M€ | 11 409 éloignements : 21,8 M€ de billets commerciaux, 3 M€ de vols affrétés, 25,5 M€ de personnel |
| Total | ≈ 1,8 Md€ | ≈ 16 000 ETP ; le ministère de l'Intérieur en porte 90 %, soit 8 % de son budget |
Le coût unitaire par éloignement forcé est de 4 410 € au périmètre « éloignement » seul ; en y ajoutant la rétention, le coût complet par éloignement effectivement réalisé dépasse 24 000 € — hypothèse haute, puisqu'une part des personnes retenues est libérée sans éloignement.
Les recettes : aucune n'est mesurée
| Recette | Montant estimé | Fiabilité | Clé retenue |
|---|---|---|---|
| Cotisations sociales | 50 à 55 Md€ | Moyenne | 554,4 Md€ × clé masse salariale 10,0 %, corrigée de −5 à −10 % pour les allégements concentrés sous 1,6 SMIC, zone de surreprésentation |
| TVA et fiscalité indirecte | 20 à 24 Md€ | Moyenne-faible | 210,7 Md€ × 10,5 % ; propension à consommer supérieure, minorée des transferts vers l'étranger |
| CSG-CRDS | 13 à 16 Md€ | Faible | 152,4 Md€ × 9,5 % (moyenne pondérée : 10 % sur l'activité, 13 % sur les revenus de remplacement, 4 % sur le capital) |
| Impôt sur le revenu | 4,5 à 6,0 Md€ | Faible | 88 Md€ × 5-7 %, l'écart de revenu de 11 % à la médiane se traduisant par un écart de contribution bien supérieur du fait de la progressivité |
| Taxes foncières et d'habitation | 3,5 à 4,0 Md€ | Faible | 57,8 Md€ × 6-7 % |
| Taxes sur les titres de séjour | 0,19 Md€ | Mesuré | Assemblée nationale, exercice 2017 — seul poste de recette réellement mesuré |
| Total | 91 à 105 Md€ | — | Soit 7,3 à 8,4 % des prélèvements obligatoires, pour 11,6 % de la population |
Cet écart entre 8 % des prélèvements et 11,6 % de la population n'a rien de mystérieux : il résulte du taux d'emploi inférieur de huit points, du salaire médian inférieur de 11 %, et surtout de la progressivité de l'impôt sur le revenu et de la concentration du patrimoine.
0,19 Md€ de taxes sur les titres de séjour, contre 2,16 Md€ pour la seule mission budgétaire « Immigration, asile et intégration » et 7,82 Md€ pour le document transversal. L'argument selon lequel « les immigrés financent leur propre administration » est faux d'un facteur 11 à 40. Symétriquement, ce poste est trop petit pour peser dans un bilan global : le citer comme argument dans un sens ou dans l'autre est une erreur d'échelle. La loi de finances pour 2026 a fortement relevé ces tarifs, mais aucun montant constaté n'est encore disponible.
Le point de bascule : les biens publics purs
Défense, charge de la dette, administration générale, diplomatie sont des biens non rivaux : un résident de plus n'augmente pas leur coût. Deux conventions s'affrontent, et le choix entre elles détermine le signe du solde à lui seul.
| OCDE, mêmes données, même pays, même période (2006-2018) | Contribution nette |
|---|---|
| Hors biens publics purs | +1,02 % du PIB |
| Avec biens publics purs imputés au coût moyen | −0,85 % du PIB |
| Écart de convention | 1,87 point de PIB, soit ≈ 55 Md€ |
OCDE, International Migration Outlook 2021, chapitre sur l'impact fiscal, France, moyenne annuelle 2006-2018. La mise à l'échelle en milliards sert uniquement à dimensionner l'écart entre deux conventions, jamais à produire un niveau : un écart de convention est un rapport et se transpose, un solde est daté et ne se transpose pas.
Aucune des deux conventions n'est objectivement « bonne ». Mais toute étude qui n'annonce pas laquelle elle retient est inutilisable, et toute reprise médiatique qui cite un seul des deux chiffres de l'OCDE sans mentionner l'autre est trompeuse — quel que soit le chiffre cité.
Deux subtilités que le débat escamote. D'abord, la convention doit s'appliquer symétriquement : si l'on retient le coût marginal nul pour les immigrés, il faut le retenir pour les natifs, et la somme des soldes catégoriels ne reconstitue plus le solde public. Ensuite, le cas de la charge de la dette : imputer à un immigré arrivé en 2020 une quote-part des intérêts d'une dette accumulée depuis 1974 est un choix contestable, et c'est pourtant ce que fait l'imputation au coût moyen — l'IFRAP relève que le ratio français est de −0,53 % du PIB hors service de la dette contre −0,85 % en l'incluant, soit environ 9 Md€ pour cette seule ligne.
Le bilan agrégé, et ce qu'il vaut
| Agrégation de nos propres postes, périmètre « immigrés » | Montant |
|---|---|
| Recettes estimées | 91 à 105 Md€ (centre ≈ 98) |
| Dépenses estimées hors biens publics purs | 100 à 112 Md€ (centre ≈ 106) |
| Solde hors biens publics purs | ≈ −8 Md€, soit −0,27 % du PIB |
| Biens publics purs au coût moyen (11,6 % × ≈ 190 Md€) | −22 Md€ |
| Solde avec biens publics purs | ≈ −30 Md€, soit −1,0 % du PIB |
Ceci n'est pas un résultat, c'est une démonstration. Sur nos propres chiffres, le seul changement de convention déplace le solde de 22 Md€ ; sur ceux de l'OCDE, de 55 Md€. Dans les deux cas, l'écart de convention est plus grand que l'incertitude sur l'ensemble des postes.
Et il faut ajouter l'aveu qui va avec : notre solde hors biens publics purs (−0,27 %) diffère de celui de l'OCDE (+1,02 %) de 1,3 point de PIB, soit environ 38 Md€. Les causes sont identifiables — l'OCDE retient les « nés à l'étranger », qui incluent 1,7 million de Français nés à l'étranger, contributeurs nets, et sa couverture de dépenses est plus étroite. Le fait que deux constructions raisonnables diffèrent de 1,3 point de PIB est, en soi, le résultat le plus honnête de ce dossier : il fixe l'ordre de grandeur de ce qu'on ne sait pas.
Pourquoi les études divergent : quatre choix, pas quatre jeux de données
| Étude | Statut | Population | Biens publics purs | Résultat |
|---|---|---|---|---|
| CEPII — Chojnicki, Ragot, Sokhna, Revue économique 2022 | Académique, comité de lecture | Immigrés (déf. Insee) | Attribués aux natifs seuls | −0,5 % à +0,05 % du PIB |
| OCDE, IMO 2021 | Institutionnel | Nés à l'étranger | Deux variantes publiées | +1,02 % / −0,85 % |
| OCDE, IMO 2013 | Institutionnel | Ménages nés à l'étranger | Coût moyen imputé | ≈ −0,52 % du PIB |
| CAE, Focus n° 072, 2021 | Institutionnel (synthèse) | — | Discute les deux | ± 0,5 % du PIB ; ± 0,2 % hors 2011 |
| Observatoire de l'immigration et de la démographie, 2023 | Non académique | Étrangers extra-UE hors actifs occupés | Imputés | Coût net 41 Md€ |
| Contribuables associés / Gourévitch, 2023 | Non académique | Immigration légale + illégale + descendants | Imputés | ≈ 53,9 Md€/an |
- La convention sur les biens publics purs — effet d'environ 1,9 point de PIB. Elle détermine le signe à elle seule.
- Le périmètre de population — effet de plusieurs dizaines de milliards. Passer d'« immigrés » à « nés à l'étranger » ajoute 1,7 million de Français nés à l'étranger, âgés et qualifiés, ce qui améliore artificiellement le solde. Passer d'« immigrés » à « étrangers » fait entrer 0,9 million d'enfants nés en France — donc leur coût de scolarisation — tout en excluant 2,6 millions de naturalisés en âge de travailler : double dégradation. Sur le seul poste éducation, l'écart mesurable est de 6,6 à 12 Md€, à données identiques.
- Le traitement des descendants — effet de 18 Md€ dans une seule étude. Le CEPII publie les deux : −1,4 Md€ en scénario de référence, −19,8 Md€ en incluant les descendants. Les deux camps ont un argument valable : les exclure dissimule le coût éducatif de la deuxième génération ; les inclure sans corriger de l'âge est faussé, puisqu'une population d'âge médian 25 ans est nécessairement bénéficiaire nette, et le serait tout autant si elle était d'ascendance française. La seule comparaison rigoureuse serait à structure d'âge standardisée. Aucune des études recensées ne la produit.
- Statique contre dynamique. En 2011, le solde primaire total de la France était de −51,35 Md€ : −42,55 Md€ pour les natifs et −8,80 Md€ pour les immigrés. Dans une année où l'ensemble du budget est en déficit, une comptabilité statique attribue mécaniquement un solde négatif à tous les groupes. Les immigrés représentaient 8,6 % de la population et 17,1 % du déficit, mais leur déficit par tête était inférieur à celui des natifs. Citer les −8,80 Md€ sans les −42,55 Md€ transforme une observation sur l'état des finances publiques en jugement sur un groupe.
Malgré ces divergences, un point fait consensus dans les travaux à comité de lecture et les synthèses institutionnelles : l'impact budgétaire de l'immigration en France est contenu dans une fourchette de ± 0,5 % du PIB, et de ± 0,2 % si l'on exclut l'année 2011, atypique. Rapporté au PIB 2024, cela fait ± 15 Md€ environ, et ± 6 Md€ hors année de crise — à comparer à un déficit public de 5,8 % du PIB, soit environ 169 Md€.
L'immigration n'est ni la cause du déficit public français ni sa solution. Son solde, quel que soit le signe retenu, est d'un ordre de grandeur inférieur. C'est la conclusion explicite des auteurs du CEPII : « l'immigration n'a jamais déterminé l'ampleur et l'évolution du solde budgétaire primaire » sur 1979-2011.
Ce que la littérature ajoute sur la composition : à 45 ans, la contribution nette d'une personne hautement qualifiée est cinq fois supérieure à celle d'une personne faiblement qualifiée. Le déterminant n'est donc pas l'origine mais la qualification et l'insertion sur le marché du travail. L'OCDE mesure par ailleurs que les dépenses publiques par immigré sont inférieures à celles des natifs pour les retraites, l'invalidité et l'éducation, et supérieures pour le chômage, la famille (facteur 1,35) et l'exclusion-logement (facteur 1,81).
Pourquoi ces ventilations n'existent pas
| Organisme | Prestation | Ventilation par nationalité | Par pays de naissance |
|---|---|---|---|
| CNAV | Retraites, ASPA | Non | Oui — publiée |
| CNAF | RSA, prime d'activité, aides au logement, allocations familiales | Collectée pour l'éligibilité, non publiée par prestation | Non |
| DREES | Minima sociaux | Non | Non |
| Unédic | Chômage indemnisé | Non | Non |
| CNAM | Assurance maladie, indemnités journalières | Non | Non |
| DGFiP | Impôt sur le revenu, TVA, foncier | Non | Non |
| Urssaf | Cotisations, CSG | Non | Non |
Ces absences ont trois causes distinctes qu'il ne faut pas confondre. La donnée n'est parfois pas collectée : le pays de naissance n'entre dans aucune règle d'ouverture de droit à l'Unédic ou à la CNAM, il est donc absent à la source. Elle est parfois collectée mais non exploitée : la CNAF enregistre la nationalité, qui conditionne l'éligibilité au RSA après cinq ans de séjour régulier, et pourrait publier une ventilation par prestation ; elle ne le fait pas, aucune obligation ne l'y contraignant, et les questions parlementaires demandant cette ventilation sont restées sans réponse chiffrée. C'est un choix administratif, pas une impossibilité juridique — et il mérite d'être discuté comme tel. Elle est enfin parfois structurellement absente de l'assiette : la TVA ne connaît pas le payeur.
Le Conseil constitutionnel, dans sa décision n° 2007-557 DC du 15 novembre 2007, a jugé que les traitements de données peuvent porter sur des données objectives — « le nom, l'origine géographique ou la nationalité antérieure à la nationalité française » — et sur le ressenti d'appartenance, mais que serait contraire à la Constitution « la définition, a priori, d'un référentiel ethno-racial ». Fondement : l'article 1er de la Constitution.
La statistique française raisonne donc en pays de naissance et en nationalité, jamais en « origine ». Cela permet de distinguer immigrés, étrangers et descendants, mais rend impossible toute mesure au-delà de la deuxième génération et toute comparaison directe avec les statistiques ethniques américaines ou britanniques. Ce n'est ni un accident ni une dissimulation : c'est un choix constitutionnel assumé. Il a un coût informationnel, qui doit être énoncé comme tel dans un débat public.
Emploi et revenus
| 2024 | Immigrés | Non-immigrés |
|---|---|---|
| Taux d'emploi | 62,4 % | 69,8 % |
| Taux de chômage | 12 % | 7 % |
| Taux d'activité des hommes | 79,9 % | 77,1 % |
| Taux d'activité des femmes | 62,7 % | 72,8 % |
| En CDI | 69 % | 74 % |
Insee, enquête Emploi en continu, données 2024, champ population de 15 à 64 ans en ménages ordinaires ; ministère de l'Intérieur, DGEF, pour la ventilation par origine géographique. Les écarts de taux d'emploi sont sensibles à la structure par âge et par niveau de diplôme, qui ne sont pas neutralisées ici.
Deux faits saillants. L'écart se concentre chez les femmes : le taux d'activité des hommes immigrés est supérieur à celui des hommes natifs, tandis que l'écart de genre atteint 19 points au sein de la population immigrée non-européenne contre 4,3 points chez les non-immigrés. Et l'écart se réduit : entre 2014 et 2024, le chômage des immigrés a baissé de 6 points contre 3 pour les natifs.
La France affiche néanmoins l'un des écarts les plus défavorables d'Europe (−7,1 points), avant-dernière devant la Belgique.
Statistiques pénales : que mesurent exactement les pourcentages ?
Le dénominateur (les 100 %) est l'ensemble des personnes mises en cause pour cette infraction — pas l'ensemble des infractions, ni l'ensemble des étrangers.
« Mis en cause » signifie : une personne contre laquelle la police ou la gendarmerie a réuni des éléments suffisants pour la présenter à la justice. Ce n'est ni une condamnation ni une culpabilité établie. Une même personne mise en cause plusieurs fois dans l'année compte plusieurs fois.
« Étranger » = nationalité enregistrée au moment des faits. Ce n'est pas « immigré » (lieu de naissance) : un étranger né en France est compté, un immigré naturalisé ne l'est pas.
Le chiffre se lit donc : parmi les personnes que la police a identifiées comme auteurs présumés de cambriolages en 2024, 38 % n'avaient pas la nationalité française. À comparer à la part d'étrangers dans la population résidente : 8,8 %.
| Part d'étrangers parmi les mis en cause (2024) | % |
|---|---|
| Violences sexuelles | 13 |
| Homicides | 18 |
| Coups et blessures volontaires | 20 |
| Vols avec arme | 22 |
| Vols violents sans arme | 30 |
| Cambriolages de logement | 38 |
| Vols avec violence dans les transports | 48 |
| Vols sans violence dans les transports | 80 |
| Rappel : part dans la population résidente | 8,8 |
L'hétérogénéité est considérable — de 13 % à 80 % — et cette dispersion est en soi l'information la plus importante : elle montre qu'un chiffre global n'a pas de sens. Le 80 % des vols dans les transports reflète très probablement un effet de lieu (gares, aéroports, zones de transit, où la population présente n'est pas la population résidente) et des réseaux transfrontaliers, pas la délinquance du quotidien.
Peut-on connaître la part des infractions commises par des étrangers ou des immigrés ?
1. On ne connaît que les auteurs identifiés. Le taux d'élucidation est de 8 % ou moins pour les cambriolages et les vols. Pour 92 % de ces faits, on ne sait pas qui les a commis. Le pourcentage porte donc sur une petite fraction non aléatoire des infractions — celle où un auteur a été identifié, ce qui dépend de l'activité policière et non de la seule délinquance.
2. La nationalité est enregistrée, pas le lieu de naissance. Il est donc impossible, avec les statistiques publiques, de calculer une part « d'immigrés » : la catégorie n'existe pas dans les fichiers de police. Les études qui l'affirment font une confusion ou une extrapolation.
3. Le dénominateur de comparaison est faux. La population de référence (étrangers résidents, 8,8 %) exclut touristes, frontaliers et personnes de passage — alors que ceux-ci sont comptés au numérateur s'ils commettent une infraction. L'Insee documente ce biais sans le quantifier.
Ce qui explique la surreprésentation le long de la chaîne pénale
| Étape | Part d'étrangers |
|---|---|
| Population générale (2019) | 7,4 % |
| Mis en cause | 18 % |
| Auteurs traités par la justice | 14 % |
| Population détenue | 23 à 25 % |
Le CEPII identifie quatre facteurs distincts qui se cumulent :
- Structure d'âge et de sexe — surreprésentation parmi les jeunes hommes, catégorie associée à une délinquance plus élevée quelle que soit la nationalité.
- Position socio-économique — la précarité est un déterminant documenté, indépendamment de l'origine.
- Infractions à la police des étrangers — le séjour irrégulier et le travail sans titre ne peuvent, par construction, être commis que par des étrangers. Cela gonfle mécaniquement leur part sans rapport avec la délinquance de droit commun.
- Traitement pénal différencié — à caractéristiques identiques, le CEPII mesure une probabilité de prison ferme supérieure de 5 points et une durée de peine plus longue de 22 jours. Cela contribue à la surreprésentation au dernier maillon, indépendamment du taux réel d'infraction.
SSMSI, données 2024 (réponses parlementaires) ; Insee ; lettre du CEPII n° 436 (2023).
Peut-on déduire une causalité d'une surreprésentation ?
Cette question mérite mieux qu'un « non » sec, parce que l'objection qu'on lui oppose est arithmétiquement fondée. Commençons donc par établir le fait, sans le contester.
| Part d'étrangers parmi les mis en cause, 2024 | Part | Rapport à leur part dans la population (8,8 %) |
|---|---|---|
| Violences sexuelles | 13 % | 1,5 × |
| Homicides | 18 % | 2,0 × |
| Coups et blessures volontaires | 20 % | 2,3 × |
| Vols avec arme | 22 % | 2,5 × |
| Vols violents sans arme | 30 % | 3,4 × |
| Cambriolages de logement | 38 % | 4,3 × |
| Vols sans violence dans les transports en commun (2023) | 80 % | 9,1 × |
La surreprésentation est un fait mesuré, et son ordre de grandeur pour les homicides — un facteur 2 — est exact. 18 divisé par 8,8 égale 2,05. Une note qui suggérerait que ce fait n'existe pas serait malhonnête.
Mais le gradient va dans le sens inverse de la gravité, et c'est un fait tout aussi établi : le rapport est de 2,0 pour l'homicide, le plus faible de la série avec les violences sexuelles, et de 9,1 pour le vol sans violence dans les transports. Un effet propre de la nationalité sur la propension à la violence devrait produire l'inverse.
Ce que le chiffre agrège, et qu'il ne sépare pas
- Le numérateur et le dénominateur ne portent pas sur la même population. Le dénominateur de l'Insee — 6,0 millions d'étrangers, 8,8 % — ne compte que les étrangers résidents recensés. Le numérateur du ministère de l'Intérieur compte toute personne mise en cause de nationalité étrangère : résidents réguliers, personnes en situation irrégulière, touristes, travailleurs détachés, personnes en transit, réseaux transfrontaliers. Le ratio est donc structurellement surestimé — d'un facteur que personne n'a chiffré. Illustration : sur les vols dans les transports en commun d'Île-de-France, segment où la mobilité internationale est maximale, la part atteint 93 %.
- Le droit de la nationalité déplace la frontière au pire moment. Les enfants nés en France de parents étrangers deviennent français à 18 ans. Or 18-30 ans est précisément la tranche de plus forte mise en cause. Cette population sort du numérateur et du dénominateur « étrangers » au moment exact où son exposition à la délinquance est maximale — ce qui tire le ratio vers le bas, pas vers le haut. Ce n'est pas un argument dans un sens ou dans l'autre : c'est un rappel que la catégorie mesurée est juridique et mouvante.
- L'âge et le sexe expliquent moins qu'on ne le croit. Le sexe est le premier prédicteur de la mise en cause — 82 % d'hommes, jusqu'à 96 % pour les violences sexuelles — mais la population étrangère résidente est quasi paritaire (49,7 % d'hommes contre 48,5 % dans l'ensemble) : ce facteur n'absorbe presque rien. L'âge joue dans les deux sens : les étrangers sont surreprésentés chez les 25-54 ans (47,9 % contre ≈ 37 %) mais sous-représentés chez les 13-17 ans (5,6 %), tranche qui borde le pic de délinquance. Aucune étude française ne chiffre la part de l'écart absorbée par la standardisation âge-sexe. Affirmer que « l'âge et le sexe expliquent l'essentiel » n'est pas étayé.
- Les infractions à la police des étrangers biaisent le chiffre global, mais pas les ratios par infraction. 78 % des condamnés pour infraction à la police des étrangers sont étrangers, ce qui est tautologique. Cela affecte le total (« 17-18 % de l'ensemble des mis en cause ») mais pas les lignes du tableau ci-dessus : les indicateurs homicides, coups et blessures et vols n'en contiennent aucune. Invoquer ce point pour relativiser le 18 % sur les homicides serait une erreur de raisonnement.
- L'exposition au contrôle diffère fortement. Une étude d'observation directe menée à Paris a mesuré que les personnes perçues comme noires ont 6 fois plus de risque d'être contrôlées, et celles perçues comme arabes 7,8 fois. L'enquête du Défenseur des droits mesure que les jeunes hommes perçus comme noirs ou arabes ont une probabilité environ 20 fois plus élevée d'être contrôlés — 80 % déclarent l'avoir été dans les cinq ans, contre 16 % de l'ensemble. Aucun de ces travaux ne convertit toutefois un différentiel de contrôle en une part de l'écart de mise en cause.
Ce que la littérature établit, et ce qu'elle n'établit pas
Les travaux quasi-expérimentaux sont convergents mais ils répondent à une autre question. Le Royaume-Uni (vagues migratoires 1997-2008), l'Italie (régularisation attribuée par ordre d'arrivée, quasi-loterie), la Suisse (ouverture de l'accès au marché du travail) et un panel de 55 pays ne trouvent aucun effet significatif de l'immigration sur le taux de criminalité d'un territoire. Le résultat italien est plus précis et plus intéressant : les immigrés régularisés ont une probabilité d'infraction environ deux fois plus faible que les non-régularisés, l'effet portant surtout sur la délinquance acquisitive. Le canal causal identifié est le statut administratif et l'accès à l'emploi, pas la nationalité.
Mais ces études répondent à « davantage d'immigration fait-elle monter la criminalité d'un territoire ? ». Elles ne répondent pas à « à âge, sexe et milieu social identiques, un étranger a-t-il la même probabilité d'être mis en cause qu'un Français ? »
Aucune étude française n'estime l'écart résiduel individuel après contrôle de l'âge, du sexe et du statut socio-économique. Ni l'Insee, ni le service statistique du ministère de l'Intérieur, ni les centres de recherche en criminologie. Cet écart résiduel n'est donc, en France, ni établi comme nul, ni établi comme significatif. Toute affirmation dans un sens ou dans l'autre — « tout s'explique par la composition » comme « il reste un effet propre » — est aujourd'hui non étayée par les données publiques françaises.
Ce qu'il faudrait pour trancher est identifiable et techniquement faisable : apparier les fichiers de mis en cause aux données de recensement, fiscales et sociales pour comparer des individus comparables ; restreindre le numérateur aux résidents, ou élargir le dénominateur aux non-résidents ; mesurer le différentiel de contrôle en amont. Les briques existent. L'appariement n'est pas réalisé et les résultats n'existent pas publiquement.
Formulation honnête, donc : la surreprésentation est réelle et son ordre de grandeur est correct. Ce qui n'est pas établi, c'est ce qu'elle mesure — une propension à commettre, ou la combinaison d'une structure démographique et sociale, d'un périmètre statistique incohérent entre numérateur et dénominateur, et d'une exposition différenciée au contrôle. Les données qui permettraient de trancher ne sont pas produites en France, et c'est un choix politique autant que statistique.
SSMSI, données 2022 à 2024 communiquées en réponse aux questions parlementaires n° 9474 (Assemblée nationale) et n° 00829 et 09206 (Sénat) ; Insee Première n° 2076 et fiches Sécurité et société ; Jobard & Lévy pour l'Open Society Justice Initiative (2009) ; Défenseur des droits, enquête sur les relations police-population (2017) ; CEPII ; Institut convergences migrations.
Que se passerait-il si la France réduisait fortement l'immigration ?
Effet sectoriel : les immigrés sont surreprésentés dans la construction, l'aide à la personne et l'hôtellerie-restauration. Un choc d'offre y serait direct.
Effet démographique : avec un solde de +230 000 par an, le déclin démographique serait repoussé à 2053 ; avec +70 000, il commencerait dès 2028. L'écart entre scénarios atteint ±5 millions d'habitants en 2070.
Écologie et climat
Les émissions baissent, mais deux fois moins vite qu'il ne faudrait. Et rapportées à la population — la bonne façon de lire —, l'effort est bien plus important qu'il n'y paraît.
Où en sont les émissions françaises depuis 1990 ?
Émissions territoriales de gaz à effet de serre, France
MtCO₂e, tous gaz, hors puits forestier (UTCATF). 1990-2025.
Eurostat, sdg_13_10 et env_air_gge, émissions de gaz à effet de serre, tous gaz en équivalent CO₂, hors utilisation des terres et forêts (UTCATF), France, 1990-2025. Le choix d'exclure le puits forestier est indiqué parce qu'il change le niveau de plusieurs dizaines de mégatonnes.
Les mêmes émissions, rapportées à la population
tCO₂e par habitant. C'est la lecture qui neutralise la croissance démographique.
Mêmes émissions que le graphique précédent (Eurostat sdg_13_10, hors UTCATF), rapportées à la population France entière (Eurostat demo_gind). Rapport calculé par nos soins.
| 1990 | 2024 | Variation | |
|---|---|---|---|
| Émissions totales | 546,9 Mt | 367,0 Mt | −32,9 % |
| Population | 58,17 M | 68,78 M | +18,2 % |
| Émissions par habitant | 9,4 t | 5,3 t | −43,6 % |
La France a absorbé +10,6 millions d'habitants sur la période. Lire les totaux sous-estime donc l'effort réel d'environ 11 points de pourcentage. C'est une observation juste et rarement faite dans le débat public.
Le décrochage par rapport à la trajectoire. Le Haut Conseil pour le climat calcule qu'il faudrait désormais environ −4,5 % par an pour respecter le troisième budget carbone (2024-2028) — plus du double du rythme observé. Le deuxième budget (2019-2023) avait été respecté, mais en partie grâce à des effets conjoncturels (Covid, inflation, sobriété subie).
Quels secteurs ont progressé, lesquels n'ont pas bougé ?
Émissions par secteur, France : 1990 contre 2024
MtCO₂e. Barre du haut : 1990. Barre du bas : 2024.
Citepa, inventaire national Secten, et Eurostat env_air_gge pour la ventilation sectorielle, France, 1990 et 2024, en mégatonnes d'équivalent CO₂. Les périmètres sectoriels suivent la nomenclature de la Convention-cadre des Nations unies.
| Secteur | 1990 | 2024 | Δ absolu | Δ % |
|---|---|---|---|---|
| Industrie manufacturière et construction | 140,1 | 61,6 | −78,5 | −56,0 % |
| Industrie de l'énergie | 78,9 | 31,2 | −47,7 | −60,5 % |
| Bâtiments (résidentiel-tertiaire) | 92,9 | 56,1 | −36,8 | −39,6 % |
| Agriculture et sylviculture | 92,9 | 77,5 | −15,4 | −16,6 % |
| Traitement des déchets | 16,7 | 15,3 | −1,4 | −8,4 % |
| Transports | 125,4 | 125,4 | 0,0 | 0,0 % |
| Total | 546,9 | 367,1 | −179,8 | −32,9 % |
Les deux tiers de la baisse française viennent de l'industrie. Manufacturier −78,5 Mt et énergie −47,7 Mt : à eux deux, 126 Mt sur 180 Mt de baisse totale, soit 70 %. Les bâtiments ajoutent 20 %.
Les trois blocages : le transport (zéro progrès, premier émetteur), l'agriculture (−16,6 %, car le méthane entérique et le protoxyde d'azote des sols se réduisent difficilement sans toucher au cheptel ou aux intrants) et les déchets (−8,4 %).
Le facteur caché : la chute de 56 % de l'industrie manufacturière est en partie une baisse réelle d'intensité carbone et en partie un transfert de production à l'étranger. D'où l'importance de la question suivante.
Et si on compte le carbone importé ?
L'empreinte carbone (territoriale + importée − exportée) s'élève à 563 MtCO₂e en 2024, soit 8,2 t/habitant — son niveau le plus bas depuis 1990, mais très supérieure aux émissions territoriales nettes. Les émissions importées représentent environ la moitié de l'empreinte.
La divergence est le point important : depuis 1990, l'empreinte totale a baissé de 20 %, mais les émissions domestiques ont chuté de 34 % tandis que les émissions importées progressaient de 2 %. Une part significative de la baisse territoriale reflète donc une désindustrialisation compensée par des importations.
| France | 1990 | 2024 | Évolution |
|---|---|---|---|
| Émissions territoriales, MtCO₂e | 546,5 | 367,0 | −34,3 % |
| Empreinte carbone, MtCO₂e | ≈ 703 | 563 | −20 % |
| Territoriales par habitant, t | ≈ 9,4 | 5,4 | −42 % |
| Empreinte par habitant, t | 12,1 | 8,2 | −32 % |
| Écart empreinte / territorial | +29 % | +53 % | l'écart se creuse |
L'inventaire territorial a baissé 1,7 fois plus vite que l'empreinte. C'est le chiffre à retenir : la France a réduit ses émissions sur son sol de 34 % et son empreinte réelle de 20 % seulement, parce que la part importée est passée d'environ 40 % en 1990 à 50 % en 2024 — 284 MtCO₂e sur 563, dont 110 sur la demande finale et 174 incorporés aux biens intermédiaires. Les émissions intérieures ont reculé de 34 %, les émissions importées ont progressé de 2 %.
Décomposition par poste de consommation : transport 30 %, logement 23 %, alimentation 22 % — soit les trois quarts. Biens d'équipement, services marchands et services publics se partagent le quart restant.
SDES, L'empreinte carbone de la France de 1990 à 2024 et décomposition par poste de consommation ; Citepa, inventaire Secten 2026.
La France seule : les deux périmètres, année par année
Le graphique par pays écrase la trajectoire française. La voici isolée, sur les deux périmètres, en série annuelle continue.
France : émissions sur le territoire et empreinte, par habitant
Tonnes de CO₂ fossile par habitant, 1990-2024. L'écart entre les deux courbes est le carbone importé net.
Émissions territoriales : Citepa / Eurostat (CO₂ fossile seul, pour être comparable à l'empreinte). Empreinte : Global Carbon Budget, émissions de CO₂ liées à la consommation, via Our World in Data. Population : Eurostat. Rapports calculés par nos soins, France, 1990-2024. Les deux séries portent sur le CO₂ fossile seul, pas sur tous les gaz — d'où des niveaux différents du graphique précédent.
| France, tCO₂ par habitant | 1990 | 2000 | 2010 | 2019 | 2023 | 2024 | 1990 → 2023 |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Émissions sur le territoire | 6,93 | 6,85 | 5,95 | 4,81 | 4,07 | 3,97 | −41 % |
| Empreinte, importations incluses | 8,52 | 8,63 | 8,06 | 6,73 | 6,13 | n.d. | −28 % |
| Carbone importé net, en % du territorial | +23 % | +26 % | +35 % | +40 % | +51 % | n.d. | a doublé |
Trois périodes se distinguent nettement. De 1990 à 2005, l'empreinte ne baisse pas du tout — elle progresse même légèrement, de 8,52 à 8,85 tonnes — alors que les émissions territoriales reculent déjà. Sur ces quinze années, la baisse affichée est intégralement un déplacement. De 2005 à 2014, les deux courbes reculent ensemble. Depuis 2014, l'empreinte stagne autour de 6,5 à 7,0 tonnes tandis que le territorial continue de baisser : l'écart se rouvre.
Ce que cela ne dit pas. Le déplacement n'est pas volontaire : le même mouvement s'observe chez tous les pays désindustrialisés, plus fortement au Royaume-Uni (+58 % de carbone importé net) et en Suède (+68 %) qu'en France. Et l'empreinte baisse réellement depuis 2005 — de 31 % en dix-huit ans. Le reproche justifié n'est pas « la France n'a rien fait » : c'est que l'indicateur territorial, seul retenu par les objectifs climatiques nationaux et européens, surestime le progrès d'environ moitié.
Our World in Data d'après le Global Carbon Project : émissions territoriales et émissions liées à la consommation, par habitant, séries annuelles 1990-2024 pour le territorial et 1990-2023 pour l'empreinte.
À périmètre équivalent : le classement change-t-il ?
C'est la bonne question, et la réponse est oui. Comparer des émissions territoriales entre un pays industriel et un pays désindustrialisé revient à comparer deux périmètres différents. Voici les deux mesures côte à côte, la même année.
Émissions territoriales et empreinte carbone par habitant, 2023
En tonnes de CO₂ par habitant. Chaque pays porte deux barres : émissions sur le territoire au-dessus, empreinte importations incluses en dessous.
Global Carbon Budget, émissions territoriales et émissions liées à la consommation (CO₂ fossile), via Our World in Data, données 2023, en tonnes par habitant.
| 2023, tCO₂ par habitant | Territorial | Rang | Empreinte | Rang | Solde net importé |
|---|---|---|---|---|---|
| États-Unis | 14,32 | 1 | 15,81 | 1 | +10,4 % |
| Allemagne | 7,02 | 4 | 9,09 | 2 | +29,4 % |
| Pays-Bas | 6,47 | 5 | 8,30 | 3 | +28,3 % |
| Chine | 8,56 | 2 | 7,63 | 4 | −10,8 % |
| UE-27 | 5,51 | 6 | 7,33 | 5 | +32,9 % |
| Italie | 5,25 | 7 | 7,21 | 6 | +37,4 % |
| Royaume-Uni | 4,48 | 10 | 7,09 | 7 | +58,2 % |
| Pologne | 7,31 | 3 | 7,06 | 8 | −3,3 % |
| France | 4,07 | 11 | 6,13 | 9 | +50,7 % |
| Suède | 3,48 | 12 | 5,85 | 10 | +68,1 % |
| Espagne | 4,50 | 9 | 5,44 | 11 | +21,0 % |
| Inde | 2,13 | 13 | 1,77 | 13 | −17,0 % |
Empreinte carbone par habitant, 1990-2023
Émissions de CO₂ liées à la consommation, importations incluses.
Global Carbon Budget, émissions de CO₂ liées à la consommation, importations incluses, via Our World in Data, 1990-2023, en tonnes par habitant.
Ce que ce changement de périmètre établit — et ce qu'il n'établit pas. Il établit que la baisse territoriale française surestime le progrès réel : le solde net importé est passé de +22,9 % des émissions territoriales en 1990 à +50,7 % en 2023, il a plus que doublé. Il n'établit pas que la France ait « exporté » ses émissions dans un sens volontaire : le mouvement est identique chez tous les pays désindustrialisés, et il est plus fort au Royaume-Uni (+58 %) et en Suède (+68 %) qu'en France.
Our World in Data d'après le Global Carbon Project : émissions territoriales et émissions liées à la consommation, 2023 ; part des émissions incorporées aux échanges.
Comment la France se compare-t-elle ?
Émissions par habitant : 1990 contre 2024
tCO₂e par habitant, tous gaz, puits forestier inclus.
Eurostat env_air_gge et inventaires nationaux soumis à la CCNUCC, tous gaz en équivalent CO₂, puits forestier inclus, rapportés à la population (Eurostat demo_gind, Banque mondiale hors UE), 1990 et 2024. Périmètre différent du premier graphique de la section, qui exclut le puits.
| Pays | 1990 (Mt) | 2024 (Mt) | Δ % | 1990 (t/hab) | 2024 (t/hab) | Δ % /hab |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | 784 | 390 | −50,2 % | 13,67 | 5,64 | −58,7 % |
| Allemagne | 1 261 | 660 | −47,7 % | 15,82 | 7,80 | −50,7 % |
| France | 585 | 338 | −42,2 % | 10,26 | 5,08 | −50,5 % |
| Italie | 501 | 356 | −29,0 % | 8,79 | 6,00 | −31,8 % |
| États-Unis | 6 489 | 6 054 | −6,7 % | 25,61 | 17,53 | −31,6 % |
Trois lectures. Les États-Unis sont le cas aberrant : −6,7 % seulement en volume en trente-quatre ans, et un niveau par habitant encore 3,5 fois celui de la France. Le Royaume-Uni est le champion (−50 % en volume, −59 % par habitant), grâce à la sortie totale du charbon électrique. La France, partie d'un niveau déjà bas en 1990 — le nucléaire était déjà construit —, affiche un pourcentage moins spectaculaire mais atteint aujourd'hui le niveau par habitant le plus bas des cinq.
Le classement change avec l'empreinte carbone
| Empreinte par habitant (CO₂ seul) | 1990 | 2023 | Δ % |
|---|---|---|---|
| États-Unis | 19,94 | 15,81 | −20,7 % |
| Allemagne | 15,06 | 9,09 | −39,6 % |
| Italie | 9,81 | 7,21 | −26,5 % |
| Royaume-Uni | 11,61 | 7,09 | −38,9 % |
| France | 8,52 | 6,13 | −28,0 % |
L'écart entre pays se resserre nettement. L'avantage britannique sur la France, spectaculaire en territorial, se réduit à +16 % en empreinte — signe que les baisses territoriales britannique et française doivent une part de leur performance à des importations de biens manufacturés.
Quelles politiques réduisent une tonne de CO₂ au moindre coût ?
| Dispositif | € par tonne évitée |
|---|---|
| Bonus véhicule électrique, citadine légère, gros rouleur | −189 (rentable) |
| Pompe à chaleur remplaçant une chaudière fioul (DPE F) | −129 (rentable) |
| Utilitaire léger électrique, gros rouleur | −90 (rentable) |
| Efficacité énergétique dans la chimie | −26 (rentable) |
| Capture de carbone, cimenterie | 40 |
| Pompe à chaleur remplaçant une chaudière gaz | 60 |
| Acier bas-carbone | 70 |
| Repère : quota carbone européen (2026) | ≈ 83 |
| MaPrimeRénov', rénovation globale (DPE F) | 135 |
| Bonus VE, citadine standard, rouleur moyen | 345 |
| MaPrimeRénov', mono-geste isolation | 719 |
Le coût d'abattement est le coût pour la collectivité d'une tonne de CO₂ évitée grâce à une politique donnée. Un coût négatif signifie que l'opération est rentable en elle-même : remplacer une chaudière fioul par une pompe à chaleur fait économiser plus d'argent en énergie qu'elle n'en coûte à l'installation. Dans ce cas, la subvention publique ne « paie » pas la réduction : elle accélère une transition qui s'autofinance.
Le prix du quota carbone européen (≈83 €/t) est le seuil d'efficience. Au-dessus, une politique publique coûte plus cher à la collectivité que d'acheter des quotas sur le marché — c'est-à-dire que de payer quelqu'un d'autre, ailleurs en Europe, pour réduire ses émissions à sa place. Une politique à 719 €/t revient à dépenser huit fois trop pour le même résultat climatique.
Pourquoi le « mono-geste » coûte si cher — et pourquoi la Cour des comptes veut le recentrer
Un « mono-geste », c'est une opération isolée : changer les fenêtres, ou isoler les combles, ou remplacer la chaudière — sans traiter le reste. Une « rénovation globale » traite l'ensemble du bâti en une fois : isolation, ventilation, chauffage, menuiseries.
Trois mécanismes expliquent l'écart de coût, de 135 à 719 €/t :
- Les coûts fixes se paient à chaque fois. Échafaudage, déplacement des artisans, étude technique, dossier administratif : ces frais sont engagés pour un geste comme pour cinq. Les répartir sur un seul geste multiplie le coût par tonne évitée.
- Le gain énergétique n'est pas additif — il est sous-additif. Isoler les combles d'une maison dont les murs et les fenêtres restent passoires ne divise pas la déperdition par le même facteur que dans une maison globalement traitée. Le maillon faible plafonne le gain : on paie une isolation performante dont le bénéfice est absorbé par les ponts thermiques restants.
- Le mono-geste peut bloquer la rénovation globale. Un ménage qui a changé ses fenêtres il y a trois ans ne les rechangera pas lors d'une rénovation d'ensemble ; il a « consommé » son budget et sa capacité de chantier sur le geste le moins efficace. La Cour des comptes parle d'effet d'éviction.
D'où la recommandation répétée : concentrer l'aide sur la rénovation globale (135 €/t) plutôt que sur les gestes isolés (719 €/t). Même logique pour le bonus véhicule électrique : il est très efficient pour un gros rouleur en citadine légère (−189 €/t, rentable) et très inefficient pour un rouleur moyen en citadine standard (345 €/t), parce que le bénéfice climatique dépend du kilométrage parcouru et de la taille de la batterie.
Direction générale du Trésor, outil « coûts d'abattement » ; Cour des comptes, rapport MaPrimeRénov' 2024.
Combien l'argent public paie-t-il la tonne — et qu'est-ce qu'une « valeur de l'action pour le climat » ?
Le tableau précédent donne le coût d'abattement privé : ce que l'opération coûte, au total, au porteur de projet. Une seconde métrique existe, distincte : le cofinancement public par tonne évitée, c'est-à-dire ce que la puissance publique met sur la table. Les deux ne se comparent pas ligne à ligne et ne s'additionnent pas.
| Dispositif | Cofinancement public, € par tonne évitée |
|---|---|
| Efficacité énergétique dans la chimie | 17 |
| Pompe à chaleur remplaçant une chaudière fioul (DPE F) | 20 |
| Capture et stockage de carbone, cimenterie | 24 |
| Pompe à chaleur remplaçant une chaudière fioul (DPE D) | 31 |
| Pompe à chaleur remplaçant une chaudière gaz | 84 à 93 |
| Rénovation globale | 129 à 153 |
| Isolation en mono-geste | 140 |
| Bonus écologique véhicule électrique | ≈ 600, jusqu'à 800 en tenant compte des pertes de recettes |
| Rénovation des bâtiments publics (plan de relance) | ≈ 700 |
Une observation dérangeante ressort de ce tableau : l'État paie presque le même prix à la tonne pour une rénovation globale (129 €) et pour un geste isolé (140 €), alors que le premier est cinq fois plus efficient en coût complet. La dépense publique ne discrimine donc pas entre les deux, alors que c'est exactement ce qu'elle devrait faire.
