21 chapitresChaque chiffre porte sa source et son millésime, parmi 223 références. Voir les sources.

CHIFFRES POUR 2027
Thème 14

Éducation et mobilité sociale

Le problème n'est pas le montant dépensé mais sa répartition. Et sur les enseignants, rapporter le salaire au temps de travail n'atténue pas l'écart : il l'aggrave.

Combien dépense-t-on par élève, et à quel niveau ?

2022, $ PPA par élèvePrimaireSecondaireSupérieurTous niveaux% du PIBRatio secondaire/primaire
France11 32615 79621 74515 6915,371,39
Allemagne13 19018 21423 59618 2124,341,38
Royaume-Uni15 03615 97235 63819 2286,011,06
Finlande12 58614 39520 71815 1935,201,14
Estonie11 81110 18119 17612 4704,470,86
Lettonie7 8738 97912 6029 3423,781,14
Pologne12 11610 09816 13911 6634,110,83
Corée du Sud19 90625 46914 81219 9635,631,28
Japon10 52413 03421 74214 0693,741,24

OCDE, Regards sur l'éducation 2025, dépense annuelle par élève dans les établissements publics et privés, en dollars à parité de pouvoir d'achat, données 2022 (dernier millésime disponible pour cet indicateur). Le périmètre inclut les pensions des enseignants au taux de cotisation propre à chaque pays, ce qui affecte la comparaison — point traité dans la fiche dédiée de cette section.

Le niveau de dépense français n'est pas le problème : 15 691 $ par élève tous niveaux, 5,37 % du PIB — au-dessus de l'Estonie, de la Pologne et de la Lettonie, et un peu en dessous de l'Allemagne.

La structure l'est. Le ratio secondaire/primaire est de 1,39 en France contre 0,86 en Estonie et 0,83 en Pologne. La France sous-dote son école primaire — exactement le niveau où les écarts se forment — et sur-dote son secondaire. Le Conseil d'analyse économique chiffre l'écart : primaire français 11 % sous la moyenne OCDE, secondaire 13 % au-dessus.

Les cas de référence demandés. L'Estonie obtient les meilleurs scores PISA d'Europe avec 21 % de dépense par élève en moins que la France et 4,47 % du PIB contre 5,37 %. Singapour, système très performant, dépense environ 2,2 % de son PIB en éducation publique — mais son périmètre statistique n'est pas comparable à celui de l'OCDE, et il n'apparaît dans aucune série financière de l'OCDE.

La contradiction apparente : on dépense moins par élève et plus en part du PIB. Comment est-ce possible ?

Les deux affirmations circulent, elles sont exactes toutes les deux, et elles paraissent s'exclure. L'arithmétique les réconcilie sans difficulté.

L'identité

dépense d'éducation ÷ PIB = (dépense par élève ÷ PIB par habitant) × (nombre d'élèves ÷ population)

Le premier terme est l'effort par élève relatif à la richesse du pays. Le second est le poids démographique de la jeunesse. Un pays peut donc dépenser peu par élève et beaucoup en part du PIB s'il a beaucoup de jeunes, ou un PIB par habitant faible, ou les deux.

Dépense par élève (SPA, 2022)PIB / hab. (SPA, 2024)= effort relatif par élève× part des moins de 20 ans= dépense / PIB reconstituéeConstatée
France8 15139 2940,20723,1 %4,79 %5,1 %
Allemagne10 36346 3870,22318,7 %4,18 %4,5 %
Italie39 06917,1 %4,0 %
UE-2739 98220,0 %

Contrôle : le rapport France/Allemagne reconstitué est de 1,146, le rapport constaté de 1,133 — écart de 1,1 %. L'identité est vérifiée ; le petit décalage vient de ce que la part des moins de 20 ans ne capte pas les étudiants du supérieur, et que le périmètre comptable est un peu plus large que la collecte éducative.

La démonstration est nette : la France dépense moins par élève relativement à sa richesse que l'Allemagne (0,207 contre 0,223) et pourtant plus en part du PIB (5,1 % contre 4,5 %). L'intégralité de l'écart vient du terme démographique : 23,1 % de moins de 20 ans en France contre 18,7 % en Allemagne, soit +23,5 % de jeunes en proportion.

Un corollaire qui va à contre-courant du discours habituel : l'écart de dépense observé (+13,3 % en points de PIB) est inférieur à ce que la seule démographie justifierait (+23,5 %). À structure démographique allemande, la France dépenserait moins en part du PIB que l'Allemagne. Et cet effet va se retourner : la natalité française ayant fortement reculé depuis 2010, le nombre d'élèves diminue déjà, et le ratio dépense sur PIB baissera mécaniquement dans les prochaines années — sans qu'aucune décision politique n'ait été prise.