C'est le prix de référence — un prix fictif, pas une taxe — que la collectivité doit attribuer à une tonne de CO₂ évitée dans l'évaluation socio-économique des investissements publics. La règle posée par le rapport Quinet de 2019 : « toutes les actions qui coûtent moins de 250 € la tonne évitée doivent être entreprises ». Symétriquement, une politique dont le coût d'abattement dépasse cette valeur coûte à la collectivité plus que ce qu'elle est prête à payer pour cette tonne.
Trajectoire recommandée en 2019 (euros 2018) : 54 € en 2018, 87 € en 2020, 250 € en 2030, 500 € en 2040, 775 € en 2050. Actualisation de mars 2025 (euros 2023) : 256 € en 2025, 300 € en 2030, environ 563 € en 2050 — la cible 2030 a été relevée en miroir du relèvement de l'objectif européen.
Confrontées à la valeur de référence de 300 € pour 2030, quatre politiques la dépassent : l'isolation en mono-geste (719 € en coût privé, soit 2,4 fois la valeur), la rénovation des bâtiments publics du plan de relance (≈ 700 €), le bonus écologique (600 à 800 €) et le véhicule électrique standard en usage moyen (345 €). Toutes les autres mesures chiffrées restent en dessous.
Rentabilité pour le ménage : quelles opérations s'autofinancent
Un coût d'abattement privé négatif signifie exactement que l'opération est rentable sur la durée de vie de l'actif, aide publique déduite — c'est l'équivalent d'un « euro économisé par euro investi » supérieur à un. Sont dans ce cas : la voiture électrique légère en usage intensif (−189 €/t) et en usage moyen (−109 €/t), le passage du fioul à la pompe à chaleur (−129 et −68 €/t selon l'état du logement), l'utilitaire léger électrique en usage intensif (−90 €/t), l'efficacité énergétique dans la chimie (−26 €/t).
Ne le sont pas : toute rénovation globale (135 à 215 €/t), tout passage du gaz à la pompe à chaleur (60 à 149 €/t), et surtout l'isolation en mono-geste (719 €/t sur vingt ans, 428 € sur trente — l'allongement de la durée de vie divise le coût par 1,7 sans le rendre rentable).
Le kilométrage est le paramètre décisif pour le véhicule électrique, et cela devrait déterminer le ciblage de l'aide : pour une berline standard, le coût privé passe de +118 €/t en usage intensif à +345 €/t en usage moyen ; pour un utilitaire léger, il passe de −90 (rentable) à +18 (non rentable). Le signe s'inverse selon l'usage.
Combien la France investit-elle, et combien manque-t-il
Ventilation 2024 : bâtiments 41,8 Md€, transports 34,8 Md€, énergie et réseaux 23,8 Md€, décarbonation industrielle 1,1 Md€. Les écarts d'investissement à 2030 les plus lourds sont sur les bâtiments (+67 Md€/an, dont 30 pour la seule rénovation) et les transports (+55 Md€/an). Le besoin de dépense publique supplémentaire est estimé à 25-34 Md€ par an par le rapport Pisani-Ferry et Mahfouz, dans une fourchette plus large de 18 à 52 Md€ selon les scénarios.
Direction générale du Trésor et DGEC, Les coûts d'abattement, septembre 2024 ; France Stratégie, note d'analyse n° 139 (juin 2024) et rapport d'évaluation de France Relance ; France Stratégie, La valeur de l'action pour le climat (2019) et actualisation de mars 2025 ; I4CE, Panorama des financements climat, édition 2025.
Combien coûterait la neutralité carbone en 2050 ?
Le rapport Pisani-Ferry–Mahfouz chiffre le supplément d'investissement à plus de 2 points de PIB par an en 2030, soit 55 à 70 Md€ annuels. Environ la moitié est déjà rentable pour les acteurs privés mais se heurte à des contraintes de financement.
Effets projetés : un risque de dette supplémentaire de 10 points de PIB en 2030, 15 en 2035, 25 en 2040 si les recettes ne compensent pas le ralentissement de la croissance potentielle ; et un ralentissement de la productivité d'environ un quart de point par an sur 2020-2030.
Le message des auteurs : le coût de l'inaction dépasse celui de l'action — mais l'action a un coût budgétaire immédiat et visible quand les gains sont différés et diffus. C'est ce qui en fait un problème politique et pas seulement économique.
Les voitures électriques réduisent-elles vraiment les émissions ?
Oui, mais l'ampleur dépend de trois variables. Sur cycle de vie complet en Europe, les véhicules électriques émettent 73 % de GES en moins qu'un thermique essence équivalent. La fabrication est environ 40 % plus émettrice (dette carbone de la batterie), compensée après environ 17 000 km avec le mix européen.
En France, grâce à un mix à 41 gCO₂/kWh, l'ADEME situe le seuil à environ 15 000 km pour une petite citadine face à une berline diesel — mais jusqu'à 100 000 km pour un gros SUV électrique à grosse batterie. D'où sa recommandation de plafonner les batteries à 60 kWh.
À quoi bon agir si la France pèse 1 % des émissions ?
Le chiffre est exact : environ 0,8 à 1 % des émissions mondiales. Une neutralité française instantanée et isolée aurait un effet de l'ordre de quelques millièmes de degré à l'horizon 2100.
Deux objections méthodologiques, à connaître quel que soit son camp. Premièrement, l'argument est vrai par construction pour n'importe quel pays pris isolément — y compris la Chine ou les États-Unis sur une décennie donnée. Généralisé à tous, il aboutit à l'inaction générale, alors que le réchauffement est la somme de ces contributions. Deuxièmement, il ignore les canaux indirects : diplomatie climatique, entraînement réglementaire européen, avance technologique exportable. Ces canaux sont documentés mais difficiles à quantifier — ce qui est une faiblesse réelle de l'argument inverse.
L'inaction coûte-t-elle plus cher que la transition ?
La Caisse centrale de réassurance estime que le coût cumulé des catastrophes naturelles passerait de 73,4 Md€ (1989-2019) à 143 Md€ sur la période équivalente jusqu'à 2050 — dont environ la moitié imputable au changement climatique. Signal d'alerte : sur 2020-2023, le coût réel dépassait déjà de 18 % les projections faites en 2021 pour 2050.
Les scénarios NGFS de la Banque de France chiffrent l'inaction à une perte de PIB pouvant atteindre −7,4 % lors d'une année de sécheresse et canicule sévères, contre un impact limité (−1,5 % en 2029) pour une transition désordonnée.
Énergie
Pourquoi l'électricité française est-elle décarbonée ?
| Source (2025) | Part |
|---|---|
| Nucléaire | ≈ 68 % |
| Hydraulique | ≈ 11 % |
| Solaire | ≈ 8 % |
| Éolien | ≈ 5 % |
| Thermique fossile | < 3 % |
Production 2025 : 547,5 TWh, dont 521,1 décarbonés — 95,2 %, contre 69 % en moyenne UE-27.
| Intensité carbone de l'électricité | 2015 | 2025 |
|---|---|---|
| France | 59,2 | 41,4 |
| Royaume-Uni | 397,8 | 217,4 |
| Italie | 398,7 | 284,8 |
| Allemagne | 503,6 | 329,7 |
| États-Unis | 504,9 | 384,4 |
L'électricité française est 8 fois moins carbonée que l'allemande et 9 fois moins que l'américaine. C'est le déterminant central de la position française — et cela explique pourquoi la marge de progression restante se situe presque entièrement hors du secteur électrique : dans les transports, le bâtiment et l'agriculture.
RTE, bilan électrique 2025 ; Ember via Our World in Data (gCO₂e/kWh).
Combien coûte réellement un MWh ?
| Filière | €/MWh | Méthode |
|---|---|---|
| Nucléaire existant (comptable) | ≈ 42 | Cour des comptes, coûts 2011-2020 |
| Nucléaire existant (coût courant économique) | ≈ 60-65 | Cour des comptes |
| Solaire au sol | 74-79 | Appels d'offres CRE 2025 |
| Repère : quota carbone européen | ≈ 83 | marché, 2026 |
| Éolien terrestre | 87,6 | Appel d'offres CRE 2025 |
| Solaire sur bâtiment | 98,2 | Appel d'offres CRE 2025 |
| Nouveau nucléaire EPR2 | non communiqué | Opacité dénoncée par la Cour des comptes |
Cour des comptes, rapports sur les coûts de la filière nucléaire (coûts constatés 2011-2020 et coût courant économique) ; RTE, Bilan prévisionnel et Futurs énergétiques 2050 pour les coûts complets par filière ; ADEME. Ces coûts ne sont pas directement comparables entre eux : ils reposent sur des durées d'amortissement, des taux d'actualisation et des périmètres de raccordement différents, ce que la fiche détaille.
Repères de programme : Flamanville 3 a coûté 23,7 Md€ contre 3,3 Md€ au devis initial ; le programme EPR2 (6 réacteurs) est chiffré à 67,4 Md€, soit +30 % par rapport au devis.
Le piège de comparaison. Le coût actualisé affiché pour les renouvelables ne compte ni le renforcement du réseau, ni la flexibilité et le stockage, ni le complément thermique lors des pointes sans vent ni soleil. C'est ce que RTE appelle le coût système complet, significativement supérieur à mesure que la part d'intermittent augmente. Comparer 79 €/MWh de solaire à 65 €/MWh de nucléaire n'est donc pas une comparaison valide.
Pourquoi les prix ont-ils augmenté malgré le nucléaire ?
Parce que le marché de gros européen fixe le prix à la centrale marginale — le plus souvent une centrale à gaz — même quand l'essentiel du parc français produit à coût bien inférieur. C'est le principe du merit order, qui transmet la volatilité du prix du gaz à l'ensemble du prix de marché. En 2022, la conjonction de la crise du gaz russe et d'une disponibilité historiquement basse du parc nucléaire a fait flamber les prix.
Changement majeur en cours. L'ARENH, qui plafonnait à 42 €/MWh la vente de 100 TWh/an par EDF à ses concurrents, a pris fin le 31 décembre 2025. Il est remplacé depuis 2026 par le Versement nucléaire universel (0 % jusqu'à 78 €/MWh, 50 % de 78 à 110, 90 % au-delà) et par des contrats de long terme autour de 65-70 €/MWh. La CRE anticipe un prix moyen de vente nucléaire 2026 d'environ 65,9 €/MWh — sous les seuils de reversement, ce qui limite la protection du consommateur par rapport à l'ancien filet à 42 €.
Quel mix serait le moins coûteux ? Et qu'est-ce qu'un taux d'actualisation ?
RTE a modélisé six trajectoires neutres en carbone à l'horizon 2050 : trois sans nouveau nucléaire (M0, M1, M23) et trois avec (N1, N2, N03). Les six sont techniquement réalisables. Leur coût complet annualisé se situe entre 60 et 80 Md€/an à l'horizon 2060, l'écart entre extrêmes atteignant environ 10 Md€/an sous une hypothèse de coût du capital à 4 %.
Le taux d'actualisation est le taux auquel on convertit un euro futur en euro d'aujourd'hui. À 4 %, 100 € dans dix ans « valent » aujourd'hui 68 €. À 8 %, ils n'en valent plus que 46 €. C'est la traduction chiffrée d'une idée simple : un euro disponible tout de suite vaut plus qu'un euro dans dix ans, parce qu'on peut l'investir entre-temps — et parce que l'avenir est incertain.
Pourquoi cela inverse le classement des scénarios énergétiques. Le nucléaire et les renouvelables ont des profils de coût opposés dans le temps :
- Le nucléaire demande un investissement initial colossal (un EPR2 se paie avant de produire quoi que ce soit) puis produit à coût marginal faible pendant soixante ans.
- Le solaire et l'éolien demandent moins de capital initial par projet, mais doivent être remplacés plus souvent (20-25 ans) et s'accompagnent de dépenses récurrentes de réseau, de stockage et de back-up.
Un taux d'actualisation élevé écrase la valeur des bénéfices lointains : les soixante ans de production nucléaire bon marché comptent pour peu, et l'énorme dépense initiale domine le calcul. Les scénarios renouvelables l'emportent.
Un taux bas fait au contraire compter pleinement le long terme : l'investissement nucléaire s'amortit sur des décennies de production presque gratuite. Les scénarios nucléarisés l'emportent.
Conséquence pratique : quiconque affirme qu'un scénario est « le moins cher » sans préciser son taux d'actualisation cache une hypothèse — et cette hypothèse n'est pas technique, elle est politique. Choisir un taux bas, c'est décider que l'on accorde du poids aux générations futures. C'est un arbitrage moral déguisé en paramètre financier.
La PPE3 (décret du 12 février 2026) combine programme EPR2 (première mise en service visée en 2038), solaire multiplié par trois, éolien en mer à 15 GW en 2035 et objectif de sobriété (−50 % de consommation en 2050 par rapport à 2012). Elle s'apparente aux scénarios « N ».
Comment la France se situe hors d'Europe : États-Unis, Chine, Inde
Les comparaisons énergétiques intra-européennes cachent l'essentiel. Voici les trois indicateurs qui comptent, sur un panel élargi.
| Intensité carbone de l'électricité, gCO₂/kWh | 1990 | 2010 | 2019 | 2024 | Rapport à la France |
|---|---|---|---|---|---|
| Suède | 33 | 64 | 42 | 35 | 0,86 × |
| France | 104 | 79 | 60 | 40 | référence |
| Espagne | 437 | 288 | 247 | 146 | 3,6 × |
| UE-27 | — | 369 | 287 | 211 | 5,2 × |
| Royaume-Uni | 705 | 517 | 268 | 217 | 5,3 × |
| Italie | 564 | 447 | 351 | 281 | 7,0 × |
| Allemagne | 622 | 517 | 393 | 336 | 8,3 × |
| États-Unis | — | 571 | 440 | 384 | 9,5 × |
| Monde | — | 544 | 506 | 471 | 11,6 × |
| Chine | — | 741 | 620 | 555 | 13,7 × |
| Pologne | 967 | 893 | 772 | 608 | 15,0 × |
| Inde | — | 739 | 723 | 705 | 17,4 × |
C'est l'atout industriel français le plus incontestable de tout ce document. Un kilowattheure français émet 8 fois moins qu'un allemand, 9,5 fois moins qu'un américain, 14 fois moins qu'un chinois et 17 fois moins qu'un indien. Seule la Suède fait mieux. Et l'intensité française a encore été divisée par 1,5 depuis 2019.
Mais l'économie française n'est pas sobre
| Énergie consommée par unité de PIB, kWh par dollar PPA | 1990 | 2022 | Évolution |
|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | 1,67 | 0,713 | −57 % |
| Italie | 1,21 | 0,770 | −36 % |
| Allemagne | 2,08 | 0,804 | −61 % |
| France | 1,59 | 0,859 | −46 % |
| Espagne | 1,36 | 0,883 | −35 % |
| Pologne | 3,81 | 0,920 | −76 % |
| Monde | 2,14 | 1,214 | −43 % |
| États-Unis | 2,41 | 1,314 | −45 % |
| Chine | 2,27 | 1,495 | −34 % |
Point contre-intuitif : l'économie française consomme plus d'énergie par unité de PIB que l'Allemagne, l'Italie et le Royaume-Uni. Le faible niveau des émissions territoriales françaises vient donc du contenu carbone de l'énergie, pas d'une moindre consommation. Et une part importante des améliorations britannique (−57 %) et allemande (−61 %) tient à la déformation de leur structure sectorielle, c'est-à-dire à la désindustrialisation — ce que confirme leur solde net importé d'émissions, respectivement +58 % et +29 %.
Pour quelles industries le prix de l'énergie est-il décisif ?
La réponse honnête est : pour quelques-unes seulement, et il faut le dire, parce que le débat traite souvent l'énergie comme si elle était déterminante partout.
| Repère | Valeur |
|---|---|
| Facture énergétique de l'industrie française, 2023 | 22,7 Md€ — soit 7 à 8 % de la valeur ajoutée manufacturière |
| Coût moyen de l'énergie pour l'industrie | 954 €/tep en 2023 contre 419 € en 2019 — ×2,3 |
| Électro-intensité de la chimie | 0,88 kWh par euro de valeur ajoutée — soit ≈ 11 % de la valeur ajoutée |
| Électro-intensité de l'agroalimentaire | 0,38 kWh par euro — soit ≈ 5 % |
| Seuil réglementaire allemand d'électro-intensité | 20 % de la valeur ajoutée brute |
Le seuil allemand donne l'ordre de grandeur : au-delà de 20 % de la valeur ajoutée, une entreprise est considérée comme électro-intensive et bénéficie d'exonérations. Sur cette échelle, la chimie française (≈ 11 %) est fortement exposée, l'agroalimentaire (≈ 5 %) modérément, et la moyenne de l'industrie (7-8 %, gaz compris) l'est peu. Pour l'aluminium primaire, l'acier électrique, le verre ou le ciment, le prix de l'électricité est le premier déterminant de la localisation. Pour l'automobile, l'électronique ou l'agroalimentaire, il pèse beaucoup moins que le coût du travail.
Un chiffre illustre la brutalité du choc récent : entre 2021 et 2023, la facture énergétique de l'industrie française a augmenté de +40 % puis +52 % puis +5 %, à consommation en baisse de 5 %. Ce n'est pas un problème de sobriété, c'est un problème de prix.
Our World in Data d'après Ember et l'Energy Institute (intensité carbone) et d'après la Banque mondiale et l'AIE (intensité énergétique) ; Insee Première n° 2038, Consommation d'énergie dans l'industrie en 2023 ; Direction générale des entreprises, Thémas n° 36, 2025 ; SDES, Chiffres clés de l'énergie 2025.
Quelle est la dépendance énergétique réelle ?
Le taux d'indépendance énergétique atteint 61 % en 2024 (+4,6 points), porté par le rebond du nucléaire. Les combustibles fossiles ne représentent plus que 1 % de la production primaire nationale, contre 73 % pour le nucléaire.
Mais le pétrole (39 % de la consommation finale) et le gaz sont massivement importés. L'uranium est importé à 100 % : en 2023, quatre pays représentaient 98 % des importations — Kazakhstan, Namibie, Niger et Australie. L'expulsion d'Orano du Niger en 2024 a bousculé ce panier. Dépendance nouvelle : les métaux critiques de la transition, dont le raffinage est très majoritairement concentré en Chine.
Europe
Combien la France verse-t-elle, combien récupère-t-elle ?
La France est le deuxième contributeur net après l'Allemagne, pour environ 0,3 % de son revenu national brut. Le solde net finance la PAC (dont la France reste l'un des principaux bénéficiaires), les fonds de cohésion vers les régions moins développées, la recherche, et le remboursement du plan de relance.
Contributeurs et bénéficiaires nets, cadre financier par cadre financier
Voici le cumul sur les sept années du cadre 2014-2020, la seule période pour laquelle des données consolidées par pays sont publiées.
| Cumul 2014-2020, Md€ | Contributions | Retours | Solde net | Moyenne annuelle |
|---|---|---|---|---|
| Allemagne | 197,5 | 80,3 | −117,2 | −16,7 |
| France | 152,0 | 98,7 | −53,3 | −7,6 |
| Italie | 114,3 | 78,0 | −36,3 | −5,2 |
| Pays-Bas | 51,5 | 16,8 | −34,7 | −5,0 |
| Suède | 26,6 | 12,1 | −14,5 | −2,1 |
| Autriche | 22,0 | 13,1 | −8,9 | −1,3 |
| Royaume-Uni | 119,1 | 48,9 | −70,2 | −10,0 |
| Espagne | 78,4 | 82,8 | +4,5 | +0,6 |
| Belgique * | 40,5 | 55,0 | +14,5 | +2,1 |
| Portugal | 12,7 | 29,6 | +16,9 | +2,4 |
| Tchéquie | 12,6 | 35,0 | +22,4 | +3,2 |
| Roumanie | 11,8 | 41,6 | +29,7 | +4,2 |
| Grèce | 11,7 | 41,8 | +30,1 | +4,3 |
| Hongrie | 8,2 | 39,5 | +31,3 | +4,5 |
| Pologne | 31,6 | 104,2 | +72,5 | +10,4 |
* La Belgique et le Luxembourg apparaissent comme bénéficiaires nets pour une raison purement comptable : les dépenses administratives des institutions européennes, physiquement localisées à Bruxelles et Luxembourg, leur sont imputées. Le solde belge de +14,5 Md€ ne mesure aucun transfert économique réel.
L'effet Rotterdam gonfle la contribution néerlandaise et belge : les droits de douane sont attribués au pays où la marchandise entre dans l'Union, pas à celui qui la consomme.
Le cadre 2021-2027 change la donne
| Retours pré-alloués, Md€ | Cohésion | PAC (1ᵉʳ pilier) | Plan de relance | Total |
|---|---|---|---|---|
| Espagne | 35,4 | 37,4 | 77,2 | 150,0 |
| Italie | 42,1 | 27,9 | 69,0 | 139,1 |
| Pologne | 75,0 | 21,7 | 22,5 | 119,2 |
| France | 16,8 | 54,8 | 37,5 | 109,1 |
| Allemagne | 18,4 | 34,7 | 28,0 | 81,2 |
| Roumanie | 30,3 | 14,0 | 12,1 | 56,4 |
| Grèce | 21,4 | 15,0 | 17,4 | 53,8 |
| Portugal | 23,6 | 5,5 | 15,5 | 44,6 |
Basculement majeur : le plan de relance, financé par emprunt commun et non par les contributions nationales, redistribue 338 Md€ selon une clé fondée sur l'impact de la pandémie. L'Espagne et l'Italie deviennent les premiers bénéficiaires en volume, position qu'elles n'occupaient pas en 2014-2020. La France, elle, reste avant tout un bénéficiaire agricole : la PAC représente à elle seule la moitié de ses retours.
Commission européenne, EU spending and revenue 2014-2020 et notes de pré-allocation 2021-2027.
La trajectoire française, décennie par décennie
| Contribution française au budget de l'UE | Md€ |
|---|---|
| 2017 | 16,4 |
| 2019 | 21,0 |
| 2021 | 26,4 |
| 2023 | 23,9 |
| 2025 | 23,3 |
| 2026 (projeté) | 30,4 — +30 % en un an |
| 2027 (projeté) | 32,4 |
| Moyenne annuelle sur le cadre 2014-2020 | 20,1 |
| Moyenne annuelle sur le cadre 2021-2027 | 26,2 — +30 % |
La France est le deuxième contributeur net de l'Union, derrière l'Allemagne : solde net de −9,3 Md€ en 2023, soit −0,33 % de son revenu national brut, contre −19,8 Md€ pour l'Allemagne, −6,3 Md€ pour les Pays-Bas et −6,0 Md€ pour l'Italie. Elle est simultanément le deuxième bénéficiaire en volume derrière la Pologne, avec 16,5 Md€ de dépenses européennes reçues en 2023, dont 9,5 Md€ — 58 % — au titre de la politique agricole.
Le passage d'un solde proche de l'équilibre à un déficit net de 8 à 10 Md€ par an est confirmé : −7 Md€ en 2018, −9,3 Md€ en 2023. Mais la trajectoire n'est pas linéaire : la contribution baisse en exécution de 2021 à 2024, avant de remonter fortement en 2026-2027 sous l'effet du remboursement du plan de relance. Une présentation en hausse continue serait inexacte.
Le tableau demandé — soldes nets cumulés par pays et par tranche de dix ans depuis 1995, qui montrerait la bascule de l'Irlande, du Portugal puis de la Pologne — n'a pas pu être établi. Le fichier de référence de la Commission européenne (EU spending and revenue, données 2000-2024) est un classeur non exploitable par les outils utilisés ici, de même que le fichier historique couvrant 2000-2018.
Une extraction d'un document de recherche a été tentée puis rejetée : les valeurs restituées étaient internement incohérentes — la Pologne, bénéficiaire net notoire à hauteur d'environ +2,5 % de son revenu national, y apparaissait négative. Ces chiffres ne sont pas repris ici. La trajectoire attendue (Irlande fortement bénéficiaire dans les années 1990 puis contributrice nette ; Espagne, Portugal et Grèce bénéficiaires dans les années 1990-2000 ; Pologne et Europe centrale après 2004) est bien documentée qualitativement, mais aucun chiffre par période n'est avancé ici faute de source vérifiable.
Que rapporte le marché unique par rapport à ce qu'il coûte ?
Gains de PIB : le marché unique génère un gain de 6,6 % à 8,2 % de PIB réel pour l'UE selon le contrefactuel retenu. Le commerce intra-UE représente 52,8 % du commerce de biens de la France.
Gains par habitant : l'étude Bertelsmann chiffre à 1 074 € par habitant et par an le gain pour la France (moyenne UE : 840 €).
Rapproché du solde net budgétaire (environ 130-150 € par habitant), le bénéfice estimé dépasse largement le coût net. Mais les deux mesures ne sont pas comparables : l'une mesure des transferts budgétaires, l'autre des gains de PIB liés au commerce.
Qui décide quoi ?
Compétences exclusives de l'UE (art. 3 TFUE) : union douanière, concurrence du marché intérieur, politique monétaire de la zone euro, ressources marines, politique commerciale commune.
Compétences partagées (art. 4 TFUE) : marché intérieur, cohésion, agriculture, environnement, consommateurs, transports, énergie, espace de liberté-sécurité-justice, recherche.
Restent nationaux : fiscalité directe (IR, IS — la TVA relève du marché intérieur), organisation et financement de la sécurité sociale, programmes scolaires, défense, sécurité intérieure, nationalité.
Que peut réellement faire un président contre une règle européenne ?
Beaucoup moins qu'il n'est promis en campagne, une fois la règle adoptée. Cinq leviers, par efficacité décroissante :
- Négocier en amont au Conseil — majorité qualifiée pour la plupart des textes, mais unanimité, donc veto possible, pour la fiscalité, la politique étrangère et l'élargissement. C'est là qu'est le vrai pouvoir.
- Invoquer l'identité constitutionnelle — le Conseil d'État l'a fait dans l'arrêt French Data Network du 21 avril 2021. Option étroite : elle ne vaut que si un principe constitutionnel exprès n'a pas d'équivalent en droit de l'UE.
- Ne pas s'exécuter et subir une procédure en manquement, avec astreintes prononcées par la CJUE.
- Renégocier les traités — unanimité des 27 plus ratification. Long et incertain.
- Article 50 — sortie de l'Union.
Que coûterait une sortie de l'euro ?
Thèse favorable (Jacques Sapir) : une dévaluation restaurerait la compétitivité-prix, le coût de sortie serait faible.
Objection technique du CEPII, la plus substantielle : la France ne se dévaluerait que vis-à-vis de quatre pays de la zone euro (Allemagne, Irlande, Pays-Bas, Luxembourg) tout en s'appréciant face aux quatorze autres. Résultat : 55 % des exportations françaises deviendraient plus chères et seulement 45 % gagneraient en compétitivité. Effets sectoriels contrastés — agriculture affaiblie, tourisme renforcé, industrie manufacturière pénalisée par le renchérissement des importations.
Analogie Brexit : une étude commandée par la Mairie de Londres chiffre le coût à 140 Md£ de valeur ajoutée perdue en 2023.
Quelle part des normes vient de l'UE ?
Le chiffre de 80 % ne résiste pas à la vérification. Sur 1999-2008, lois et ordonnances confondues : 7,35 % des articles législatifs transposaient effectivement du droit européen (1 404 sur 19 094), et moins de 10 % des lois avaient une part significative de transposition.
Par domaine, l'européanisation est très inégale : agriculture 63,6 % des lois concernées, économie 48,3 %, écologie 46,7 % — contre affaires étrangères 0,4 %, défense 0 % et éducation 0 %.
Santé
Le paradoxe français : le meilleur système de soins curatifs des pays comparés, et des signaux de dégradation en amont — mortalité infantile, prévention, accès.
Combien dépense-t-on, et avec quels moyens ?
| Moyens | France | Allemagne | Roy.-Uni | États-Unis |
|---|---|---|---|---|
| Dépense de santé, $ int. PPA / hab. (2024) | 6 868 | 8 826 | 6 606 | 13 473 |
| Dépense de santé, % du PIB (2024) | 11,5 | 12,2 | ≈ 11 | 17,2 |
| Dépense publique, % du PIB (2025) | 9,4 | 11,0 | 9,2 | 14,6 |
| Reste à charge des ménages | 9,2 % | 10,7 % | 14,6 % | 10,9 % |
| Médecins / 1 000 hab. (2023) | 3,28 | 4,53 | 3,30 | 3,68 |
| Infirmiers / 1 000 hab. (2023) | 9,42 | 12,25 | 9,55 | 13,38 |
| Lits d'hôpital / 1 000 hab. (2023) | 5,65 | 7,55 | 2,42 | 2,68 |
OCDE, Health Statistics 2025 (dépense de santé en dollars internationaux à parité de pouvoir d'achat et en % du PIB, densités médicales, lits) ; Eurostat pour les données européennes complémentaires. Millésime 2024 sauf indication contraire.
Deux faits marquants. La dépense publique américaine seule (14,6 % du PIB) dépasse la dépense totale française (11,5 %). Et la France a le reste à charge le plus faible des quatre, en part comme en montant absolu.
Point d'alerte : la France est le seul des quatre à avoir vu sa densité médicale reculer depuis 2010 (3,35 → 3,28 médecins pour 1 000 habitants), tandis que l'Allemagne progressait de 3,76 à 4,53 et le Royaume-Uni de 2,65 à 3,30.
Le système français donne-t-il de bons résultats ?
| Résultats | France | Allemagne | Roy.-Uni | États-Unis |
|---|---|---|---|---|
| Espérance de vie (2023) | 83,3 | 81,4 | 81,3 | 79,3 |
| Vie en bonne santé, HALE (2021) | 70,1 | 68,9 | 68,6 | 63,9 |
| Gain d'espérance de vie 2010-2019 | +1,33 an | — | — | +0,25 an |
| Choc Covid 2019-2021 | −0,41 an | — | — | −2,53 ans |
Le juge de paix : la mortalité évitable
| Pour 100 000 hab., 2023 | France | Allemagne | UE-27 |
|---|---|---|---|
| Mortalité traitable (évitable par les soins) | 58,8 | 83,3 | 86,8 |
| Mortalité évitable par la prévention | 127,2 | 157,1 | 150,9 |
| Ratio prévention / soins | 2,16 | 1,88 | 1,74 |
C'est le résultat le plus important de ce thème. La France a la meilleure mortalité traitable des pays européens mesurés, et de loin : 58,8 contre 83,3 en Allemagne (−29 %) et 86,8 pour l'UE (−32 %). Quand une pathologie est prise en charge, le système français la traite remarquablement bien.
Mais l'écart est bien plus étroit en prévention (−19 % contre l'Allemagne), et la France y a régressé depuis 2019 (125,5 → 127,2). Le ratio prévention/soins de 2,16 contre 1,74 pour l'UE dit le déséquilibre structurel : la France est bien meilleure pour soigner que pour prévenir. Ce qui est cohérent avec le reste du tableau : couverture financière généreuse, densité médicale faible, prévention sous-dotée.
Les États-Unis : le Commonwealth Fund (Mirror, Mirror 2024) les classe derniers sur 10 pays à haut revenu, avec « les taux les plus élevés de décès évitables et traitables ». Classement général : Royaume-Uni 3ᵉ, Allemagne 4ᵉ, France 5ᵉ, États-Unis 10ᵉ.
Le signal d'alerte : l'accès aux soins se dégrade
| Besoins de soins non satisfaits, % | 2019 | 2022 | 2023 | 2024 |
|---|---|---|---|---|
| France | 1,2 | 3,2 | 3,7 | 4,1 |
| Allemagne | 0,3 | 0,3 | 0,2 | 0,8 |
| UE-27 | 2,0 | 2,5 | 2,4 | n.d. |
Retournement net : de 1,2 % en 2019 — l'un des meilleurs niveaux d'Europe — à 4,1 % en 2024, soit plus du triple, et désormais au-dessus de la moyenne UE. Motifs en 2023 : liste d'attente 1,6 %, trop cher 0,4 %, trop loin 0,4 %. La barrière française est l'attente et l'accès à l'offre, pas le prix — l'inverse du profil américain.
Eurostat hlth_cd_apr, hlth_silc_08, hlth_sha11_hf ; Our World in Data (OMS) ; Commonwealth Fund, Mirror, Mirror 2024.
Pourquoi des déserts médicaux malgré ce niveau de dépense ?
Deux causes structurelles, toutes deux des choix de politique publique. Le numerus clausus, instauré en 1971 et supprimé seulement en 2019, a comprimé le flux de médecins pendant cinquante ans — avec des effets qui ne se lisent que dix à quinze ans plus tard. La liberté d'installation quasi totale des médecins libéraux, contrairement aux infirmiers ou pharmaciens dont le conventionnement est régulé selon la zone.
C'est donc un problème de répartition et d'organisation, pas de volume global : la France dépense plus que la moyenne européenne, mais cette dépense se concentre sur l'hôpital et les soins techniques plutôt que sur le maillage territorial de médecine générale.
La mortalité infantile : que se passe-t-il ?
| Pour 1 000 naissances vivantes | 2000 | 2010 | 2012 | 2019 | 2024 |
|---|---|---|---|---|---|
| France | 3,6 | 3,6 | 3,5 | 3,8 | 4,1 |
| UE-27 | 6,0 | 4,0 | 3,8 | 3,4 | 3,5 |
| Allemagne | — | 3,4 | — | 3,2 | 3,3 |
| Italie | — | 3,8 | — | 2,4 | 2,5 |
| Suède | — | 2,5 | — | 2,1 | 2,0 |
| Finlande | — | 2,3 | — | 2,1 | 2,1 |
| Pologne | — | 5,0 | — | 3,8 | 3,6 |
Le décrochage n'est pas une hausse française isolée : c'est un immobilisme français dans une Europe qui continue de progresser. La France a gagné 0,0 point entre 2000 et 2010 puis en a repris 0,5 ; l'UE-27 a gagné 2,5 points sur la même période. Le croisement se produit vers 2013-2015. En 2024, la France fait moins bien que chacun de ces pays, Pologne comprise. L'Italie, partie 0,2 point derrière la France en 2010, est aujourd'hui 1,6 point devant.
Où se joue exactement la dégradation
| Composante | 2012 | 2024 | Variation | Part de la hausse |
|---|---|---|---|---|
| Mortalité infantile (0-1 an) | 3,5 | 4,1 | +0,6 | 100 % |
| dont néonatale (0-27 jours) | 2,4 | 2,9 | +0,5 | ≈ 83 % |
| dont néonatale précoce (0-6 jours) | 1,7 | 2,0 | +0,3 | ≈ 50 % |
| dont post-néonatale | 1,1 | 1,2 | +0,1 | ≈ 17 % |
La quasi-totalité de la dégradation se joue dans les 27 premiers jours de vie, et environ la moitié dans les six premiers. La cause est donc à chercher autour de la naissance — grossesse, accouchement, réanimation néonatale immédiate, prématurité, malformations — et non dans la santé du nourrisson après le retour à domicile.
Le rapport de la Cour des comptes
Le rapport « La politique de périnatalité » de la Cour des comptes établit plusieurs constats :
- Ce n'est pas un problème d'argent. 9,3 Md€ consacrés à la périnatalité en 2021, soit +9 % par rapport à 2016, pendant que les naissances reculaient de −5,3 %. La dépense par naissance a donc nettement augmenté.
- La France est 22ᵉ sur 34 pays européens pour la mortalité néonatale, avec trois indicateurs jugés mauvais : mortinatalité, mortalité néonatale, mortalité maternelle.
- Facteurs de risque identifiés : environ 25 % de grossesses tardives ; environ 25 % de naissances de mères nées à l'étranger, exposées à davantage de morbidités ; obésité et surpoids maternels ; consommations de tabac, alcool et drogues ; inégalités sociales et territoriales.
- Organisation de l'offre : une vingtaine de maternités dérogent encore au seuil minimal de 300 accouchements annuels fixé en 1998.
- Recommandations : revoir l'organisation des soins périnatals, renforcer les capacités de réanimation néonatale dans certaines régions, améliorer l'accès au dépistage anténatal pour les populations à risque.
Ce qui est établi et ce qui ne l'est pas
Établi. Le retournement est statistiquement significatif et daté : la régression de Trinh et al. (The Lancet Regional Health – Europe, mars 2022, sur 53 077 décès infantiles) identifie deux points d'inflexion, en 2005 et en 2012, et conclut : « Early neonatal deaths drove these patterns ». Une étude de 2026 (Amirova et al.) documente que la hausse est concentrée dans les zones défavorisées.
L'excédent ultramarin est réel mais modeste : sur 2005-2012, les DOM ajoutaient +0,1 à +0,2 point au taux national, soit environ un tiers de la dégradation observée depuis. La série « France métropolitaine » d'Eurostat s'arrêtant en 2012, il est impossible de dire si cette contribution s'est aggravée.
Âge maternel, prématurité, précarité, obésité, fermetures de maternités sont tous des facteurs de risque individuellement documentés. Mais aucune source consultée ne chiffre leur contribution respective à la hausse de +0,5 ‰ depuis 2012. Sur les fermetures de maternités en particulier, le sens de l'effet est théoriquement ambigu : concentrer les accouchements peut améliorer la sécurité par l'expertise tout en allongeant les distances.
Une hypothèse peut en revanche être écartée : celle de l'artefact de déclaration. Les règles françaises d'enregistrement des enfants sans vie ont bien changé — la mortalité fœtale tardive bondit de 70 % entre 2001 et 2002, la mortalité périnatale de 44 % entre 2003 et 2004. Mais ces ruptures sont datées de 2002, 2004 et 2008, alors que le retournement de la mortalité infantile est daté de 2012. Et la mortalité infantile ne compte que des naissances vivantes : une modification des règles sur les mort-nés ne l'affecte pas mécaniquement. La chronologie ne colle pas.
Eurostat demo_minfind ; Trinh et al., Lancet Reg Health Eur 2022 (PMID 35252944) ; Cour des comptes, « La politique de périnatalité ».
Pourquoi les urgences sont-elles saturées ?
Près de 21 millions de passages en 2023. La cause structurelle documentée : le report vers l'hôpital d'une partie des soins non programmés, faute d'accès à la médecine de ville le soir, le week-end et dans les zones sous-denses — conséquence directe des déserts médicaux.
Ce qui a fonctionné ailleurs repose sur deux mécanismes : une régulation téléphonique obligatoire en amont (au Danemark, tout accès non vital passe par un numéro de garde régional) et des structures de soins non programmés mutualisées entre généralistes (aux Pays-Bas, les huisartsenposten). La France cherche à répliquer ce modèle via le Service d'accès aux soins.
DREES ; Cour des comptes, « L'accueil et le traitement des urgences à l'hôpital », novembre 2024.
Sécurité, police, justice et prisons
Deux résultats changent la lecture habituelle : l'écart France-Allemagne sur les homicides vient pour un tiers des outre-mer, et le vrai signal français n'est pas l'homicide mais la tentative d'homicide.
Combien d'homicides, États-Unis compris ?
| Pays | Taux /100 000 | Nombre | Année |
|---|---|---|---|
| États-Unis | 5,76 | 19 796 | 2023 |
| France (déf. SSMSI, France entière) | 1,43 | 975 | 2025 |
| France (déf. Eurostat/ICCS) | 1,28 | 882 | 2024 |
| France métropolitaine seule | 1,23 | 817 | 2025 |
| Royaume-Uni (Angl. + Galles) | 1,15 | 684 | 2021 |
| Allemagne | 0,83 | 694 | 2024 |
| Espagne | 0,72 | 349 | 2024 |
| Pays-Bas | 0,67 | 120 | 2024 |
| Italie | 0,57 | 336 | 2024 |
Le seul écart du dossier qui résiste à toutes les objections méthodologiques : les États-Unis sont à 4,5 fois le niveau français et 6,9 fois le niveau allemand. L'écart France-Allemagne (facteur 1,5) est d'un tout autre ordre.
Sur trente ans, la France a divisé son taux par près de deux : 2,38 en 1990, 1,15 en 2019, puis remontée à 1,34 en 2023. L'Italie l'a divisé par six depuis 1991 (3,40 → 0,57) — c'est l'histoire de la lutte antimafia. Les États-Unis sont passés de 9,63 (1991) à 4,38 (2014), avant une remontée brutale en 2020-2021 (+38 % en deux ans).
ONUDC via Banque mondiale (série 1990-2023) ; Eurostat crim_off_cat ; SSMSI.
Pourquoi la France est-elle au-dessus de l'Allemagne ? L'effet outre-mer
C'est le résultat le plus important de ce thème, et il est rarement fait. L'indicateur national français inclut les DROM. Voici la ventilation régionale 2025 :
| Région | Victimes | Population | Taux /100 000 |
|---|---|---|---|
| Guyane | 41 | 294 000 | 13,95 |
| Guadeloupe | 45 | 384 000 | 11,71 |
| Martinique | 39 | 361 000 | 10,81 |
| Mayotte | 18 | 257 000 | 7,02 |
| Corse | 12 | 355 000 | 3,38 |
| PACA | 101 | 5 219 000 | 1,94 |
| La Réunion | 15 | 890 000 | 1,69 |
| Île-de-France | 139 | 12 463 000 | 1,12 |
| Auvergne-Rhône-Alpes | 89 | 8 206 000 | 1,08 |
| Pays de la Loire | 33 | 3 907 000 | 0,84 |
| Agrégat 2025 | Victimes | Population | Taux /100 000 |
|---|---|---|---|
| France entière | 975 | 68,35 M | 1,43 |
| France métropolitaine | 817 | 66,17 M | 1,23 |
| DROM | 158 | 2,18 M | 7,23 |
SSMSI, bases départementales et régionales de la délinquance enregistrée, diffusées sur data.gouv.fr et interrogées directement ; populations Insee. Les taux pour 100 000 habitants sont calculés par nos soins. C'est cette interrogation directe qui permet d'isoler l'outre-mer, ce que les publications agrégées ne font pas.
Les DROM pèsent 3,2 % de la population mais 16,2 % des homicides. Leur taux est 5,9 fois le taux métropolitain. Retirer les DROM fait passer la France de 1,43 à 1,23, soit −13,5 %.
Deux constats en découlent :
- Le taux métropolitain est remarquablement stable : 1,24 en 2016, 1,23 en 2025. Toute la hausse du taux national depuis 2020 vient pour l'essentiel des outre-mer, où le taux est passé de 4,93 à 7,23.
- Mais l'effet DROM n'explique qu'une partie de l'écart avec l'Allemagne. France métropolitaine 2025 : 1,23. Allemagne 2024 : 0,83. Il reste un écart de +48 %.
Le reste de l'écart : ce qu'on peut et ne peut pas dire. Une partie est probablement définitionnelle — le SSMSI compte 996 homicides en 2023 et Eurostat 887 pour la même année, soit 11 % d'écart, alors que les chiffres de tentatives coïncident exactement. L'écart porte donc sur le contenu de la catégorie « homicide », probablement l'inclusion des coups mortels sans intention de donner la mort. Mais aucune source ne permet de quantifier cette part.
Le narcotrafic joue un rôle localisé et documenté : les Bouches-du-Rhône ont culminé à 84 victimes en 2023 (4,02 pour 100 000, soit 3,3 fois la moyenne métropolitaine) avant de refluer à 56 en 2025. Selon l'OCLCO, cité par la commission d'enquête du Sénat, « 80 à 90 % des règlements de comptes, meurtres et tentatives de meurtre entre délinquants s'expliquent par des différends liés au trafic de stupéfiants ».
Deux corrections indispensables : les conventions de comptage, et la mesure indépendante de la police
1. Le chiffre allemand qui circule dans le débat français est faux
On lit régulièrement que l'Allemagne compterait « 2 400 homicides par an » contre 880 en France, ce qui en ferait un pays trois fois plus meurtrier. C'est une erreur de convention, et elle est massive.
La statistique policière allemande regroupe sous la rubrique Mord und Totschlag les faits consommés et les tentatives. Sur environ 2 410 cas en 2024 : 1 719 sont des tentatives (71 %) et environ 690 seulement sont des homicides consommés (29 %). La France, elle, publie deux indicateurs séparés — 882 homicides consommés et 4 290 tentatives en 2024.
| 2024, pour 100 000 habitants | France | Allemagne | Rapport |
|---|---|---|---|
| Homicides consommés | 1,28 | 0,83 | 1,54 × |
| Tentatives | 6,25 | 2,06 | 3,03 × |
| Homicides + tentatives, à convention identique | 7,53 | 2,89 | 2,61 × |
| Décès certifiés par agression (causes de décès, 2023) | 0,81 | 0,41 | 1,98 × |
Le résultat est contre-intuitif et il faut le dire tel quel : l'argument « l'Allemagne compte les tentatives, la France non, donc l'écart apparent est artificiel » est valide sur les chiffres bruts — il corrige une erreur réelle et fréquente — mais il joue en faveur de la France, pas contre elle. C'est le chiffre allemand qui est gonflé par les tentatives. Mis à convention identique, l'écart ne se referme pas : il s'élargit.
Cela dit, « homicides + tentatives » n'est pas une mesure plus comparable — elle l'est moins. Un homicide consommé est un événement : un mort. Une tentative d'homicide est une qualification juridique, décidée par un service enquêteur et un parquet à partir d'une agression qui aurait tout aussi bien pu être enregistrée en violences volontaires aggravées. Le rapport de 3,0 sur les tentatives reflète donc, pour une part inconnue, une différence de pratique et non de violence.
2. La mesure qui ne dépend ni de la police ni du parquet
Il existe une source indépendante des conventions policières : les certificats de décès, codés en cause de mort par agression. Elle ne dépend d'aucune décision de qualification pénale, et elle est établie de la même façon dans tous les pays européens.
| Décès par agression, taux standardisé /100 000 | 2011 | 2015 | 2019 | 2023 |
|---|---|---|---|---|
| Suède | 0,77 | 0,99 | 1,04 | 1,14 |
| France | 0,69 | 0,51 | 0,73 | 0,81 |
| Espagne | 0,68 | 0,58 | 0,58 | 0,63 |
| Pays-Bas | 0,85 | 0,65 | 0,64 | 0,61 |
| Pologne | 1,08 | 0,78 | 0,67 | 0,53 |
| Allemagne | 0,54 | 0,53 | 0,40 | 0,41 |
| Italie | 0,66 | 0,57 | 0,38 | 0,39 |
| États-Unis (taux brut, 2024) | — | — | — | 5,9 — dont 4,5 par arme à feu |
Les deux mesures convergent : la France a un niveau d'homicide supérieur à l'Allemagne d'un facteur 1,5 à 2. L'argument des tentatives ne l'annule pas. Et les États-Unis sont sur une autre échelle : 5,9 pour 100 000, soit 7 fois la France et 14 fois l'Allemagne, avec 76 % des homicides commis par arme à feu — 15 364 morts par balle en 2024.
L'écart entre la mesure policière et la mesure médicale est lui-même informatif : le rapport est de 1,95 en Allemagne, 1,60 en France, 1,10 en Espagne, 1,01 en Suède — et 0,85 aux États-Unis. Un rapport supérieur à 1 signale que la police enregistre plus de faits que la médecine légale ne certifie de décès, parce qu'elle compte des faits à l'ouverture dont une partie sera requalifiée. Un rapport inférieur à 1 signale l'inverse : le décompte du bureau fédéral américain repose sur une remontée volontaire des quelque 18 000 agences locales et est structurellement incomplet — plus de 550 homicides commis par les 105 plus grandes agences entre 2007 et 2012 étaient absents de ses fichiers.
3. La série longue : la baisse est réelle, et l'ampleur souvent exagérée
| France, homicides pour 100 000 habitants | Taux |
|---|---|
| 1990 | 2,38 |
| 1993 — maximum | 2,63 |
| 1997 | 1,64 |
| 2002 | 1,85 |
| 2008 | 1,63 |
| 2012 | 1,22 |
| 2015 (inclut les victimes des attentats) | 1,56 |
| 2018 — minimum | 1,06 |
| 2021 | 1,11 |
| 2024 | 1,35 |
Le taux a baissé de 60 % entre 1993 et 2018, puis remonté de 27 % entre 2018 et 2024. Le point bas est en 2018, pas en 2015 comme on le lit souvent.
Eurostat crim_off_cat (ICCS0101 et ICCS0102) et hlth_cd_asdr2 (code CIM-10 X85-Y09) ; Office fédéral de police criminelle allemand, statistique 2024 ; centres américains de contrôle des maladies, données 2024 ; Office des Nations unies contre la drogue et le crime via Our World in Data pour la série longue.
Les tentatives d'homicide : la statistique vraiment révélatrice
L'intuition est confirmée par les données, et de façon spectaculaire.
Homicides et tentatives d'homicide, France et Allemagne
Taux pour 100 000 habitants, 2008-2024.
France : SSMSI, bases statistiques de la délinquance enregistrée diffusées sur data.gouv.fr, homicides et tentatives d'homicide, 2008-2024. Allemagne : Bundeskriminalamt, Polizeiliche Kriminalstatistik, mêmes catégories. Taux calculés par nos soins avec les populations Eurostat. Les tentatives sont plus comparables que les homicides consommés, parce qu'elles dépendent moins de la qualité des secours d'urgence.
| France | Tentatives | Taux | Homicides | Ratio T/H |
|---|---|---|---|---|
| 2008 | 1 168 | 1,82 | 975 | 1,20 |
| 2014 | 1 678 | 2,54 | 765 | 2,19 |
| 2020 | 3 115 | 4,63 | 692 | 4,50 |
| 2024 | 4 290 | 6,25 | 882 | 4,86 |
| 2025 (SSMSI) | 4 477 | 6,55 | 975 | 4,59 |
Le taux de tentatives a été multiplié par 3,4 entre 2008 et 2024, pendant que le taux d'homicides aboutis reculait. C'est l'argument central : si l'on ne regardait que les homicides, on conclurait à une baisse de la violence létale ; les tentatives racontent l'inverse.
1. Hausse réelle de la violence avec létalité contenue par les progrès de la médecine d'urgence.
2. Effet d'enregistrement : requalification croissante de coups et blessures aggravés en tentatives d'homicide par les parquets et les enquêteurs.
Le fait que l'Allemagne soit parfaitement plate sur la même période (1,91 à 2,33 sans tendance) plaide pour qu'une part substantielle de l'écart soit d'origine administrative. Le ratio tentatives/homicides de 4,86 en France contre 2,48 en Allemagne ne mesure pas la létalité, il mesure d'abord les pratiques de qualification. Cas d'école : les Pays-Bas affichaient 19 à 24 tentatives pour 100 000 en 2010-2013, dix fois l'Allemagne, pour un taux d'homicides plus bas — leur droit qualifie très largement en poging tot doodslag.
Répartition des homicides par circonstance
| France | 2015 | 2019 | 2022 | 2024 |
|---|---|---|---|---|
| Victimes d'un partenaire intime | 102 | 130 | 128 | 126 |
| dont femmes | 82 | 110 | 105 | 96 |
| Partenaire ou membre de la famille | 205 | 207 | 209 | 212 |
SSMSI, statistiques des homicides ; ministère de l'Intérieur, délégation aux victimes, Étude nationale relative aux morts violentes au sein du couple, éditions annuelles. La qualité des sources est très inégale selon la circonstance : l'étude sur les violences au sein du couple est dédiée et solide, les autres circonstances relèvent d'une exploitation des procédures dont la couverture est partielle.
Sur les 882 homicides Eurostat 2024, le cadre intrafamilial représente 212 cas, soit 24,0 % ; les homicides conjugaux seuls, 14,3 %, dont 76 % de victimes femmes.
Comparaison décisive pour la question précédente : l'Allemagne comptait 164 homicides conjugaux en 2021 sur 631 homicides, soit 26,0 % — et l'Italie 47,3 % en incluant la famille. L'homicide intrafamilial n'explique donc rien de l'écart France-Allemagne : il est proportionnellement plus lourd en Allemagne et en Italie. L'écart français se loge dans la violence hors sphère familiale — délinquance organisée, rixes, et surcroît ultramarin.
Personnes tuées lors d'interventions policières : la comparaison internationale
| Pays | Nombre annuel | Année | Taux /million | Périmètre |
|---|---|---|---|---|
| États-Unis | 1 406 | 2024 | ≈ 4,1 | Toutes causes (tir, taser, véhicule, asphyxie) |
| États-Unis | ≈ 1 000 | 2015-2019 | ≈ 3,0 | Tirs mortels uniquement |
| Allemagne | 14 | 2020 | 0,17 | Tués par arme à feu policière |
| Allemagne | 9 | 2023 | 0,11 | idem |
| Royaume-Uni | 9 incidents de tir | 2025/26 | ≤ 0,15 | Incidents où une arme a été déchargée sur une personne |
| France | aucune statistique officielle | — | — | — |
Ni le SSMSI, ni l'IGPN, ni l'IGGN ne publient de décompte annuel unifié des personnes tuées lors d'interventions des forces de l'ordre, tous modes opératoires confondus. Sur ce sujet précis, la France ne se compare pas, faute de produire la donnée. C'est un choix, pas une impossibilité technique — l'Allemagne et le Royaume-Uni y parviennent.
Le seul comptage systématique accessible est journalistique : le média Basta! (classé à gauche) recense 52 décès en 2024 toutes causes confondues et 27 personnes tuées par tir, soit environ 0,39 par million d'habitants. Ces chiffres doivent être cités comme un recensement militant, non comme une statistique publique.
Ce que la comparaison permet malgré tout de dire. Les périmètres sont très hétérogènes — les chiffres allemands et britanniques ne portent que sur l'arme à feu, les américains « toutes causes » incluent taser et véhicules ; les américains viennent de bases citoyennes, les européens de statistiques policières auto-déclarées ; le chiffre britannique compte des incidents, pas des personnes. Mais l'écart États-Unis / Europe occidentale est d'un ordre de grandeur tel — facteur 25 à 40 — qu'aucune correction de périmètre plausible ne le remettrait en cause. En revanche, comparer l'Allemagne au Royaume-Uni sur ces chiffres, ou y situer la France, n'a pas de sens en l'état.
Contexte allemand de long terme : au moins 386 personnes tuées par des balles policières depuis la réunification (1990 à 2026), soit environ 10,7 par an. L'usage de l'arme contre des personnes a fortement reculé : 77 cas en 2025 contre 131 en 1992.
Une fourchette pour la France, malgré tout
On peut construire un ordre de grandeur en croisant les périmètres disponibles, à condition de dire précisément ce que chacun recouvre.
| Périmètre | Ordre de grandeur annuel | Base |
|---|---|---|
| Décès par tir d'un policier ou d'un gendarme | ≈ 10 à 20 | 13 décès lors de refus d'obtempérer pour la seule année 2022 ; 14 et 15 décès recensés par l'inspection générale de la police nationale en 2017 et 2018 ; 27 selon le recensement de presse pour 2024 |
| Ensemble des décès survenus pendant ou après une intervention (tirs, garde à vue, poursuites, suicides provoqués) | ≈ 25 à 40 | 32 en 2020 et 37 en 2021 selon l'inspection générale — police nationale seule, la gendarmerie s'y ajoutant ; 52 selon le recensement de presse pour 2024 |
Rapporté à la population, cela situe la France entre 1,5 et 6 pour 10 millions d'habitants selon le périmètre, contre environ 40 aux États-Unis et de l'ordre de 1 à 2 en Allemagne. L'écart États-Unis / Europe est d'un facteur 10 à 30 et résiste à toutes les corrections de périmètre plausibles. Les comparaisons entre pays européens, elles, ne sont pas exploitables en l'état.
CILIP (compilation des statistiques officielles des Länder) ; Home Office britannique ; Mapping Police Violence et Washington Post « Fatal Force » ; rapports d'activité de l'inspection générale de la police nationale ; Basta! (média engagé) pour la France.
De quoi les homicides français relèvent-ils ?
Ce document utilise ailleurs 882 homicides en 2024 : c'est le décompte Eurostat, sur la définition internationale d'« homicide intentionnel », qui exclut notamment les coups mortels sans intention de donner la mort.
Le service statistique du ministère de l'Intérieur en compte 976 la même année et 975 en 2025, sur un périmètre plus large. L'écart est stable : 996 contre 887 en 2023, soit 11 %. Ne pas mélanger les deux séries ; celle du ministère est utilisée ci-dessous, puisque c'est elle qui porte les ventilations.
La ventilation complète n'existe pas — et c'est le premier constat
Le service statistique du ministère ne publie aucun tableau annuel des homicides par mobile. La seule décomposition publiée est rétrospective et cumulée sur 2016-2021. Deux composantes seulement font l'objet d'un décompte annuel dédié : l'intrafamilial et le narcotrafic.
| Circonstance, 2024 | Victimes | Part des 976 | Qualité de la source |
|---|---|---|---|
| Violences au sein du couple | 138 | ≈ 14 % | Étude annuelle dédiée, solide |
| dont femmes tuées par conjoint ou ex-conjoint | 107 | ≈ 11 % | idem |
| dont hommes tués par conjointe ou ex | 31 | ≈ 3 % | idem |
| Narcotrafic, règlements de comptes | 110 | ≈ 11 % | Décompte policier, non labellisé |
| Intrafamilial élargi (couple + hors couple) | non publié pour 2024 | 29 % (réf. 2016-2021) | Rétrospective seulement |
| Homicides commis lors d'un vol | non publié | inclus dans ≈ 10 % « crapuleux » | Non désagrégé |
| Rixes, disputes, différends de voisinage | non publié | — | N'existe pas |
| Mobile inconnu ou non élucidé | non publié | — | N'existe pas |
Mêmes sources que le tableau précédent : SSMSI et étude nationale sur les morts violentes au sein du couple. La colonne « qualité de la source » est notre appréciation, fondée sur l'existence ou non d'une étude dédiée et sur le taux de circonstances non renseignées.
Les deux blocs documentés couvrent environ un quart des homicides. Les trois quarts restants ne font l'objet d'aucune décomposition publiée par mobile en France.
Ce que l'on sait des deux blocs documentés
Violences au sein du couple. 119 victimes en 2023, 138 en 2024 (+16 %), dont 107 femmes et 31 hommes. Quatre-vingt-dix pour cent des faits surviennent au domicile ; les mobiles principaux relevés sont la dispute (43 cas) et la séparation non acceptée (22 cas). 47 % des femmes victimes avaient subi des violences antérieures, dont 74 % les avaient signalées aux autorités. En 2024, 40 auteurs se sont suicidés (29 %), et 94 mineurs sont devenus orphelins.
Narcotrafic. 139 morts en 2023, 110 en 2024 (−21 %). Le pic de 2023 correspond à la guerre entre groupes rivaux marseillais ; le reflux de 2024 en découle, mais le niveau reste au-dessus de 2021 et 2022. Un quart des personnes poursuivies pour assassinat ou tentative avaient moins de 20 ans, dont 16 mineurs.
La violence augmente-t-elle vraiment ? Ce que disent les deux instruments
La question ne peut pas se trancher sur la seule délinquance enregistrée, qui mesure autant l'activité policière et la propension à porter plainte que les faits eux-mêmes. Il existe un second instrument, indépendant : l'enquête de victimation, qui interroge la population sur ce qu'elle a subi, qu'elle ait porté plainte ou non.
| Délinquance enregistrée | Niveau 2024 | Unité | 2024 | Moyenne annuelle depuis 2016 | 2025 |
|---|---|---|---|---|---|
| Homicides | 976 | victimes | −2 % | — | 975, stable |
| Tentatives d'homicide | — | victimes | +7 % | +8 %/an | +4 % |
| Violences sexuelles | 122 400 | victimes | +7 % | +11 %/an | +8 % |
| dont viols et tentatives | 46 100 | victimes | +9 % | +15 %/an | +9 % |
| Violences physiques intrafamiliales | — | victimes | +3 % | +11 %/an (2016-23) | +6 % |
| Violences physiques hors cadre familial | 449 800 | victimes | +3 % | — | +5 % |
| Vols violents sans arme | 48 300 | infractions | −11 % | — | +2 % |
| Vols avec armes | 8 600 | infractions | −1 % | — | −8 % |
| Vols sans violence contre des personnes | 607 800 | victimes | −5 % | — | +2 % |
| Cambriolages de logement | 218 200 | infractions | stable | — | −3 % |
| Vols de véhicules | 137 600 | véhicules | −2 % | — | −9 % |
| Vols dans les véhicules | 352 100 | véhicules | +1 % | — | −9 % |
| Destructions et dégradations | 528 800 | infractions | — | — | +2 % |
| Stupéfiants — usage | 290 600 | mis en cause | +10 % | +16 %/an | +7 % |
| Stupéfiants — trafic | 52 300 | mis en cause | +6 % | +6 %/an | +9 % |
Le contraste saute aux yeux : les atteintes aux biens baissent, les violences aux personnes enregistrées explosent. Reste à savoir ce que mesure cette explosion.
L'enquête de victimation tranche — partiellement
| Atteinte | Taux de victimation | Victimes estimées | Taux de plainte |
|---|---|---|---|
| Dégradations sur véhicule | 5,5 % | 2 893 000 | — |
| Violences sexuelles au sens large | 3,5 % | 1 809 000 | 3 % |
| Menaces | 2,1 % | 1 088 000 | — |
| Cambriolage ou tentative | 1,9 % | 1 013 000 | 41 à 56 % |
| Violences physiques hors vol | 1,2 % | 643 000 | 21 % |
| Vol ou tentative de vol de véhicule | 1,0 % | 549 000 | 54 à 57 % |
| Violences conjugales | — | — | 16 % |
| Vols avec violence · vols sans violence | — | — | 20 % · 8 % |
Deux instruments distincts, qu'il ne faut jamais mélanger. Délinquance enregistrée : SSMSI, bases de la délinquance enregistrée par la police et la gendarmerie — elle dépend du dépôt de plainte et de l'enregistrement. Victimation déclarée : enquête Vécu et ressenti en matière de sécurité (SSMSI, en remplacement de Cadre de vie et sécurité) — elle interroge la population et capte les faits non déclarés. Une hausse de la première sans hausse de la seconde signale un changement d'enregistrement, pas de violence.
Le fait central : pour la plupart des atteintes aux personnes, moins d'une victime sur cinq porte plainte. L'écart avec les atteintes aux biens — 41 à 57 % de dépôt de plainte — est d'un ordre de grandeur, et il s'explique simplement : on porte plainte pour être indemnisé par son assurance.
Le partage entre faits réels et effet d'enregistrement
- Atteintes aux biens : la baisse est réelle, et deux instruments indépendants convergent. Les vols violents reculent de 11 % en 2024 dans la délinquance enregistrée, et la victimation déclarée avait déjà chuté de 37 % entre 2010-2012 et 2016-2018. Les vols de voiture : −9 % enregistrés, −24 % en victimation. Quand deux mesures construites différemment vont dans le même sens, le résultat est robuste.
- Violences sexuelles : la hausse enregistrée est en majeure partie un effet de plainte. C'est le seul cas où le partage est chiffrable. La délinquance enregistrée progresse de +11 % par an depuis 2016 — plus qu'un doublement en huit ans. Mais sur la période documentée, le taux de plainte a lui aussi doublé, jusqu'à environ 20 % pour les viols et agressions. Un doublement du taux de plainte double mécaniquement les faits enregistrés à victimation constante. L'Insee attribue explicitement la progression depuis 2017 « davantage à des changements de comportement — mouvement #MeToo, amélioration de l'accueil des victimes — qu'à une croissance des faits ». Et avec un taux de plainte encore à 3 % au sens large, la marge de hausse enregistrée sans aucune hausse des faits reste considérable.
- Violences physiques : effet d'enregistrement probable, non chiffrable. Les violences intrafamiliales enregistrées progressaient de 11 % par an entre 2016 et 2023 — un rythme qui ne peut pas refléter une progression réelle des faits de cette ampleur. Le taux de plainte à 16 % laisse la même marge. Le ralentissement brutal à +3 % en 2024 est cohérent avec un rattrapage arrivant à son terme.
- Stupéfiants : ce n'est pas une mesure de la consommation. L'indicateur porte sur des mis en cause, c'est-à-dire sur l'activité policière. Le service statistique relie explicitement la progression de 16 % par an à la mise en place de l'amende forfaitaire délictuelle — un changement d'outil répressif.
- Les homicides restent le meilleur indicateur, parce que le taux de signalement y est proche de 100 %. Ils sont quasi stables. Le contraste avec les tentatives, en hausse de 8 % par an, est en soi un indice d'effet de qualification.
Les séries de délinquance enregistrée ne remontent pas au-delà de 2016. Le ministère indique explicitement que les données 1972-2015 « ne sont pas validées par le service statistique ministériel ». Toute comparaison « depuis 2000 » est impossible sur cette source.
Il existe une rupture majeure dans l'enquête de victimation en 2022 : l'ancienne enquête, menée en face-à-face de 2007 à 2021, a été remplacée par une enquête auto-administrée en ligne. Le changement de mode de collecte peut gonfler mécaniquement les déclarations, l'auto-administration levant une part de l'inhibition liée à l'enquêteur. Les deux séries ne doivent jamais figurer sur un même graphique, et c'est ce qui interdit de calculer un partage exact entre hausse des faits et hausse des plaintes.
Enfin, l'année 2024 est affectée par la mobilisation exceptionnelle des forces pour les Jeux olympiques, que le service statistique signale comme un effet d'offre de contrôle et non de délinquance.
Les violences ont-elles augmenté, ou est-ce l'enregistrement qui a changé ?
Les violences physiques enregistrées ont fortement augmenté : +9 % en 2023, +7 %/an depuis 2016. Pour les violences conjugales, 272 400 victimes enregistrées en 2024, dont 84 % de femmes.
Mais le SSMSI lui-même déconseille de lire ces courbes comme une mesure de la violence réelle. La hausse reflète en bonne partie une hausse du taux de signalement — politiques de libération de la parole, simplification du dépôt de plainte, effet post-#MeToo. Le repère le plus parlant : seule une victime de violences conjugales sur six dépose plainte. Quand le taux de plainte passe de 1 sur 8 à 1 sur 5, les statistiques augmentent de 60 % sans qu'un seul fait supplémentaire ait été commis.
Élucidation, effectifs, justice
| Taux d'élucidation à un an (2025) | % |
|---|---|
| Violences physiques intrafamiliales | 77 |
| Homicides | 68 |
| Tentatives d'homicide | 59 |
| Violences sexuelles | 51 |
| Cambriolages, vols non violents, vols de véhicules | ≤ 8 |
Le contraste illustre un invariant : les atteintes commises par un proche s'élucident très bien, les vols presque pas. Ce n'est pas un indicateur de zèle policier mais de nature des faits.
| Effectifs pour 100 000 habitants | France | Allemagne | Médiane européenne |
|---|---|---|---|
| Policiers (police nationale + gendarmerie) | 361 | 311 | — |
| Juges professionnels | 11,3 | 24,7 | 17,6 |
| Budget justice par habitant | 77 € | 136 € | 74,8 € |
| Budget justice en % du PIB | 0,20 % | 0,30 % | — |
Résultat contrasté : la France a plutôt plus de policiers que l'Allemagne (361 contre 311 pour 100 000 — le chiffre additionne police nationale et gendarmerie, et l'écart est probablement un artefact de périmètre, voir la dernière fiche de ce thème —, et davantage que les États-Unis sur données FBI, ≈240), mais deux fois moins de juges — 11,3 contre 24,7, sous la moyenne comme sous la médiane européennes.
Délais de procédure
| Délai moyen (2025) | Durée |
|---|---|
| Faits → classement ou orientation | 17,6 mois |
| Arrivée au parquet → première orientation | 4,0 mois |
| Arrivée au parquet → jugement correctionnel | 9,1 mois |
SSMSI pour les taux d'élucidation ; ministère de la Justice, chiffres clés de la justice, pour les délais et les effectifs ; Commission européenne pour l'efficacité de la justice (CEPEJ) du Conseil de l'Europe et Eurostat crim_just_job pour la comparaison internationale des effectifs. Le taux d'élucidation n'est pas un taux de condamnation : il mesure l'identification d'un auteur présumé, pas l'issue judiciaire.
Taux de réponse pénale : 87,8 %.
Pourquoi la France compte-t-elle plus de policiers que l’Allemagne ?
L’écart est de 50 agents pour 100 000 habitants. Avant d’y chercher une politique, il faut se demander si l’écart existe — parce qu’une part considérable, et peut-être la totalité, tient à ce que les deux pays ne comptent pas les mêmes personnes.
La définition retient la police judiciaire, la police de la route, la police aux frontières, la gendarmerie, la police en uniforme, la police municipale et les gardes urbains. Elle exclut les personnels administratifs et de secrétariat, les douanes, le fisc, les militaires, les services de renseignement, les unités spéciales, les réserves et les élèves.
Deux conséquences immédiates. La gendarmerie française est incluse malgré son statut militaire — ce qui est cohérent, mais fait entrer dans le décompte une force que l’Allemagne n’a pas sous cette forme. Et surtout, la police municipale est dans le périmètre — or l’Allemagne n’en a pas : la sécurité publique y relève exclusivement des seize polices de Land.
| Trois éléments français, 2016-2022, rapportés à 68 millions d’habitants | Effectif | Pour 100 000 |
|---|---|---|
| Policiers municipaux (2022) | 27 131 | 40 |
| CRS et gendarmerie mobile (2022) | 23 666 | 35 |
| Tâches indues, police et gendarmerie (2016) | 6 000 | 9 |
| Rappel : l’écart France − Allemagne à expliquer | — | 50 |
La première ligne suffit, à elle seule, à absorber les quatre cinquièmes de l’écart — et l’Allemagne n’a aucune catégorie équivalente à y opposer. Reste à savoir si les policiers municipaux français sont effectivement comptés dans le chiffre de 361 : la définition d’Eurostat les inclut, mais les métadonnées publiées ne permettent pas de vérifier ce que le correspondant national a transmis. Ce point non tranché décide de l’essentiel de la comparaison.
Trois spécificités françaises réelles, dont aucune n’est chiffrable en points d’écart
1. Le système dual. La France entretient deux forces nationales à compétence territoriale séparée — 149 000 agents pour la police nationale, 155 000 pour la gendarmerie — avec les états-majors, les écoles, les chaînes logistiques et les systèmes d’information que cela suppose en double. La Cour des comptes relève que la carte des zones de compétence n’a pratiquement pas bougé depuis 1941, malgré des mutations démographiques majeures : elle en résulte déséquilibrée, et parfois contournée par les forces de sécurité elles-mêmes pour pouvoir remplir leurs missions. L’Allemagne, fédérale, n’a qu’un niveau de police généraliste — celui des Land — la police fédérale y étant cantonnée aux frontières, aux chemins de fer et à la sûreté aérienne.
2. Les forces mobiles. La France maintient une réserve nationale de maintien de l’ordre sans équivalent d’échelle : 64 compagnies de CRS et 116 escadrons de gendarmerie mobile, soit 23 666 agents. Ces agents comptent dans le ratio, mais ils ne sont pas de la police de proximité : ils sont projetés d’un point à l’autre du territoire. L’Allemagne dispose d’une Bereitschaftspolizei, mais décentralisée dans les Länder et de taille moindre.
3. Les tâches indues. Gardes statiques, extractions judiciaires, procurations, commissions administratives : la Cour des comptes les évaluait à 3,8 % des missions de la gendarmerie et 9,12 % de celles de la police nationale, soit 11,7 millions d’heures et plus de 6 000 équivalents temps plein. Ce sont des agents comptés au numérateur qui ne produisent pas de sécurité. Rien ne dit toutefois que l’Allemagne en soit exempte : le même exercice n’y a pas été mené.
Eurostat, crim_just_job et glossaire « Police officer » pour la définition du périmètre. Ministère de l’Intérieur pour les policiers municipaux, 2022. Cour des comptes, La répartition des zones de compétence entre la police et la gendarmerie nationales, janvier 2025, pour les effectifs des deux forces et l’ancienneté de la carte ; et travaux sur les tâches indues, données 2016. Effectifs des forces mobiles : rapports parlementaires, données 2022. Les colonnes « pour 100 000 » sont calculées par nos soins sur une base de 68 millions d’habitants ; elles situent des ordres de grandeur et ne constituent pas une décomposition de l’écart.
Reste le constat qui rend la question moins intéressante qu’elle n’en a l’air. Même en retenant la lecture la plus défavorable à la France — 361 contre 311 — le nombre de policiers n’est pas le maillon faible de la chaîne. Le tableau ci-dessus montre la France au-dessus de l’Allemagne sur les effectifs de police et à moins de la moitié sur les juges, 11,3 contre 24,7. Avec un taux d’élucidation des vols inférieur à 8 % et 17,6 mois entre les faits et une orientation, le goulot d’étranglement est en aval, pas en amont. C’est un système lourd à l’entrée et étroit à la sortie.
Combien de détenus, et dans quelles conditions ?
Le taux de détention se situe autour de 116 pour 100 000 habitants début 2025. La France a été condamnée par la Cour européenne des droits de l'homme (arrêt J.M.B. et autres c. France, 30 janvier 2020) pour surpopulation carcérale et conditions contraires à l'article 3 de la Convention.
Construire des prisons réduit-il la criminalité ?
La littérature distingue trois effets : dissuasif, incapacitant (un détenu ne commet pas de délit dehors) et criminogène (l'incarcération courte et répétée peut désocialiser).
Le résultat le plus robuste est celui de l'effet marginal décroissant : ajouter des places réduit significativement la délinquance quand le taux d'incarcération part d'un niveau bas, mais cet effet s'amenuise voire s'annule aux niveaux élevés. C'est le cœur du débat sur la « demande induite ».
Références : Chalfin et McCrary (2017, JEL) pour la synthèse ; Levitt (1996, QJE) pour des élasticités plus fortes ; Vollaard (2013, Economic Journal) sur le dispositif néerlandais, qui suggère que l'effet incapacitant existe surtout de façon sélective, sur les multirécidivistes. Les Pays-Bas ont fortement réduit leur population carcérale dans les années 2010 — au point de fermer des établissements — au moment même où la délinquance de masse reculait.
Le coût d'une place de prison n'a pas non plus pu être vérifié sur source primaire, ni les agressions à l'arme blanche — statistique qui n'est plus publiée depuis la suppression de l'ONDRP en 2020, dernier chiffre disponible : environ 44 000 victimes entre 2015 et 2017.
Combien de contrôles d'identité ?
Les seules données viennent d'études académiques. L'étude de l'Open Society Justice Initiative menée à Paris par Jobard et Lévy (2007-2008) mesurait que les personnes perçues comme noires étaient contrôlées 6 fois plus souvent que les personnes perçues comme blanches, et celles perçues comme arabes 7,8 fois plus. L'enquête franco-allemande POLIS (22 000 adolescents) trouve 22,6 % des jeunes de la minorité d'origine nord-africaine déclarant des contrôles répétés, contre 9,4 % du groupe majoritaire.
Le Conseil d'État a rejeté le 11 octobre 2023 l'action de groupe engagée par six associations, au motif que les mesures demandées « visent en réalité à une redéfinition générale des choix de politique publique […] qui ne relèvent pas des pouvoirs du juge administratif ». Il n'a donc pas nié l'existence de pratiques discriminatoires : il a refusé d'ordonner lui-même une réforme du cadre des contrôles.
Logement
Point de méthode valable pour tout le thème : la vacance est concentrée là où la demande est faible, pas là où la crise est aiguë.
Quelle part du revenu part dans le logement, ici et ailleurs ?
| 2024 | Part médiane du revenu | Surcharge (>40 %), ensemble | Surcharge, locataires du privé | Propriétaires |
|---|---|---|---|---|
| France | 18,5 % | 7,0 % | 20,2 % | 61,2 % |
| Allemagne | 24,5 % | 12,0 % | 13,8 % | 47,2 % |
| Pays-Bas | 20,5 % | 6,9 % | 43,9 % | 68,8 % |
| Espagne | 16,7 % | 7,8 % | 28,1 % | 73,7 % |
| Italie | 13,6 % | 5,1 % | 19,4 % | 75,9 % |
| UE-27 | 19,2 % | 8,2 % | 19,2 % | 68,4 % |
Eurostat, ilc_mded01 (part médiane du revenu consacrée au logement) et ilc_lvho07a (taux de surcharge des dépenses de logement, seuil de 40 % du revenu disponible), données 2024, statistiques sur les revenus et conditions de vie (SILC). Le périmètre des « dépenses de logement » inclut les charges et l'énergie et diffère du loyer seul.
Trois résultats contre-intuitifs. L'Allemagne, pays le plus locataire du panel (52,8 % de locataires), affiche la part médiane la plus élevée (24,5 %) et le taux de surcharge global le plus élevé (12,0 %) — mais le plus faible pour ses locataires du privé (13,8 %) — un point qui demande explication, et qui la reçoit dans la question suivante. Les Pays-Bas combinent un taux global très bas et un taux de surcharge record pour les locataires du privé (43,9 %) : leur parc social absorbe l'essentiel des ménages modestes, laissant un secteur privé résiduel et cher. La France est en position médiane, avec un écart de 1 à 18 entre propriétaires sans emprunt (1,4 %) et locataires du privé (20,2 %).
Hors Europe
Royaume-Uni — le ratio prix des logements / revenu disponible médian s'établit à 7,9 en Angleterre (prix médian 290 000 £, revenu médian 37 000 £), 5,4 au pays de Galles, 5,3 en Écosse. Sur 317 autorités locales d'Angleterre et du pays de Galles, seules 29 (9,1 %) affichent un ratio inférieur à 5, contre 69 % en 1999.
États-Unis — 42,9 millions de ménages consacrent plus de 30 % de leur revenu au logement : 20,3 millions de propriétaires (24 %) et 22,6 millions de locataires (50 % des locataires), dont 12,1 millions au-delà de 50 % du revenu. La part médiane du revenu consacrée au loyer brut est de 31 %.
« Un parc locatif encadré » : de quel encadrement parle-t-on, et qu'est-ce qui réduit vraiment le taux d'effort ?
Le tableau précédent montre que l'Allemagne, pays le plus locataire d'Europe, a le plus faible taux de surcharge parmi ses locataires du privé. Cela paraît contredire ce que dit ailleurs ce document sur l'encadrement des loyers en France. Il n'y a pas de contradiction, mais il y a deux dispositifs très différents qu'on désigne par le même mot.
1. L'encadrement de l'évolution des loyers — issu de la loi de 1989 et reconduit par décret annuel. Portée large : toutes les zones tendues, soit 28 agglomérations et environ 1 150 communes. Il plafonne la hausse à la relocation et au renouvellement sur l'indice de référence des loyers. Il ne dit rien du niveau du loyer.
2. L'encadrement du niveau des loyers — expérimentation issue de la loi de 2018. Le préfet fixe par secteur un loyer de référence, un plafond majoré de 20 % et un plancher minoré de 30 %. Portée étroite et volontaire : Paris depuis juillet 2019, Lille depuis mars 2020, Plaine Commune et Est Ensemble en Seine-Saint-Denis, Lyon et Villeurbanne depuis 2021, Bordeaux et Montpellier depuis 2022, Grenoble, Marseille, le Pays basque, et les outre-mer depuis juin 2025.
Ce second dispositif est largement inappliqué. Le taux de non-conformité constaté est de 33 % des annonces à Paris en 2023 — une annonce sur trois — et de 28 % en moyenne sur l'ensemble des villes encadrées en 2024. Le dépassement moyen sur les dossiers sanctionnés à Paris est de 166 € par mois, soit 4 172 € de trop-perçu par dossier. Et les sanctions sont dérisoires : 15 amendes administratives à Paris sur 2023-2025, pour 67 909 € au total. L'effet mesuré est réel mais modeste : une modération de la croissance des loyers parisiens de 5,2 % sur 2019-2024, montant à 8,2 % en 2024 et 13,1 % pour les studios.
Alors qu'est-ce qui explique réellement les taux d'effort ?
Trois facteurs, par ordre d'importance décroissante.
- Les aides personnelles au logement — le facteur dominant, et il est méthodologique autant qu'économique. L'indicateur européen de surcharge est calculé net des aides au logement, au numérateur comme au dénominateur : une allocation de 300 € sur un loyer de 700 € fait compter un coût de logement de 400 €. Les aides françaises réduisent donc directement et mécaniquement le taux d'effort mesuré. C'est le seul mécanisme qui joue sur tout le territoire, pour des millions de ménages, et directement sur l'indicateur.
- Le parc social — et son effet est ambigu. Le logement social représente 17 % du parc en France, 17 % au Royaume-Uni, 38 % aux Pays-Bas et 3 % en Allemagne. Il abaisse le taux d'effort de ses propres occupants. Mais l'exemple néerlandais montre qu'il peut dégrader la statistique du secteur privé : un parc social très large capte les ménages modestes et laisse au privé une population résiduelle solvable mais logée cher — d'où les 43,9 % de surcharge des locataires privés néerlandais, le pire d'Europe, dans le pays au plus grand parc social. Cet effet de composition joue en sens inverse de l'intuition.
- La modération des prix depuis 2011, qui a limité la dérive des loyers de relocation — voir le graphique ci-dessous.
Et l'Allemagne ? Son encadrement est d'une autre nature : le Mietspiegel est un loyer de référence local juridiquement opposable, la hausse en cours de bail est plafonnée, et le dispositif s'applique de longue date sur un parc locatif privé qui représente la moitié du logement du pays. La combinaison d'un parc locatif privé très large — donc concurrentiel — et d'une référence de prix opposable produit un résultat que ni un petit parc social ni un encadrement expérimental et peu sanctionné ne peuvent reproduire.
Une conclusion à formuler nettement : le faible taux d'effort des locataires français ne vient pas de l'encadrement des loyers. Il vient d'abord du budget — les aides personnelles au logement — et ensuite du parc social. C'est un choix de politique publique différent, avec un coût budgétaire et non réglementaire.
Le décrochage prix-revenus, en comparaison internationale
Prix des logements rapportés au revenu disponible
Indice, base 100 en 2015. Il s'agit d'une évolution, pas d'un niveau : deux pays à 100 en 2015 peuvent avoir des niveaux d'accessibilité très différents.
OCDE, base des prix de l'immobilier, ratio prix des logements sur revenu disponible par habitant, indice base 100 en 2015. Il s'agit d'une évolution, pas d'un niveau : deux pays à 100 en 2015 peuvent avoir des niveaux d'accessibilité très différents.
| Indice prix / revenu, base 100 en 2015 | 2000 | 2010 | 2024 | 2000→2024 |
|---|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | 71,1 | 99,7 | 105,9 | +48,9 % |
| Portugal | 134,8 | 106,9 | 147,3 | +9,2 % |
| Espagne | 80,6 | 134,7 | 115,7 | +43,6 % |
| France | 67,5 | 103,7 | 93,6 | +38,6 % |
| Pays-Bas | 107,8 | 120,1 | 130,5 | +21,1 % |
| États-Unis | 106,3 | 99,6 | 128,1 | +20,5 % |
| Italie | 84,5 | 119,0 | 87,0 | +3,0 % |
| Allemagne | 116,5 | 93,8 | 105,0 | −9,9 % |
Eurostat ilc_lvho07c et ilc_mded01, 2024 ; OCDE, indicateurs analytiques des prix des logements ; ministère de la Transition écologique, page « Encadrement des loyers » ; Ville de Paris, expertise des collectivités sur l'encadrement des loyers, juin 2025 ; Banque des Territoires d'après la définition harmonisée de l'OCDE pour le parc social.
Pourquoi les prix ont-ils décroché des revenus ?
Prix des logements, quatre pays
Indice, base 100 en 2015. Prix nominaux.
Eurostat, prc_hpi_a, indice des prix des logements, prix nominaux, base 100 en 2015 ; complété par l'OCDE pour les États-Unis.
Le ratio prix / revenu, lui, a bien décroché. L'indice Friggit (prix des logements anciens rapporté au revenu par ménage, base 1 en 2000) atteint 1,55 pour la France entière au 3ᵉ trimestre 2024 — 1,98 à Paris, 1,58 en Île-de-France, 1,52 en province. Le pic de la série se situe en 2007. L'IGEDD résume : « par rapport au revenu par ménage, le prix des logements s'est envolé de 2002 à 2007 puis a lévité ».