Les trois explications, vérifiées une à une

HypothèseVerdictAmpleur
a. La France a plus d'élèvesConfirmé — c'est le facteur dominant23,1 % de moins de 20 ans contre 18,7 % en Allemagne, 18,7 % en Espagne, 17,1 % en Italie, 20,0 % dans l'UE-27
b. L'effort porte sur le secondaire plus que sur le primaireConfirmé — le ratio le plus déséquilibré des pays mesurésRapport secondaire supérieur / primaire : France 1,47, Espagne 1,36, Allemagne 1,24, Pays-Bas 1,14, Finlande 0,97, Italie 0,92
c. Les comptes intègrent les retraitesConfirmé, et la collecte internationale les inclut aussiRetraitement ≈ 10 % — 9,4 % sur le primaire, 9,5 % sur le secondaire, 6,5 % sur le supérieur

Sur le point b, le détail est instructif : le rapport collège sur primaire est de 1,21 en France contre 1,23 en Allemagne — quasi identique. Le déséquilibre français se joue donc au lycée, pas au collège. Le primaire français est à 6 731 unités de pouvoir d'achat par élève, l'avant-dernier rang des pays mesurés, tandis que son secondaire supérieur (9 915) dépasse la moyenne européenne de 19,5 %.

Sur le point c, la règle de la collecte internationale est explicite et vaut d'être citée : les pays dont le régime de retraite des enseignants est non capitalisé ou partiellement capitalisé — cas de la France — doivent imputer ces dépenses afin d'obtenir « un coût d'emploi du personnel internationalement plus comparable ». Le problème n'est donc pas que la France inclut les retraites et pas les autres : c'est que le taux imputé français (74,3 %, désormais 78,3 % puis 82,3 %) n'est pas un taux de cotisation d'équilibre, mais un taux qui compense en outre le déséquilibre démographique propre à la fonction publique d'État.

L'estimation du retraitement

GrandeurPubliéCorrigéÉcart
Taux de cotisation employeur, fonctionnaires civils d'État74,3 %34,7 % (taux d'équilibre)−39,6 points
Mission « Enseignement scolaire », 202381,3 Md€70,7 Md€−13,0 %
Dépense par élève du primaire, 20238 450 €7 726 €−8,6 %
Dépense d'éducation, % du PIB, 20235,0 %4,6 %−0,4 point
Moyenne européenne, pour repère4,7 %la France passe en dessous

La réponse à « 5 %, 10 % ou 40 % ? » est donc : environ 10 %. Pas 5 %, parce que la surévaluation est réelle et mesurable ; pas 40 %, parce que la masse brute des pensions dans la dépense d'éducation (≈ 15 % de la fonction enseignement, 27,5 % du budget du ministère) n'est pas la bonne mesure — l'essentiel de cette masse correspond à une dépense de retraite réelle qui existerait sous n'importe quelle convention.

Conséquence sur le classement international : corrigée, la dépense d'éducation française passe sous la moyenne européenne, et sa dépense par élève du primaire la place dans le quart inférieur de l'OCDE. Le Conseil d'analyse économique souligne toutefois qu'il ne s'agit d'aucune économie : c'est un pur effet de consolidation comptable, sans effet sur le solde public. Les pensions restent dues.

Eurostat educ_uoe_fine09 (dépense publique par élève en standards de pouvoir d'achat, 2022), nama_10_pc, demo_pjanind et gov_10a_exp ; IPP, Retraites des fonctionnaires d'État : faut-il changer la convention comptable ?, 2025 ; Conseil d'analyse économique, Focus n° 121, septembre 2025 ; Eurostat, Comparison of key concepts between the UOE framework and the National Account framework, 2023.

LimitesLe tableau de l'identité utilise la dépense publique par élève en standards de pouvoir d'achat européens, et non la dépense totale en dollars à parité de pouvoir d'achat du tableau précédent : les niveaux ne sont pas comparables entre les deux tableaux, seuls les rapports entre pays le sont. Le tableau publié par l'OCDE en dollars n'a pas pu être obtenu pour cette collecte. La part des moins de 20 ans est un approximant du nombre d'élèves rapporté à la population, non le nombre d'élèves lui-même. Le retraitement des pensions est calculé sur un taux d'équilibre estimé sur données 2020 et appliqué à 2023, sans correction symétrique pour les pays partenaires.