Le moteur principal identifié par l'IGEDD : les conditions financières — baisse des taux d'intérêt et allongement des crédits, de 15 ans au début des années 2000 à plus de 20-25 ans — qui ont accru la capacité d'emprunt sans que les revenus suivent. Sur ce socle de crédit bon marché, une offre contrainte dans les zones tendues a fait que l'ajustement s'est fait par les prix et non par le volume construit.
Construit-on assez ? Et où sont les logements vacants ?
La construction s'est effondrée d'environ un tiers depuis 2022, très loin de l'objectif de 400 000 logements par an.
Sur la vacance : 3,1 millions de logements vacants en 2023, soit 8,2 % du parc, contre 1,9 million en 1990. Le point essentiel est géographique : la vacance est concentrée dans les territoires en déprise (Creuse 15,9 %, Martinique 16,1 %) et faible dans les zones tendues (moins de 7 % à Nantes, 3,1-3,3 % en Corse). Les logements vacants ne sont pas un gisement disponible là où la crise est la plus aiguë.
De quelle fiscalité du logement parle-t-on ?
Le chiffre vient du Conseil des prélèvements obligatoires (rattaché à la Cour des comptes), Pour une fiscalité du logement plus cohérente, décembre 2023 : « la fiscalité du logement s'élève à 92 Md€ en 2022, soit 3,5 % du PIB et près de 8 % des prélèvements obligatoires ».
| Impôt (2022) | Md€ | Bloc |
|---|---|---|
| Taxe foncière sur les propriétés bâties | 25,5 | Détention |
| Droits de mutation à titre onéreux (« frais de notaire ») | 16,8 | Transaction |
| Droits de succession et de donation | 11,2 | Transmission |
| Impôt sur le revenu foncier + prélèvements sociaux | 8,3 | Revenus |
| Taxe d'habitation sur les résidences secondaires | 2,8 | Détention |
| Imposition des plus-values immobilières | 2,8 | Cession |
| Impôt sur la fortune immobilière | 2,1 | Détention |
| Taxe d'aménagement | ≈ 1,1 | Production |
| TVA sur les terrains à bâtir | < 1 | Production |
| Taxe sur les logements vacants | ≈ 0,08 | Détention |
| Sous-total identifié | ≈ 71,7 | sur 92 Md€ |
| Par bloc | Md€ | Part |
|---|---|---|
| Détention (foncier, THRS, IFI, TLV) | ≈ 30,6 | 43 % |
| Transactions et transmissions (DMTO, successions, plus-values) | ≈ 30,8 | 43 % |
| Revenus locatifs | ≈ 8,3 | 12 % |
| Production et construction | ≈ 2,1 | 3 % |
Cour des comptes, travaux sur la fiscalité du logement ; DGFiP pour les rendements par impôt, données 2022. Le regroupement par bloc — détention, transaction, revenus locatifs — est notre reconstitution : l'administration ne publie pas cet agrégat sous cette forme.
L'écart au total de 92 Md€ vient principalement de la TVA au taux normal sur la construction neuve, que le rapport n'isole pas.
Le cœur doctrinal du rapport tient dans une recommandation : basculer la charge de la transaction vers la détention. Les chiffres en donnent la mesure — la France taxe autant la mutation (30,8 Md€) que la détention (30,6 Md€), ce qui décourage la mobilité résidentielle. Les droits de mutation à 5,81 % sont parmi les plus élevés d'Europe, tandis que la taxe foncière repose sur des valeurs cadastrales obsolètes qui sous-évaluent les biens dans les communes les plus recherchées — un effet régressif.
Combien coûte la politique du logement ?
| Aides publiques (2024) | Md€ |
|---|---|
| Total | 43,1 |
| — APL | 15,9 |
| — Avantages fiscaux | 13,0 |
| — MaPrimeRénov' | 1,9 |
| — Prêt à taux zéro | 1,9 |
SDES, Compte du logement, ministère de la Transition écologique, données 2024. Le compte du logement additionne des aides de nature hétérogène — prestations, avantages fiscaux, taux réduits, garanties — dont l'incidence économique n'est pas identique.
À mettre en regard, et rarement fait : le logement rapporte 92 Md€ à la puissance publique et lui coûte 43 Md€ d'aides. Le solde est largement positif pour les finances publiques.
Les APL font-elles monter les loyers ?
Oui, au moins partiellement — c'est l'un des résultats les mieux établis de l'économie du logement française, et il est rarement admis dans le débat.
Gabrielle Fack (2005-2006) montre qu'une hausse des aides se traduit en grande partie par une hausse des loyers plutôt que par une amélioration du taux d'effort, en particulier là où l'offre est peu élastique. Une étude Insee de 2014, exploitant les zones de barème comme quasi-expérience naturelle, trouve des loyers 5,3 % plus élevés dans les zones à aide plus généreuse, sans effet perceptible sur la quantité ou la qualité de l'offre. Elle situe la fourchette internationale de captation entre 60 % et 80 % de l'aide absorbée par les prix.
Des travaux ultérieurs nuancent l'ampleur selon les segments. Mais aucune étude ne conclut à une captation nulle : le désaccord porte sur l'ampleur, pas sur l'existence de l'effet.
Encadrer les loyers, ça marche ?
À Paris, l'évaluation de l'Apur (juin 2025) mesure une réduction des loyers d'environ 5,2 % par rapport au contrefactuel sur 2019-2024, avec un effet croissant, soit environ 80 € par mois. Mais le contournement est massif : 43,2 % des annonces dépassaient le plafond en 2023-2024 (51 % pour les meublés, 68,8 % pour les moins de 18 m²).
À Berlin, le Mietendeckel a été annulé en 2021 par la Cour constitutionnelle — pour un motif de compétence, non économique. L'expérience s'est arrêtée avant tout bilan.
À San Francisco, Diamond, McQuade et Qian montrent le résultat le plus inconfortable pour les deux camps : à court terme le contrôle protège les locataires en place, à long terme il réduit l'offre locative.
Comment faire baisser durablement les prix de 15 % ?
Trois leviers relativement établis, chacun avec ses perdants — que toute proposition honnête doit nommer.
- Desserrer la contrainte foncière et relancer la construction en zone tendue. Accord le plus large parmi les économistes. Effet lent (plusieurs années), heurté à l'acceptabilité locale et au ZAN. Perdants : maires et riverains.
- Réformer la fiscalité — baisser les droits de mutation, réévaluer les valeurs locatives. Effet plus certain sur la liquidité du marché que sur le niveau des prix. Perdants : détenteurs de niches fiscales, propriétaires de résidences secondaires.
- Un crédit plus cher ou plus contraint. Le canal le plus mécaniquement puissant — on en a observé l'effet depuis 2022. Mais il pénalise directement l'accession des jeunes sans apport. Perdants : primo-accédants, propriétaires-vendeurs.
Pourquoi les jeunes accèdent-ils moins à la propriété ?
Le paradoxe d'abord : 57,7 % des ménages sont propriétaires en 2021, taux quasi stable depuis 1998 — et les moins de 40 ans sont légèrement plus souvent propriétaires qu'il y a vingt ans.
Mais cette progression tient à l'endettement et concerne surtout les jeunes ménages aisés : elle masque une polarisation accrue. Indice décisif : parmi les propriétaires actuels, 62,2 % sont sans emprunt en cours — souvent via héritage ou donation. L'accès passe de plus en plus par un capital préalable plutôt que par le revenu courant.
Éducation et mobilité sociale
Le problème n'est pas le montant dépensé mais sa répartition. Et sur les enseignants, rapporter le salaire au temps de travail n'atténue pas l'écart : il l'aggrave.
Combien dépense-t-on par élève, et à quel niveau ?
| 2022, $ PPA par élève | Primaire | Secondaire | Supérieur | Tous niveaux | % du PIB | Ratio secondaire/primaire |
|---|---|---|---|---|---|---|
| France | 11 326 | 15 796 | 21 745 | 15 691 | 5,37 | 1,39 |
| Allemagne | 13 190 | 18 214 | 23 596 | 18 212 | 4,34 | 1,38 |
| Royaume-Uni | 15 036 | 15 972 | 35 638 | 19 228 | 6,01 | 1,06 |
| Finlande | 12 586 | 14 395 | 20 718 | 15 193 | 5,20 | 1,14 |
| Estonie | 11 811 | 10 181 | 19 176 | 12 470 | 4,47 | 0,86 |
| Lettonie | 7 873 | 8 979 | 12 602 | 9 342 | 3,78 | 1,14 |
| Pologne | 12 116 | 10 098 | 16 139 | 11 663 | 4,11 | 0,83 |
| Corée du Sud | 19 906 | 25 469 | 14 812 | 19 963 | 5,63 | 1,28 |
| Japon | 10 524 | 13 034 | 21 742 | 14 069 | 3,74 | 1,24 |
OCDE, Regards sur l'éducation 2025, dépense annuelle par élève dans les établissements publics et privés, en dollars à parité de pouvoir d'achat, données 2022 (dernier millésime disponible pour cet indicateur). Le périmètre inclut les pensions des enseignants au taux de cotisation propre à chaque pays, ce qui affecte la comparaison — point traité dans la fiche dédiée de cette section.
Le niveau de dépense français n'est pas le problème : 15 691 $ par élève tous niveaux, 5,37 % du PIB — au-dessus de l'Estonie, de la Pologne et de la Lettonie, et un peu en dessous de l'Allemagne.
La structure l'est. Le ratio secondaire/primaire est de 1,39 en France contre 0,86 en Estonie et 0,83 en Pologne. La France sous-dote son école primaire — exactement le niveau où les écarts se forment — et sur-dote son secondaire. Le Conseil d'analyse économique chiffre l'écart : primaire français 11 % sous la moyenne OCDE, secondaire 13 % au-dessus.
Les cas de référence demandés. L'Estonie obtient les meilleurs scores PISA d'Europe avec 21 % de dépense par élève en moins que la France et 4,47 % du PIB contre 5,37 %. Singapour, système très performant, dépense environ 2,2 % de son PIB en éducation publique — mais son périmètre statistique n'est pas comparable à celui de l'OCDE, et il n'apparaît dans aucune série financière de l'OCDE.
La contradiction apparente : on dépense moins par élève et plus en part du PIB. Comment est-ce possible ?
Les deux affirmations circulent, elles sont exactes toutes les deux, et elles paraissent s'exclure. L'arithmétique les réconcilie sans difficulté.
dépense d'éducation ÷ PIB = (dépense par élève ÷ PIB par habitant) × (nombre d'élèves ÷ population)
Le premier terme est l'effort par élève relatif à la richesse du pays. Le second est le poids démographique de la jeunesse. Un pays peut donc dépenser peu par élève et beaucoup en part du PIB s'il a beaucoup de jeunes, ou un PIB par habitant faible, ou les deux.
| Dépense par élève (SPA, 2022) | PIB / hab. (SPA, 2024) | = effort relatif par élève | × part des moins de 20 ans | = dépense / PIB reconstituée | Constatée | |
|---|---|---|---|---|---|---|
| France | 8 151 | 39 294 | 0,207 | 23,1 % | 4,79 % | 5,1 % |
| Allemagne | 10 363 | 46 387 | 0,223 | 18,7 % | 4,18 % | 4,5 % |
| Italie | — | 39 069 | — | 17,1 % | — | 4,0 % |
| UE-27 | — | 39 982 | — | 20,0 % | — | — |
Contrôle : le rapport France/Allemagne reconstitué est de 1,146, le rapport constaté de 1,133 — écart de 1,1 %. L'identité est vérifiée ; le petit décalage vient de ce que la part des moins de 20 ans ne capte pas les étudiants du supérieur, et que le périmètre comptable est un peu plus large que la collecte éducative.
La démonstration est nette : la France dépense moins par élève relativement à sa richesse que l'Allemagne (0,207 contre 0,223) et pourtant plus en part du PIB (5,1 % contre 4,5 %). L'intégralité de l'écart vient du terme démographique : 23,1 % de moins de 20 ans en France contre 18,7 % en Allemagne, soit +23,5 % de jeunes en proportion.
Un corollaire qui va à contre-courant du discours habituel : l'écart de dépense observé (+13,3 % en points de PIB) est inférieur à ce que la seule démographie justifierait (+23,5 %). À structure démographique allemande, la France dépenserait moins en part du PIB que l'Allemagne. Et cet effet va se retourner : la natalité française ayant fortement reculé depuis 2010, le nombre d'élèves diminue déjà, et le ratio dépense sur PIB baissera mécaniquement dans les prochaines années — sans qu'aucune décision politique n'ait été prise.
Les trois explications, vérifiées une à une
| Hypothèse | Verdict | Ampleur |
|---|---|---|
| a. La France a plus d'élèves | Confirmé — c'est le facteur dominant | 23,1 % de moins de 20 ans contre 18,7 % en Allemagne, 18,7 % en Espagne, 17,1 % en Italie, 20,0 % dans l'UE-27 |
| b. L'effort porte sur le secondaire plus que sur le primaire | Confirmé — le ratio le plus déséquilibré des pays mesurés | Rapport secondaire supérieur / primaire : France 1,47, Espagne 1,36, Allemagne 1,24, Pays-Bas 1,14, Finlande 0,97, Italie 0,92 |
| c. Les comptes intègrent les retraites | Confirmé, et la collecte internationale les inclut aussi | Retraitement ≈ 10 % — 9,4 % sur le primaire, 9,5 % sur le secondaire, 6,5 % sur le supérieur |
Sur le point b, le détail est instructif : le rapport collège sur primaire est de 1,21 en France contre 1,23 en Allemagne — quasi identique. Le déséquilibre français se joue donc au lycée, pas au collège. Le primaire français est à 6 731 unités de pouvoir d'achat par élève, l'avant-dernier rang des pays mesurés, tandis que son secondaire supérieur (9 915) dépasse la moyenne européenne de 19,5 %.
Sur le point c, la règle de la collecte internationale est explicite et vaut d'être citée : les pays dont le régime de retraite des enseignants est non capitalisé ou partiellement capitalisé — cas de la France — doivent imputer ces dépenses afin d'obtenir « un coût d'emploi du personnel internationalement plus comparable ». Le problème n'est donc pas que la France inclut les retraites et pas les autres : c'est que le taux imputé français (74,3 %, désormais 78,3 % puis 82,3 %) n'est pas un taux de cotisation d'équilibre, mais un taux qui compense en outre le déséquilibre démographique propre à la fonction publique d'État.
L'estimation du retraitement
| Grandeur | Publié | Corrigé | Écart |
|---|---|---|---|
| Taux de cotisation employeur, fonctionnaires civils d'État | 74,3 % | 34,7 % (taux d'équilibre) | −39,6 points |
| Mission « Enseignement scolaire », 2023 | 81,3 Md€ | 70,7 Md€ | −13,0 % |
| Dépense par élève du primaire, 2023 | 8 450 € | 7 726 € | −8,6 % |
| Dépense d'éducation, % du PIB, 2023 | 5,0 % | 4,6 % | −0,4 point |
| Moyenne européenne, pour repère | — | 4,7 % | la France passe en dessous |
La réponse à « 5 %, 10 % ou 40 % ? » est donc : environ 10 %. Pas 5 %, parce que la surévaluation est réelle et mesurable ; pas 40 %, parce que la masse brute des pensions dans la dépense d'éducation (≈ 15 % de la fonction enseignement, 27,5 % du budget du ministère) n'est pas la bonne mesure — l'essentiel de cette masse correspond à une dépense de retraite réelle qui existerait sous n'importe quelle convention.
Conséquence sur le classement international : corrigée, la dépense d'éducation française passe sous la moyenne européenne, et sa dépense par élève du primaire la place dans le quart inférieur de l'OCDE. Le Conseil d'analyse économique souligne toutefois qu'il ne s'agit d'aucune économie : c'est un pur effet de consolidation comptable, sans effet sur le solde public. Les pensions restent dues.
Eurostat educ_uoe_fine09 (dépense publique par élève en standards de pouvoir d'achat, 2022), nama_10_pc, demo_pjanind et gov_10a_exp ; IPP, Retraites des fonctionnaires d'État : faut-il changer la convention comptable ?, 2025 ; Conseil d'analyse économique, Focus n° 121, septembre 2025 ; Eurostat, Comparison of key concepts between the UOE framework and the National Account framework, 2023.
Les dépenses d'éducation incluent-elles les retraites des enseignants ?
Excellente question, et la réponse tient sur pièce.
La collecte UOE (UNESCO-OCDE-Eurostat) comporte un questionnaire sur la nature de la dépense, dont la nomenclature comprend une ligne dédiée : CUR_RET — « dépense courante pour les pensions de retraite », sœur de la ligne CUR_LC « salaires », toutes deux agrégées dans la compensation du personnel.
Les pensions ne sont donc pas un ajout optionnel ni un artefact français : elles font partie du périmètre standard de la dépense d'éducation dans toutes les comparaisons internationales.
Ce que déclare la France
| France 2022, établissements publics | M€ | Statut OCDE |
|---|---|---|
| Compensation totale du personnel | 85 202 | valeur normale |
| dont compensation des enseignants | 56 773 | valeur normale |
| dont salaires | non déclaré | K — incluse dans une autre catégorie |
| dont pensions de retraite | non déclaré | K — incluse dans une autre catégorie |
La France ne déclare pas ses pensions séparément, mais l'OCDE code explicitement cette case « donnée incluse dans une autre catégorie ». Le code « K » signifie « incluse ailleurs », et non « non disponible ». Autrement dit : la dépense de pension française est bien dans les 85,2 Md€ — mais elle n'est pas isolable.
Combien pèsent les pensions chez ceux qui les déclarent ?
| 2022 | Part des pensions dans la masse salariale éducative |
|---|---|
| Royaume-Uni | 33,0 % |
| Allemagne | 15,3 % |
| Finlande | 15,0 % |
| Estonie | 15,0 % |
| Pologne | 13,2 % |
| Corée du Sud | 10,1 % |
| France | non isolable |
Le poste représente couramment 10 à 15 % de la masse salariale éducative, et jusqu'à 33 % au Royaume-Uni — dont le régime de retraite enseignant est non capitalisé avec un taux de cotisation employeur très élevé.
Conclusion en trois points. D'abord, l'affirmation selon laquelle la France « gonflerait » sa dépense d'éducation en y mettant les pensions est fausse en principe : tous les pays le font, c'est la norme méthodologique. Ensuite, le fait que la France ait beaucoup d'enseignants fonctionnaires ne la place pas hors norme — le Royaume-Uni, la Finlande et l'Estonie ont aussi des régimes publics lourds, et le britannique pèse deux fois plus. Enfin, ce qui est spécifique à la France, c'est l'opacité de la ventilation : impossible de savoir combien, donc impossible de retraiter la comparaison.
OCDE, base UOE-FIN, structure DSD_EAG_UOE_FIN v3.2 et données 2022, consultées le 29 août 2026.
Combien d'enseignants pour combien d'élèves ? La mesure physique, indépendante des prix
La dépense par élève mélange trois choses : les salaires, le temps d'enseignement et le nombre d'enseignants. Le taux d'encadrement isole la troisième — c'est une mesure physique, insensible aux niveaux de prix et aux conventions comptables sur les retraites. C'est donc le meilleur test de la question « la France investit-elle vraiment moins ? ».
Élèves par enseignant et taille moyenne des classes, primaire
2023-2024, public et privé confondus. Dans les deux cas, plus la barre est courte, mieux c'est.
OCDE, Regards sur l'éducation 2025, tableaux D2.1 (taille moyenne des classes) et D2.3 (ratio élèves-enseignant), enseignement primaire, année scolaire 2023-2024, public et privé confondus. Les deux indicateurs ne viennent pas de la même collecte : la taille de classe ne compte que les élèves suivant un programme commun et exclut l'enseignement en sous-groupes, tandis que le ratio rapporte les effectifs à l'ensemble du personnel enseignant en équivalent temps plein.
| Élèves par enseignant, public et privé | Préprimaire | Primaire | Collège | Lycée | Supérieur |
|---|---|---|---|---|---|
| France | 21,6 | 17,9 | 14,7 | 11,5 | 14,7 |
| Allemagne | 7,1 | 15,2 | 12,9 | 11,9 | 10,9 |
| États-Unis | 16,0 | 13,7 | 14,3 | 15,2 | 13,0 |
| Royaume-Uni | 33,2 | 19,5 | 17,0 | — | 13,6 |
| Singapour | — | ≈ 15 | ≈ 12 | — | — |
| Corée du Sud | 11,6 | 16,1 | 13,8 | 11,5 | — |
| Japon | 10,6 | 14,7 | 12,5 | 11,2 | — |
| Italie | 11,1 | 10,5 | 10,4 | 10,6 | 19,5 |
| Espagne | 10,6 | 11,9 | 10,7 | 9,6 | 12,1 |
| Pays-Bas | 16,0 | 16,3 | 15,6 | 16,4 | 13,0 |
| Finlande | — | 12,0 | 9,2 | 17,4 | 16,3 |
| Estonie | 8,3 | 11,9 | 10,3 | 16,2 | 9,7 |
| Pologne | 12,9 | 13,0 | 9,5 | 11,9 | 12,8 |
| Moyenne OCDE | 13,2 | 14,0 | 12,9 | 12,7 | 15,3 |
| Moyenne UE-27 | — | 13,3 | 11,7 | 11,3 | — |
Le ratio élèves par enseignant rapporte les effectifs à tous les enseignants — y compris décharges, remplaçants et temps partiels. La taille moyenne de classe compte les élèves physiquement présents dans une salle. Un pays peut avoir un bon ratio et des classes chargées si ses enseignants enseignent peu d'heures devant élèves.
Le rapport entre les deux le mesure : France 1,20 au primaire et 1,76 au collège, contre 1,42 et 1,73 en moyenne OCDE, 1,39 et 1,81 en Allemagne, 1,80 et 2,55 au Japon, 2,27 et 2,75 à Singapour. Autrement dit, la France utilise ses enseignants davantage devant élèves que la moyenne, pas moins.
Pourquoi le Japon a peu d'élèves par enseignant et des classes chargées
C'est la question la plus contre-intuitive de tout le dossier, et la réponse n'est pas celle qu'on suppose spontanément : au Japon, il n'y a pas deux adultes dans la salle. Une classe ordinaire d'école primaire japonaise, c'est un maître, une salle, 26 à 27 élèves, davantage qu'en France. La co-intervention systématique n'existe pas.
L'écart vient d'ailleurs : le numérateur et le dénominateur des deux indicateurs ne portent pas sur les mêmes personnes ni sur les mêmes élèves. Le ratio élèves-enseignant compte tous les enseignants du pays ; la taille de classe ne regarde que les groupes-classes ordinaires. Tout enseignant rémunéré qui n'a pas la charge d'un groupe-classe ordinaire améliore le premier indicateur sans toucher au second.
Le rapport des deux mesures a un sens physique exact :
taille moyenne de classe ÷ ratio élèves-enseignant = enseignants rémunérés par groupe-classe ordinaire
Ce nombre n'est pas « le nombre d'adultes dans la salle ». C'est le nombre d'enseignants payés pour chaque groupe-classe, tous usages confondus : celui qui fait cours, plus tous les autres.
| Primaire, 2023-2024 | Élèves / enseignant | Élèves / classe | Enseignants par groupe-classe |
|---|---|---|---|
| Singapour | ≈ 15 | 33,6 | 2,27 |
| Japon | 14,7 | 26,4 | 1,80 |
| Espagne | 11,9 | 20,9 | 1,76 |
| Italie | 10,5 | 17,9 | 1,70 |
| Finlande | 12,0 | 18,7 | 1,56 |
| États-Unis | 13,7 | 20,1 | 1,47 |
| Moyenne OCDE | 14,0 | 20,0 | 1,43 |
| Allemagne | 15,2 | 21,1 | 1,39 |
| Pologne | 13,0 | 18,0 | 1,38 |
| Pays-Bas | 16,3 | 22,5 | 1,38 |
| Royaume-Uni | 19,5 | 26,0 | 1,33 |
| Corée du Sud | 16,1 | 20,9 | 1,30 |
| France | 17,9 | 21,6 | 1,20 |
Calcul à partir de OCDE, Regards sur l'éducation 2025, tableaux D2.1 et D2.3.
La France est le pays de la liste où un groupe-classe mobilise le moins d'enseignants rémunérés : 1,20 contre 1,43 en moyenne et 1,80 au Japon. À nombre d'élèves par classe presque identique (21,6 contre 21,1 en Allemagne, 20,0 en moyenne OCDE), la France emploie donc nettement moins de monde autour de la classe.
L'explication par le temps d'enseignement ne marche pas
L'explication qu'on lit le plus souvent est celle du temps de service : si les enseignants d'un pays enseignent peu d'heures devant élèves alors que les élèves reçoivent beaucoup d'heures de cours, il faut mécaniquement plus d'enseignants par classe. La formule attendue est taille de classe ≈ ratio × (heures d'instruction reçues ÷ heures d'enseignement dues). Appliquée aux chiffres réels, elle prédit environ 1,0 pour presque tous les pays — et n'explique donc rien.
| Primaire, heures annuelles | Instruction reçue par l'élève | Enseignement dû par l'enseignant | Rapport | Enseignants par classe observé |
|---|---|---|---|---|
| Japon | 768 | 742 | 1,04 | 1,80 |
| France | 864 | 900 | 0,96 | 1,20 |
| Moyenne OCDE | 804 | 784 | 1,03 | 1,43 |
Le Japon, dont on cite volontiers les journées de travail interminables, enseigne 742 heures par an au primaire, moins que la moyenne OCDE (784 h) et bien moins que la France (900 h) — mais l'écart est trop petit pour produire un 1,80. La surcharge horaire japonaise, très réelle, se situe au collège et hors classe : TALIS 2024 mesure 55,1 heures de travail hebdomadaire total pour seulement 17,8 heures d'enseignement et 5,6 heures de clubs sportifs. Au primaire, l'enquête du MEXT sur le temps de travail (2022) mesure 4 h 13 de cours par jour et 3 minutes de clubs : le mécanisme n'y est pas.
Ce qui explique réellement le 1,80 japonais
La cause tient en une phrase : le Japon paie un grand nombre d'enseignants qui n'ont la charge d'aucun groupe-classe ordinaire, et ces enseignants comptent dans le ratio sans jamais apparaître dans la moyenne de taille de classe. Sur 6,05 millions d'élèves du primaire, 424 300 enseignants et environ 219 100 classes ordinaires, la décomposition la plus plausible est la suivante.
| Japon, primaire — enseignants par groupe-classe ordinaire | Contribution |
|---|---|
| Enseignant titulaire du groupe-classe | 1,00 |
| Classes d'enseignement spécialisé (特別支援学級) : ~56 000 classes, 265 700 élèves, plafond légal de 8, moyenne réelle 4,7 — comptées dans le ratio, exclues de la moyenne de taille de classe | + 0,26 |
| Direction : un principal et un adjoint par école, ~19 000 écoles, statut d'enseignant sans classe | + 0,18 |
| Postes surnuméraires (加配) : ~53 000 postes, dont ~33 000 « amélioration des méthodes pédagogiques » — dédoublement, co-intervention ponctuelle, soutien | + 0,10 à 0,15 |
| Infirmières scolaires et diététiciennes, statutairement classées 教員 — estimation | + 0,11 |
| Dispositifs de soutien à temps partagé (通級指導) | + 0,05 |
| Total reconstitué | 1,70 à 1,75 |
Le poste dominant est le premier, et il est purement conventionnel : l'enseignement spécialisé japonais fonctionne en classes séparées de 4 à 5 élèves, dont les enseignants gonflent le numérateur du ratio alors que ni ces élèves ni ces classes n'entrent dans le calcul de la taille moyenne. La convention française est exactement inverse : les élèves d'ULIS sont comptés dans leur classe de référence, ce qui alourdit la taille de classe française et allège son ratio.
La ruralité, souvent invoquée, joue ici à contresens : une école primaire française accueille en moyenne 127 élèves (47 413 écoles, 8 % à classe unique) contre environ 319 au Japon (~19 000 écoles). Le tissu scolaire français est bien plus dispersé, ce qui devrait augmenter le nombre d'enseignants par classe — et pourtant la France est la plus basse.
| France, premier degré — enseignants par groupe-classe ordinaire | Contribution |
|---|---|
| Enseignant titulaire du groupe-classe | 1,00 |
| Brigades de remplacement : 10,9 % des enseignants du premier degré | + 0,13 |
| Décharges de direction, RASED, ULIS, conseillers pédagogiques — non décomposable | + 0,08 |
| Total, 4 054 300 élèves et ~187 700 classes | 1,21 |
Effectifs : DEPP, Repères et références statistiques 2024. Remplacement : Sénat, rapport d'information n° 730, 2025. MEXT, Statistiques scolaires de base 2024. OCDE, Regards sur l'éducation 2025.
Le cas le plus pur est singapourien : 2,27 enseignants par groupe-classe, avec des classes ordinaires de 33,6 élèves. Le ministère de l'Éducation l'assume et l'explique publiquement : « le ratio élèves-enseignant et la taille des classes sont des concepts différents […] les élèves ne suivent pas toutes les matières dans leur classe d'appartenance ». La classe de 34 est une unité administrative ; l'enseignement effectif se fait largement en sous-groupes — Learning Support Programme à 8-10 élèves, remédiation de la dyslexie à 4-6, Design & Technology à 20. Le pays le mieux classé de l'enquête PISA a donc, sur le papier, les classes les plus chargées du monde développé.
Où la France se distingue réellement : le temps
| France | Moyenne OCDE | |
|---|---|---|
| Heures d'instruction reçues par élève, primaire | 864 h | 804 h |
| Heures d'instruction reçues, collège | 973 h | 909 h |
| Jours d'école par an | 180 | 186 |
| Semaines de classe | 36 | 38 |
| Semaines de vacances | 16 | 13,5 |
| Heures d'enseignement statutaires, primaire | 900 h | 738 à 783 h |
| Heures d'enseignement statutaires, collège | 684 à 720 h | 660 à 709 h |
| Heures d'enseignement statutaires, lycée | 684 à 720 h | 607 à 643 h |
Le fait français distinctif n'est pas le nombre d'enseignants — c'est la concentration du temps. Les élèves français reçoivent 60 heures d'instruction de plus que la moyenne au primaire, mais sur six jours d'école de moins. Les journées sont donc nettement plus longues, ce qui est un choix pédagogique discuté et pas un choix budgétaire.
Et au primaire, les professeurs des écoles français enseignent 900 heures par an contre 738 à 783 en moyenne, soit environ 20 % de plus. Le collège et le lycée sont, eux, proches ou légèrement au-dessus de la moyenne.
Ce que cela change à la question de départ
En rapprochant ce bloc de celui sur la dépense, la réponse devient précise et un peu inconfortable.
- La France dépense plus en part du PIB (5,1 % contre 4,5 % en Allemagne) — mais pour des raisons démographiques : elle a 23,1 % de moins de 20 ans contre 18,7 %.
- Elle dépense moins par élève — 8 151 unités de pouvoir d'achat contre 10 363 en Allemagne — et environ 10 % de cet écart est encore masqué par l'inclusion des pensions au taux de cotisation français.
- Et elle a un taux d'encadrement plus dégradé à tous les niveaux de la scolarité obligatoire, avec des classes plus chargées. Le primaire cumule les deux : 17,9 élèves par enseignant contre 14,0 en moyenne OCDE, et 21,6 par classe contre 20,0.
- Ses enseignants du primaire font 20 % d'heures de plus que la moyenne, sur une année scolaire plus courte.
La conclusion honnête est donc : non, la France n'investit pas davantage dans son école. Elle dépense davantage en part du PIB parce qu'elle a plus d'enfants et un PIB par habitant plus faible ; par élève, en enseignants et en taille de classe, elle est en dessous de ses comparables. L'exception est le temps d'instruction, où elle est au-dessus.
Les effectifs français, et le personnel non enseignant
| France, 2024-2025 | Public | Privé sous contrat | Total |
|---|---|---|---|
| Enseignants du premier degré | 323 800 | 43 700 | 367 500 |
| Enseignants du second degré | 389 000 | 96 300 | 485 300 |
| Total enseignants | 712 800 | 140 000 | 852 800 |
| Élèves du premier degré (2023-24) | 5 486 450 | 853 450 — 13,5 % | 6 339 900 |
| Élèves du second degré | 4 465 200 | 1 191 400 — 21,1 % | 5 656 600 |
| Total élèves | 9 951 650 | 2 044 850 — 17,0 % | 11 996 500 |
Sur le personnel non enseignant, un chiffre mérite d'être connu : le ministère compte 353 900 personnels non enseignants pour 852 800 enseignants, soit un ratio de 0,41 — mais les personnels administratifs au sens strict ne sont que 51 757 équivalents temps plein, soit 4,3 % des effectifs, en recul de 21 % entre 2007 et 2022. Rapporté au total, cela représente 6 pour mille contre 20 pour mille au ministère de l'Économie et environ 30 pour mille aux Armées ; le Sénat qualifie le ministère de « largement sous-administré ». Aucune école primaire française n'a de personnel administratif.
L'évolution récente
| France, élèves par enseignant | 2015 | 2019 | 2023 | 2024 |
|---|---|---|---|---|
| Primaire | 19,7 | 18,7 | 18,1 | 17,9 |
| Collège | 14,4 | 14,5 | 14,7 | 14,7 |
Le primaire s'améliore nettement — 1,8 élève de moins par enseignant en neuf ans — mais il faut être précis sur la cause : les effectifs d'élèves reculent démographiquement, ce qui améliore mécaniquement le ratio à effectif enseignant constant. Le collège, lui, se dégrade légèrement, à contre-courant.
Eurostat educ_uoe_perp04 (ratio élèves/enseignant, public et privé), extractions filtrées pays par pays ; OCDE, Regards sur l'éducation 2025, indicateurs D1, D2 et D4, séries « tous établissements » ; ministère de l'Éducation de Singapour, Education Statistics Digest 2024 ; DEPP, Repères et références statistiques 2025 et L'Éducation nationale en chiffres ; Sénat, rapports n° 621 (2023-2024) et n° 649 (2021-2022).
Les salaires enseignants français sont absents de la base de l'OCDE pour le millésime courant : toutes les combinaisons testées — six niveaux de qualification, quatre points de carrière, cinq niveaux d'enseignement, trois millésimes — renvoient une valeur nulle. L'indicateur le plus utile, le salaire enseignant rapporté au salaire moyen des diplômés du supérieur du même pays, est donc indisponible pour la France ; il vaut 0,87 en Allemagne et 0,61 aux États-Unis.
Les heures d'enseignement statutaires ne figurent dans aucun jeu de données interrogeable de l'OCDE : les fourchettes ci-dessus proviennent de sources secondaires de 2019 et 2022, qui divergent entre elles au secondaire (684 contre 720 heures) selon le traitement des heures supplémentaires et des agrégés.
Enfin, aucune source ne permet de comparer internationalement le ratio de personnel non enseignant : l'affirmation d'une France sous-administrée repose sur une comparaison entre ministères français, pas entre pays.
Les élèves étrangers pèsent-ils sur la dépense par élève ?
Le nombre et la part d'élèves de nationalité étrangère, par niveau et par origine européenne ou non, sont donc une donnée non produite en France. Tout chiffre circulant sur ce point ne vient pas de la statistique publique de l'Éducation nationale — il provient soit d'estimations du recensement, soit d'une confusion avec les élèves allophones, qui sont un sous-ensemble bien plus restreint défini par un critère linguistique et non de nationalité. Nationalité, lieu de naissance et allophonie sont trois choses différentes : un élève allophone peut être français, un élève étranger peut être né en France et parfaitement francophone.
Ce qui est mesuré : les élèves allophones nouvellement arrivés
| Année scolaire | Total | Premier degré | Collège | Lycée |
|---|---|---|---|---|
| 2020-2021 | 64 564 | — | — | — |
| 2021-2022 | 77 435 (+20 %) | 35 374 | 31 826 | 10 235 |
| 2022-2023 | 89 500 | 41 000 | 36 300 | 12 200 |
| 2023-2024 | 88 500 | — | — | — |
Mise en perspective : 88 500 élèves allophones sur 12,6 millions, soit 0,7 % des effectifs. Neuf sur dix bénéficient d'un soutien linguistique, majoritairement en unité pédagogique dédiée ; huit sur dix avaient déjà été scolarisés avant leur arrivée en France.
Le surcoût, chiffré par la Cour des comptes
Le surcoût représente +25 à +30 % de la dépense moyenne du premier degré pour les élèves concernés — mais il est temporaire, le dispositif d'accueil étant transitoire, et il concerne 0,7 % des élèves. Rapporté aux 197,1 Md€ de dépense intérieure d'éducation, il pèse moins d'un millième.
La dépense par élève est un quotient — dépense totale divisée par effectifs. Elle ne mesure pas ce que coûte un élève supplémentaire.
Un élève supplémentaire dans une classe existante n'ajoute ni enseignant, ni bâtiment, ni équipement : son coût marginal est proche de zéro, et il fait baisser mécaniquement la dépense par élève — même numérateur, dénominateur plus grand. Cela vaut quelle que soit sa nationalité.
Un élève nécessitant un dispositif d'accueil linguistique a, lui, un surcoût identifiable d'environ 2 700 € par an. C'est le seul effet mesurable, et il ne dépend pas de la nationalité mais de la maîtrise du français.
Et dans le supérieur ?
443 500 étudiants étrangers en 2024-2025, soit près de 15 % de la population étudiante, +17 % en cinq ans. Premières nationalités : Maroc 42 015, Algérie 34 758, Chine 26 327, Italie 22 044, Sénégal 17 722. Par zone : Afrique du Nord et Moyen-Orient 27 %, Europe 26 %, Afrique subsaharienne 26 %.
Sur le bilan économique, deux chiffrages existent et ils diffèrent de 3,5 Md€. L'opérateur public chargé de l'attractivité universitaire calcule un solde net de +1,35 Md€ (5 046 M€ de recettes contre 3 698 M€ de dépenses publiques). Une association de contribuables aboutit à l'inverse à un déficit de 2,18 Md€ par an. Aucune évaluation indépendante n'existe.
Un élément factuel plus solide : les droits d'inscription différenciés s'élèvent à 2 895 € en licence et 3 941 € en master, contre 178 € et 254 € au tarif commun — mais seuls environ 10 % des étudiants extracommunautaires les acquittent effectivement, les universités exonérant massivement. Une université a exonéré 97 % de ses étudiants extracommunautaires. Le rendement d'une application généralisée est annoncé à environ 250 M€ par an.
Réponse du ministère de l'Éducation nationale à la question écrite n° 1650 de l'Assemblée nationale ; DEPP, notes sur les élèves allophones nouvellement arrivés et note d'information n° 25.52 ; Cour des comptes, La scolarisation des élèves allophones, mars 2023 ; Campus France (opérateur public d'attractivité, partie intéressée) ; Contribuables Associés (association militante).
Les résultats se sont-ils dégradés ? La série longue, par pays
PISA mathématiques, 2003-2022
Score moyen. Les séries ne commencent pas toutes en 2003 : l'Estonie entre dans PISA en 2006, Singapour en 2009.
OCDE, enquête PISA, score moyen en mathématiques, cycles 2003 à 2022, via Our World in Data. Les séries ne commencent pas toutes en 2003 : l'Estonie entre dans PISA en 2006, Singapour en 2009.
| Compréhension de l'écrit | 2000 | 2009 | 2018 | 2022 |
|---|---|---|---|---|
| France | 504,7 | 495,6 | 492,6 | 473,9 |
| Allemagne | 484,0 | 497,3 | 498,3 | 479,8 |
| Royaume-Uni | 523,4 | 494,2 | 503,9 | 494,4 |
| Estonie | — | 501,0 | 523,0 | 511,0 |
| Finlande | 546,5 | 535,9 | 520,1 | 490,2 |
| Pologne | 479,1 | 500,5 | 511,9 | 488,7 |
| Singapour | — | 525,9 | 549,5 | 542,6 |
| Sciences | 2006 | 2012 | 2018 | 2022 |
|---|---|---|---|---|
| France | 495,2 | 499,0 | 493,0 | 487,2 |
| Allemagne | 515,6 | 524,1 | 503,0 | 492,4 |
| Estonie | 531,4 | 541,4 | 530,1 | 525,8 |
| Finlande | 563,3 | 545,4 | 521,9 | 511,0 |
| Singapour | — | 551,5 | 550,9 | 561,4 |
Deux lectures qui vont en sens opposé. La baisse française est réelle et ancienne : le décrochage commence dès 2003-2006, bien avant le Covid. Mais elle s'inscrit dans une baisse générale des pays occidentaux — la Finlande, longtemps modèle, perd 56 points en lecture depuis 2000, plus que la France. Ce n'est donc pas une pathologie strictement française.
Ce qui l'est, en revanche : la France part d'un niveau plus bas et n'a jamais connu de phase de redressement, contrairement à la Pologne (2000-2018) ou à l'Estonie. Autres repères : TIMSS 2023 place la France 28ᵉ sur 29 pays en mathématiques en CM1 (484 points contre 524-525 pour les moyennes UE et OCDE). PIRLS (lecture, CM1) : 525 en 2001, 514 en 2021, sous l'Allemagne (524) et l'Angleterre (528).
PISA 2025 n'était pas publié en août 2026 ; les résultats sont attendus vers décembre 2026.
Les enseignants sont-ils bien payés ? Et par rapport à quel temps de travail ?
C'est la question la plus intéressante du thème, parce que l'intuition qu'elle contient — « il faut rapporter au temps de travail » — donne un résultat inverse de celui qu'on attend généralement.
1. Les salaires bruts
| Salaire statutaire, $ PPA, 2022, collège | Début | Après 15 ans | Fin de carrière |
|---|---|---|---|
| France | 37 720 | 43 792 | 62 169 |
| Allemagne | 77 905 | 93 085 | 101 510 |
| Angleterre | 34 732 | 55 726 | 55 726 |
| Moyenne OCDE | 37 628 | 51 613 | 63 332 |
| France / OCDE | 100 % | 85 % | 98 % |
Résultat inattendu : la France est à parité en début et en fin de carrière. Le décrochage est concentré au milieu — 85 % de la moyenne OCDE à 15 ans d'ancienneté, 81 % au primaire. Le problème français n'est pas le niveau des bornes mais la lenteur de la progression.