Les dépenses d'éducation incluent-elles les retraites des enseignants ?

Excellente question, et la réponse tient sur pièce.

Oui — par construction, dans la méthodologie internationale

La collecte UOE (UNESCO-OCDE-Eurostat) comporte un questionnaire sur la nature de la dépense, dont la nomenclature comprend une ligne dédiée : CUR_RET — « dépense courante pour les pensions de retraite », sœur de la ligne CUR_LC « salaires », toutes deux agrégées dans la compensation du personnel.

Les pensions ne sont donc pas un ajout optionnel ni un artefact français : elles font partie du périmètre standard de la dépense d'éducation dans toutes les comparaisons internationales.

Ce que déclare la France

France 2022, établissements publicsM€Statut OCDE
Compensation totale du personnel85 202valeur normale
dont compensation des enseignants56 773valeur normale
dont salairesnon déclaréK — incluse dans une autre catégorie
dont pensions de retraitenon déclaréK — incluse dans une autre catégorie

La France ne déclare pas ses pensions séparément, mais l'OCDE code explicitement cette case « donnée incluse dans une autre catégorie ». Le code « K » signifie « incluse ailleurs », et non « non disponible ». Autrement dit : la dépense de pension française est bien dans les 85,2 Md€ — mais elle n'est pas isolable.

Combien pèsent les pensions chez ceux qui les déclarent ?

2022Part des pensions dans la masse salariale éducative
Royaume-Uni33,0 %
Allemagne15,3 %
Finlande15,0 %
Estonie15,0 %
Pologne13,2 %
Corée du Sud10,1 %
Francenon isolable

Le poste représente couramment 10 à 15 % de la masse salariale éducative, et jusqu'à 33 % au Royaume-Uni — dont le régime de retraite enseignant est non capitalisé avec un taux de cotisation employeur très élevé.

Conclusion en trois points. D'abord, l'affirmation selon laquelle la France « gonflerait » sa dépense d'éducation en y mettant les pensions est fausse en principe : tous les pays le font, c'est la norme méthodologique. Ensuite, le fait que la France ait beaucoup d'enseignants fonctionnaires ne la place pas hors norme — le Royaume-Uni, la Finlande et l'Estonie ont aussi des régimes publics lourds, et le britannique pèse deux fois plus. Enfin, ce qui est spécifique à la France, c'est l'opacité de la ventilation : impossible de savoir combien, donc impossible de retraiter la comparaison.

Donnée manquanteLe montant du compte d'affectation spéciale Pensions imputé à l'Éducation nationale n'a pas pu être obtenu (documents budgétaires inaccessibles). Aucun chiffre en Md€ ni en % de la dépense d'éducation n'est donc avancé ici. C'est précisément la donnée qui permettrait de trancher.

OCDE, base UOE-FIN, structure DSD_EAG_UOE_FIN v3.2 et données 2022, consultées le 29 août 2026.

Combien d'enseignants pour combien d'élèves ? La mesure physique, indépendante des prix

La dépense par élève mélange trois choses : les salaires, le temps d'enseignement et le nombre d'enseignants. Le taux d'encadrement isole la troisième — c'est une mesure physique, insensible aux niveaux de prix et aux conventions comptables sur les retraites. C'est donc le meilleur test de la question « la France investit-elle vraiment moins ? ».

Élèves par enseignant et taille moyenne des classes, primaire

2023-2024, public et privé confondus. Dans les deux cas, plus la barre est courte, mieux c'est.

Élèves par enseignantÉlèves par classe
primaire, 2023-202401020Japon14,726,4France17,921,6Royaume-Uni19,526,0Pays-Bas16,322,5Allemagne15,221,1Moyenne OCDE14,020,0Corée du Sud16,120,9États-Unis13,720,1Espagne11,920,9Finlande12,018,7Pologne13,018,0Italie10,517,9
La France est au-dessus de la moyenne de l'OCDE sur les deux mesures à la fois. Elle n'a pas « un bon taux d'encadrement et des classes chargées » : elle a 17,9 élèves par enseignant contre 14,0 en moyenne OCDE et 15,2 en Allemagne, et 21,6 élèves par classe contre 20,0 et 21,1. Des deux mesures, la taille de classe est la plus fiable, et c'est celle où l'écart est le plus faible. Les pays qui illustrent le décalage entre les deux indicateurs sont le Japon et Singapour — le bloc ci-dessous explique pourquoi.

OCDE, Regards sur l'éducation 2025, tableaux D2.1 (taille moyenne des classes) et D2.3 (ratio élèves-enseignant), enseignement primaire, année scolaire 2023-2024, public et privé confondus. Les deux indicateurs ne viennent pas de la même collecte : la taille de classe ne compte que les élèves suivant un programme commun et exclut l'enseignement en sous-groupes, tandis que le ratio rapporte les effectifs à l'ensemble du personnel enseignant en équivalent temps plein.

Données de la figure
CatégorieÉlèves par enseignantÉlèves par classe
Japon14,726,4
France17,921,6
Royaume-Uni19,526,0
Pays-Bas16,322,5
Allemagne15,221,1
Moyenne OCDE14,020,0
Corée du Sud16,120,9
États-Unis13,720,1
Espagne11,920,9
Finlande12,018,7
Pologne13,018,0
Italie10,517,9
Élèves par enseignant, public et privéPréprimairePrimaireCollègeLycéeSupérieur
France21,617,914,711,514,7
Allemagne7,115,212,911,910,9
États-Unis16,013,714,315,213,0
Royaume-Uni33,219,517,013,6
Singapour≈ 15≈ 12
Corée du Sud11,616,113,811,5
Japon10,614,712,511,2
Italie11,110,510,410,619,5
Espagne10,611,910,79,612,1
Pays-Bas16,016,315,616,413,0
Finlande12,09,217,416,3
Estonie8,311,910,316,29,7
Pologne12,913,09,511,912,8
Moyenne OCDE13,214,012,912,715,3
Moyenne UE-2713,311,711,3
Deux mesures qu'il ne faut pas confondre

Le ratio élèves par enseignant rapporte les effectifs à tous les enseignants — y compris décharges, remplaçants et temps partiels. La taille moyenne de classe compte les élèves physiquement présents dans une salle. Un pays peut avoir un bon ratio et des classes chargées si ses enseignants enseignent peu d'heures devant élèves.

Le rapport entre les deux le mesure : France 1,20 au primaire et 1,76 au collège, contre 1,42 et 1,73 en moyenne OCDE, 1,39 et 1,81 en Allemagne, 1,80 et 2,55 au Japon, 2,27 et 2,75 à Singapour. Autrement dit, la France utilise ses enseignants davantage devant élèves que la moyenne, pas moins.

Pourquoi le Japon a peu d'élèves par enseignant et des classes chargées

C'est la question la plus contre-intuitive de tout le dossier, et la réponse n'est pas celle qu'on suppose spontanément : au Japon, il n'y a pas deux adultes dans la salle. Une classe ordinaire d'école primaire japonaise, c'est un maître, une salle, 26 à 27 élèves, davantage qu'en France. La co-intervention systématique n'existe pas.

L'écart vient d'ailleurs : le numérateur et le dénominateur des deux indicateurs ne portent pas sur les mêmes personnes ni sur les mêmes élèves. Le ratio élèves-enseignant compte tous les enseignants du pays ; la taille de classe ne regarde que les groupes-classes ordinaires. Tout enseignant rémunéré qui n'a pas la charge d'un groupe-classe ordinaire améliore le premier indicateur sans toucher au second.

L'identité arithmétique

Le rapport des deux mesures a un sens physique exact :

taille moyenne de classe ÷ ratio élèves-enseignant = enseignants rémunérés par groupe-classe ordinaire

Ce nombre n'est pas « le nombre d'adultes dans la salle ». C'est le nombre d'enseignants payés pour chaque groupe-classe, tous usages confondus : celui qui fait cours, plus tous les autres.

Primaire, 2023-2024Élèves / enseignantÉlèves / classeEnseignants par groupe-classe
Singapour≈ 1533,62,27
Japon14,726,41,80
Espagne11,920,91,76
Italie10,517,91,70
Finlande12,018,71,56
États-Unis13,720,11,47
Moyenne OCDE14,020,01,43
Allemagne15,221,11,39
Pologne13,018,01,38
Pays-Bas16,322,51,38
Royaume-Uni19,526,01,33
Corée du Sud16,120,91,30
France17,921,61,20

Calcul à partir de OCDE, Regards sur l'éducation 2025, tableaux D2.1 et D2.3.

La France est le pays de la liste où un groupe-classe mobilise le moins d'enseignants rémunérés : 1,20 contre 1,43 en moyenne et 1,80 au Japon. À nombre d'élèves par classe presque identique (21,6 contre 21,1 en Allemagne, 20,0 en moyenne OCDE), la France emploie donc nettement moins de monde autour de la classe.