2. Les heures d'enseignement — la réponse est nette
| Heures d'enseignement annuelles, 2021 | Primaire | Collège |
|---|---|---|
| France | 900 | 720 |
| Moyenne OCDE | 784 | 711 |
| Japon | 750 | 609 |
| Allemagne | 691 | 641 |
| Finlande | 680 | 595 |
| Corée du Sud | 672 | 517 |
| Pologne | 611 | 489 |
| Estonie | 592 | 609 |
Le professeur des écoles français enseigne 900 heures par an, contre 784 en moyenne OCDE (+15 %), 691 en Allemagne (+30 %) et 592 en Estonie (+52 %). L'idée que les enseignants français feraient moins d'heures que leurs homologues est contredite par les données : c'est l'inverse.
3. Le salaire rapporté à l'heure enseignée
| Salaire à 15 ans / heure enseignée | Primaire | Collège |
|---|---|---|
| France | 45,2 $/h | 60,8 $/h |
| Moyenne OCDE | 63,7 $/h | 72,6 $/h |
| Allemagne | 124,0 $/h | 145,3 $/h |
| France / OCDE | 71 % | 84 % |
Rapporter le salaire au temps de travail n'atténue pas l'écart français : il l'aggrave. En brut, le professeur des écoles est à 81 % de la moyenne OCDE ; rapporté à l'heure enseignée, il tombe à 71 %, et à 36 % du niveau allemand.
4. Le meilleur indicateur : le salaire relatif aux diplômés du supérieur
| Salaire enseignant / gains des diplômés du supérieur, 2022 | Ratio |
|---|---|
| France, primaire | 0,64 |
| France, collège | 0,69 |
| Angleterre, collège | 0,92 |
| Moyenne OCDE, collège | 0,93 |
| Allemagne, collège | 1,04 |
C'est le chiffre le plus parlant. Un professeur des écoles français à 15 ans de carrière gagne 36 % de moins qu'un diplômé du supérieur moyen de son pays ; en Allemagne, l'enseignant gagne 4 % de plus. Cet indicateur neutralise le niveau de vie et compare au coût d'opportunité réel du métier — c'est lui qui détermine l'attractivité.
5. Et le temps de travail total ?
| 2021 | France | Allemagne | Moyenne OCDE |
|---|---|---|---|
| Temps de travail statutaire total | 1 607 h | 1 795 h | 1 543 h |
| Présence obligatoire dans l'établissement | 954 h | — | — |
| Heures d'enseignement | 900 h | 691 h | 784 h |
Les 1 607 h correspondent à la durée légale du travail dans la fonction publique française. Point remarquable : sur les 954 h de présence obligatoire, 900 sont de l'enseignement pur — il ne reste que 54 h par an de présence non enseignante. Tout le reste du service (préparation, correction, relation aux familles) s'effectue hors établissement et n'est pas encadré. L'Allemagne déclare un temps total plus élevé (1 795 h) mais un temps d'enseignement plus faible.
6. Et les retraites ?
En euros constants, les salaires enseignants français sont restés quasi stables entre 2015 et 2023 (+1 %) contre +4 % en moyenne OCDE. Le Pacte enseignant (2023) a introduit une revalorisation de 100 à 230 € nets par mois.
OCDE, Education at a Glance, indicateurs D3 (salaires, 2022) et D4 (temps d'enseignement, 2021), via l'API SDMX. Le salaire par heure enseignée est un calcul dérivé.
Quel poids a l'origine sociale ?
À PISA 2022, l'écart de score entre élèves favorisés et défavorisés est de 113 points en France contre 93 en moyenne OCDE — l'un des écarts les plus marqués, et ce constat est répété sur plusieurs cycles successifs.
Sur les grandes écoles, les travaux de l'IPP (Bonneau, Charousset, Grenet, Thebault, 2021) sont sans appel :
Résultat le plus important : cette surreprésentation n'a pas bougé entre 2006 et 2016. Il ne s'agit pas d'une inégalité en voie de résorption mais d'une reproduction sociale stable.
Sur la mobilité, l'OCDE estime qu'il faudrait six générations à un descendant de famille pauvre en France pour atteindre le revenu moyen — l'un des plus mauvais résultats des grands pays développés. Les pays nordiques, l'Australie et le Canada sont en tête ; l'Allemagne, l'Espagne et la Suède en position intermédiaire ; la France, les États-Unis, le Royaume-Uni et l'Italie dans le groupe à mobilité limitée.
Taille des classes, décrochage, insertion
La taille des classes. La littérature prédisait, selon la synthèse de l'IPP (2017), qu'une division par deux (24 → 12 élèves) améliorerait les résultats de 20 à 30 % d'un écart-type. L'évaluation du dédoublement des CP en REP+ a mesuré +8 % en français et +13 % en mathématiques — nettement moins qu'espéré, pour environ 12 000 postes mobilisés. L'effet est réel mais bien inférieur aux prédictions : la taille des classes agit, mais n'est pas le levier le plus rentable par euro dépensé.
Le décrochage. 11,5 % des jeunes présentaient des difficultés de lecture aux évaluations de la Journée défense et citoyenneté en 2018, dont environ la moitié en situation d'illettrisme. Sortants précoces : 8,2 % en 2019.
L'insertion. Enquête Génération 2021 du Céreq : 74 % des jeunes sont en emploi trois ans après la sortie (+6 points par rapport à 2017), mais chez les non-diplômés, moins de la moitié sont en emploi et 40 % au chômage. L'apprentissage est passé d'environ 305 000 contrats en 2017 à 736 000 en 2021.
Niveau de vie, patrimoine et inégalités
La question utile n'est pas « le pouvoir d'achat augmente-t-il ? » mais « lequel ? ». Moyen ou médian, par ménage ou par unité de consommation — les réponses divergent.
Le niveau de vie a-t-il augmenté ?
Oui, mais avec une trajectoire heurtée. Le niveau de vie médian est passé d'environ 20 360 €/an en 1999 à 26 740 € en 2024 (2 228 € par mois pour une personne seule), en euros constants.
Le gain est réel mais très inégalement réparti : deux phases de hausse (1996-2011, 2017-2024) encadrent un long palier 2008-2018. Surtout, le premier décile est resté quasi stable (environ 850 €/mois en 2004 contre 830 € en 2024) quand le dernier décile progressait de 24 %.
Pourquoi les statistiques et le ressenti divergent
1. L'indicateur médiatisé est agrégé. Le « pouvoir d'achat » cité au journal est celui du revenu disponible brut de l'ensemble des ménages — un indicateur macroéconomique qui augmente presque mécaniquement avec la population et le nombre de ménages. Rapporté par unité de consommation, il progresse beaucoup moins, et a même reculé en 2022.
2. Moyenne n'est pas médiane. Le pouvoir d'achat moyen est tiré vers le haut par les hauts revenus ; le médian progresse plus lentement. Dans le privé en 2024, le salaire net moyen est de 2 733 €/mois et le médian de 2 190 € — 19,9 % d'écart. Le « salaire moyen » ne correspond à l'expérience de personne.
3. L'inflation vécue diffère de l'inflation moyenne. Les ménages modestes consacrent une part plus grande de leur budget à l'alimentation et à l'énergie, précisément les postes qui ont le plus augmenté en 2022-2023.
Résultat : une hausse « moyenne » du pouvoir d'achat national peut parfaitement coexister avec une baisse réelle pour une majorité de ménages. Les deux affirmations sont vraies.
Quelle part du budget est contrainte ?
| Dépenses pré-engagées (2011) | Part du revenu disponible |
|---|---|
| Ménages pauvres | 61 % |
| Ménages modestes non pauvres | 39 % |
| Classes moyennes | 31 % |
| Ménages aisés | 23 % |
Insee et DREES, travaux sur les dépenses pré-engagées, données 2011 — dernier millésime disponible pour cette ventilation par niveau de vie. La notion de dépense « pré-engagée » (logement, assurances, abonnements, remboursements de crédits) est une convention statistique, pas une catégorie juridique.
Entre 2001 et 2011, cette part a augmenté de 7 points pour les seuls ménages pauvres. Logement et énergie représentent 57 % de ces dépenses. Sur très longue période, la part de ces dépenses dans la consommation totale est passée d'environ 12 % en 1960 à environ 29-30 % aujourd'hui, tirée par le logement.
Les classes moyennes ne se sont pas appauvries en niveau absolu — leur niveau de vie a progressé d'environ 16 % depuis le milieu des années 1990 — mais quatre constats vrais expliquent le sentiment inverse : progression plus lente que le dernier décile, décennie de stagnation 2008-2018, dépenses contraintes croissantes, et position de contribuable net (moins bénéficiaires des dispositifs ciblés, tout en supportant l'essentiel de l'IR).
Les inégalités françaises sont-elles fortes ? Et pourquoi l'écart avant impôts est-il si grand ?
| Indice de Gini (2024, Eurostat, échelle 0-100) | France | Allemagne | UE-27 |
|---|---|---|---|
| Avant transferts, pensions incluses dans les transferts | 53,3 | 48,7 | n.d. |
| Avant transferts, pensions exclues | 37,0 | 35,5 | 34,3 |
| Après transferts et impôts | 30,0 | 29,5 | 29,4 |
Eurostat, ilc_di12, indice de Gini du revenu disponible équivalisé, 2024 ; OCDE, Income Distribution Database, pour les Gini avant et après transferts. Le traitement des pensions de retraite est décisif : les compter comme transferts ou comme revenu primaire change l'indice avant redistribution de plus de seize points, comme le montre le tableau.
C'est la question centrale, et la réponse est largement mécanique — pas le signe d'une société plus inégalitaire au départ.
1. Les retraites sont comptées comme un « transfert ». Regardez les deux premières lignes du tableau : le Gini français « avant transferts » passe de 53,3 à 37,0 selon qu'on classe les pensions dans les transferts ou non. Dans un pays où les retraites sont publiques et représentent 14 % du PIB, retirer les pensions du revenu « primaire » produit une armée de retraités à revenu nul — d'où un Gini artificiellement énorme. Aux Pays-Bas, où l'essentiel de la retraite est privé, les pensions comptent comme revenu primaire et le Gini avant transferts paraît bien plus faible. Le même système produit deux chiffres opposés selon la convention comptable.
2. Le taux d'emploi joue dans le même sens. Un pays avec beaucoup de personnes hors emploi — jeunes, seniors, chômeurs — a mécaniquement plus de ménages à revenu primaire faible ou nul. Le faible taux d'emploi français des jeunes (34,4 %) et des seniors (60,3 %) gonfle le Gini avant redistribution.
3. En sens inverse, la redistribution française est réellement puissante. Hors pensions, elle fait passer le Gini de 37,0 à 30,0 — soit 7 points, l'une des réductions les plus fortes de l'OCDE. Le rapport interdécile passe de 21,1 à 6,2.
Conclusion : l'écart avant/après en France mesure deux choses à la fois — une vraie redistribution, et un artefact de comptabilisation des retraites. Citer « la France a les inégalités primaires les plus fortes d'Europe » sans cette précision est trompeur.
Après redistribution, la France est parmi les pays les moins inégalitaires des grandes économies — mais l'indicateur se dégrade : Gini à 30,0 en 2024, maximum depuis le début de la série en 1996. En comparaison (Banque mondiale, échelle différente) : France 31,8, Royaume-Uni 32,4, Allemagne 33,7, États-Unis 41,8.
Peut-on évacuer le problème des retraites ? Oui — et voici ce que devient le classement
Le tableau précédent laisse le lecteur devant une convention comptable insatisfaisante : les pensions y sont traitées comme des transferts, ce qui fait apparaître les retraités avec un revenu « de marché » proche de zéro. Cette convention n'est pas défendable pour juger d'une société. Il existe une correction propre : restreindre la mesure à la population d'âge actif, ce que l'OCDE publie.
| Indice de Gini, 2022 | Marché — population totale | Marché — 18-65 ans | Effet de la correction | Disponible — 18-65 ans | Réduction |
|---|---|---|---|---|---|
| France | 0,524 | 0,438 | −0,086 | 0,299 | −31,7 % |
| États-Unis | 0,512 | 0,472 | −0,041 | 0,389 | −17,5 % |
| Royaume-Uni | 0,512 | 0,462 | −0,050 | 0,363 | −21,3 % |
| Italie | 0,508 | 0,423 | −0,085 | 0,317 | −25,1 % |
| Allemagne | 0,505 | 0,418 | −0,087 | 0,312 | −25,4 % |
| Espagne | 0,480 | 0,414 | −0,066 | 0,312 | −24,6 % |
| Pays-Bas | 0,441 | 0,395 | −0,046 | 0,293 | −25,8 % |
| Suède | 0,439 | 0,372 | −0,067 | 0,283 | −23,9 % |
La démonstration est nette, et elle valide l'intuition. Les trois pays où la correction est la plus forte — France (−0,086), Allemagne (−0,087), Italie (−0,085) — sont exactement les trois grands régimes de retraite par répartition publique. Les trois où elle est la plus faible — États-Unis (−0,041), Pays-Bas (−0,046), Royaume-Uni (−0,050) — sont exactement les trois à forte capitalisation. Le classement de l'ampleur de la correction reproduit le classement du poids de la capitalisation. L'artefact est identifié, mesuré, et il vaut environ 8 points de Gini pour la France.
Ce que la correction change : la France cesse d'être le pays le plus inégalitaire avant redistribution. Elle passe du 1ᵉʳ au 3ᵉ rang, derrière les États-Unis et le Royaume-Uni, et l'ampleur apparente de sa redistribution tombe de −43 % à −32 %.
Ce que la correction ne change pas : même restreinte aux 18-65 ans, la France reste plus inégalitaire avant redistribution que l'Allemagne, l'Italie, l'Espagne, les Pays-Bas et la Suède — et elle conserve la redistribution la plus forte des huit pays. Le constat « inégalités primaires élevées, forte redistribution » survit à la correction, atténué mais non renversé.
Et l'indice se dégrade-t-il ?
| France | 1996 | 2020 | 2022 | 2023 | 2024 |
|---|---|---|---|---|---|
| Gini du revenu disponible | 0,274 | 0,277 | 0,294 | 0,297 | 0,302 |
| Rapport D9/D1 | — | 3,30 | 3,38 | 3,49 | 3,48 |
| Rapport (100−S80)/S20 | — | 4,07 | 4,40 | 4,53 | 4,62 |
| Taux de pauvreté à 60 % du médian | — | — | 14,4 % | 15,4 % | — |
Oui, nettement. Le Gini gagne +0,028 point entre 1996 et 2024, soit +10 %, et 2024 est le niveau le plus élevé de la série. Le taux de pauvreté a bondi de +1,0 point en une seule année entre 2022 et 2023, la plus forte hausse annuelle de la série moderne.
L'explication de l'Insee est un effet de ciseaux, et non une dégradation du marché du travail : d'un côté les ménages modestes perdent du pouvoir d'achat avec l'extinction des mesures exceptionnelles de 2022 — indemnité inflation, chèques énergie exceptionnels, remise carburant — et la volatilité des revenus des indépendants ; de l'autre les ménages aisés gagnent, portés par la remontée des taux d'intérêt et des revenus de placement.
Point à noter, et il nuance le tableau : les inégalités primaires se creusent plus vite que les inégalités finales. Sur la convention de l'Insee, où les pensions comptent comme revenu primaire, le Gini avant redistribution passe de 0,347 en 1996 à 0,373 en 2021 — son plus haut niveau observé — pendant que le Gini après redistribution passe de 0,274 à 0,294. Le système socio-fiscal a en réalité renforcé son pouvoir redistributif : la réduction du rapport D9/D1 est passée de 32 % en 2002 à 42 % en 2021. Il absorbe une part croissante d'un choc croissant.
OCDE, Income Distribution Database, 2022, population totale et tranche 18-65 ans ; Insee, enquête Revenus fiscaux et sociaux ; Insee Première n° 2063, Niveau de vie et pauvreté en 2023.
Ce que possèdent les Français
Combien, réparti comment entre la pierre, l'épargne, les actions et la dette, comment cela se compare en Europe et aux États-Unis, et comment c'est distribué dans la population. Les quatre fiches suivantes détaillent chacun de ces points.
Le patrimoine des Français en un tableau
Les quatre blocs
| Fin 2024 | Md€ | % du patrimoine brut | Ce que c'est |
|---|---|---|---|
| La pierre et les autres actifs réels | 9 967 | 58,4 % | Logements 4 807, terrains bâtis 4 043, autres 1 117. Près de la moitié de la valeur immobilière est du foncier, pas du bâti. |
| L'épargne liquide | 2 108 | 12,4 % | Numéraire, dépôts à vue, livrets. 86,9 % des ménages en détiennent, mais cela ne pèse que 12 % du patrimoine. |
| L'assurance-vie et l'épargne retraite | 2 090 | 12,2 % | Dont environ deux tiers en fonds euros, eux-mêmes investis à près de 58 % en obligations. |
| Les actions et parts de fonds | 2 155 | 12,6 % | Dominées par les actions non cotées — le capital des entreprises familiales — bien plus que par la Bourse. |
| Autres créances et divers | 743 | 4,4 % | Résidu non ventilé par l'Insee. |
| Patrimoine brut | 17 063 | 100 % | — |
| La dette | −2 112 | 12,4 % du brut | Dont 1 286 Md€ de crédits à l'habitat et 221 Md€ de crédits à la consommation. |
| Patrimoine net | 14 953 | — | 76,5 % du patrimoine national net |
Insee, comptes de patrimoine base 2020, Insee Première n° 2081, fin 2024, secteur des ménages y compris entrepreneurs individuels. Ventilation du crédit : Banque de France, Stat Info « Crédits aux particuliers », juin 2026 — champ « particuliers », plus étroit que celui des comptes de patrimoine (voir la fiche sur la dette).
Comparé à l'Europe et aux États-Unis
| Structure du patrimoine brut des ménages | France | Allemagne | Italie | États-Unis |
|---|---|---|---|---|
| Immobilier et actifs réels | 58,4 % | 58,5 % | 52,9 % | 30,2 % |
| Dépôts et épargne liquide | 12,4 % | 15,3 % | 12,4 % | 7,7 % |
| Assurance-vie, fonds de pension, droits à retraite | 12,2 % | 11,4 % | — | 18,0 % |
| Actions, fonds et titres | 12,6 % | 14,8 % | 17,7 % | 40,2 % |
| Dette rapportée au patrimoine brut | 12,4 % | 9,5 % | 8,2 % | 10,5 % |
France : Insee, fin 2024. Allemagne : Bundesbank et Destatis, Sektorale und gesamtwirtschaftliche Vermögensbilanzen, fin 2024. Italie : Banca d'Italia, La ricchezza dei settori istituzionali, fin 2024. États-Unis : Federal Reserve, Financial Accounts Z.1, tableau B.101, T4 2025. Parts calculées par nos soins. L'Espagne, les Pays-Bas, la Belgique et le Royaume-Uni ne figurent pas dans ce tableau : nous n'avons pas trouvé de mesure primaire de leurs actifs non financiers des ménages, et sans dénominateur aucune part n'est calculable. Nous préférons la case vide au chiffre approché.
Les 30,2 % d'actifs réels américains contre 58 % en France ne signifient pas que les Américains sont moins propriétaires. L'écart est réel mais amplifié par la valorisation boursière : le patrimoine brut américain est gonflé par 46 000 Md$ d'actions cotées. C'est le dénominateur qui bouge, pas seulement le numérateur.
Les Français sont-ils vraiment des écureuils ?
Part des dépôts et de l'épargne liquide dans le patrimoine financier
Numéraire, dépôts à vue et livrets, en % des actifs financiers des ménages. Millésimes 2024-2025 selon les pays.
France : Insee, fin 2024. Allemagne : Bundesbank et Destatis, fin 2024. Italie : Banca d'Italia, fin 2024. Espagne : Banco de España, comptes financiers T3 2025 — « au plus bas depuis 30 ans ». Belgique : Banque nationale de Belgique, fin 2025. États-Unis : Federal Reserve, Z.1, T4 2025. Parts calculées par nos soins. Les Pays-Bas et le Royaume-Uni sont absents faute de dénominateur disponible.
En taux de détention, les Français sont massivement en épargne liquide : 86,9 % des ménages détiennent un livret, contre 41,7 % une assurance-vie. En masse, ces livrets ne pèsent que 29,7 % du patrimoine financier. Combien de ménages détiennent, et combien de patrimoine cela représente, sont deux questions différentes — et les livrets dominent écrasamment la première tout en étant minoritaires sur la seconde.
Et actionnaires ?
| Part des actions et parts de fonds dans le patrimoine financier | % | Périmètre |
|---|---|---|
| États-Unis | 53,3 | dont 11,4 points de parts d'entreprises non cotées |
| Belgique | 48,4 | dont 395,6 Md€ de non-coté contre 93,6 Md€ d'actions cotées |
| Allemagne | 35,7 | bloc « titres » unique, titres de créance inclus |
| France | 30,4 | actions et parts de fonds |
| Italie | 29,3 | actions et participations seules |
En poids dans le patrimoine, la France est dans la moyenne européenne — l'écart est bien moindre que ne le suggère le débat public. Mais il faut lire ce tableau avec un avertissement décisif : dans tous ces pays, le bloc est dominé par les actions non cotées, c'est-à-dire le capital des entreprises familiales, pas la Bourse. En Belgique, le non-coté pèse quatre fois les actions cotées. Cette part ne mesure donc pas l'actionnariat populaire, et l'utiliser pour dire que « les Français sont actionnaires à 30 % » serait une erreur de lecture grave. En France, seuls 17,4 % des ménages détiennent des valeurs mobilières, et les actions cotées en direct ne pèsent que 4 % du patrimoine financier.
La répartition dans la population, en trois chiffres
| Début 2024 | Patrimoine brut |
|---|---|
| 30 % des ménages possèdent moins de | 40 100 € |
| Médiane | 205 100 € |
| Seuil des 10 % les mieux dotés | 857 700 € |
| Seuil des 5 % | 1 268 200 € |
| Seuil du 1 % | 3 020 900 € |
Les 10 % les mieux dotés détiennent 48 % de la masse, la moitié la moins dotée 8 %. L'indice de Gini du patrimoine est de 0,652 contre 0,299 pour le niveau de vie : l'inégalité de patrimoine est plus de deux fois celle des revenus. Et la composition change radicalement selon la position : les trois premiers déciles n'ont qu'une voiture et un livret, les déciles 4 à 9 ont un logement, et seul le dernier décile est diversifié.
Insee, enquête Histoire de vie et Patrimoine 2023-2024, Insee Focus n° 371, situation début 2024. La fiche « Combien faut-il posséder pour être dans les 10 % ? » développe cette distribution, sa composition par décile, l'effet d'âge et le poids de l'héritage.
- Le patrimoine français est immobilier à 58 %, et la moitié de cet immobilier est du foncier. Les trois blocs financiers — épargne liquide, assurance-vie, actions — pèsent chacun environ 12 %.
- La France n'est pas une exception européenne, ni sur l'immobilier (58,4 % contre 58,5 % en Allemagne), ni sur l'épargne liquide (29,7 % du patrimoine financier contre 36,9 % en Allemagne). La singularité est américaine : 30 % d'actifs réels et 53 % d'actions.
- La dette des ménages français est modérée et en baisse — 90 % du revenu disponible contre 122 % aux États-Unis et 115 % au Royaume-Uni.
- L'inégalité de patrimoine est plus de deux fois celle des revenus, et elle est structurée par le statut d'occupation bien plus que par le revenu.
La dette des ménages : combien, pour quoi, et comment elle se compare
| Encours de crédit aux particuliers, juin 2026 | Md€ | Part | Croissance annuelle |
|---|---|---|---|
| Crédits à l'habitat | 1 286 | 83 % | +0,2 % |
| Crédits à la consommation | 221 | 14 % | +2,4 % |
| Autres crédits | 36 | 2 % | +18,8 % |
| Total | 1 543 | 100 % | +0,9 % |
L'endettement des ménages, comparé
Dette rapportée au revenu disponible brut, puis au PIB. Fin 2025.
Banque de France, Stat Info « Taux d'endettement des agents non financiers — comparaisons internationales », millésime T4 2025, publié le 21 mai 2026 ; concept de dette des comptes nationaux financiers (crédits consolidés). Contrôle croisé sur Eurostat tec00104 : France 90,9 % en 2024. Les Pays-Bas et la Belgique ne figurent pas dans cette publication et ne sont donc pas représentés.
L'encours de crédit continue de croître, faiblement. Ce qui a changé, c'est le dénominateur : l'inflation de 2022-2023 a gonflé le revenu disponible pendant que la remontée des taux gelait la production de crédit — 128,6 Md€ de production immobilière en 2023 contre 217,9 Md€ en 2022. Le flux net de crédit aux ménages n'a été que de 3 Md€ en 2024. La reprise de 2025 (171,3 Md€, +29,3 %) n'a pas encore inversé le ratio.
Qui est endetté, et à quelles conditions
| France | Valeur |
|---|---|
| Ménages ayant un emprunt en cours | 45,6 % |
| — endettés pour l'immobilier | 30,0 % |
| — endettés pour la consommation | 24,5 % |
| Montant moyen emprunté, 2025 | 193 948 € |
| Durée moyenne à l'octroi | 22,4 ans |
| Taux d'effort moyen à l'octroi | 30,4 % |
| Endettement moyen, en années de revenu | 4,5 |
| Part de la production au-delà du seuil de 35 % | 16,3 % (27,9 % en 2020) |
| Part de la production à taux fixe | 99,6 % |
| Part de l'encours cautionné ou garanti | 97,4 % |
| Primo-accédants dans la production | 43,7 % |
Insee, Insee Focus n° 354, enquête Histoire de vie et Patrimoine 2023-2024 (taux de détention) ; ACPR, Analyses et Synthèses n° 183, « Le financement de l'habitat en 2025 », 30 juillet 2026 (conditions d'octroi).
Taux d'effort maximal 35 % des revenus, assurance comprise. Durée maximale 25 ans, portée à 27 ans avec différé d'amortissement dans certains cas. Marge de flexibilité de 20 % de la production trimestrielle, dont au moins 70 % doit aller à l'acquisition de la résidence principale et au moins 30 % de ce sous-ensemble aux primo-accédants.
Recommandation en décembre 2019, transformée en décision juridiquement contraignante le 29 septembre 2021, applicable au 1er janvier 2022, révisée en juin puis décembre 2023.
Un point de débat, à trancher par le chiffre : la marge de flexibilité n'est pas saturée — 16,3 % de dérogations en 2025 pour un plafond de 20 %. L'argument selon lequel le HCSF « bloquerait » le marché doit être confronté à ce constat.
Une anomalie française : le risque est très bas
L'explication est structurelle : 99,6 % de la production est à taux fixe et 97,4 % de l'encours est cautionné ou garanti. Le risque de taux est porté par les prêteurs, pas par les emprunteurs — contrairement à l'Espagne, historiquement à taux variable, ou au Royaume-Uni, où le taux fixe ne court que deux à cinq ans. Et l'octroi français est adossé au revenu, par le taux d'effort, et non à la valeur du bien : c'est le sens même de la règle du HCSF.
La dette hypothécaire des ménages néerlandais dépasse 800 Md€, soit environ 77 % du PIB — ce seul poste excède l'endettement total des ménages français (59,1 %) et allemands (49,0 %). 59 % des ménages néerlandais ont une dette, le taux le plus élevé de la zone euro, et la quotité de financement peut atteindre 100 % de la valeur du bien.
Le mécanisme est fiscal : la hypotheekrenteaftrek permet de déduire les intérêts d'emprunt du revenu imposable. Tant que la déduction s'opérait au taux marginal supérieur — jusqu'à 52 % — le système subventionnait l'endettement le plus long et le plus élevé possible, et il était rationnel de ne jamais amortir : d'où la prolifération des prêts sans remboursement du capital. La banque centrale néerlandaise recommande explicitement la suppression de cette déductibilité et un plafonnement de la quotité à 90 %.
Où en est la réforme : elle ne supprime pas la déduction, elle plafonne le taux auquel elle s'impute — 37,48 % en 2025, 37,56 % en 2026, contre un taux marginal supérieur de 49,50 %. Le plafond est désormais indexé sur la tranche basse et ne baisse plus. La suppression progressive est arrivée à son terme sans supprimer l'avantage : elle l'a plafonné à environ 37,5 %.
Qui détient le patrimoine ?
| Part du patrimoine détenue par | Insee (enquête, 2021) | WID.world |
|---|---|---|
| Le 1 % le mieux doté | ≈ 15 % | ≈ 25 % |
| Les 10 % les mieux dotés | ≈ 47 % | ≈ 55-60 % |
| La moitié la moins dotée | ≈ 5 % | ≈ 5 % |
Insee, enquête Histoire de vie et Patrimoine 2021 (déclaratif, en ménages ordinaires) et World Inequality Database, profil France (comptes nationaux distributifs). Les deux sources divergent fortement au sommet de la distribution : l'enquête sous-représente les très hauts patrimoines par non-réponse et sous-déclaration, la WID les reconstitue à partir de sources fiscales et de comptes nationaux. Nous donnons les deux plutôt que d'arbitrer.
Les inégalités de patrimoine ont augmenté : Gini de 0,639 (1998) à 0,662 (2021). Et le patrimoine immobilier explique désormais 62 % des inégalités totales de patrimoine, contre 55 % en 1998 — être propriétaire ou locataire explique une part croissante des écarts de richesse.
Patrimoine, épargne, et qui possède les entreprises françaises
Combien vaut le patrimoine des Français
Composition : logements 4 807 Md€, terrains bâtis 4 043 Md€, actifs financiers 7 096 Md€, moins 2 112 Md€ de crédits. L'immobilier représente environ 52 % du patrimoine brut. La concentration est forte — indice de Gini du patrimoine brut à 0,652, les 10 % les mieux dotés en détenant près de la moitié — et surtout structurée par l'âge et le statut d'occupation : les 30 % les moins dotés n'ont pratiquement que des biens d'équipement, les déciles 4 à 9 ont 70 à 75 % de leur patrimoine en immobilier, et seuls les 10 % du haut sont réellement diversifiés (53 % immobilier, 24 % financier, 19 % professionnel).
La comparaison européenne réserve une surprise
| Patrimoine net par ménage, enquête BCE vague 2021 | Médian | Moyen | Moyen / médian | Propriétaires |
|---|---|---|---|---|
| Belgique | 242 400 € | 408 000 € | 1,68 | 72,4 % |
| Italie | 159 000 € | 350 000 € | 2,20 | 77,5 % |
| Espagne | 127 700 € | 278 700 € | 2,18 | 73,9 % |
| France | 125 700 € | 277 100 € | 2,20 | 57,5 % |
| Pays-Bas | 105 600 € | 219 600 € | 2,08 | 56,9 % |
| Zone euro | 123 500 € | 292 100 € | 2,37 | 61,7 % |
| Allemagne | 106 700 € | 315 600 € | 2,96 | 44,5 % |
Le ménage allemand médian est nettement moins riche que le français ou l'italien, alors que son revenu est plus élevé. Quatre mécanismes l'expliquent, et ils sont vérifiables dans le tableau.
- Le taux de propriété est le déterminant dominant. L'ordre des médianes reproduit presque exactement l'ordre des taux de propriétaires (Italie 75,9 %, Espagne 73,7 %, France 61,2 %, Allemagne 47,2 % en part de population). Le ménage médian n'est diversifié nulle part : son patrimoine, c'est sa résidence principale. Là où il est locataire, la médiane s'effondre.
- L'Allemagne n'est pas pauvre en capital, elle le concentre davantage. Son patrimoine moyen (324 000 €) est presque identique au français (330 700 €). C'est le rapport moyenne/médiane qui diffère : 3,14 contre 2,22.
- Les droits à retraite ne sont pas comptés. Ni cette enquête ni les comptes de patrimoine n'intègrent les droits acquis en répartition — précisément la principale « épargne retraite » du ménage médian français, allemand ou italien. C'est aussi pourquoi les Pays-Bas, dont les fonds de pension sont parmi les mieux capitalisés au monde, affichent un patrimoine moyen étonnamment bas.
- Effet prix. Le patrimoine médian mesure une valorisation, pas un effort d'épargne. La hausse immobilière des années 2000-2021 a valorisé les patrimoines des pays à forte propriété ; en Allemagne, les prix ont stagné jusqu'au milieu des années 2010, et sur une base de propriétaires deux fois plus étroite.
Où va l'épargne française — et le contraste américain
Taux d'épargne des ménages 2024 : Allemagne 20,0 %, France 17,9 %, Pays-Bas 16,7 %, UE-27 14,5 %, Espagne 12,7 %, Italie 11,2 %. La France épargne beaucoup, et de plus en plus : 18,5 % en 2024 et 17,9 % en 2025 selon l'Insee, contre une moyenne de 14,7 % sur 2009-2019.
La question est où cette épargne va. Sur 6 537 Md€ de patrimoine financier des ménages au troisième trimestre 2025 :
| Placement | Md€ | Part |
|---|---|---|
| Produits de taux | 3 920,7 | 59,9 % |
| dont assurance-vie et retraite, supports en euros | 1 573,7 | 24,1 % |
| dont dépôts rémunérés (épargne réglementée 952 Md€) | 1 366,9 | 20,9 % |
| dont numéraire et dépôts à vue | 767,3 | 11,7 % |
| Produits de fonds propres | 2 517,0 | 38,5 % |
| dont actions non cotées et participations | 1 452,6 | 22,2 % |
| dont unités de compte d'assurance-vie | 579,8 | 8,9 % |
| dont actions cotées détenues en direct | 298,5 | 4,6 % |
| dont actions détenues via des fonds | 186,1 | 2,8 % |
Le contraste avec les États-Unis est le chiffre le plus parlant du bloc. Actions cotées, en direct et indirectement : environ 16 % du patrimoine financier en France, contre 46 % aux États-Unis — un rapport de 1 à 3. À l'inverse, la France concentre près de 60 % de son épargne financière sur des produits de taux, dont 24 % sur les seuls fonds en euros de l'assurance-vie. Ordres de grandeur : Livret A 449,6 Md€, LDDS 165,6 Md€, LEP 83,8 Md€ (épargne réglementée : près de 950 Md€, le Livret A étant détenu par 83 % des Français), assurance-vie 2 107 Md€ d'encours fin 2025 avec 39 % des cotisations en unités de compte, plan d'épargne en actions 126,5 Md€ pour 7,3 millions de plans, plan d'épargne retraite 141 Md€ pour 12,7 millions de titulaires.
Qui possède les entreprises françaises
| Détention par les non-résidents | Part |
|---|---|
| Capital des sociétés françaises du CAC 40, fin 2024 | 50,0 % — 1 083 Md€ sur 2 165 |
| Ensemble des actions cotées françaises, fin 2024 | 46 % |
| Hors CAC 40 | ≈ 30 % |
| Actions cotées, Allemagne | 56,9 % |
| Actions cotées, Italie | 49,4 % |
| Actions cotées, Espagne | 48,7 % |
Perspective longue : les non-résidents détenaient environ 10 % de la capitalisation boursière française en 1977, 25 % en 1993, 40 % à partir de 2000, et la part sur le CAC 40 oscille depuis 2013 entre 49 et 55 %. Origine géographique des détenteurs non résidents fin 2024 : zone euro 39,7 %, États-Unis 33,6 %, Royaume-Uni 5,5 %, Norvège 3,5 %, îles Caïmans 2,7 %.
La France est-elle pour autant « vendue » ? Le tableau est plus nuancé, et c'est la position extérieure nette qui le dit : −885 Md€ fin 2025, soit −29,6 % du PIB, contre +82 % pour l'Allemagne, +79 % pour l'Espagne, +59 % pour les Pays-Bas et +26 % pour l'Italie. Mais la décomposition par instrument est décisive : la position en investissements directs est créditrice de +568 Md€ — les entreprises françaises possèdent davantage à l'étranger que l'inverse — tandis que la position en investissements de portefeuille est débitrice de −1 073 Md€, canal par lequel les non-résidents détiennent la dette publique. Les engagements extérieurs des seules administrations publiques, environ 1 477 Md€, représentent plus du double de la position nette négative du pays. Le secteur privé français est, au net, créditeur vis-à-vis du reste du monde ; c'est l'État qui est débiteur.
Insee Première n° 2081 (comptes de patrimoine 2024) et Insee Focus n° 371 (enquête Histoire de vie et Patrimoine 2024) ; BCE, Household Finance and Consumption Survey, vague 2023 ; Eurostat ilc_lvho02 et nasa_10_ki ; Banque de France, Épargne et patrimoine financiers des ménages T3 2025, Bulletin n° 261/3 et Balance des paiements et position extérieure 2024-2025 ; Réserve fédérale, comptes financiers.
Que possèdent exactement les Français ? La composition, poste par poste
| Patrimoine des ménages, fin 2024 | Md€ | % du brut | Évolution sur un an |
|---|---|---|---|
| Actifs non financiers | 9 967 | 58,4 % | −0,6 % |
| — logements, le bâti seul | 4 807 | 28,2 % | +1,2 % |
| — terrains bâtis | 4 043 | 23,7 % | −3,2 % |
| — autres bâtiments, équipements, actifs divers | 1 117 | 6,5 % | — |
| Actifs financiers | 7 096 | 41,6 % | — |
| Patrimoine brut | 17 063 | 100 % | — |
| Passif (crédits) | −2 112 | 12,4 % du brut | 0,0 % |
| Patrimoine net | 14 953 | — | +0,7 % |
Insee, comptes de patrimoine, base 2020, Insee Première n° 2081, secteur des ménages (y compris entrepreneurs individuels), France, fin 2024. Le patrimoine net représente 8,2 années de revenu disponible net et environ 511 % du PIB ; les ménages détiennent 76,5 % du patrimoine national net (19 559 Md€).
Premier fait rarement relevé : le « logement » des Français est presque autant du terrain que du bâti. Les terrains bâtis pèsent 4 043 Md€ contre 4 807 Md€ de constructions, soit 45,7 % de la valeur immobilière. Et c'est le foncier qui a baissé en 2024 (−3,2 %) pendant que le bâti progressait : la correction immobilière récente est d'abord une correction foncière.
Le détail des actifs financiers
Où sont placés les 6 590 Md€ de patrimoine financier des ménages
Fin 2025, en milliards d'euros. Périmètre « principaux placements financiers », légèrement plus étroit que celui des comptes de patrimoine.
Banque de France, Stat Info « Épargne et patrimoine financiers des ménages », T4 2025, publié le 21 mai 2026. La Banque de France classe par nature de risque (produits de taux contre produits de fonds propres) et non par instrument comptable ; les sous-totaux ont été vérifiés : produits de taux 3 911,4 Md€ (59,3 %), produits de fonds propres 2 576,0 Md€ (39,1 %), autres 103,1 Md€.
| Taux de détention par les ménages, début 2024 | % | Évolution depuis 1998 |
|---|---|---|
| Au moins un livret d'épargne | 86,9 | stable |
| — dont Livret A | 78,1 | — |
| — dont LEP | 21,5 | — |
| Assurance-vie | 41,7 | +13 points (28,9 % en 1998) |
| Épargne logement (PEL, CEL) | 27,0 | −14 points |
| Épargne retraite | 19,1 | — |
| Valeurs mobilières (actions, obligations, fonds) | 17,4 | −7 points depuis 2004 (24,2 %) |
| Épargne salariale | 15,6 | — |
| Résidence principale | 57,2 | stable depuis 25 ans |
| Au moins un bien immobilier | 61,2 | — |
| Patrimoine professionnel | 15,3 | −4 points |
| Au moins un emprunt en cours | 45,6 | — |
Insee, enquête Histoire de vie et Patrimoine 2023-2024, 11 940 ménages interrogés de juin 2023 à janvier 2024, France hors Mayotte, ménages en logement ordinaire, situation début 2024 (Insee Focus n° 354). Série longue : enquêtes Patrimoine 1998-2021, France métropolitaine.
Deux mouvements de fond en vingt-cinq ans. La détention d'actions et de titres a baissé d'un quart depuis 2004, pendant que l'assurance-vie gagnait treize points. Et le taux de propriété de la résidence principale est stable depuis un quart de siècle : il n'y a eu ni démocratisation ni recul de l'accession — seulement un déplacement générationnel.
En direct, les ménages français ne détiennent que 54,8 Md€ de titres de créance, soit 0,8 % de leur patrimoine financier. On en conclut d'ordinaire à une « aversion française aux obligations ». C'est l'inverse : il y a intermédiation quasi intégrale.
Le portefeuille des assureurs français — 2 619 Md€ de placements, soit environ 90 % du PIB — est investi à 57,6 % en obligations : 34,0 % en obligations d'entreprises et 23,6 % en obligations souveraines. Les trois producteurs convergent : entre 56 % et 64 % selon le traitement des fonds et le périmètre.
Autrement dit, le fonds en euros est le produit obligataire de détail français. Il offre au ménage la même exposition, avec en plus la garantie du capital, la liquidité et la mutualisation. Trois raisons expliquent l'absence de détention directe : aucune enveloppe fiscale ne loge l'obligation en direct — le PEA est réservé aux titres de capital, l'assurance-vie capte l'avantage successoral ; l'État a cessé de distribuer des OAT au détail ; et l'intermédiation est simplement plus avantageuse.
| Ce que cela représente en dette publique | Montant |
|---|---|
| Obligations souveraines françaises détenues par les assureurs, fin 2024 | 336,4 Md€ |
| Dette publique au sens de Maastricht, fin 2024 | 3 305,3 Md€ |
| Part de la dette publique détenue par les assureurs | 10,2 % |
| Part adossée in fine à l'épargne des ménages en assurance-vie | de l'ordre de 8 % |
La question « faut-il que les Français financent la dette française ? » est donc mal posée : ils le font déjà, à hauteur d'environ un dixième, sans le savoir, par un canal invisible qui ne figure sur aucun relevé d'épargnant. La contrepartie de cette désintermédiation apparente est que la part des non-résidents dans la dette négociable de l'État atteint environ 56 % début 2025, contre 47,5 % fin 2021.
| Ce que rapporte le fonds en euros | 2022 | 2023 | 2024 | 2025 |
|---|---|---|---|---|
| Rendement moyen servi, contrats individuels | 2,26 % | 2,63 % | 2,63 % | 2,63 % |
| Inflation | — | — | 2,0 % | 0,9 % |
| Livret A, moyenne annuelle | — | — | 3,1 % | 2,2 % |
ACPR, Analyses & Synthèses n° 180, juin 2026 ; taux nets de frais de gestion, avant prélèvements sociaux et fiscaux. Encours de l'assurance-vie fin 2025 : 2 088 Md€, dont environ 68 % en fonds euros et 32 % en unités de compte (France Assureurs). La bascule vers les unités de compte se fait par les flux — elles captent 85 % de la collecte nette 2025 — et non par les stocks.