L'explication par le temps d'enseignement ne marche pas

L'explication qu'on lit le plus souvent est celle du temps de service : si les enseignants d'un pays enseignent peu d'heures devant élèves alors que les élèves reçoivent beaucoup d'heures de cours, il faut mécaniquement plus d'enseignants par classe. La formule attendue est taille de classe ≈ ratio × (heures d'instruction reçues ÷ heures d'enseignement dues). Appliquée aux chiffres réels, elle prédit environ 1,0 pour presque tous les pays — et n'explique donc rien.

Primaire, heures annuellesInstruction reçue par l'élèveEnseignement dû par l'enseignantRapportEnseignants par classe observé
Japon7687421,041,80
France8649000,961,20
Moyenne OCDE8047841,031,43

Le Japon, dont on cite volontiers les journées de travail interminables, enseigne 742 heures par an au primaire, moins que la moyenne OCDE (784 h) et bien moins que la France (900 h) — mais l'écart est trop petit pour produire un 1,80. La surcharge horaire japonaise, très réelle, se situe au collège et hors classe : TALIS 2024 mesure 55,1 heures de travail hebdomadaire total pour seulement 17,8 heures d'enseignement et 5,6 heures de clubs sportifs. Au primaire, l'enquête du MEXT sur le temps de travail (2022) mesure 4 h 13 de cours par jour et 3 minutes de clubs : le mécanisme n'y est pas.

Ce qui explique réellement le 1,80 japonais

La cause tient en une phrase : le Japon paie un grand nombre d'enseignants qui n'ont la charge d'aucun groupe-classe ordinaire, et ces enseignants comptent dans le ratio sans jamais apparaître dans la moyenne de taille de classe. Sur 6,05 millions d'élèves du primaire, 424 300 enseignants et environ 219 100 classes ordinaires, la décomposition la plus plausible est la suivante.

Japon, primaire — enseignants par groupe-classe ordinaireContribution
Enseignant titulaire du groupe-classe1,00
Classes d'enseignement spécialisé (特別支援学級) : ~56 000 classes, 265 700 élèves, plafond légal de 8, moyenne réelle 4,7 — comptées dans le ratio, exclues de la moyenne de taille de classe+ 0,26
Direction : un principal et un adjoint par école, ~19 000 écoles, statut d'enseignant sans classe+ 0,18
Postes surnuméraires (加配) : ~53 000 postes, dont ~33 000 « amélioration des méthodes pédagogiques » — dédoublement, co-intervention ponctuelle, soutien+ 0,10 à 0,15
Infirmières scolaires et diététiciennes, statutairement classées 教員 — estimation+ 0,11
Dispositifs de soutien à temps partagé (通級指導)+ 0,05
Total reconstitué1,70 à 1,75

Le poste dominant est le premier, et il est purement conventionnel : l'enseignement spécialisé japonais fonctionne en classes séparées de 4 à 5 élèves, dont les enseignants gonflent le numérateur du ratio alors que ni ces élèves ni ces classes n'entrent dans le calcul de la taille moyenne. La convention française est exactement inverse : les élèves d'ULIS sont comptés dans leur classe de référence, ce qui alourdit la taille de classe française et allège son ratio.

La ruralité, souvent invoquée, joue ici à contresens : une école primaire française accueille en moyenne 127 élèves (47 413 écoles, 8 % à classe unique) contre environ 319 au Japon (~19 000 écoles). Le tissu scolaire français est bien plus dispersé, ce qui devrait augmenter le nombre d'enseignants par classe — et pourtant la France est la plus basse.

France, premier degré — enseignants par groupe-classe ordinaireContribution
Enseignant titulaire du groupe-classe1,00
Brigades de remplacement : 10,9 % des enseignants du premier degré+ 0,13
Décharges de direction, RASED, ULIS, conseillers pédagogiques — non décomposable+ 0,08
Total, 4 054 300 élèves et ~187 700 classes1,21

Effectifs : DEPP, Repères et références statistiques 2024. Remplacement : Sénat, rapport d'information n° 730, 2025. MEXT, Statistiques scolaires de base 2024. OCDE, Regards sur l'éducation 2025.

Donnée manquanteLa DEPP publie les enseignants du premier degré par corps, pas par fonction : il est impossible de reconstituer publiquement combien exercent devant un groupe-classe ordinaire et combien occupent une fonction de remplacement, de direction, de soutien ou de coordination. Les 0,08 restants du total français ne sont donc pas décomposables sur source primaire. Côté japonais, les lignes « infirmières scolaires » et 通級 sont des estimations : le MEXT publie les effectifs, pas leur imputation aux groupes-classes. Le total reconstitué (1,70 à 1,75) reste inférieur au 1,80 de l'OCDE — l'écart résiduel n'est pas expliqué.
LimitesLes deux indicateurs viennent de la même publication mais pas de la même collecte. La taille de classe (D2.1) ne compte que les élèves « suivant un programme d'études commun » et exclut explicitement l'enseignement en sous-groupes hors de la classe ordinaire ; le ratio élèves-enseignant (D2.3) rapporte les effectifs à l'ensemble du personnel enseignant en équivalent temps plein. Le comptage en ETP des deux côtés écarte l'hypothèse du temps partiel : le Japon ne compte que les enseignants titulaires (本務教員) et exclut les vacataires. L'OCDE ne publie pas de note méthodologique permettant de rapprocher les deux tableaux pays par pays ; la décomposition ci-dessus est notre reconstitution à partir des sources nationales.
Singapour théorise la distinction

Le cas le plus pur est singapourien : 2,27 enseignants par groupe-classe, avec des classes ordinaires de 33,6 élèves. Le ministère de l'Éducation l'assume et l'explique publiquement : « le ratio élèves-enseignant et la taille des classes sont des concepts différents […] les élèves ne suivent pas toutes les matières dans leur classe d'appartenance ». La classe de 34 est une unité administrative ; l'enseignement effectif se fait largement en sous-groupes — Learning Support Programme à 8-10 élèves, remédiation de la dyslexie à 4-6, Design & Technology à 20. Le pays le mieux classé de l'enquête PISA a donc, sur le papier, les classes les plus chargées du monde développé.

Ce que cela change à la lecture du graphique ci-dessusCette analyse conduit à nuancer la formulation du graphique. Des deux indicateurs, la taille de classe est le plus robuste : elle mesure une réalité physique comparable. Le ratio élèves-enseignant dépend, lui, de conventions de périmètre — qui est classé « enseignant », comment sont traitées les classes spécialisées — qui varient fortement d'un pays à l'autre. Sur la mesure fiable, l'écart français est réel mais modeste : 21,6 élèves par classe contre 20,0 en moyenne OCDE et 21,1 en Allemagne, soit +8 % et +2 %. Sur le ratio, l'écart affiché (17,9 contre 14,0) est le plus spectaculaire mais aussi le moins solide — une part en revient au fait que la France paie moins de personnel hors classe, ce qui est un fait budgétaire réel, et une autre au traitement français des élèves d'ULIS, qui est une convention.

Où la France se distingue réellement : le temps

FranceMoyenne OCDE
Heures d'instruction reçues par élève, primaire864 h804 h
Heures d'instruction reçues, collège973 h909 h
Jours d'école par an180186
Semaines de classe3638
Semaines de vacances1613,5
Heures d'enseignement statutaires, primaire900 h738 à 783 h
Heures d'enseignement statutaires, collège684 à 720 h660 à 709 h
Heures d'enseignement statutaires, lycée684 à 720 h607 à 643 h

Le fait français distinctif n'est pas le nombre d'enseignants — c'est la concentration du temps. Les élèves français reçoivent 60 heures d'instruction de plus que la moyenne au primaire, mais sur six jours d'école de moins. Les journées sont donc nettement plus longues, ce qui est un choix pédagogique discuté et pas un choix budgétaire.

Et au primaire, les professeurs des écoles français enseignent 900 heures par an contre 738 à 783 en moyenne, soit environ 20 % de plus. Le collège et le lycée sont, eux, proches ou légèrement au-dessus de la moyenne.

Ce que cela change à la question de départ

En rapprochant ce bloc de celui sur la dépense, la réponse devient précise et un peu inconfortable.

  1. La France dépense plus en part du PIB (5,1 % contre 4,5 % en Allemagne) — mais pour des raisons démographiques : elle a 23,1 % de moins de 20 ans contre 18,7 %.
  2. Elle dépense moins par élève — 8 151 unités de pouvoir d'achat contre 10 363 en Allemagne — et environ 10 % de cet écart est encore masqué par l'inclusion des pensions au taux de cotisation français.
  3. Et elle a un taux d'encadrement plus dégradé à tous les niveaux de la scolarité obligatoire, avec des classes plus chargées. Le primaire cumule les deux : 17,9 élèves par enseignant contre 14,0 en moyenne OCDE, et 21,6 par classe contre 20,0.
  4. Ses enseignants du primaire font 20 % d'heures de plus que la moyenne, sur une année scolaire plus courte.