- Le patrimoine français est immobilier à 58 %, et la moitié de cet immobilier est du foncier, pas du bâti.
- Les deux plus gros postes financiers sont le fonds en euros et les actions non cotées — c'est-à-dire l'épargne garantie et le patrimoine professionnel. Les actions cotées en direct ne pèsent que 4 % du patrimoine financier.
- Les obligations ne sont pas absentes, elles sont intermédiées. 54,8 Md€ en direct, mais 1 571 Md€ de fonds euros investis à près de 58 % en obligations. Le fonds en euros est le produit obligataire des Français.
- La détention d'actions recule depuis vingt ans (24,2 % des ménages en 2004, 17,4 % en 2024) pendant que l'assurance-vie progresse. La France s'est désactionnarisée en même temps qu'elle s'assurait.
Combien faut-il posséder pour être dans les 10 % ? Les seuils, en euros
Le débat sur le patrimoine manque cruellement de repères concrets. Les voici.
| Seuil de patrimoine, début 2024 | Brut | Net |
|---|---|---|
| 10 % les moins dotés (D1) | 6 200 € | 4 600 € |
| D2 | 16 500 € | 13 200 € |
| D3 — 30 % des ménages sont en dessous | 40 100 € | 34 100 € |
| D4 | 112 100 € | 77 900 € |
| Médiane | 205 100 € | 148 100 € |
| D6 | 283 200 € | 224 200 € |
| D7 | 381 800 € | 317 400 € |
| D8 | 530 000 € | 457 900 € |
| Seuil des 10 % les mieux dotés | 857 700 € | 750 400 € |
| Seuil des 5 % | 1 268 200 € | — |
| Seuil du 1 % | 3 020 900 € | — |
Insee, enquête Histoire de vie et Patrimoine 2023-2024, Insee Focus n° 371, paru le 7 avril 2026, France hors Mayotte, ménages en logement ordinaire, situation début 2024.
Trois repères à retenir : 858 000 € de patrimoine brut suffisent pour entrer dans les 10 % les mieux dotés — un couple propriétaire d'un appartement parisien sans emprunt y est. 1,27 M€ pour les 5 %. 3,02 M€ pour le 1 %. L'écart entre le seuil des 10 % et celui du 1 % est d'un facteur 3,5 ; entre la médiane et le seuil du 1 %, d'un facteur 14,7. Et 30 % des ménages possèdent moins de 40 100 €.
L'inégalité de patrimoine est plus de deux fois celle des revenus. C'est le chiffre le plus robuste de ce thème, et il ne dépend d'aucune hypothèse de modélisation.
Trois France du patrimoine
Composition du patrimoine brut selon la position dans la distribution, début 2024, en %.
Insee, enquête Histoire de vie et Patrimoine, situation début 2024, tableau « Composition du patrimoine brut par décile », mis à jour le 7 avril 2026.
Une précision qui change la lecture du dernier décile : les 18,8 % de patrimoine professionnel y sont une moyenne trompeuse. Le patrimoine professionnel est détenu à 95 % par les 5 % les mieux dotés — l'essentiel se joue donc au-dessus du 95e centile, voire du 99e.
Un impôt assis sur le patrimoine immobilier frappe le milieu de la distribution. Un impôt assis sur le patrimoine professionnel et financier frappe le dernier centile. Ce ne sont pas les mêmes ménages — et les déciles 4 à 9 ne peuvent pas payer en actifs liquides ce qu'ils détiennent en mètres carrés.
Combien de cette inégalité est un simple effet d'âge ?
| Patrimoine brut selon l'âge, début 2024 | Médian | Moyen |
|---|---|---|
| Moins de 30 ans | 26 100 € | 104 400 € |
| 30 à 39 ans | 146 200 € | 265 000 € |
| 40 à 49 ans | 215 200 € | 367 600 € |
| 50 à 59 ans | 254 100 € | 464 800 € |
| 60 à 69 ans | 245 000 € | 462 500 € |
| 70 ans ou plus | 247 600 € | 420 300 € |
| Ensemble | 205 100 € | 374 900 € |
Le rapport entre le patrimoine médian des 50-59 ans et celui des moins de 30 ans est de 9,7. Mais entre 40-49 ans et 70 ans et plus, il n'est que de 1,15. Le profil français est un plateau, pas une pente : l'écart est massif à l'entrée dans la vie active puis se referme presque complètement après 40 ans, et surtout il n'y a pas de désaccumulation à la retraite. C'est la signature d'un système par répartition, qui rend inutile de « manger son capital ».
Conséquence directe : l'effet de cycle de vie n'explique qu'une partie limitée de l'inégalité totale. Si toute l'inégalité était du cycle de vie, le patrimoine des plus de 70 ans redescendrait. Il ne redescend pas — il est transmis, pas consommé.
L'héritage : la part non accumulée
| 1970 | 2020 | |
|---|---|---|
| Part du patrimoine total qui est héritée plutôt qu'accumulée | 35 % | 60 % |
| Flux successoral annuel, en % du revenu national | ≈ 5 % (1950) | > 15 %, soit ≈ 300 Md€/an |
| Âge moyen à l'héritage | ≈ 30 ans (début XXe) | ≈ 50 ans |
| Héritage reçu sur la vie entière | Montant | Situation du ménage |
|---|---|---|
| Médiane | ≈ 70 000 € | 41 % des ménages ont déjà hérité |
| Top 10 % | > 500 000 € | — |
| Top 1 % | ≈ 4,2 M€ | — |
| Top 0,1 % | ≈ 13 M€ | Rapport au médian : ≈ 180 |
Un marqueur social plus fort que l'héritage : la donation. Le patrimoine médian est de 205 100 € dans l'ensemble, de 306 600 € chez les ménages ayant hérité, mais de 435 900 € chez ceux ayant reçu une donation. La donation est un transfert choisi, précoce et optimisé fiscalement, concentré dans le haut de la distribution ; l'héritage est subi et tardif. Le débat public parle de succession ; l'inégalité se joue en amont, dans la donation.
| La fiscalité du patrimoine, 2024 | Montant ou taux |
|---|---|
| Imposition totale du patrimoine | 113,2 Md€ |
| — dont détention et transmission | 64,3 Md€ |
| — dont revenus du patrimoine | 48,9 Md€ |
| Taxation de la détention, rapportée au patrimoine | 0,4 % |
| Taux effectif d'une transmission optimisée (pacte Dutreil et démembrement) | 2,1 % |
| Taux effectif d'une transmission non optimisée | 39,3 % |
Conseil des prélèvements obligatoires et Cour des comptes, « Corriger les principales distorsions de l'imposition du patrimoine », décembre 2025, données 2024 ; Conseil d'analyse économique, note n° 69 « Repenser l'héritage », décembre 2021, d'après Piketty & Zucman et Biernat et al. ; Insee, Histoire de vie et Patrimoine 2023-2024 pour les taux de détention d'héritage et de donation.
Un écart de facteur 19 entre transmission optimisée et non optimisée. Le CAE estimait de son côté le taux effectif à environ 10 % pour le top 0,1 %, contre un barème marginal affiché de 45 % — et un taux effectif plus élevé pour les classes moyennes supérieures que pour le sommet. La courbe d'imposition successorale française est régressive à son extrémité.
La comparaison européenne : ce que la mesure par ménage ne dit pas
La comparaison des patrimoines médians par ménage figure plus haut. Elle est utile mais elle laisse deux questions ouvertes : quel est le patrimoine agrégé rapporté au revenu, et les Français sont-ils vraiment plus « pierre » que leurs voisins ?
| Patrimoine net des ménages, en niveau agrégé | Montant | En années de revenu disponible |
|---|---|---|
| France, fin 2024 | 14 953 Md€ | 8,2 |
| Italie, fin 2024 | 11 732 Md€ | 8,2 |
| États-Unis, T4 2025 | 184,1 T$ | 7,94 |
| Pays-Bas, 2023 | 5 046 Md€ | voir ci-dessous |
| Royaume-Uni, 2024 | 10,8 T£ | — |
| Allemagne, Espagne, Belgique | non obtenus | — |
La France et l'Italie sont exactement au même niveau : 8,2 années de revenu disponible. L'idée que les Français seraient particulièrement patrimoniaux par rapport à leurs voisins latins ne résiste pas. Et les États-Unis sont en dessous (7,94), malgré des marchés actions historiquement hauts — le ratio américain a d'ailleurs reflué au premier trimestre 2026, ce qui rappelle sa volatilité : le patrimoine américain est boursier donc cyclique, le patrimoine français est immobilier donc inerte.
| Part des actifs non financiers dans le patrimoine des ménages | % |
|---|---|
| Royaume-Uni, 2024 | ≈ 61 |
| France, fin 2024 | 58,4 |
| Italie, fin 2024 | 52,9 |
| Pays-Bas, 2023 | 48,9 |
| États-Unis, T4 2025 | 30,0 |
Réponse : non, les Français ne sont pas des exceptions immobilières. Ils se situent entre l'Italie et le Royaume-Uni. L'écart réel n'est pas franco-européen mais euro-américain : un ménage américain a deux fois moins de son patrimoine en immobilier qu'un ménage britannique ou français. Le « biais pierre » français est en réalité un biais européen, et la singularité est américaine, portée par la capitalisation retraite et l'actionnariat de masse.
Là où la France s'écarte réellement de la moyenne européenne, c'est sur la structure financière : l'assurance et l'épargne retraite y pèsent 32,9 % des actifs financiers contre 26,9 % dans l'UE, et les actions non cotées (22,9 %) écrasent les actions cotées (4,0 %).
France : Insee, comptes de patrimoine base 2020, fin 2024. Italie : Banca d'Italia et Istat, La ricchezza dei settori istituzionali, fin 2024, secteur des familles. États-Unis : Federal Reserve, Financial Accounts Z.1, T4 2025, ménages et institutions sans but lucratif. Pays-Bas : CBS, comptes nationaux 2023. Royaume-Uni : ONS, National Balance Sheet, 2024. Part des actifs non financiers : calculs par nos soins sur ces mêmes sources. Structure financière européenne : Eurostat, Statistics Explained, actifs et passifs financiers des ménages, 2024 ; France : ACPR, 2025, et Banque de France, T4 2025.
Le cas néerlandais : un même pays, deux classements opposés
| Source | Traitement des droits à retraite | Résultat pour les Pays-Bas |
|---|---|---|
| Comptes nationaux (CBS, 2023) | Inclus | Actifs financiers 3 120 Md€, dont 1 620 Md€ de droits à pension ; patrimoine net 5 046 Md€ |
| Enquête de la BCE (2023) | Exclus | Patrimoine net médian 143 500 €, sous la France, l'Italie et l'Espagne |
| Comptes distributifs de la BCE (2024) | Exclus également | Couvre environ 90 % des actifs des comptes nationaux |
Les droits à pension représentent 51,9 % des actifs financiers des ménages néerlandais et 26,6 % de leur patrimoine brut. Les retirer fait chuter le patrimoine net néerlandais de 32,1 %. Un même pays, deux positions opposées, uniquement à cause du périmètre.
Toute comparaison de patrimoine issue de l'enquête de la BCE sous-estime structurellement les pays à retraite capitalisée — Pays-Bas, Danemark, et hors zone euro le Royaume-Uni et les États-Unis — et flatte les pays à retraite par répartition : France, Italie, Espagne. La comparaison France-Allemagne présentée plus haut n'est pas affectée par ce biais, les deux pays étant en répartition dominante. La comparaison France-Pays-Bas l'est totalement.
Et si l'on comptait les droits à retraite en répartition ?
| Engagements implicites du système de retraite | Valeur | Hypothèse |
|---|---|---|
| France, fin 2021 | ≈ 400 % du PIB, soit ≈ 10 000 Md€ | Taux d'actualisation 2 % réel, droits acquis à date |
| Variante à 1 % réel | 417 % du PIB | Sensibilité au taux d'actualisation |
| — dont fonction publique d'État | 1 317 Md€ | Au 31 décembre 2021 |
| Allemagne, fin 2015 | 8,9 T€, soit 291 % du PIB | Millésime ancien, comparaison fragile |
Ajouter ces droits au patrimoine des ménages français reviendrait à le majorer d'environ deux tiers. Pour les Pays-Bas, l'équivalent capitalisé est déjà compté. La hiérarchie France / Allemagne / Pays-Bas est donc largement un artefact de convention comptable : un Français de 55 ans dispose d'une créance retraite considérable qui n'apparaît nulle part dans son patrimoine, un Néerlandais du même âge la voit apparaître dans les comptes nationaux.
Après ajustements, l'enquête sur le patrimoine ne couvre que 66 % de l'agrégat des comptes nationaux (Banque de France, février 2024). Notre vérification indépendante converge : 31,4 millions de résidences principales × 374 900 € de patrimoine brut moyen = 11 772 Md€, contre 17 063 Md€ en comptabilité nationale, soit un taux de couverture d'environ 69 %. Un tiers du patrimoine des Français échappe à l'enquête, pour trois raisons : sous-déclaration des plus riches, difficulté d'évaluer l'immobilier et surtout les actions non cotées — le plus gros poste financier et le plus incertain — et différence de sources.
Voici comment le trou est bouché : imputation de ménages fortunés issus des classements de presse, complétée par des ménages synthétiques simulés selon une loi de Pareto au-delà d'un million d'euros, puis rehaussement proportionnel. Les parts du top 1 % et du top 0,1 % ne sont donc pas des mesures : ce sont des estimations sous hypothèse de forme de distribution.
Que produit une hausse de la fiscalité sur les hauts revenus ?
Le débat n'est pas tranché, et les deux camps ont des arguments empiriques.
L'évaluation française : le comité France Stratégie sur la suppression de l'ISF et le prélèvement forfaitaire unique constate une forte hausse des dividendes distribués et une amélioration de certains indicateurs de financement, mais ne parvient pas à établir de lien statistique clair avec un surcroît d'investissement productif, ni à observer un retour massif d'exilés fiscaux.
Les élasticités : les études françaises trouvent des élasticités des revenus imposables modérées, plus faibles qu'aux États-Unis, mais des réponses migratoires réelles et concentrées sur des professions très mobiles.
Les expériences étrangères : le relèvement norvégien de l'impôt sur la fortune (2022) a été suivi de départs documentés — réels mais numériquement marginaux. La Suède a supprimé le sien en 2007 après un rendement décevant.
Deux positions s'affrontent sans que la littérature ne tranche : Zucman, Piketty et Landais plaident pour une taxation renforcée au vu du taux effectif très faible des plus grandes fortunes ; leurs critiques soulignent les risques d'évasion et contestent le traitement des plus-values latentes.
Efficacité de l'État et des services publics
Rapporté à la population, l'emploi public français est quasi stable depuis vingt ans. Ce qui a changé, c'est sa composition — et c'est ce déplacement qui explique le sentiment d'abandon.
Combien d'agents publics, dans quel versant ?
| Au 31 décembre 2024 | Effectifs | Part | Pour 100 000 hab. |
|---|---|---|---|
| Fonction publique d'État | 2 587 400 | 44,0 % | 3 774 |
| Fonction publique territoriale | 2 039 400 | 34,7 % | 2 975 |
| Fonction publique hospitalière | 1 249 900 | 21,3 % | 1 823 |
| Ensemble | 5 876 700 | 100 % | 8 573 |
Statuts : 63,8 % de fonctionnaires titulaires, 24,0 % de contractuels (part en hausse continue), 5,3 % de militaires. La fonction publique représente 20 % de l'emploi total en 2023, contre 22 % en 1989.
Ventilation de la fonction publique d'État par ministère (2023)
| Ministère | Effectifs | Part | Pour 100 000 hab. |
|---|---|---|---|
| Éducation, enseignement supérieur, recherche | 1 490 000 | 58 % | 2 179 |
| Intérieur et Outre-mer | 306 000 | 12 % | 448 |
| Armées | 290 100 | 11 % | 424 |
| Ministères économiques et financiers | 142 100 | 6 % | 208 |
| Justice | 95 000 | 4 % | 139 |
| Ministères sociaux | 94 400 | 4 % | 138 |
| Transition écologique | 66 500 | 3 % | 97 |
| Agriculture | 45 500 | 2 % | 67 |
| Culture | 25 100 | 1 % | 37 |
DGAFP, Rapport annuel sur l'état de la fonction publique, effectifs physiques au 31 décembre 2024, trois versants ; population Insee pour les ratios pour 100 000 habitants, calculés par nos soins. Les effectifs physiques diffèrent des équivalents temps plein, davantage utilisés pour la masse salariale.
L'Éducation nationale représente à elle seule 58 % de la fonction publique d'État. Toute discussion sur « la réduction du nombre de fonctionnaires d'État » qui ne dit pas ce qu'elle fait des enseignants parle de 42 % du sujet.
L'emploi public a-t-il explosé ? La réponse rapportée à la population
Emploi public par versant, pour 100 000 habitants
2005 et 2024. Neutralise la croissance démographique.
DGAFP, Rapport annuel sur l'état de la fonction publique, effectifs physiques par versant au 31 décembre ; population Eurostat demo_gind. Rapport pour 100 000 habitants calculé par nos soins, 2005 et 2024.
| Pour 100 000 habitants | 2005 | 2014 | 2020 | 2024 | Δ 2005-2024 |
|---|---|---|---|---|---|
| Fonction publique d'État | 4 208 | 3 608 | 3 734 | 3 774 | −10,3 % |
| Fonction publique territoriale | 2 474 | 2 857 | 2 900 | 2 975 | +20,3 % |
| Fonction publique hospitalière | 1 666 | 1 751 | 1 791 | 1 823 | +9,5 % |
| Ensemble | 8 347 | 8 216 | 8 425 | 8 573 | +2,7 % |
C'est le résultat central de ce thème. Une fois neutralisée la croissance démographique, l'emploi public total par habitant est quasi stable sur vingt ans (+2,7 %). Le débat sur « l'explosion des effectifs » ne résiste pas à cette normalisation. En revanche, la recomposition est massive : l'État recule de 10 %, le territorial progresse de 20 %.
Pourquoi la fonction publique territoriale augmente-t-elle ? Et pourquoi ressent-on un désengagement de l'État ?
Les deux questions ont la même réponse, et c'est l'un des points les plus éclairants du document.
Ce qui explique la hausse territoriale
- Les transferts de compétences — la cause principale. Au milieu des années 2000, l'Acte II de la décentralisation transfère aux départements et régions les personnels techniques, ouvriers et de service des collèges et lycées (les « TOS »), ainsi que les routes nationales et une partie de l'action sociale. Ces agents ne sont pas des créations de postes : ils changent d'employeur. Mécaniquement, la FPE baisse et la FPT monte. C'est la même personne, dans le même collège, qui passe d'une colonne à l'autre.
- Les lois MAPTAM (2014) et NOTRe (2015) poursuivent le mouvement avec de nouvelles compétences régionales et intercommunales.
- La montée des services à la population — petite enfance, périscolaire, aide à domicile, gestion des déchets — portée par les communes et intercommunalités, répond à une demande sociale réelle et croissante.
- Une part de croissance autonome existe, notamment dans les fonctions support des intercommunalités créées depuis 2015. Le rapport Ravignon estime à au moins 6 Md€ les coûts de coordination supportés par les seules collectivités — signe qu'une partie des moyens sert à gérer la complexité institutionnelle plutôt que le service rendu.
Pourquoi le ressenti est celui d'un abandon
Le paradoxe apparent — plus d'agents publics au total, sentiment de désengagement — se résout par trois mécanismes distincts, tous documentés dans ce document.
- Ce n'est pas le même État. Les agents ont augmenté côté collectivités et diminué côté État — or ce sont les services de l'État qui portent les fonctions les plus visibles dans le débat : la justice (11,3 juges pour 100 000 habitants contre 24,7 en Allemagne), les préfectures, les services déconcentrés, les finances publiques. Un agent de crèche supplémentaire ne compense pas, dans le vécu, la fermeture d'une trésorerie ou d'un tribunal.
- Ce n'est pas au même endroit. Les fermetures de services publics — maternités, trésoreries, gares, guichets — se concentrent dans les zones peu denses, tandis que les créations territoriales suivent la population, donc les métropoles. Le solde national est stable ; le solde local peut être fortement négatif dans les territoires en déprise. Le même chiffre national recouvre deux expériences opposées.
- Les moyens humains n'ont pas suivi la demande là où elle a le plus crû. Trois exemples chiffrés dans ce document : la densité médicale a reculé depuis 2010 (seul pays des quatre comparés) ; les besoins de soins non satisfaits ont triplé depuis 2019, pour cause de délais d'attente ; 30 % de la population vit en désert médical. La stabilité des effectifs globaux cohabite avec une dégradation réelle de l'accès dans plusieurs services.
Le ressenti n'est donc pas une illusion statistique — c'est une lecture correcte d'une réalité que la moyenne nationale masque. Les deux affirmations « il y a autant d'agents publics par habitant qu'il y a vingt ans » et « les services publics reculent près de chez moi » peuvent être vraies simultanément.
Comparaison internationale par fonction, pour 100 000 habitants
| Pour 100 000 habitants | France | Allemagne | Roy.-Uni | États-Unis | Médiane européenne |
|---|---|---|---|---|---|
| Policiers | 361 | 311 | ≥ 211 * | ≈ 240 ** | — |
| Juges professionnels | 11,3 | 24,7 | — | — | 17,6 |
| Médecins | 328 | 453 | 330 | 368 | — |
| Infirmiers et sages-femmes | 942 | 1 225 | 955 | 1 338 | — |
| Enseignants (pré-primaire à secondaire) | 1 194 | 1 550 | — | — | — |
| Budget justice par habitant | 77 € | 136 € | — | — | 75 € |
CEPEJ (Conseil de l'Europe) et Eurostat crim_just_job pour la justice et la police ; OCDE, Panorama des administrations publiques, et DGAFP pour la France ; populations Eurostat et Banque mondiale. Ratios calculés par nos soins. Les périmètres nationaux ne se recouvrent pas parfaitement — les polices municipales, les forces fédérées et les personnels administratifs des juridictions sont traités différemment selon les pays ; les cas signalés par un astérisque dans le tableau sont ceux où l'écart de périmètre est le plus important.
* Borne inférieure : 146 442 policiers en Angleterre et pays de Galles rapportés à la population du Royaume-Uni entier — numérateur incomplet. ** Données FBI, hors forces fédérales ; les seules polices locales donnent 143 pour 100 000.
Trois lectures. La France a plutôt plus de policiers que l'Allemagne. Elle a deux fois moins de juges — c'est l'écart le plus marqué et le plus documenté du tableau. Et elle a moins de médecins et d'infirmiers que l'Allemagne et les États-Unis, à parité approximative avec le Royaume-Uni.
Les hôpitaux. La France classe 1,25 million d'agents hospitaliers dans la fonction publique. L'Allemagne a largement privatisé ses hôpitaux, le personnel du NHS britannique n'est pas fonctionnaire. Comparer « 5,9 millions d'agents publics français » à un agrégat allemand est mécaniquement biaisé de plus d'un million de personnes.
Les enseignants. Fonctionnaires d'État en France, des Länder en Allemagne, salariés d'établissements ou de collectivités au Royaume-Uni et aux États-Unis. Le ratio allemand est en outre surestimé : ce sont des effectifs physiques, et l'Allemagne a beaucoup plus de temps partiel enseignant.
La gendarmerie. Militaire en France, comptée avec la police par Eurostat — sans équivalent dans la plupart des pays. Les polices municipales ne sont pas identifiables dans cette source.
Donnée manquante : le nombre de procureurs pour 100 000 habitants, et l'emploi public en % de l'emploi total pour l'Allemagne, le Royaume-Uni et les États-Unis, n'ont pas pu être obtenus. Les effectifs « purement administratifs » ne sont pas définis de façon harmonisée : le seul substitut est la branche « administration publique et défense » des comptes nationaux, qui inclut policiers et militaires mais exclut enseignants et hospitaliers — donc ne recoupe aucun versant.
Combien coûte l'administration, et le millefeuille ?
La fonction « services généraux » représente 181 Md€ en 2024, soit 11 % de la dépense publique et environ 2 650 € par habitant. Mais en points de PIB, ce poste ne s'écarte de la zone euro que de +0,3 point — et hors charge de la dette, la France est exactement à la moyenne UE-27 (voir thème 01). Sur l'administration générale, la France se distingue très peu de ses voisins.
Le millefeuille. La France compte 34 935 communes, environ 1 250 intercommunalités, 101 départements, 18 régions et l'État déconcentré. Le rapport Ravignon (2024) chiffre à au moins 7,4 Md€ par an les coûts de coordination : 6 Md€ côté collectivités (4,8 pour les communes) et 1,5 Md€ côté État. Les compétences les plus coûteuses en coordination : enseignement (1,2 Md€), urbanisme (819 M€), voirie (566 M€). 85 % de ce coût vient de compétences partagées entre niveaux — malgré la suppression de la clause de compétence générale par la loi NOTRe.
Les opérateurs de l'État : 438 opérateurs recensés en 2023 (contre 649 en 2008, soit −32 %), pour un financement public de 76,6 Md€. Le périmètre plus large des organismes divers d'administration centrale atteint 107,7 Md€.
Quelles simplifications ont vraiment marché ailleurs ?
Allemagne — le cas le mieux documenté. Le Normenkontrollrat, créé en 2006 avec la méthode des coûts standards importée des Pays-Bas, a permis une réduction de 25 % des charges administratives des entreprises entre 2006 et 2011, soit plus de 12 Md€ d'économies annuelles.
Royaume-Uni. La règle « one-in, one-out » (2011-2012) revendiquait environ 4 Md£ de charges retirées contre 3,1 Md£ introduites, soit une économie nette proche d'1 Md£.
Le facteur commun des deux succès : une méthode de mesure systématique, des objectifs chiffrés et une évaluation ex post. C'est précisément ce que la France n'a pas généralisé.
Moyens et résultats : où manque-t-il de l'argent, où manque-t-il de l'efficacité ?
| Domaine | Moyens | Diagnostic |
|---|---|---|
| Santé | Élevés (11,5 % du PIB) | Meilleure mortalité traitable d'Europe. Déserts médicaux, mortalité infantile, accès dégradé : problème de répartition et d'organisation, pas de volume. |
| École | Dans la moyenne OCDE | Primaire sous-doté de 11 %, secondaire sur-doté de 13 %. Enseignants à 0,64-0,69 du salaire des diplômés du supérieur pour 900 h d'enseignement. Problème d'allocation interne. |
| Justice | 77 €/hab. contre 136 € en Allemagne ; 11,3 juges contre 24,7 | Vrai problème de moyens. Sous-investissement chronique et documenté. |
| Sécurité | 361 policiers/100 000, plus que l'Allemagne — sous réserve de périmètre | Moyens comparativement élevés. Taux d'élucidation des vols ≤ 8 %. Question d'efficacité et d'organisation plus que de volume — mais la donnée comparative manque. |
| Collectivités | En croissance, en partie par transferts | Au moins 7,4 Md€/an de coordination. Problème d'efficacité organisationnelle. |
Tableau de synthèse : chaque ligne renvoie aux fiches correspondantes du document, où figurent les sources primaires détaillées. La colonne « diagnostic » est notre appréciation, formée à partir de ces chiffres — c'est une lecture, pas une mesure.
En synthèse : la France ne manque pas globalement de moyens publics — elle est en tête de l'OCDE pour la dépense totale et l'emploi public par habitant est stable. Les difficultés relèvent très majoritairement de problèmes d'allocation et d'organisation, à l'exception notable de la justice, où le sous-financement par rapport aux voisins est direct et mesuré.
Démographie et avenir à 20 ans
Où en est la natalité ?
La France reste le pays le plus fécond de l'UE, mais bien en dessous du seuil de renouvellement (2,1). Explications avancées : recul de l'âge à la maternité (environ 31 ans pour le premier enfant), contraintes matérielles, écart croissant entre fécondité désirée et observée, et effet des réformes de la politique familiale de 2013-2015.
Combien d'actifs et de très âgés demain ?
Scénario central Insee 2021-2070 : la part des 65 ans ou plus passe d'environ 21 % en 2021 à 26 % vers 2040 et se rapproche de 29 % en 2070. Le nombre de personnes de 80 ans ou plus — 3,9 millions en 2021 — devrait quasiment doubler d'ici 2050, pour atteindre de l'ordre de 8 millions.
Le vrai choc n'est pas les retraites. Leur trajectoire est globalement stabilisée grâce aux réformes successives — ce qui distingue la France de plusieurs États membres. Le choc est ailleurs : santé et surtout dépendance, attendues en hausse de +1 à +2 points de PIB à l'horizon 2050-2070.
La dépendance représente aujourd'hui de l'ordre de 1,5 à 2,5 % du PIB (30 à 35 Md€/an). Le rapport Libault (2019) chiffrait le besoin supplémentaire à environ 6 Md€ par an à horizon 2030. Les projections situent la dépense à 2,8-3,5 % du PIB en 2050-2060. Le financement pérenne reste un arbitrage politique non tranché.
L'immigration ou la natalité peuvent-elles régler le problème ?
La « migration de remplacement » vient du rapport de l'ONU de 2000, qui calculait le solde nécessaire pour maintenir constante la population en âge de travailler. Très critiqué depuis, pour trois raisons : c'est une extrapolation mécanique qui ignore la capacité d'absorption du marché du travail ; les migrants vieillissent aussi et leur fécondité converge vers celle du pays d'accueil, ce qui rend la stabilisation instable sans flux sans cesse croissants ; et d'autres leviers existent (taux d'emploi des femmes et des seniors, âge de départ, productivité). L'Insee, pour sa part, ne calcule aucune migration « optimale » : elle projette des trajectoires alternatives sans les qualifier de souhaitables.
La natalité ne peut rien avant les années 2050, pour une raison de calendrier imparable : un enfant né aujourd'hui ne cotise que vingt à vingt-cinq ans plus tard, alors que le pic de pression se situe dans les années 2025-2045. Pire, à court terme l'effet est négatif — allocations, crèches, éducation viennent avant les cotisations.
Ce qui marche vraiment sur la natalité, d'après la littérature : les incitations financières directes ont un effet faible et surtout de court terme — elles modifient le calendrier des naissances plus que la descendance finale. La Hongrie a vu son indice remonter de 1,2 à 1,5-1,6 puis refluer depuis 2022. Les dispositifs de conciliation (crèches abordables, congés bien indemnisés) sont plus robustes, mais l'ordre de grandeur reste modeste : +0,05 à +0,2 enfant par femme pour des politiques ambitieuses — loin de suffire à ramener la fécondité au seuil de renouvellement.
Perception contre réalité
Section incomplète, et il faut le dire : les chiffres de réalité sont vérifiés, ceux de perception ne l'ont pas été.
Pourquoi cette section est partiellement vide
Les enquêtes de perception nécessaires — Ipsos Perils of Perception, Ipsos-Cevipof Fractures françaises, baromètres Ifop, Odoxa, ADEME, DREES — n'ont pas pu être consultées. Le budget de recherche de la session a été épuisé et plusieurs sites d'instituts étaient inaccessibles.
Plutôt que de citer de mémoire des chiffres de sondage plausibles — ce qui est exactement le type d'erreur que ce document cherche à combattre — aucune estimation de perception n'est avancée ici. Les régularités sont bien documentées dans la littérature internationale (surestimation forte de l'immigration, de la criminalité, du chômage et de la fraude aux prestations), mais un ordre de grandeur non sourcé n'a pas sa place dans un document dont c'est précisément le sujet.
Les chiffres réels, vérifiés
| Sujet | Réalité | Source |
|---|---|---|
| Part d'immigrés dans la population | 11,3 % (7,73 M) | Insee, 2024 |
| Part d'étrangers | 8,8 % (6,03 M) | Insee, 2024 |
| Taux de chômage (BIT) | 7,9 % | Insee, T1 2026 |
| Homicides par an | ≈ 975 (1,43 /100 000) | SSMSI, 2025 |
| Dépenses de protection sociale | 31,9 % du PIB | DREES, 2024 |
| Agents publics | 5,88 M (20 % de l'emploi) | Insee, 2024 |
| Contribution nette à l'UE | ≈ 9-10 Md€/an (≈ 0,3 % du RNB) | Cour des comptes, 2023 |
| Aide publique au développement | 0,48 % du RNB (14,3 Md€) | MEAE, 2025 |
| Part de la France dans les GES mondiaux | ≈ 0,8-1 % | Citepa |
| Pension moyenne tous régimes | ≈ 1 600-1 700 €/mois brut | DREES |
Chaque ligne porte sa source et son millésime dans la colonne de droite. Ce tableau ne produit aucun chiffre nouveau : il rapproche des mesures publiées de perceptions mesurées par enquête, afin de rendre l'écart lisible.
Le travail dissimulé : ce que c'est, ce que ça représente, et ce qui rentre vraiment
C'est le poste de fraude le plus cité et le plus mal compris. Il faut d'abord séparer trois choses que le débat mélange.
Le code du travail (articles L. 8221-1 et suivants) vise deux infractions distinctes. La dissimulation d'activité : exercer une activité économique sans l'immatriculer, sans déclarer son chiffre d'affaires ou ses revenus. La dissimulation d'emploi salarié : employer sans déclaration préalable à l'embauche, sans bulletin de paie, ou en mentionnant sur le bulletin moins d'heures que celles réellement effectuées.
Ce que ce n'est pas. La fraude aux prestations (percevoir une allocation à laquelle on n'a pas droit) est un autre sujet, avec d'autres acteurs et d'autres montants. La fraude fiscale porte sur l'impôt, pas sur les cotisations. L'économie non observée de la comptabilité nationale est un concept encore différent, traité plus bas. Et ne sont pas des fraudes : l'entraide familiale, le bénévolat associatif, la vente d'occasion entre particuliers.
Combien : deux chiffres exacts qui ne disent pas la même chose
| Manque à gagner de cotisations, estimation 2023 | Montant | Périmètre |
|---|---|---|
| Travail dissimulé, champ Urssaf | 4,8 à 6,3 Md€ | Le chiffre de la fraude proprement dite |
| Travail dissimulé, champ large | 6,0 à 7,8 Md€ | En ajoutant les régimes non couverts par l'Urssaf |
| « Environ 10 milliards », le chiffre qui circule | borne haute | Agrégat qui inclut aussi les erreurs d'assiette non frauduleuses et l'assurance chômage |
Les deux sont exacts, ils ne mesurent pas la même chose. Le premier isole la fraude ; le second additionne fraude et erreurs de déclaration de bonne foi. Citer le second en parlant de « fraude » est le glissement le plus fréquent du débat.
L'erreur de lecture la plus fréquente
Ces deux chiffres sont souvent opposés comme s'ils se contredisaient. Ils ne mesurent pas la même chose : le premier mesure la qualité du ciblage des contrôleurs, le second la prévalence réelle de la fraude. Un taux de redressement élevé sur contrôles ciblés est le signe que le ciblage fonctionne, pas que la fraude est généralisée.
Les formes concrètes
| Situation | Ce que l'employeur y gagne | Ce que le salarié y perd |
|---|---|---|
| Dissimulation totale — le salarié n'existe pas dans les déclarations | La totalité des cotisations, patronales et salariales | Tout : droits à retraite, assurance chômage, accident du travail, arrêt maladie, et toute preuve d'ancienneté |
| Dissimulation partielle d'heures — le bulletin mentionne 25 h, le salarié en fait 39 | Les cotisations sur les heures non déclarées, plus la majoration des heures supplémentaires | Des trimestres et des points de retraite ; une indemnisation chômage calculée sur un salaire minoré |
| Complément en espèces — une part du salaire versée hors bulletin | Cotisations sur la part occulte | Mêmes effets, plus une capacité d'emprunt réduite |
| Faux statut d'indépendant — le travailleur est juridiquement à son compte mais subordonné dans les faits | L'intégralité des cotisations patronales et le coût du licenciement | Le statut protecteur du salariat ; requalification possible mais longue |
| Faux stagiaires, faux bénévoles | Le salaire et les cotisations | Rémunération et droits |
| Sous-traitance en cascade et sociétés éphémères — le donneur d'ordre est solvable, le dernier maillon ne l'est pas | Le risque est logé chez une entité qui disparaîtra | Un employeur introuvable au moment de faire valoir ses droits |
| Détachement frauduleux, fausses domiciliations | L'écart de cotisations entre deux pays | Une protection sociale théorique dans un pays où le travailleur ne vit pas |
| Fausse activité déclarée | Un taux de cotisation accident du travail plus faible | Une couverture inadaptée au risque réel |
Le fait le plus important : ce qui est notifié n'est pas ce qui rentre
| Travail dissimulé, Urssaf | 2013 | 2024 |
|---|---|---|
| Montants notifiés | 321 M€ | 1 586 M€ (× 4,9) |
| Montants effectivement encaissés | — | 121 M€ |
| Taux de recouvrement | — | 6 à 10 % |
Les redressements ont été multipliés par cinq en onze ans, et moins d'un dixième rentre dans les caisses. La cause est structurelle et identifiée par la Cour des comptes : on redresse des sociétés éphémères insolvables situées au dernier rang de cascades de sous-traitance. La construction concentre 59 % des redressements.
Urssaf Caisse nationale, évaluation du travail dissimulé, millésime 2023 (contrôles aléatoires 2022-2023) ; Haut Conseil du financement de la protection sociale ; Cour des comptes, travaux d'avril 2026 sur le recouvrement. Cinq sources primaires étaient techniquement inaccessibles lors de la collecte (site de la Cour des comptes, Dares, urssaf.org, Légifrance, vie-publique) : les chiffres correspondants proviennent de restitutions secondaires et doivent être revérifiés avant citation dans un débat contradictoire.
L'échelle, pour situer
| Fraudes détectées, dernières années disponibles | Montant |
|---|---|
| Travail dissimulé notifié (Urssaf) | 1 586 M€ |
| Ensemble des fraudes aux prestations (assurance maladie + famille + vieillesse) | 1 294 M€ |
| Fraude fiscale détectée | ≈ 5,8 fois la fraude sociale |
Deux inversions par rapport au débat courant. Le travail dissimulé détecté pèse plus que l'ensemble des fraudes aux prestations sociales réunies. Et la fraude fiscale détectée pèse près de six fois la fraude sociale.
L'Insee ajoute environ 65 Md€ au PIB au titre de l'économie non observée. Ce n'est pas la fraude aux cotisations, pour trois raisons : l'unité est de la valeur ajoutée, pas des cotisations éludées ; le périmètre est plus large (fraude à la TVA, activités illégales) ; et l'Insee précise que sa mesure « retrace seulement la part qui échappe aux sources ». Rapprocher les 65 Md€ de l'Insee des 6 Md€ de l'Urssaf pour en conclure à une sous-estimation est une erreur de grandeur et de nature.
- Le chiffre de la fraude est de 4,8 à 6,3 Md€ sur le champ Urssaf, pas 10 — le chiffre de 10 milliards additionne fraude et erreurs de bonne foi.
- C'est un plancher, pas un plafond : la dissimulation d'heures, le détachement, les particuliers employeurs et les entités jamais immatriculées sont hors champ, et le producteur qualifie lui-même son évaluation de minorante.
- Le vrai scandale n'est pas la détection, c'est le recouvrement : 1 586 M€ notifiés, 121 M€ encaissés. Un dispositif qui redresse des entités insolvables produit des communiqués, pas des recettes.
- Le travail dissimulé détecté pèse plus que toutes les fraudes aux prestations réunies, et la fraude fiscale près de six fois plus que la fraude sociale.
Fraude fiscale et fraude sociale : l'ordre de grandeur
C'est le seul item où la comparaison est instructive, parce que la hiérarchie des montants est établie même sans données de perception.
| Type de fraude | Estimation | Source et année |
|---|---|---|
| Fraude et irrégularités à la TVA | ≈ 15 Md€/an | Cour des comptes, 2020 |
| Fraude aux cotisations sociales (travail dissimulé) | 8,5 Md€ (2018) | Acoss — jugée sous-estimée par la Cour des comptes elle-même |
| Fraude aux prestations sociales (estimée) | ≈ 3 Md€ (2010) | Cour des comptes, régime général |
| Fraude aux prestations effectivement détectée | ≈ 1 Md€ (2019) | Organismes sociaux |
Chaque ligne porte sa source et son année dans la colonne de droite. Aucun de ces montants n'est une mesure : la fraude non détectée s'estime par extrapolation de contrôles aléatoires ou par écart entre assiette théorique et assiette constatée. Les ordres de grandeur sont robustes, les montants exacts ne le sont pas, et les producteurs le disent eux-mêmes.
La fraude à la seule TVA (≈15 Md€) dépasse largement l'estimation de la fraude aux prestations sociales (1 à 3 Md€) — un rapport d'environ 1 à 5, voire 1 à 15 si l'on compare à la fraude détectée. La Cour des comptes souligne par ailleurs l'absence de chiffrage global robuste en France, contrairement à certains pays voisins.
Grille de lecture des promesses électorales
Les treize questions
- Quel est le coût annuel ? Un chiffrage sans horizon temporel ni régime de croisière ne veut rien dire.
- Est-il cohérent avec les évaluations indépendantes ? Comparer aux chiffrages de l'Institut Montaigne, de l'IPP, de l'OFCE ou de la Cour des comptes, en notant qui a intérêt à quel chiffre.
- Qui gagne directement ? Nommer les bénéficiaires, en nombre et en montant moyen.
- Qui perd directement ? Toute mesure a des perdants. Une proposition qui n'en identifie aucun est mal chiffrée ou mal présentée.
- Comment est-elle financée ? Nouvelle recette, économie identifiée, ou dette — et si dette, à quel coût d'intérêt.
- Quel effet sur le déficit et la dette ? En points de PIB : 10 Md€ représentent 0,33 point.
- Quel effet sur l'emploi et la croissance ? Avec le multiplicateur retenu, qui est une hypothèse et doit être explicité.
- Quel effet sur le pouvoir d'achat ? Et duquel : moyen, médian, par décile ?
- Quels effets indirects ? Captation par les prix (les APL), effets d'aubaine (l'apprentissage), report d'assiette, évasion.