La conclusion honnête est donc : non, la France n'investit pas davantage dans son école. Elle dépense davantage en part du PIB parce qu'elle a plus d'enfants et un PIB par habitant plus faible ; par élève, en enseignants et en taille de classe, elle est en dessous de ses comparables. L'exception est le temps d'instruction, où elle est au-dessus.

Les effectifs français, et le personnel non enseignant

France, 2024-2025PublicPrivé sous contratTotal
Enseignants du premier degré323 80043 700367 500
Enseignants du second degré389 00096 300485 300
Total enseignants712 800140 000852 800
Élèves du premier degré (2023-24)5 486 450853 450 — 13,5 %6 339 900
Élèves du second degré4 465 2001 191 400 — 21,1 %5 656 600
Total élèves9 951 6502 044 850 — 17,0 %11 996 500

Sur le personnel non enseignant, un chiffre mérite d'être connu : le ministère compte 353 900 personnels non enseignants pour 852 800 enseignants, soit un ratio de 0,41 — mais les personnels administratifs au sens strict ne sont que 51 757 équivalents temps plein, soit 4,3 % des effectifs, en recul de 21 % entre 2007 et 2022. Rapporté au total, cela représente 6 pour mille contre 20 pour mille au ministère de l'Économie et environ 30 pour mille aux Armées ; le Sénat qualifie le ministère de « largement sous-administré ». Aucune école primaire française n'a de personnel administratif.

L'évolution récente

France, élèves par enseignant2015201920232024
Primaire19,718,718,117,9
Collège14,414,514,714,7

Le primaire s'améliore nettement — 1,8 élève de moins par enseignant en neuf ans — mais il faut être précis sur la cause : les effectifs d'élèves reculent démographiquement, ce qui améliore mécaniquement le ratio à effectif enseignant constant. Le collège, lui, se dégrade légèrement, à contre-courant.

Eurostat educ_uoe_perp04 (ratio élèves/enseignant, public et privé), extractions filtrées pays par pays ; OCDE, Regards sur l'éducation 2025, indicateurs D1, D2 et D4, séries « tous établissements » ; ministère de l'Éducation de Singapour, Education Statistics Digest 2024 ; DEPP, Repères et références statistiques 2025 et L'Éducation nationale en chiffres ; Sénat, rapports n° 621 (2023-2024) et n° 649 (2021-2022).

Données manquantes

Les salaires enseignants français sont absents de la base de l'OCDE pour le millésime courant : toutes les combinaisons testées — six niveaux de qualification, quatre points de carrière, cinq niveaux d'enseignement, trois millésimes — renvoient une valeur nulle. L'indicateur le plus utile, le salaire enseignant rapporté au salaire moyen des diplômés du supérieur du même pays, est donc indisponible pour la France ; il vaut 0,87 en Allemagne et 0,61 aux États-Unis.

Les heures d'enseignement statutaires ne figurent dans aucun jeu de données interrogeable de l'OCDE : les fourchettes ci-dessus proviennent de sources secondaires de 2019 et 2022, qui divergent entre elles au secondaire (684 contre 720 heures) selon le traitement des heures supplémentaires et des agrégés.

Enfin, aucune source ne permet de comparer internationalement le ratio de personnel non enseignant : l'affirmation d'une France sous-administrée repose sur une comparaison entre ministères français, pas entre pays.

LimitesLes séries françaises d'Eurostat portent le drapeau « définition différente ». Le ratio du supérieur français est vide chez Eurostat et repris de l'OCDE, sur une base légèrement différente. Les chiffres de Singapour proviennent de son ministère et ne sont pas produits selon la méthodologie de l'OCDE ; les séries de la Banque mondiale correspondantes sont périmées — dernière valeur 2013 pour la France, 2017 pour Singapour. Les statistiques américaines couvrent inégalement le secteur privé, qui scolarise environ 10 % des élèves et dont la remontée est déclarative. Enfin, la taille de classe française du privé primaire (24,5) est supérieure à celle du public (21,2) : l'agrégat masque cet écart.

Les élèves étrangers pèsent-ils sur la dépense par élève ?