- Existe-t-il des exemples à l'étranger ? Et ces pays ont-ils obtenu le résultat annoncé ?
- Est-ce réalisable par une loi ordinaire ? Ou faut-il une révision constitutionnelle, une renégociation européenne, une dénonciation de convention — c'est-à-dire un tout autre calendrier.
- Qu'est-ce qui est fait, estimation, hypothèse ou affirmation politique ? Les quatre sont légitimes ; les confondre ne l'est pas.
- Quelles incertitudes, et peuvent-elles inverser le résultat ? Une proposition dont la conclusion s'inverse selon une hypothèse de taux d'actualisation n'est pas robuste.
Deux formulations réutilisables
Le principe de lecture
Un chiffre isolé n'est presque jamais suffisant. Pour chaque sujet, chercher simultanément six choses : le niveau actuel, l'évolution historique, le dénominateur pertinent, la comparaison internationale, les causes possibles et les effets attendus des solutions.
Ce document en donne une illustration répétée, et c'est peut-être ce qu'il faut en retenir :
- « La France travaille moins » est vrai ou faux selon qu'on rapporte les heures aux salariés à temps plein, à tous les emplois, ou à la population en âge de travailler. Les trois réponses figurent au thème 03, et elles sont contradictoires.
- « La France dépense le plus » est vrai en % du PIB (2ᵉ d'Europe) et faux par habitant (8ᵉ). L'écart mesure la faiblesse du PIB par tête, pas l'ampleur de la dépense.
- « L'administration italienne coûte plus cher » est vrai en brut et faux hors intérêts de la dette : l'Italie devient alors la plus légère des six pays comparés.
- « Les inégalités françaises avant impôt sont les plus fortes d'Europe » est un artefact de la comptabilisation des retraites publiques, pas une réalité sociale.
- « Les enseignants français font peu d'heures » est contredit par les données : 900 h au primaire contre 784 en moyenne OCDE.
- « Il y a de plus en plus de fonctionnaires » est faux rapporté à la population (+2,7 % en vingt ans) et vrai en composition (+20 % pour le territorial, −10 % pour l'État).
Le dénominateur est presque toujours l'endroit où se cache le désaccord.
Le dossier expliqué simplement
Écrit pour être lu par quelqu'un qui n'a jamais ouvert un budget de l'État. Tous les chiffres sont ceux du reste du dossier ; ce sont les mots qui changent, pas les faits.
De quoi on parle, en une page
Chaque année, l'État, les collectivités et la Sécurité sociale dépensent ensemble environ 1 670 milliards d'euros. C'est un chiffre trop gros pour vouloir dire quelque chose, alors ramenons-le à une personne : cela fait à peu près 24 000 € par habitant et par an. Pour toi, pour ta mère, pour ton petit frère, pour ta grand-mère : 24 000 € chacun.
Cet argent ne part pas dans une administration mystérieuse. Il part très majoritairement vers des gens. Sur 100 € dépensés :
| Sur 100 € de dépense publique | € | Ce que c'est concrètement |
|---|---|---|
| Protection sociale | 42 | Surtout les retraites, plus le chômage, les allocations familiales, le RSA |
| Santé | 16 | Hôpitaux, remboursement des médecins et des médicaments |
| Enseignement | 9 | Ton collège, ton lycée, l'université |
| Services généraux | 11 | Dont une partie qui ne sert à rien d'autre qu'à payer les intérêts de la dette |
| Affaires économiques | 10 | Trains, routes, aides aux entreprises, énergie |
| Ordre et sécurité | 3 | Police, gendarmerie, justice, pompiers |
| Défense | 3 | L'armée |
| Le reste | 6 | Culture, sport, logement, environnement |
Eurostat, gov_10a_exp (COFOG, dépenses des administrations publiques par fonction), données 2024, arrondi à l'euro le plus proche pour la lisibilité. Les arrondis expliquent que le total puisse ne pas faire exactement 100.
Deux lignes font 58 € sur 100 : les retraites et la santé. Retiens ça, parce que c'est la clé de presque tout le reste. Quand quelqu'un promet de « faire des économies » sans toucher aux retraites ni à la santé, il promet de faire des économies sur les 42 € restants — dont il faut encore enlever les intérêts de la dette, qu'on ne peut pas ne pas payer.
Pourquoi la France emprunte tous les ans
L'État dépense 57 € pour 100 € de richesse produite dans le pays, et il en encaisse 52. Il manque 5 €. Chaque année. On les emprunte.
Ce n'est pas nouveau et ce n'est pas la faute d'un gouvernement en particulier : la France n'a pas voté un budget à l'équilibre depuis 1974. Cinquante ans. Tous les présidents, de droite comme de gauche, ont emprunté.
Résultat : la dette publique atteint aujourd'hui environ 115 % de tout ce que le pays produit en un an. Si la France était un ménage qui gagne 30 000 € par an, elle devrait 34 500 €.
C'est vrai, et un État n'est pas un ménage : il ne meurt pas, il peut emprunter indéfiniment tant qu'on lui prête. Le problème n'est pas moral, il est arithmétique. Plus la dette est grosse, plus les intérêts coûtent cher. La France paie déjà environ 60 milliards d'euros d'intérêts par an — davantage que le budget de la Défense, à peu près autant que celui de l'Éducation nationale. Cet argent ne construit rien, ne soigne personne et n'enseigne à personne. Il part chez ceux qui ont prêté.
Et surtout : c'est de l'argent que ta génération devra payer pour des dépenses faites avant elle. C'est le vrai sujet du débat, et il est légitime que tu t'y intéresses.
Le vrai problème français : on produit moins que nos voisins
Voilà le point le plus important, et le moins discuté. Depuis vingt ans, la France s'appauvrit relativement à ses voisins. En 2005, un Français produisait 13 % de plus que la moyenne européenne. En 2024, il produit 1 % de moins.
La question est : pourquoi ? Et la réponse est surprenante, parce qu'elle n'est pas celle qu'on entend d'habitude.
- Ce n'est pas que les Français travaillent mal. Quand un Français travaille une heure, il produit à peu près autant qu'un Allemand — un peu moins, mais l'écart est faible.
- Ce n'est pas non plus qu'ils travaillent peu quand ils travaillent. Un Français en emploi travaille 1 512 heures par an, un Allemand 1 345. Le Français travaille plus — parce qu'en Allemagne beaucoup de gens sont à temps partiel.
- Le vrai écart est là : moins de Français travaillent. 69 % des 15-64 ans ont un emploi en France, contre 77 % en Allemagne et 82 % aux Pays-Bas. Et le trou est aux deux bouts de la vie : chez les jeunes (34 % contre 51 %) et chez les seniors (60 % contre 75 %).
- Et il y a plus de retraités. 22 % des Français ont plus de 65 ans. Plus de gens à la retraite, moins de gens qui produisent : le PIB par habitant baisse mécaniquement, même si personne ne travaille moins bien.
Autrement dit : le problème n'est pas la paresse, c'est l'arithmétique. Moins de gens produisent la richesse qui doit faire vivre tout le monde. Et comme il y a plus de retraités à payer, la dépense sociale augmente pendant que la richesse produite augmente moins vite. Les deux courbes s'écartent. C'est ça, la situation de la France.
Cinq idées reçues que les chiffres ne confirment pas
« La France dépense beaucoup plus que les autres »
Vrai en pourcentage de la richesse produite (2e d'Europe). Beaucoup moins vrai par habitant : corrigée du niveau des prix, la dépense française est de 22 321 unités de pouvoir d'achat par habitant contre 22 937 en Allemagne. Nous sommes derrière l'Allemagne. Le pourcentage du PIB mesure autant la faiblesse de ce qu'on produit que la générosité de ce qu'on dépense.
« Les Allemands dépensent moins pour leur protection sociale »
Faux en niveau. L'Allemagne dépense 10 575 € par habitant pour la protection sociale, la France 10 077 €. Elle dépense plus que nous par personne, et moins en part de sa richesse — parce qu'elle est plus riche.
« L'administration française est un gouffre inefficace »
Le dossier ne le trouve pas. Sur la plupart des fonctions, la France est dans la moyenne européenne rapportée à sa population. Il y a de vraies exceptions, dans les deux sens — la France a par exemple beaucoup moins de juges par habitant que ses voisins, ce qui explique en partie la lenteur de la justice.
« L'immigration coûte une fortune »
Personne ne le sait précisément, et c'est la vraie réponse. Selon la convention comptable retenue — comment on répartit le coût de l'armée et des intérêts de la dette — la même étude de l'OCDE donne +1,02 % ou −0,85 % du PIB. Ce sur quoi les travaux scientifiques s'accordent : l'effet tient dans une fourchette de plus ou moins 0,5 % de la richesse nationale, quand le déficit, lui, vaut 5,8 %. Ce n'est ni la cause du problème ni sa solution.
« On dépense trop pour l'école »
L'inverse, si on regarde par élève. La France dépense plus en part du PIB que l'Allemagne, parce qu'elle a plus de jeunes — mais moins par élève : 11 326 $ contre 13 190 $ au primaire. Et elle a des classes un peu plus chargées que la moyenne. L'argent de l'éducation existe ; il est réparti différemment.
Ce que ça veut dire pour ta génération
Trois choses, sans dramatiser et sans te mentir.
D'abord, tu hérites d'une facture. La dette a été construite sur cinquante ans par des gens qui ne la rembourseront pas. Ce n'est pas une catastrophe imminente — la France emprunte sans difficulté — mais c'est une contrainte : chaque euro d'intérêt est un euro qui ne va pas à un hôpital, à un professeur ou à un train.
Ensuite, le système repose sur toi. Les retraites françaises fonctionnent par répartition : ceux qui travaillent aujourd'hui paient les pensions de ceux qui sont à la retraite aujourd'hui. En 1960, il y avait 4 actifs par retraité. Aujourd'hui, un peu plus de 1,7. Cela ne veut pas dire que le système va s'effondrer, mais que quelqu'un devra choisir entre trois options — travailler plus longtemps, cotiser davantage, ou toucher des pensions plus faibles. Il n'y a pas de quatrième porte, et tous les partis qui promettent le contraire promettent quelque chose d'arithmétiquement impossible.
Enfin, et c'est la bonne nouvelle : rien de tout cela n'est une fatalité. Le principal problème français est le nombre de gens qui travaillent, pas leur productivité. Les Pays-Bas font travailler 82 % de leurs 15-64 ans en ayant une protection de l'emploi plus forte que la nôtre. Ce n'est donc pas un problème de nature, c'est un problème d'organisation. Ça se change.
1. Demande toujours « rapporté à quoi ? » « La France est 2e d'Europe pour la dépense publique » et « la France est 8e par habitant » sont vrais tous les deux. Celui qui choisit un seul des deux choisit sa conclusion avant son chiffre.
2. Sépare le fait du jugement. « La France dépense 57 % du PIB » est un fait. « C'est trop » est une opinion. Les deux sont légitimes, mais on ne les discute pas de la même façon — un fait se vérifie, une opinion se débat.
3. Demande qui paie et sur combien d'années. Une mesure « qui ne coûte rien » coûte toujours quelque chose à quelqu'un. Si personne ne peut te dire qui, c'est que le chiffrage n'existe pas.
Une dernière chose. Ce dossier compte environ deux cents fiches, et beaucoup se terminent par « on ne sait pas ». Ce n'est pas un aveu d'échec : c'est le résultat le plus utile. Une bonne partie du débat public porte sur des chiffres que personne ne mesure. Savoir lesquels, c'est déjà être mieux armé que la plupart des gens qui en parlent à la télévision.
Toutes les sources
223 références, générées depuis les 21 fichiers de données — jamais recopiées. Chaque entrée indique les chapitres qui la citent. Les organismes engagés dans le débat public sont signalés : ils ne sont cités qu’à défaut de source publique.
Eurostat · 98
- SSMSI pour les taux d'élucidation ; ministère de la Justice, chiffres clés de la justice, pour les délais et les effectifs ; Commission européenne pour l'efficacité de la justice (CEPEJ) du Conseil de l'Europe et Eurostat crim_just_job pour la comparaison internationale des effectifs. Le taux d'élucidation n'est pas un taux de condamnation : il mesure l'identification d'un auteur présumé, pas l'issue judiciaire.Cité par : Sécurité, justice, prisons
- Eurostat, crim_just_job et glossaire « Police officer » pour la définition du périmètre. Ministère de l’Intérieur pour les policiers municipaux, 2022. Cour des comptes, La répartition des zones de compétence entre la police et la gendarmerie nationales, janvier 2025, pour les effectifs des deux forces et l’ancienneté de la carte ; et travaux sur les tâches indues, données 2016. Effectifs des forces mobiles : rapports parlementaires, données 2022. Les colonnes « pour 100 000 » sont calculées par nos soins sur une base de 68 millions d’habitants ; elles situent des ordres de grandeur et ne constituent pas une décomposition de l’écart.Consulter la sourceCité par : Sécurité, justice, prisons
- CEPEJ (Conseil de l'Europe) et Eurostat crim_just_job pour la justice et la police ; OCDE, Panorama des administrations publiques, et DGAFP pour la France ; populations Eurostat et Banque mondiale. Ratios calculés par nos soins. Les périmètres nationaux ne se recouvrent pas parfaitement — les polices municipales, les forces fédérées et les personnels administratifs des juridictions sont traités différemment selon les pays ; les cas signalés par un astérisque dans le tableau sont ceux où l'écart de périmètre est le plus important.Cité par : Efficacité de l'État
- DARES, enquête Acemo, définition Eurostat (poste créé, non occupé, recherche active, souhait de pourvoir sous 3 mois) ; champ entreprises de 10 salariés et plus, privé hors agriculture, intérim et particuliers employeurs. France Travail, 2024, offres abandonnées. Comparaison européenne : Eurostat, taux de vacance T1 2025 — France 2,5 %, zone euro 2,4 %, UE-27 2,2 %, Pays-Bas 4,2 % (maximum).Cité par : Emploi, chômage et coût du travail
- DGAFP, Rapport annuel sur l'état de la fonction publique, effectifs physiques par versant au 31 décembre ; population Eurostat demo_gind. Rapport pour 100 000 habitants calculé par nos soins, 2005 et 2024.Cité par : Efficacité de l'État
- Banque mondiale, indicateurs du développement dans le monde (PIB en dollars internationaux constants de 2021, PPA) rapporté à la population de 15 à 64 ans (Eurostat demo_pjangroup et Nations unies, perspectives démographiques). Ratio calculé par nos soins.Cité par : Dépenses publiques, impôts, redistribution
- Douanes françaises et Eurostat Comext, soldes bilatéraux de biens 2024 et 2025. La réestimation de l'effet Rotterdam est notre calcul, fondé sur la réaffectation au pays d'origine réel des flux transitant par les grands ports néerlandais et belges : c'est une estimation encadrée, pas une mesure, et son ordre de grandeur dépend de la clé de réaffectation retenue.Cité par : Commerce extérieur et flux financiers
- DREES / Eurostat, base SESPROS, données 2024, fiche 12.Cité par : Dépenses publiques, impôts, redistribution
- DREES / Eurostat, base SESPROS, données 2024, fiche 12. Les valeurs Pays-Bas, Suède et Danemark n'ont pas pu être extraites avec la précision requise et ne figurent pas ici.Cité par : Dépenses publiques, impôts, redistribution
- Eurostat, écart de rémunération entre femmes et hommes sous forme non ajustée, salaire horaire brut, earn_gr_gpgr2, 2023 : 12,0 % dans l’Union, 12,3 % en zone euro, de −0,9 % au Luxembourg à 19,0 % en Lettonie. L’écart de taux d’emploi italien est celui du tableau ci-dessus, Eurostat 2024. Le rapprochement des deux indicateurs, et sa lecture en termes de sélection, sont de notre fait.Consulter la sourceCité par : Emploi, chômage et coût du travail
- Émissions territoriales : Citepa / Eurostat (CO₂ fossile seul, pour être comparable à l'empreinte). Empreinte : Global Carbon Budget, émissions de CO₂ liées à la consommation, via Our World in Data. Population : Eurostat. Rapports calculés par nos soins, France, 1990-2024. Les deux séries portent sur le CO₂ fossile seul, pas sur tous les gaz — d'où des niveaux différents du graphique précédent.Cité par : Écologie et climat
- Citepa, inventaire national Secten, et Eurostat env_air_gge pour la ventilation sectorielle, France, 1990 et 2024, en mégatonnes d'équivalent CO₂. Les périmètres sectoriels suivent la nomenclature de la Convention-cadre des Nations unies.Cité par : Écologie et climat
- Eurostat env_air_gge et inventaires nationaux soumis à la CCNUCC, tous gaz en équivalent CO₂, puits forestier inclus, rapportés à la population (Eurostat demo_gind, Banque mondiale hors UE), 1990 et 2024. Périmètre différent du premier graphique de la section, qui exclut le puits.Cité par : Écologie et climat
- Eurostat bop_c6_a, confirmé par la Banque de France (solde courant −11,6 Md€ en 2025, −9,3 Md€ en 2024).Cité par : Commerce extérieur et flux financiers
- Eurostat bop_fdi6_flow, bop_fdi6_pos, tipsii10, bop_iip6_q ; Banque de France.Cité par : Commerce extérieur et flux financiers
- Eurostat bop_its6_det ; Fonds monétaire international, Manuel de la balance des paiements, 6ᵉ édition, poste « voyages ».Cité par : Commerce extérieur et flux financiers
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- Eurostat crim_off_cat (ICCS0101 et ICCS0102) et hlth_cd_asdr2 (code CIM-10 X85-Y09) ; Office fédéral de police criminelle allemand, statistique 2024 ; centres américains de contrôle des maladies, données 2024 ; Office des Nations unies contre la drogue et le crime via Our World in Data pour la série longue.Cité par : Sécurité, justice, prisons
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- Eurostat gov_10a_main (1995-2025) et nasa_10_nf_tr (1971-1994), secteur S13, séries rétropolées en base 2020 par l'Insee ; nama_10_gdp pour le PIB. Les postes 1975-1994 sont un calcul dérivé (montant rapporté au PIB de la même base) ; le raccord 1994-1995 a été vérifié poste par poste et l'écart est inférieur à 0,05 point.Cité par : Dette et déficit
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- Eurostat gov_10a_taxag (D211) et nama_10_gdp (P31_S14), 2024. Le taux moyen effectif est un calcul dérivé, non une statistique publiée.Cité par : Dépenses publiques, impôts, redistribution
- Eurostat gov_10a_taxag, secteurs S13, S1311, S1313, S1314, 2024.Cité par : Dépenses publiques, impôts, redistribution
- Eurostat gov_10dd_edpt1 et bop_iip6_q ; Insee, Informations rapides n° 78 ; AFT.Cité par : Dette et déficit
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- Eurostat hlth_sha11_hf et hlth_sha11_hc, 2023 ; DREES, comptes de la santé 2024 ; Cour des comptes, note d'exécution budgétaire 2023 ; IPP, Retraites des fonctionnaires d'État : faut-il changer la convention comptable ?, 2025 ; CAE, Focus n° 121, septembre 2025 ; Eurostat, Comparison of key concepts between the UOE framework and the National Account framework, 2023.Cité par : Dépenses publiques, impôts, redistribution
- Eurostat ilc_lvho07c et ilc_mded01, 2024 ; OCDE, indicateurs analytiques des prix des logements ; ministère de la Transition écologique, page « Encadrement des loyers » ; Ville de Paris, expertise des collectivités sur l'encadrement des loyers, juin 2025 ; Banque des Territoires d'après la définition harmonisée de l'OCDE pour le parc social.Cité par : Logement
- Eurostat lc_lci_lev (coût horaire) et nama_10_lp_ulc (coûts salariaux unitaires nominaux, NULC_PER), 2024-2025.Cité par : Industrie et désindustrialisation
- Eurostat lc_lci_lev, nrg_pc_205, nrg_pc_203, gov_10a_taxag ; OCDE Corporate Effective Tax Rates 2023 ; Tax Foundation (organisme engagé, favorable à la baisse de la fiscalité des entreprises) ; Institut Montaigne et Fondation IFRAP (organismes engagés) pour les impôts de production ; annexe Voies et moyens tome II au PLF 2026 ; rapport Guillot 2022 ; Baker, Bloom & Davis (2016) ; De Mooij & Ederveen (2003) ; Kleven, Landais & Saez (2013) ; Akcigit, Baslandze & Stantcheva (2016) ; Moretti & Wilson (2017) ; baromètre EY 2026 et baromètre AmCham-Bain 2026 (cabinets privés).Organisme engagé dans le débat public, cité à défaut de source publique.Cité par : Industrie et désindustrialisation
- Eurostat lfsi_emp_a et lfsa_ergan, 2024-2025 ; OCDE, heures annuelles moyennes ; Eurostat nama_10_a10_e et demo_pjanbroad pour les heures par habitant.Cité par : Retraites et durée de travail
- Eurostat, mêmes jeux que le tableau ci-dessus, 2025. Les barres NEET des États-Unis sont absentes : le seul chiffre fédéral disponible (NCES, 13 % des 18-24 ans, American Community Survey 2022) porte sur une autre tranche d'âge, une autre source et un autre millésime — il n'est comparable à aucune colonne.Cité par : Emploi, chômage et coût du travail
- Eurostat nama_10_pc, nama_10_lp_ulc (NLPR_HW, NLPR_PER, HW_EMP, RLPR_HW), nama_10_a10_e, lfsi_emp_a, lfsa_ergan, demo_pjanind, extractions filtrées pays par pays ; OCDE, heures annuelles moyennes ; Conference Board, Total Economy Database, mai 2025 ; Banque de France, Bulletin n° 251/1, mars 2024 ; Insee, blog, juillet 2024 et mai 2026 ; Conseil national de productivité, 5ᵉ rapport, avril 2025 ; OFCE, Policy brief n° 142, avril 2025 ; France Stratégie, note d'analyse n° 38.Cité par : Dépenses publiques, impôts, redistribution
- Eurostat nasa_10_nf_tr, secteur S11, direct=PAID, 2024, rapporté à la valeur ajoutée brute du même secteur ; Tax Foundation pour les taux nominaux d'IS.Cité par : Industrie et désindustrialisation
- Eurostat nrg_pc_205 (électricité, bande IC 500-1999 MWh) et nrg_pc_203 (gaz, bande I2), hors taxes.Cité par : Industrie et désindustrialisation
- Eurostat, PIB par habitant en standards de pouvoir d'achat, indice UE-27 = 100, 2005-2024.Cité par : Dépenses publiques, impôts, redistribution
- Direction générale des douanes et droits indirects, statistiques du commerce extérieur, données 2025 ; Eurostat ext_lt_maineu pour le recoupement. Périmètre : biens uniquement, données CAF-FAB. Les soldes bilatéraux de biens sont sensibles à l'effet Rotterdam, traité dans la fiche suivante.Cité par : Commerce extérieur et flux financiers
- France : Insee, comptes de patrimoine base 2020, fin 2024. Italie : Banca d'Italia et Istat, La ricchezza dei settori istituzionali, fin 2024, secteur des familles. États-Unis : Federal Reserve, Financial Accounts Z.1, T4 2025, ménages et institutions sans but lucratif. Pays-Bas : CBS, comptes nationaux 2023. Royaume-Uni : ONS, National Balance Sheet, 2024. Part des actifs non financiers : calculs par nos soins sur ces mêmes sources. Structure financière européenne : Eurostat, Statistics Explained, actifs et passifs financiers des ménages, 2024 ; France : ACPR, 2025, et Banque de France, T4 2025.Cité par : Niveau de vie, patrimoine, inégalités
- France : SSMSI, bases statistiques de la délinquance enregistrée diffusées sur data.gouv.fr, homicides et tentatives d'homicide, 2008-2024. Allemagne : Bundeskriminalamt, Polizeiliche Kriminalstatistik, mêmes catégories. Taux calculés par nos soins avec les populations Eurostat. Les tentatives sont plus comparables que les homicides consommés, parce qu'elles dépendent moins de la qualité des secours d'urgence.Cité par : Sécurité, justice, prisons
- OCDE, Perspectives économiques n° 119 (juin 2026), séries GDPVD_CAP, TAXQ, GDP et POP, y compris l'agrégat OCDE ; OCDE, base Productivité, séries GDPHRS et HRSPOP ; OCDE, Social Expenditure Database, agrégats publics et privés par habitant en parité de pouvoir d'achat ; OCDE, base Emploi, taux d'emploi par tranche d'âge. Extraction par API SDMX le 13 septembre 2026. Insee, comptes nationaux, pour la dépense publique par nature depuis 1975 ; Insee, La redistribution monétaire (France, portrait social 2025) et Insee Analyses n° 88, données 2023, pour la masse prélevée par décile ; Insee, Insee Analyses n° 118 et 119, pour la redistribution avant et après ; Eurostat, ilc_di12, pour l'indice de Gini ; DREES, comptes de la protection sociale, édition 2025, données 2024, pour les prestations par risque ; IPP, « Quels impôts les milliardaires paient-ils ? », 2023, pour le sommet de la distribution. Les constats 4, 5, 9 et 10 et le tableau des thèmes reprennent les chapitres correspondants de ce dossier, où ils portent leurs propres sources.Cité par : Synthèse
- Eurostat, gov_10a_exp, fonction COFOG 01 « services généraux des administrations publiques » hors charge de la dette, données 2023.Cité par : Synthèse
- Eurostat, gov_10a_exp (COFOG, dépenses des administrations publiques par fonction) et demo_gind (population), données 2024, euros courants par habitant. Rapport calculé par nos soins. Les euros courants ne corrigent pas les écarts de niveau de prix : la correction en pouvoir d'achat réduit sensiblement les écarts, comme indiqué dans les limites de la fiche.Cité par : Dépenses publiques, impôts, redistribution
- Eurostat, gov_10a_exp (COFOG, dépenses des administrations publiques par fonction), données 2024, arrondi à l'euro le plus proche pour la lisibilité. Les arrondis expliquent que le total puisse ne pas faire exactement 100.Cité par : Le dossier expliqué simplement
- Eurostat, gov_10a_main, recettes totales et dépenses totales des administrations publiques (S13), en % du PIB, France, 2000-2025. Les millésimes de PIB diffèrent légèrement de ceux de l'Insee, d'où un écart de 0,1 à 0,3 point sur certaines années.Cité par : Dépenses publiques, impôts, redistribution
- Séries par nature reconstituées à partir d'Eurostat gov_10a_main et nasa_10_nf_tr, 1975-2024, rebasées sur la série 2020 ; charge d'intérêts D41. La ventilation COFOG par fonction n'existe pas avant 1995, ce tableau raisonne donc par nature de dépense.Cité par : Dette et déficit
- Eurostat, gov_10a_taxag, poste D29 « autres impôts sur la production », secteur S13 et institutions de l'UE, en % du PIB, 2024. Attention au périmètre : le D29 brut inclut la taxe foncière acquittée par les ménages sur leur logement, les propriétaires étant en comptabilité nationale producteurs de services de logement. Le périmètre DGFiP, restreint aux entreprises, donne 3,3 % du PIB pour la même année.Cité par : Industrie et désindustrialisation
- Eurostat, gov_10dd_edpt1, dette publique brute consolidée au sens de Maastricht, en % du PIB, France, 1995-2025.Cité par : Dette et déficit
- Agence France Trésor, détention de la dette négociable de l'État (enquête trimestrielle) ; Banque de France, comptes financiers ; Eurostat gov_10dd_edpt1 ; FMI, Coordinated Portfolio Investment Survey pour la détention croisée ; US Treasury, Treasury International Capital pour la dette américaine. La consolidation européenne est notre calcul : elle consiste à retirer du « non-résident » national les détenteurs situés dans un autre État membre.Cité par : Dette et déficit
- Eurostat, ilc_di12, indice de Gini du revenu disponible équivalisé, 2024 ; OCDE, Income Distribution Database, pour les Gini avant et après transferts. Le traitement des pensions de retraite est décisif : les compter comme transferts ou comme revenu primaire change l'indice avant redistribution de plus de seize points, comme le montre le tableau.Cité par : Niveau de vie, patrimoine, inégalités
- Eurostat, ilc_mded01 (part médiane du revenu consacrée au logement) et ilc_lvho07a (taux de surcharge des dépenses de logement, seuil de 40 % du revenu disponible), données 2024, statistiques sur les revenus et conditions de vie (SILC). Le périmètre des « dépenses de logement » inclut les charges et l'énergie et diffère du loyer seul.Cité par : Logement
- Insee, définition des cotisations sociales nettes ; Eurostat gov_10a_taxag, France 2024 ; Conseil constitutionnel, décision n° 90-285 DC du 28 décembre 1990.Cité par : Dépenses publiques, impôts, redistribution
- Insee Première n° 2081 (comptes de patrimoine 2024) et Insee Focus n° 371 (enquête Histoire de vie et Patrimoine 2024) ; BCE, Household Finance and Consumption Survey, vague 2023 ; Eurostat ilc_lvho02 et nasa_10_ki ; Banque de France, Épargne et patrimoine financiers des ménages T3 2025, Bulletin n° 261/3 et Balance des paiements et position extérieure 2024-2025 ; Réserve fédérale, comptes financiers.Cité par : Niveau de vie, patrimoine, inégalités
- IPP, « Quels impôts les milliardaires paient-ils ? », 2023 ; Bozio et al., 2018 ; Eurostat gov_10a_taxag ; barème IR service-public.gouv.fr.Cité par : Dépenses publiques, impôts, redistribution
- Eurostat, lfsa_ergan (taux d'emploi par âge) et lfsa_pganws (population par âge), données annuelles 2025, champ ménages ordinaires. Décomposition calculée par nos soins : contribution = poids de la tranche dans la population française × écart de taux. À ces contributions s'ajoute un effet de structure démographique — les pyramides des âges diffèrent — de +0,77 point face à l'Allemagne et de −0,06 point face aux Pays-Bas, qui n'apparaît pas sur le graphique. Avec lui, la somme reconstitue exactement les 7,87 et 13,03 points d'écart.Cité par : Emploi, chômage et coût du travail
- Eurostat, lfsa_ergan, taux d'emploi des 60-64 ans, données annuelles. La série allemande n'est pas tracée : nous n'avons pu vérifier que ses deux extrémités sur source primaire, et nous ne complétons pas une courbe par interpolation.Cité par : Emploi, chômage et coût du travail
- Calcul par nos soins : taux d'emploi des 15-24 ans (Eurostat lfsa_ergan) × durée hebdomadaire habituelle dans l'emploi principal des 15-24 ans (Eurostat lfsa_ewhun2), 2025. Décomposition emploi/formation : Eurostat edat_lfse_18, contrôlée sur lfsi_neet_a — les deux séries indépendantes concordent exactement.Cité par : Emploi, chômage et coût du travail
- Mêmes sources que le graphique précédent : PIB en dollars internationaux constants de 2021 (Banque mondiale) rapporté successivement à la population totale, à la population de 15 à 64 ans et à la population en emploi (Eurostat lfsi_emp_a, OCDE pour les États-Unis). Les trois dénominateurs sont calculés par nos soins sur la même année.Cité par : Dépenses publiques, impôts, redistribution
- Banque mondiale (PIB, dollars internationaux constants de 2021, PPA) et Eurostat lfsi_emp_a pour l'emploi total ; BLS pour les États-Unis. Rapport calculé par nos soins, 1995-2024.Cité par : Dépenses publiques, impôts, redistribution
- Eurostat, lfsi_emp_a, taux d'emploi par tranche d'âge, 2024, champ population de 15 à 64 ans en ménages ordinaires.Cité par : Retraites et durée de travail
- Eurostat, lfsi_emp_a (taux d'emploi) et lfsa_ewhun2 (durée hebdomadaire habituelle dans l'emploi principal), 2025. Eurostat ne publie pas d'indicateur « taux d'emploi en équivalent temps plein » : le calcul est le nôtre, selon la convention usuelle d'un équivalent temps plein à 40 heures, hors emplois secondaires. Une convention différente déplacerait les niveaux, pas le renversement de classement.Cité par : Emploi, chômage et coût du travail
- Eurostat, enquête forces de travail (EU-LFS), moyennes annuelles 2025, jeux lfsi_emp_a, une_rt_a, edat_lfse_20, edat_lfse_18 ; champ ménages ordinaires, France hors Mayotte. * États-Unis : BLS, Current Population Survey, moyennes annuelles 2025, champ 16-24 ans — le BLS ne couvre pas les 15 ans, ce qui surestime structurellement le taux américain de 2 à 4 points dans cette comparaison.Cité par : Emploi, chômage et coût du travail
- Eurostat, enquête sur les forces de travail, taux d’emploi des 20-64 ans par sexe, lfsi_emp_a. Union européenne : femmes 70,2 %, hommes 80,4 %, soit 10,2 points en 2023 ; 10,0 points en 2024. France : femmes 71,7 %, hommes 77,2 %, soit 5,5 points en 2023. La valeur française 2024 par sexe n’a pas été reprise sur source primaire, d’où la ligne datée de 2023 : sur un an, l’écart de l’Union n’a bougé que de 0,2 point, mais la comparaison ligne à ligne perd cette précision.Consulter la sourceCité par : Emploi, chômage et coût du travail
- Maddison Project Database via Our World in Data (série 1975-2022) ; Eurostat prc_ppp_ind et nama_10_pc ; Banque mondiale NY.GDP.PCAP.PP.KD.Cité par : Dépenses publiques, impôts, redistribution
- Eurostat, comptes nationaux annuels par branche : nama_10_a10 (valeur ajoutée) et nama_10_a10_e (emploi), périmètre NACE B à E, données 2023. Périmètre à surveiller : « industrie » au sens B-E inclut l'énergie, l'eau et les déchets, et donne un poids supérieur à « industrie manufacturière » au sens C seul.Cité par : Industrie et désindustrialisation
- Mesure A : Eurostat, nama_10_a10_e, heures totales travaillées et emploi intérieur, 2024 ; rapport calculé par nos soins et contrôlé sur la tranche 15-74, qui donne le même classement. Mesure B : Rexecode, document de travail n° 98, décembre 2025 — institut proche des organisations patronales, à traiter comme contribution au débat ; méthode : taux d'emploi × durée annuelle effective issue des enquêtes emploi harmonisées.Organisme engagé dans le débat public, cité à défaut de source publique.Cité par : Emploi, chômage et coût du travail
- Eurostat : nama_10_lp_ulc (PIB par heure travaillée), lfsi_emp_a (emploi) et comptes nationaux annuels, indices UE-27 = 100, France, 1995-2024. Les trois séries partagent le même dénominateur européen et sont donc directement comparables entre elles.Cité par : Dépenses publiques, impôts, redistribution
- Eurostat, nama_10_lp_ulc, productivité horaire du travail en volume, indice base 100 en 2000, 1995-2024. Mesure en volume : neutralise les effets de prix et de change, contrairement aux comparaisons en niveau.Cité par : Dépenses publiques, impôts, redistribution
- Eurostat, nama_10_lp_ulc, coût salarial unitaire nominal rapporté aux heures travaillées, ensemble de l'économie, rebasé par nos soins en 2000 = 100. Périmètre : ensemble de l'économie, pas la seule industrie manufacturière.Cité par : Industrie et désindustrialisation
- Eurostat, nama_10_lp_ulc, coût salarial unitaire nominal rapporté aux heures travaillées, ensemble de l'économie, indice 2020 = 100, rebasé par nos soins en 2000 = 100. Périmètre : ensemble de l'économie, pas la seule industrie manufacturière — les évolutions manufacturières peuvent différer.Cité par : Industrie et désindustrialisation
- Séries reconstituées par nos soins à partir d'Eurostat nasa_10_nf_tr et gov_10a_main, dépenses des administrations publiques par nature (prestations sociales D62, rémunérations D1, consommations intermédiaires P2, investissement P51g, charge d'intérêts D41), rebasées sur la série 2020. La ventilation COFOG par fonction n'existe pas avant 1995 ; seule la ventilation par nature remonte à 1975, d'où le point de départ. Rupture de série réelle en 1974-1975 (le PIB 1975 bondit de 21 %).Cité par : Synthèse, Dette et déficit
- Eurostat, nasa_10_nf_tr, sociétés non financières S11, prix courants, 2024 (données provisoires) : D29 versé, B1G valeur ajoutée brute, B2A3G excédent brut d'exploitation. Ratios calculés par nos soins.Cité par : Industrie et désindustrialisation
- Eurostat, nrg_pc_205 (prix) et env_ac_taxind2, catégorie NRG, NACE C, 2023 (taxes énergie payées par l'industrie manufacturière, valeurs estimées) ; Agence internationale de l'énergie, Electricity 2026, chapitre Prices, pour la comparaison hors UE — comparaison relative, sans chiffres absolus publiés.Cité par : Industrie et désindustrialisation
- OCDE, Health Statistics 2025 (dépense de santé en dollars internationaux à parité de pouvoir d'achat et en % du PIB, densités médicales, lits) ; Eurostat pour les données européennes complémentaires. Millésime 2024 sauf indication contraire.Cité par : Santé
- OCDE, Panorama des pensions 2025, via l'interface de données officielle : âges légaux et âge effectif moyen de sortie du marché du travail ; Commission européenne, Ageing Report 2024 pour le contrôle des âges légaux ; Eurostat demo_pjangroup (population par tranche quinquennale au 1ᵉʳ janvier 2024) ; Banque mondiale NY.GDP.PCAP.PP.KD, SP.POP.TOTL, SL.TLF.TOTL.IN et SL.UEM.TOTL.ZS. Les dénominateurs sur mesure et les ratios sont des calculs dérivés.Cité par : Dépenses publiques, impôts, redistribution
- OCDE Taxing Wages 2026 (données 2025) ; barèmes Urssaf et Agirc-Arrco 2026 ; barème de l'impôt sur les revenus 2025 ; Eurostat gov_10a_taxag pour le taux effectif de TVA.Cité par : Dépenses publiques, impôts, redistribution
- ONUDC via Banque mondiale (série 1990-2023) ; Eurostat crim_off_cat ; SSMSI.Cité par : Sécurité, justice, prisons
- Eurostat, prc_hpi_a, indice des prix des logements, prix nominaux, base 100 en 2015 ; complété par l'OCDE pour les États-Unis.Cité par : Logement
- Rexecode (proche du patronat), durée effective du travail 2024 ; OCDE, heures annuelles moyennes ; Eurostat lfsi_dwl_a (durée espérée de vie active).Organisme engagé dans le débat public, cité à défaut de source publique.Cité par : Retraites et durée de travail
- Eurostat, sdg_13_10 et env_air_gge, émissions de gaz à effet de serre, tous gaz en équivalent CO₂, hors utilisation des terres et forêts (UTCATF), France, 1990-2025. Le choix d'exclure le puits forestier est indiqué parce qu'il change le niveau de plusieurs dizaines de mégatonnes.Cité par : Écologie et climat
- Mêmes émissions que le graphique précédent (Eurostat sdg_13_10, hors UTCATF), rapportées à la population France entière (Eurostat demo_gind). Rapport calculé par nos soins.Cité par : Écologie et climat
- Eurostat, gov_10a_taxag — cotisations effectives des employeurs (D611), autres impôts sur la production (D29) et TVA (D211) rapportés au PIB, données 2024 — et nasa_10_nf_tr pour les impôts sur les bénéfices rapportés à la valeur ajoutée des sociétés non financières (S11). Coin fiscalo-social : OCDE, Taxing Wages 2026, données 2025. Le rapprochement de ces lignes dans un même tableau est notre assemblage : Eurostat publie les postes, pas la comparaison par assiette. Les quatre dénominateurs diffèrent — PIB, valeur ajoutée des sociétés, coût d’un salarié type — et les lignes ne s’additionnent donc pas.Cité par : Dépenses publiques, impôts, redistribution
- Eurostat, gov_10a_taxag : ensemble des impôts et des cotisations sociales nettes perçus par les administrations publiques, rapporté au PIB, données 2025, comparaison des États membres. Le dénominateur est le PIB, pas la population : ce taux n’est ni un montant par habitant, ni par ménage, ni par foyer fiscal. Écart de périmètre à signaler systématiquement : la mesure française donne 43,6 % pour 2025 quand la mesure européenne donne 45,3 %, du fait du traitement des crédits d’impôt et des cotisations imputées — ne jamais comparer un chiffre Insee à un classement Eurostat sans le préciser.Cité par : Dépenses publiques, impôts, redistribution
- Banque de France, Stat Info « Taux d'endettement des agents non financiers — comparaisons internationales », millésime T4 2025, publié le 21 mai 2026 ; concept de dette des comptes nationaux financiers (crédits consolidés). Contrôle croisé sur Eurostat tec00104 : France 90,9 % en 2024. Les Pays-Bas et la Belgique ne figurent pas dans cette publication et ne sont donc pas représentés.Cité par : Niveau de vie, patrimoine, inégalités
- Trésor-Éco n° 239 ; Eurostat lfsi_emp_a et lfsi_dwl_a, 2024-2025.Cité par : Retraites et durée de travail
- Eurostat, jeu une_ltu_a, indicateurs LTU et VLTU, unité PC_UNE, 15-74 ans, données annuelles 2025. Note Eurostat : statut « d » (définition différente) pour la France et l'Espagne.Cité par : Emploi, chômage et coût du travail
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- Accompagnement : Crépon, Duflo, Gurgand, Rathelot & Zamora (2013) ; BCG-Cap Gemini pour France Travail (2014) ; IPP (2026). Dégressivité : Unédic (2025). Contrôle : France Travail (2018). Indépendants : CBS (2026). Chaîne de CDD et autorisation préalable : SEO Economisch Onderzoek (2020). Chômage partiel : Insee (2021), IAB. Prud'hommes : ministère de la Justice (2024) ; comité d'évaluation des ordonnances travail, France Stratégie. Hartz : Krebs & Scheffel (2013), Stops (2016), DG Trésor (2013).Cité par : Emploi, chômage et coût du travail
- Banque de France, La balance des paiements et la position extérieure de la France 2024 ; fiches pays de la direction générale du Trésor ; Insee Focus n° 367 et 368 (enquêtes sur les filiales de groupes français à l'étranger et les filiales étrangères en France, 2023).Cité par : Commerce extérieur et flux financiers
- Calcul par nos soins à partir d'Insee, Informations rapides n° 78 (déficit et dette publics 2025) et des agrégats de dépense et de prélèvements obligatoires 2025. Ce sont des identités arithmétiques, pas des scénarios économiques : elles ne tiennent compte d'aucun effet de retour sur l'activité, dans un sens ni dans l'autre.Cité par : Dette et déficit
- Calcul par nos soins à partir de l'Insee, La redistribution monétaire (France, portrait social 2025) et Insee Analyses n° 88 (La redistribution élargie), données 2023. Périmètre : ensemble des prélèvements — cotisations sociales, impôts directs, impôts sur la production et la consommation — rapportés au revenu primaire élargi de chaque décile. Les masses en milliards sont obtenues en appliquant les taux publiés aux revenus primaires élargis par décile.Cité par : Synthèse, Dépenses publiques, impôts, redistribution
- Conseil des prélèvements obligatoires et Cour des comptes, « Corriger les principales distorsions de l'imposition du patrimoine », décembre 2025, données 2024 ; Conseil d'analyse économique, note n° 69 « Repenser l'héritage », décembre 2021, d'après Piketty & Zucman et Biernat et al. ; Insee, Histoire de vie et Patrimoine 2023-2024 pour les taux de détention d'héritage et de donation.Cité par : Niveau de vie, patrimoine, inégalités
- DGAFP, Rapport annuel sur l'état de la fonction publique, effectifs physiques au 31 décembre 2024, trois versants ; population Insee pour les ratios pour 100 000 habitants, calculés par nos soins. Les effectifs physiques diffèrent des équivalents temps plein, davantage utilisés pour la masse salariale.Cité par : Efficacité de l'État
- Douanes, Analyse annuelle 2025 et Les opérateurs du commerce extérieur 2025 ; DG Trésor ; Insee Première n° 1783 et étude sur les parts de marché à l'exportation ; OMC.Cité par : Commerce extérieur et flux financiers
- Douanes, Analyse annuelle 2025 ; Insee, série 2381430 ; Banque de France, La balance des paiements et la position extérieure de la France, rapports 2024 et 2025.Cité par : Commerce extérieur et flux financiers
- Fondation IFRAP (organisme non neutre, libéral), à partir de données COR/DREES/Insee et de simulations CNAV pour le Sénat.Organisme engagé dans le débat public, cité à défaut de source publique.Cité par : Retraites et durée de travail
- France : Insee, fin 2024. Allemagne : Bundesbank et Destatis, Sektorale und gesamtwirtschaftliche Vermögensbilanzen, fin 2024. Italie : Banca d'Italia, La ricchezza dei settori istituzionali, fin 2024. États-Unis : Federal Reserve, Financial Accounts Z.1, tableau B.101, T4 2025. Parts calculées par nos soins. L'Espagne, les Pays-Bas, la Belgique et le Royaume-Uni ne figurent pas dans ce tableau : nous n'avons pas trouvé de mesure primaire de leurs actifs non financiers des ménages, et sans dénominateur aucune part n'est calculable. Nous préférons la case vide au chiffre approché.Cité par : Niveau de vie, patrimoine, inégalités
- France : Insee, fin 2024. Allemagne : Bundesbank et Destatis, fin 2024. Italie : Banca d'Italia, fin 2024. Espagne : Banco de España, comptes financiers T3 2025 — « au plus bas depuis 30 ans ». Belgique : Banque nationale de Belgique, fin 2025. États-Unis : Federal Reserve, Z.1, T4 2025. Parts calculées par nos soins. Les Pays-Bas et le Royaume-Uni sont absents faute de dénominateur disponible.Cité par : Niveau de vie, patrimoine, inégalités
- France Travail / DARES, statistiques du marché du travail (STMT), T2 2026, données CVS-CJO, France entière ; Insee, Informations rapides n° 192, août 2026 ; Insee, L'essentiel sur… le chômage.Cité par : Emploi, chômage et coût du travail
- Insee Analyses n° 118 et 119, Revenus des ménages élargis à l'ensemble de l'économie en 2023, comptes nationaux distribués, base 2020.Cité par : Dépenses publiques, impôts, redistribution
- Insee, comptes de patrimoine base 2020, Insee Première n° 2081, fin 2024, secteur des ménages y compris entrepreneurs individuels. Ventilation du crédit : Banque de France, Stat Info « Crédits aux particuliers », juin 2026 — champ « particuliers », plus étroit que celui des comptes de patrimoine (voir la fiche sur la dette).Cité par : Niveau de vie, patrimoine, inégalités
- Insee, comptes de patrimoine, base 2020, Insee Première n° 2081, secteur des ménages (y compris entrepreneurs individuels), France, fin 2024. Le patrimoine net représente 8,2 années de revenu disponible net et environ 511 % du PIB ; les ménages détiennent 76,5 % du patrimoine national net (19 559 Md€).Cité par : Niveau de vie, patrimoine, inégalités
- Insee, décomposition de Blinder-Oaxaca sur la nomenclature PCS, données 2013, reprise dans les travaux régionaux de l’institut. Conseil d’analyse économique, note n° 17, « Réduire les inégalités de salaires entre femmes et hommes », 2014, Antoine Bozio, Brigitte Dormont et Cecilia García-Peñalosa : décomposition sur 1990, 2002 et 2012.Consulter la sourceCité par : Emploi, chômage et coût du travail
- Insee, enquête Emploi en continu, données 2024, champ population de 15 à 64 ans en ménages ordinaires ; ministère de l'Intérieur, DGEF, pour la ventilation par origine géographique. Les écarts de taux d'emploi sont sensibles à la structure par âge et par niveau de diplôme, qui ne sont pas neutralisées ici.Cité par : Immigration et intégration
- Insee, enquête Histoire de vie et Patrimoine 2023-2024, Insee Focus n° 371, situation début 2024. La fiche « Combien faut-il posséder pour être dans les 10 % ? » développe cette distribution, sa composition par décile, l'effet d'âge et le poids de l'héritage.Cité par : Niveau de vie, patrimoine, inégalités
- Insee, enquête Histoire de vie et Patrimoine 2021 (déclaratif, en ménages ordinaires) et World Inequality Database, profil France (comptes nationaux distributifs). Les deux sources divergent fortement au sommet de la distribution : l'enquête sous-représente les très hauts patrimoines par non-réponse et sous-déclaration, la WID les reconstitue à partir de sources fiscales et de comptes nationaux. Nous donnons les deux plutôt que d'arbitrer.Cité par : Niveau de vie, patrimoine, inégalités
- Insee, enquête Histoire de vie et Patrimoine 2023-2024, 11 940 ménages interrogés de juin 2023 à janvier 2024, France hors Mayotte, ménages en logement ordinaire, situation début 2024 (Insee Focus n° 354). Série longue : enquêtes Patrimoine 1998-2021, France métropolitaine.Cité par : Niveau de vie, patrimoine, inégalités
- Insee, enquête Histoire de vie et Patrimoine 2023-2024, Insee Focus n° 371, paru le 7 avril 2026, France hors Mayotte, ménages en logement ordinaire, situation début 2024.Cité par : Niveau de vie, patrimoine, inégalités
- Insee, enquête Histoire de vie et Patrimoine, situation début 2024, tableau « Composition du patrimoine brut par décile », mis à jour le 7 avril 2026.Cité par : Niveau de vie, patrimoine, inégalités
- Insee, enquêtes Emploi, séries longues du marché du travail, résultats 2024. Le taux d’activité masculin de 1984 n’est pas repris ici : seul l’écart est documenté à cette date. Pour 1975, l’Insee situe l’écart à « près de 30 points » sans en publier la décimale, et il n’est donc pas porté au tableau.Consulter la sourceCité par : Emploi, chômage et coût du travail
- Insee et DREES, travaux sur les dépenses pré-engagées, données 2011 — dernier millésime disponible pour cette ventilation par niveau de vie. La notion de dépense « pré-engagée » (logement, assurances, abonnements, remboursements de crédits) est une convention statistique, pas une catégorie juridique.Cité par : Niveau de vie, patrimoine, inégalités
- Insee et Ined, définitions officielles et estimations de population. Ces quatre catégories se recoupent partiellement : un immigré peut être français, un étranger peut être né en France. Aucune n'est un sous-ensemble propre d'une autre.Cité par : Immigration et intégration
- Insee Focus n° 320, « Écart de salaire entre femmes et hommes en 2022 » : écarts selon le nombre d’enfants. Insee Analyses n° 44, « Entreprises, enfants : quels rôles dans les inégalités salariales entre femmes et hommes ? » : effet causal de l’arrivée d’un enfant, estimé par comparaison à la trajectoire contrefactuelle.Consulter la sourceCité par : Emploi, chômage et coût du travail
- Insee Focus n° 320 pour 2022, n° 349 pour 2023 et n° 377 pour 2024. Champ : salariés du privé, hors rémunérations tirées d’une activité secondaire publique. La borne haute publiée change de définition entre 2022 et 2023 — « 55 ans ou plus » puis « 60 ans ou plus » — les deux colonnes ne sont donc pas comparables ligne à ligne, et les rapports de la dernière ligne, calculés par nos soins, portent chacun sur les bornes de leur propre millésime.Consulter la sourceCité par : Emploi, chômage et coût du travail
- Insee Focus n° 377, « Écart de salaire entre femmes et hommes en 2024 », et n° 349, même titre pour 2023. Base Tous salariés, déclarations sociales nominatives, secteur privé. L’écart à poste comparable est estimé par une régression du logarithme du salaire à effets fixes croisant le libellé d’emploi, la catégorie socioprofessionnelle et le numéro Siret de l’établissement. Série longue 1995-2023 : blog de l’Insee, « Évolution des inégalités entre les femmes et les hommes », édition 2025.Consulter la sourceCité par : Emploi, chômage et coût du travail
- Insee, France, portrait social 2025, fiche 20 ; Insee Analyses n° 88.Cité par : Synthèse
- Insee, France, portrait social 2025, fiche 20 ; Insee Analyses n° 88.Cité par : Dépenses publiques, impôts, redistribution
- Insee, Informations rapides n° 192, août 2026 (taux d'emploi, d'activité, halo) ; enquête Emploi, séries CVS, France entière hors communautés. La ventilation en points de pourcentage est notre calcul à partir des taux publiés : l'Insee ne publie pas ce tableau sous cette forme. Effectifs indicatifs obtenus en appliquant ces taux à une population 15-64 d'environ 41,8 millions.Cité par : Emploi, chômage et coût du travail
- Insee, Insee Focus n° 354, enquête Histoire de vie et Patrimoine 2023-2024 (taux de détention) ; ACPR, Analyses et Synthèses n° 183, « Le financement de l'habitat en 2025 », 30 juillet 2026 (conditions d'octroi).Cité par : Niveau de vie, patrimoine, inégalités
- Insee, « Parts de marché dans les exportations de marchandises de quelques pays du monde », données OMC, publication du 22 mai 2026. Rexecode — institut proche des organisations patronales, à traiter comme contribution au débat — donne 2,4 % pour 2025 contre 3,1 % en 2019 ; l'écart entre les deux sources tient à des périmètres différents, l'ordre de grandeur est le même.Organisme engagé dans le débat public, cité à défaut de source publique.Cité par : Industrie et désindustrialisation
- Insee Première n° 1803, « Écarts de rémunération femmes-hommes : surtout l’effet du temps de travail et de l’emploi occupé », juin 2020, données 2017 : part de 68 % et concentration professionnelle. Insee Analyses n° 44, « Entreprises, enfants : quels rôles dans les inégalités salariales entre femmes et hommes ? » : effet de répartition entre entreprises, panel du secteur privé, France métropolitaine, 16-65 ans, 1995-2015, 3 307 020 observations, effets employeurs identifiés par la mobilité des salariés. Insee Première n° 2020 et n° 2079, « Les salaires dans le secteur privé » en 2023 et 2024 : salaires par catégorie et par taille d’entreprise, déciles, part des femmes en haut de la distribution. Insee, France, portrait social, édition 2025, fiche sur les très hauts salaires. Dares, salariés au Smic au 1er novembre 2024. Écarts par catégorie socioprofessionnelle : Insee Focus n° 377. Part des femmes par catégorie : Insee, données 2019.Consulter la sourceCité par : Emploi, chômage et coût du travail
- Mêmes sources et même périmètre que le graphique précédent : Insee, La redistribution monétaire et Insee Analyses n° 88, données 2023. Le dénominateur est le revenu primaire élargi, qui inclut les revenus du capital non distribués — ce choix de dénominateur explique l'essentiel de la forme de la courbe au premier et au dernier décile.Cité par : Dépenses publiques, impôts, redistribution
- Ministère de l'Intérieur, direction générale des étrangers en France (DGEF), statistiques des titres de séjour ; Insee, estimations de flux migratoires. Les deux séries ne mesurent pas la même chose : les titres de séjour sont un flux administratif portant sur les seuls ressortissants hors UE, les estimations Insee incluent les ressortissants de l'UE et ne passent par aucune procédure.Cité par : Immigration et intégration
- OCDE, Income Distribution Database, 2022, population totale et tranche 18-65 ans ; Insee, enquête Revenus fiscaux et sociaux ; Insee Première n° 2063, Niveau de vie et pauvreté en 2023.Cité par : Niveau de vie, patrimoine, inégalités
- Our World in Data d'après Ember et l'Energy Institute (intensité carbone) et d'après la Banque mondiale et l'AIE (intensité énergétique) ; Insee Première n° 2038, Consommation d'énergie dans l'industrie en 2023 ; Direction générale des entreprises, Thémas n° 36, 2025 ; SDES, Chiffres clés de l'énergie 2025.Cité par : Énergie
- SSMSI, bases départementales et régionales de la délinquance enregistrée, diffusées sur data.gouv.fr et interrogées directement ; populations Insee. Les taux pour 100 000 habitants sont calculés par nos soins. C'est cette interrogation directe qui permet d'isoler l'outre-mer, ce que les publications agrégées ne font pas.Cité par : Sécurité, justice, prisons
- SSMSI, données 2022 à 2024 communiquées en réponse aux questions parlementaires n° 9474 (Assemblée nationale) et n° 00829 et 09206 (Sénat) ; Insee Première n° 2076 et fiches Sécurité et société ; Jobard & Lévy pour l'Open Society Justice Initiative (2009) ; Défenseur des droits, enquête sur les relations police-population (2017) ; CEPII ; Institut convergences migrations.Cité par : Immigration et intégration
- SSMSI, données 2024 (réponses parlementaires) ; Insee ; lettre du CEPII n° 436 (2023).Cité par : Immigration et intégration
OCDE · 19
- Calcul à partir de OCDE, Regards sur l'éducation 2025, tableaux D2.1 et D2.3.Cité par : Éducation et mobilité sociale
- CEPII ; OCDE, Perspectives des migrations internationales 2013 ; Cour des comptes, NEB 2023 ; recension de l'Observatoire de l'immigration et de la démographie (organisme non neutre, critique de l'immigration).Organisme engagé dans le débat public, cité à défaut de source publique.Cité par : Immigration et intégration
- Effectifs : DEPP, Repères et références statistiques 2024. Remplacement : Sénat, rapport d'information n° 730, 2025. MEXT, Statistiques scolaires de base 2024. OCDE, Regards sur l'éducation 2025.Cité par : Éducation et mobilité sociale
- OCDE, base Productivité, série GDPHRS, dollars à parité de pouvoir d’achat de 2020, données 2024. Extraction par API SDMX le 13 septembre 2026.Cité par : Synthèse
- OCDE, base Productivité, séries GDPPOP, GDPHRS, HRSPOP, HRSAV et EMP (PIB par habitant, PIB par heure travaillée et heures travaillées, dollars aux parités de pouvoir d'achat constantes de 2020) ; OCDE, Perspectives économiques n° 119 (juin 2026), séries UNR, XGS, MGS, CP, CG, ITISK, WSSS, TAXQ, YPGTQ et BSII ; OCDE, National Accounts at a Glance, chapitre 4 (valeur ajoutée par branche, parts et croissance en volume) ; OCDE, Social Expenditure Database, dépenses publiques de vieillesse et survie en espèces ; OCDE, Revenue Statistics, tableaux comparatifs, poste 1200 ; OCDE, comptes financiers annuels, tableau 0710 (droits sur assurances et retraites des ménages, dettes par secteur). Extraction par API SDMX le 13 septembre 2026. Calcul par nos soins : heures par habitant = heures par emploi × emploi ÷ population ; PIB par heure = PIB par habitant ÷ heures par habitant ; décomposition en parts logarithmiques.Cité par : Dette et déficit
- OCDE, Perspectives économiques n° 119 (juin 2026), série GDPVD_CAP, dollars à parité de pouvoir d’achat de 2021. Extraction par API SDMX le 13 septembre 2026.Cité par : Synthèse
- OCDE, Perspectives économiques n° 119 (juin 2026), séries GDPVD_CAP (PIB par habitant en volume, dollars à parités de pouvoir d'achat constantes de 2021), GDP (PIB nominal), POP, CBGDPR (solde courant), IGV (investissement public, volume) et NLGQ ; OCDE, base Productivité, séries GDPPOP, GDPHRS et HRSPOP (capacité de financement des administrations publiques) ; OCDE, comptes financiers annuels, tableau 0610 pour les flux et tableau 0710 pour les stocks, consolidés, passifs en titres de créance (F3) et crédits (F4) des administrations publiques (S13), des ménages (S1M) et des sociétés non financières (S11). Extraction par API SDMX le 13 septembre 2026. Calcul par nos soins : la correction appliquée est PIB par habitant × (1 − endettement net de l'année / PIB).Cité par : Dette et déficit
- OCDE, base Productivité, série HRSPOP, heures travaillées rapportées à la population de 15 à 74 ans, données 2024.Cité par : Synthèse
- OCDE, base des prix de l'immobilier, ratio prix des logements sur revenu disponible par habitant, indice base 100 en 2015. Il s'agit d'une évolution, pas d'un niveau : deux pays à 100 en 2015 peuvent avoir des niveaux d'accessibilité très différents.Cité par : Logement
- OCDE, base Emploi, taux d’emploi par tranche d’âge, données 2024.Cité par : Synthèse
- OCDE, base UOE-FIN, structure DSD_EAG_UOE_FIN v3.2 et données 2022, consultées le 29 août 2026.Cité par : Éducation et mobilité sociale
- OCDE, Education at a Glance, indicateurs D3 (salaires, 2022) et D4 (temps d'enseignement, 2021), via l'API SDMX. Le salaire par heure enseignée est un calcul dérivé.Cité par : Éducation et mobilité sociale
- OCDE, enquête PISA, score moyen en mathématiques, cycles 2003 à 2022, via Our World in Data. Les séries ne commencent pas toutes en 2003 : l'Estonie entre dans PISA en 2006, Singapour en 2009.Cité par : Éducation et mobilité sociale
- OCDE, International Migration Outlook 2021, chapitre sur l'impact fiscal, France, moyenne annuelle 2006-2018. La mise à l'échelle en milliards sert uniquement à dimensionner l'écart entre deux conventions, jamais à produire un niveau : un écart de convention est un rapport et se transpose, un solde est daté et ne se transpose pas.Cité par : Immigration et intégration
- OCDE, Regards sur l'éducation 2025, dépense annuelle par élève dans les établissements publics et privés, en dollars à parité de pouvoir d'achat, données 2022 (dernier millésime disponible pour cet indicateur). Le périmètre inclut les pensions des enseignants au taux de cotisation propre à chaque pays, ce qui affecte la comparaison — point traité dans la fiche dédiée de cette section.Cité par : Éducation et mobilité sociale
- OCDE, Regards sur l'éducation 2025, tableaux D2.1 (taille moyenne des classes) et D2.3 (ratio élèves-enseignant), enseignement primaire, année scolaire 2023-2024, public et privé confondus. Les deux indicateurs ne viennent pas de la même collecte : la taille de classe ne compte que les élèves suivant un programme commun et exclut l'enseignement en sous-groupes, tandis que le ratio rapporte les effectifs à l'ensemble du personnel enseignant en équivalent temps plein.Cité par : Éducation et mobilité sociale
- OCDE, Social Expenditure Database, dépense sociale publique et privée par habitant en parité de pouvoir d’achat, données 2021.Cité par : Synthèse
- OCDE, Taxing Wages 2026, données 2025, célibataire sans enfant au salaire moyen. Les décompositions sont cohérentes avec les totaux à 0,1 point près.Cité par : Emploi, chômage et coût du travail
- OCDE, Perspectives économiques n° 119 (juin 2026), séries TAXQ, GDP et POP, données 2025.Cité par : Synthèse
DREES · 5
- DREES, comptes de la protection sociale, édition 2025, données 2024, fiches 05 à 11 ; CNAF, données au T3 2025 pour le montant moyen de RSA ; Unédic, indicateurs de mai 2025. Les montants moyens des aides au logement et de la prime d'activité sont nos calculs (montant total divisé par le nombre de bénéficiaires et par douze) : la DREES ne les publie pas sous cette forme.Cité par : Dépenses publiques, impôts, redistribution
- DREES ; Cour des comptes, « L'accueil et le traitement des urgences à l'hôpital », novembre 2024.Cité par : Santé
- DREES, fiche 9 (2025) ; COR, rapport 2026.Cité par : Retraites et durée de travail
- DREES, La protection sociale en France et en Europe, comptes de la protection sociale, édition 2025, données 2024, fiches 05 à 11.Cité par : Synthèse, Dépenses publiques, impôts, redistribution
- DREES, Les retraités et les retraites, édition 2025, fiche 20, échantillon interrégimes de cotisants 2017, génération 1950. Le Sénat (rapport n° 749, 2018-2019) donne un cadrage complémentaire sur l'ensemble de la trajectoire : « plus de la moitié de la génération née en 1946 a connu une période de chômage ou d'inactivité entre l'emploi et la retraite ».Cité par : Emploi, chômage et coût du travail
Our World in Data · 5
- Global Carbon Budget, émissions de CO₂ liées à la consommation, importations incluses, via Our World in Data, 1990-2023, en tonnes par habitant.Cité par : Écologie et climat
- Global Carbon Budget, émissions territoriales et émissions liées à la consommation (CO₂ fossile), via Our World in Data, données 2023, en tonnes par habitant.Cité par : Écologie et climat
- Maddison Project Database, via Our World in Data, PIB par habitant en dollars internationaux constants de 2011 à parité de pouvoir d'achat, 1975-2022.Cité par : Dépenses publiques, impôts, redistribution
- Our World in Data d'après le Global Carbon Project : émissions territoriales et émissions liées à la consommation, par habitant, séries annuelles 1990-2024 pour le territorial et 1990-2023 pour l'empreinte.Cité par : Écologie et climat
- Our World in Data d'après le Global Carbon Project : émissions territoriales et émissions liées à la consommation, 2023 ; part des émissions incorporées aux échanges.Cité par : Écologie et climat
DG Trésor · 4
- DG Trésor, octobre 2025, cohorte des personnes arrivées en fin de droits au 2e semestre 2022, suivie 12 mois sur données administratives MiDAS. Volume concerné : environ 57 000 personnes par mois.Cité par : Emploi, chômage et coût du travail
- DG Trésor, Trésor-Éco n° 376, novembre 2025 ; IGAS-IGF, revue de dépenses apprentissage et formation professionnelle, 2024 ; Cour des comptes, Rapport public annuel 2025, « Les politiques publiques en faveur des jeunes ».Cité par : Emploi, chômage et coût du travail
- DG Trésor, Trésor-Économics n° 110, mars 2013, « How have the Hartz reforms shaped the German labour market? ».Cité par : Emploi, chômage et coût du travail
- L. Demmou, DG Trésor, document de travail 2010/01, repris par le CAE note 13.Cité par : Industrie et désindustrialisation
Unédic · 4
- France : Unédic, convention du 15 novembre 2024, circulaire n° 2025-03 du 1er avril 2025. Allemagne : BMAS, Anspruchsdauer von Arbeitslosengeld ; Bundesagentur für Arbeit. Pays-Bas : UWV, Hoelang duurt een WW-uitkering.Cité par : Emploi, chômage et coût du travail
- OFCE, Revue de l'OFCE n° 184, 2024, « Maintien des seniors dans l'emploi en Europe » (formation continue, profils salariaux) ; Challe, L'Horty, Petit & Wolff, TEPP, rapport n° 2025-07 — 3 375 candidatures fictives en réponse à 675 offres, Île-de-France, novembre 2023 à mars 2024 ; Unédic (licenciements pour inaptitude).Cité par : Emploi, chômage et coût du travail
- Unédic, convention du 15 novembre 2024 en vigueur au 1er avril 2025 ; Unédic, Paramètres utiles, éd. janvier 2025 ; Unédic, prévisions financières du 12 juin 2025.Cité par : Emploi, chômage et coût du travail
- Unédic, Tableau de données comparatives sur l'assurance chômage dans 15 pays d'Europe, millésime 1er mai 2024 ; valeur France actualisée au 1er avril 2025. Royaume-Uni : allocation forfaitaire, converti en équivalent mensuel.Cité par : Emploi, chômage et coût du travail
Cour des comptes · 3
- Cour des comptes, rapports sur les coûts de la filière nucléaire (coûts constatés 2011-2020 et coût courant économique) ; RTE, Bilan prévisionnel et Futurs énergétiques 2050 pour les coûts complets par filière ; ADEME. Ces coûts ne sont pas directement comparables entre eux : ils reposent sur des durées d'amortissement, des taux d'actualisation et des périmètres de raccordement différents, ce que la fiche détaille.Cité par : Énergie
- Direction générale du Trésor, outil « coûts d'abattement » ; Cour des comptes, rapport MaPrimeRénov' 2024.Cité par : Écologie et climat
- Urssaf Caisse nationale, évaluation du travail dissimulé, millésime 2023 (contrôles aléatoires 2022-2023) ; Haut Conseil du financement de la protection sociale ; Cour des comptes, travaux d'avril 2026 sur le recouvrement. Cinq sources primaires étaient techniquement inaccessibles lors de la collecte (site de la Cour des comptes, Dares, urssaf.org, Légifrance, vie-publique) : les chiffres correspondants proviennent de restitutions secondaires et doivent être revérifiés avant citation dans un débat contradictoire.Cité par : Perception contre réalité
DGFiP · 3
- Cour des comptes, travaux sur la fiscalité du logement ; DGFiP pour les rendements par impôt, données 2022. Le regroupement par bloc — détention, transaction, revenus locatifs — est notre reconstitution : l'administration ne publie pas cet agrégat sous cette forme.Cité par : Logement
- DGFiP, Statistiques n° 35, mai 2025, données 2023, montants en milliards d'euros. Les 27 Md€ d'écart entre la somme des huit lignes et le total correspondent à une nébuleuse de taxes sectorielles et de contributions affectées.Cité par : Industrie et désindustrialisation
- DGFiP Statistiques n° 41, novembre 2025 (revenus 2024) et n° 32, avril 2025 (revenus 2023) ; IPP, Fiscalité et redistribution en France, 1997-2012, modèle TAXIPP.Cité par : Dépenses publiques, impôts, redistribution
SSMSI · 3
- Deux instruments distincts, qu'il ne faut jamais mélanger. Délinquance enregistrée : SSMSI, bases de la délinquance enregistrée par la police et la gendarmerie — elle dépend du dépôt de plainte et de l'enregistrement. Victimation déclarée : enquête Vécu et ressenti en matière de sécurité (SSMSI, en remplacement de Cadre de vie et sécurité) — elle interroge la population et capte les faits non déclarés. Une hausse de la première sans hausse de la seconde signale un changement d'enregistrement, pas de violence.Cité par : Sécurité, justice, prisons
- Mêmes sources que le tableau précédent : SSMSI et étude nationale sur les morts violentes au sein du couple. La colonne « qualité de la source » est notre appréciation, fondée sur l'existence ou non d'une étude dédiée et sur le taux de circonstances non renseignées.Cité par : Sécurité, justice, prisons
- SSMSI, statistiques des homicides ; ministère de l'Intérieur, délégation aux victimes, Étude nationale relative aux morts violentes au sein du couple, éditions annuelles. La qualité des sources est très inégale selon la circonstance : l'étude sur les violences au sein du couple est dédiée et solide, les autres circonstances relèvent d'une exploitation des procédures dont la couverture est partielle.Cité par : Sécurité, justice, prisons
Banque de France · 2
- Banque centrale européenne, Geopolitics and foreign holdings of euro area government debt, données T4 2024 ; département du Trésor américain, système Treasury International Capital, table des principaux détenteurs étrangers (juin 2026) et enquêtes annuelles sur les avoirs de portefeuille ; Congressional Research Service RS22331 ; Banque de France ; Sénat, rapport n° 902 (2024-2025) ; ministère des Finances japonais ; Autorité bancaire européenne.Cité par : Dette et déficit
- Banque de France, Stat Info « Épargne et patrimoine financiers des ménages », T4 2025, publié le 21 mai 2026. La Banque de France classe par nature de risque (produits de taux contre produits de fonds propres) et non par instrument comptable ; les sous-totaux ont été vérifiés : produits de taux 3 911,4 Md€ (59,3 %), produits de fonds propres 2 576,0 Md€ (39,1 %), autres 103,1 Md€.Cité par : Niveau de vie, patrimoine, inégalités
DEPP · 2
- DG Trésor, Trésor-Éco n° 376, novembre 2025 (entrées par niveau) ; DEPP, note d'information n° 25.44, juillet 2025 (stocks au 31 décembre 2024) ; Dares, Dares Résultats n° 3, janvier 2026.Cité par : Emploi, chômage et coût du travail
- Réponse du ministère de l'Éducation nationale à la question écrite n° 1650 de l'Assemblée nationale ; DEPP, notes sur les élèves allophones nouvellement arrivés et note d'information n° 25.52 ; Cour des comptes, La scolarisation des élèves allophones, mars 2023 ; Campus France (opérateur public d'attractivité, partie intéressée) ; Contribuables Associés (association militante).Cité par : Éducation et mobilité sociale
France · 2
- France : art. L1234-9 et L1234-1 du Code du travail (1/4 de mois par année jusqu'à 10 ans, 1/3 au-delà ; préavis de 2 mois au-delà de 2 ans). Allemagne : §1a KSchG et §622 BGB. Royaume-Uni : statutory redundancy pay, barème 22-40 ans, ancienneté plafonnée à 20 ans et salaire hebdomadaire plafonné à 751 £ depuis avril 2026. États-Unis : employment at will, aucune indemnité légale.Cité par : Emploi, chômage et coût du travail
- France : ministère de la Justice, SDSE, « Les affaires prud'homales dans la chaîne judiciaire de 2012 à 2022 », mai 2024 ; article L. 1471-1 du code du travail pour le délai de contestation. Allemagne : § 4 et § 1a du Kündigungsschutzgesetz, § 61a ArbGG ; les durées et le taux d'accord viennent de compilations secondaires de statistiques Destatis que nous n'avons pas pu vérifier dans le fichier source, publié en tableur non extractible — à traiter comme ordre de grandeur. Pays-Bas : SEO Economisch Onderzoek, Evaluatie Wet werk en zekerheid, juin 2020 ; Rijksoverheid pour la transitievergoeding.Cité par : Emploi, chômage et coût du travail
SDES · 2
- SDES, Compte du logement, ministère de la Transition écologique, données 2024. Le compte du logement additionne des aides de nature hétérogène — prestations, avantages fiscaux, taux réduits, garanties — dont l'incidence économique n'est pas identique.Cité par : Logement
- SDES, L'empreinte carbone de la France de 1990 à 2024 et décomposition par poste de consommation ; Citepa, inventaire Secten 2026.Cité par : Écologie et climat
ACPR · 1
- ACPR, Analyses & Synthèses n° 180, juin 2026 ; taux nets de frais de gestion, avant prélèvements sociaux et fiscaux. Encours de l'assurance-vie fin 2025 : 2 088 Md€, dont environ 68 % en fonds euros et 32 % en unités de compte (France Assureurs). La bascule vers les unités de compte se fait par les flux — elles captent 85 % de la collecte nette 2025 — et non par les stocks.Cité par : Niveau de vie, patrimoine, inégalités
Assemblée nationale · 1
- Comptes rendus parlementaires : rejet au Sénat en juin 2025 (129 pour, 188 contre), rejet à l’Assemblée nationale le 31 octobre 2025 lors de l’examen du budget 2026 (172 pour, 228 contre), puis nouveau rejet au Sénat. La loi de finances pour 2026, promulguée le 19 février 2026 après engagement de responsabilité, retient à la place la pérennisation de la contribution différentielle sur les hauts revenus et une taxe de 20 % sur les biens de luxe logés dans certaines holdings patrimoniales.Cité par : Dépenses publiques, impôts, redistribution
B. Boutchenik · 1
- B. Boutchenik, Les effets redistributifs de la TVA, rapport particulier pour le Conseil des prélèvements obligatoires, 2015.Cité par : Dépenses publiques, impôts, redistribution
Banque mondiale · 1
- Banque mondiale, NY.GDP.PCAP.PP.KD (dollars internationaux constants 2021), SP.POP.1564.TO.ZS, SP.POP.65UP.TO.ZS et SL.EMP.TOTL.SP.ZS. Le PIB par personne d'âge actif est un calcul dérivé.Cité par : Dépenses publiques, impôts, redistribution
Banque nationale de Belgique · 1
- Banque nationale de Belgique, Revue économique 2024 n° 11, « Household wealth and wealth inequality », et billet « Yes, Belgians are rich, but they are not the richest in the world! ». La BNB y précise que les chiffres belges de la vague 2021 sont extrapolés à partir de l’enquête de 2017 et portent de ce fait une marge d’erreur substantielle.Cité par : Niveau de vie, patrimoine, inégalités
Basta · 1
- CILIP (compilation des statistiques officielles des Länder) ; Home Office britannique ; Mapping Police Violence et Washington Post « Fatal Force » ; rapports d'activité de l'inspection générale de la police nationale ; Basta! (média engagé) pour la France.Organisme engagé dans le débat public, cité à défaut de source publique.Cité par : Sécurité, justice, prisons
BCE · 1
- BCE, Household Finance and Consumption Survey, vague 2021 (quatrième vague, publiée en juillet 2023), Statistical Tables, tableaux A1 (médianes) et A2 (moyennes), agrégat DN3001 patrimoine net par ménage, et part des ménages propriétaires de leur résidence principale. Les valeurs sont nominales, dans les prix de la période de référence de chaque pays.Cité par : Niveau de vie, patrimoine, inégalités
Bozio · 1
- Bozio, Breda & Grenet, Review of Economic Studies, 2025 (document de travail IPP/PSE 2019), exploitant six réformes françaises de cotisations : hausse des cotisations patronales de retraite complémentaire au-dessus du plafond (2000-2005), déplafonnement des cotisations famille (1989-1990) et maladie (1981-1983). Le transfert intégral s'opère en cinq à six ans.Cité par : Emploi, chômage et coût du travail
Chaque ligne porte sa source et son anné · 1
- Chaque ligne porte sa source et son année dans la colonne de droite. Aucun de ces montants n'est une mesure : la fraude non détectée s'estime par extrapolation de contrôles aléatoires ou par écart entre assiette théorique et assiette constatée. Les ordres de grandeur sont robustes, les montants exacts ne le sont pas, et les producteurs le disent eux-mêmes.Cité par : Perception contre réalité
Chaque ligne porte sa source et son mill · 1
- Chaque ligne porte sa source et son millésime dans la colonne de droite. Ce tableau ne produit aucun chiffre nouveau : il rapproche des mesures publiées de perceptions mesurées par enquête, afin de rendre l'écart lisible.Cité par : Perception contre réalité
Code de commerce · 1
- Code de commerce, art. L. 241-3 et L. 242-6 ; code général des impôts, art. 145, 216, 223 A et 150-0 B ter ; IPP, Note n° 92, Quels impôts les milliardaires paient-ils ?, juin 2023, version actualisée mai 2025 ; loi n° 2025-127 du 14 février 2025, art. 10 ; Sénat, rapport général PLF 2026.Cité par : Dépenses publiques, impôts, redistribution
Collectif « Trop c’est trop » · 1
- Étude du collectif patronal « Trop c’est trop », concluant à une perte fiscale nette de 10 à 20 Md€ sous l’hypothèse d’un exil des entrepreneurs coûtant 1,3 à 1,8 point de PIB. Acteur engagé du débat, cité pour borner la fourchette basse, pas comme producteur de statistique.Organisme engagé dans le débat public, cité à défaut de source publique.Cité par : Dépenses publiques, impôts, redistribution
Commission européenne · 1
- Commission européenne, EU spending and revenue 2014-2020 et notes de pré-allocation 2021-2027.Cité par : Europe
Conseil d'orientation des retraites · 1
- Conseil d'orientation des retraites, rapport annuel 2026 et édition 2025, séries longues du rapport démographique et du rapport cotisants / retraités. Les deux ratios ne se confondent pas : le rapport démographique porte sur des classes d'âge, le rapport cotisants / retraités sur des situations effectives.Cité par : Retraites et durée de travail
Document de politique transversale « Pol · 1
- Document de politique transversale « Politique française de l'immigration et de l'intégration », annexé au PLF 2025, crédits de paiement par programme. Total 7 738,8 M€ ; le PLF 2026 porte l'ensemble à 7 822 M€ en CP.Cité par : Immigration et intégration
Douanes · 1
- Douanes, analyses annuelles 2024 et 2025 ; Fédération des entreprises de la beauté ; Fédération des exportateurs de vins et spiritueux ; Alliance France Cuir ; La Fabrique de l'industrie (organisme privé) ; rapports annuels des groupes.Cité par : Commerce extérieur et flux financiers
Euwals · 1
- Euwals, van Vuuren & Wolthoff, De Economist 2010 / CPB Discussion Paper n° 52 (neutralité actuarielle) ; loi VPL du 1er janvier 2006 ; accord retraite néerlandais de juin 2019 ; BIBB, marché de l'apprentissage au 30 septembre 2025 ; IAB (taux de reprise) ; UWV, barème du salaire minimum au 1er janvier 2026 ; SEO Economisch Onderzoek, rapport n° 2020-80, décembre 2020 (évaluation du salaire minimum jeune) ; OFCE, Revue de l'OFCE n° 184, 2024 (formation continue) ; OCW in cijfers au 1er octobre 2025 (MBO).Cité par : Emploi, chômage et coût du travail
France Stratégie · 1
- Direction générale du Trésor et DGEC, Les coûts d'abattement, septembre 2024 ; France Stratégie, note d'analyse n° 139 (juin 2024) et rapport d'évaluation de France Relance ; France Stratégie, La valeur de l'action pour le climat (2019) et actualisation de mars 2025 ; I4CE, Panorama des financements climat, édition 2025.Cité par : Écologie et climat
Gabriel Zucman · 1
- Gabriel Zucman, proposition d’impôt plancher de 2 % sur les patrimoines supérieurs à 100 M€ (environ 1 800 foyers fiscaux), et travaux associés de l’Institut des politiques publiques sur le taux d’imposition effectif des centimillionnaires et des milliardaires.Organisme engagé dans le débat public, cité à défaut de source publique.Cité par : Dépenses publiques, impôts, redistribution
Goulart & Oesch · 1
- Goulart & Oesch, « Job tenure in Western Europe, 1993-2021 », Work, Employment and Society, 2024, données EU-LFS et EWCS (moyennes) ; BLS, Employee Tenure in 2024, enquête CPS janvier 2024 (médianes).Cité par : Emploi, chômage et coût du travail
Haut Conseil des finances publiques · 1
- Haut Conseil des finances publiques, avis sur le projet de loi de règlement 2025.Cité par : Dette et déficit
Ined · 1
- Ined, Population & Sociétés, « Après plusieurs décennies de forte progression, le taux d’emploi des femmes commence à stagner en France », novembre 2022. Analyse par génération, femmes et hommes de 25 à 50 ans.Consulter la sourceCité par : Emploi, chômage et coût du travail
Le Monde · 1
- Tribune de sept économistes — dont Philippe Aghion et Antoine Lévy — dans Le Monde, contestant le rendement annoncé : selon eux, « pour 1 € prélevé mécaniquement, seul 0,25 € se traduit en recettes » une fois les ajustements de comportement pris en compte.Organisme engagé dans le débat public, cité à défaut de source publique.Cité par : Dépenses publiques, impôts, redistribution
Ministère de l’Économie · 1
- Ministère de l’Économie et des Finances, pré-rapport de juin 2025 sur l’imposition minimale des hauts patrimoines, et variante gouvernementale d’un impôt minimal différentiel de 0,5 % hors actifs professionnels.Cité par : Dépenses publiques, impôts, redistribution
Réserve fédérale · 1
- Réserve fédérale des États-Unis, Survey of Consumer Finances, vague 2022, bulletin « Changes in U.S. Family Finances from 2019 to 2022 » (octobre 2023). Unité d’observation : la family (unité économique primaire), proche du ménage sans lui être identique. L’enquête sur-échantillonne les hauts patrimoines à partir de données fiscales, mais exclut les 400 plus grandes fortunes du classement Forbes. La vague 2025 n’est pas encore publiée.Cité par : Niveau de vie, patrimoine, inégalités
Rexecode · 1
- Flaaen & Pierce, FEDS 2019-086 ; Russ & Cox, Econofact, 6 février 2020 ; Rexecode (proche du patronat) pour le MACF.Organisme engagé dans le débat public, cité à défaut de source publique.Cité par : Industrie et désindustrialisation
RTE · 1
- RTE, bilan électrique 2025 ; Ember via Our World in Data (gCO₂e/kWh).Cité par : Énergie
Tableau de synthèse · 1
- Tableau de synthèse : chaque ligne renvoie aux fiches correspondantes du document, où figurent les sources primaires détaillées. La colonne « diagnostic » est notre appréciation, formée à partir de ces chiffres — c'est une lecture, pas une mesure.Cité par : Efficacité de l'État
Trendeo · 1
- Trendeo, Observatoire de l'investissement — opérateur privé, pas un producteur de statistique publique : le décompte repose sur un recensement de presse et d'annonces, avec un champ et un seuil de taille qui lui sont propres. Il n'existe pas d'équivalent public de cette série. À utiliser comme indicateur de tendance, pas comme mesure.Cité par : Industrie et désindustrialisation
Urssaf · 1
- Barème calculé par nos soins à partir de la réduction générale dégressive unique (décret du 4 septembre 2025, en vigueur au 1er janvier 2026) et des taux de cotisations patronales de droit commun publiés par l'Urssaf. Le taux effectif est le rapport des cotisations patronales dues au salaire brut, hors accidents du travail et hors régimes conventionnels.Cité par : Dépenses publiques, impôts, redistribution