Le chiffre de base n'existe pas — et l'absence est officielleInterrogé par un parlementaire, le ministère de l'Éducation nationale répond que « la direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance ne dispose pas d'éléments statistiques consolidés sur le nombre d'élèves étrangers ». Les fiches « écoliers de nationalité étrangère » du recueil statistique annuel ont disparu des éditions récentes ; l'Insee ne croise pas non plus la population scolarisée avec la nationalité.

Le nombre et la part d'élèves de nationalité étrangère, par niveau et par origine européenne ou non, sont donc une donnée non produite en France. Tout chiffre circulant sur ce point ne vient pas de la statistique publique de l'Éducation nationale — il provient soit d'estimations du recensement, soit d'une confusion avec les élèves allophones, qui sont un sous-ensemble bien plus restreint défini par un critère linguistique et non de nationalité. Nationalité, lieu de naissance et allophonie sont trois choses différentes : un élève allophone peut être français, un élève étranger peut être né en France et parfaitement francophone.

Ce qui est mesuré : les élèves allophones nouvellement arrivés

Année scolaireTotalPremier degréCollègeLycée
2020-202164 564
2021-202277 435 (+20 %)35 37431 82610 235
2022-202389 50041 00036 30012 200
2023-202488 500

Mise en perspective : 88 500 élèves allophones sur 12,6 millions, soit 0,7 % des effectifs. Neuf sur dix bénéficient d'un soutien linguistique, majoritairement en unité pédagogique dédiée ; huit sur dix avaient déjà été scolarisés avant leur arrivée en France.

Le surcoût, chiffré par la Cour des comptes

180 M€Coût de l'accompagnement linguistique
≈ 2 700 €Surcoût annuel par élève allophone
0,09 %De la dépense intérieure d'éducation

Le surcoût représente +25 à +30 % de la dépense moyenne du premier degré pour les élèves concernés — mais il est temporaire, le dispositif d'accueil étant transitoire, et il concerne 0,7 % des élèves. Rapporté aux 197,1 Md€ de dépense intérieure d'éducation, il pèse moins d'un millième.

Coût moyen contre coût marginal : le point décisif

La dépense par élève est un quotient — dépense totale divisée par effectifs. Elle ne mesure pas ce que coûte un élève supplémentaire.

Un élève supplémentaire dans une classe existante n'ajoute ni enseignant, ni bâtiment, ni équipement : son coût marginal est proche de zéro, et il fait baisser mécaniquement la dépense par élève — même numérateur, dénominateur plus grand. Cela vaut quelle que soit sa nationalité.

Un élève nécessitant un dispositif d'accueil linguistique a, lui, un surcoût identifiable d'environ 2 700 € par an. C'est le seul effet mesurable, et il ne dépend pas de la nationalité mais de la maîtrise du français.

Et dans le supérieur ?

443 500 étudiants étrangers en 2024-2025, soit près de 15 % de la population étudiante, +17 % en cinq ans. Premières nationalités : Maroc 42 015, Algérie 34 758, Chine 26 327, Italie 22 044, Sénégal 17 722. Par zone : Afrique du Nord et Moyen-Orient 27 %, Europe 26 %, Afrique subsaharienne 26 %.

Sur le bilan économique, deux chiffrages existent et ils diffèrent de 3,5 Md€. L'opérateur public chargé de l'attractivité universitaire calcule un solde net de +1,35 Md€ (5 046 M€ de recettes contre 3 698 M€ de dépenses publiques). Une association de contribuables aboutit à l'inverse à un déficit de 2,18 Md€ par an. Aucune évaluation indépendante n'existe.

Un élément factuel plus solide : les droits d'inscription différenciés s'élèvent à 2 895 € en licence et 3 941 € en master, contre 178 € et 254 € au tarif commun — mais seuls environ 10 % des étudiants extracommunautaires les acquittent effectivement, les universités exonérant massivement. Une université a exonéré 97 % de ses étudiants extracommunautaires. Le rendement d'une application généralisée est annoncé à environ 250 M€ par an.

Réponse du ministère de l'Éducation nationale à la question écrite n° 1650 de l'Assemblée nationale ; DEPP, notes sur les élèves allophones nouvellement arrivés et note d'information n° 25.52 ; Cour des comptes, La scolarisation des élèves allophones, mars 2023 ; Campus France (opérateur public d'attractivité, partie intéressée) ; Contribuables Associés (association militante).

LimitesLe surcoût de 2 700 € est calibré sur la cohorte ukrainienne de 2022, dans des conditions d'accueil d'urgence ; la Cour des comptes ne valide pas son extrapolation à l'ensemble des élèves allophones et signale des carences importantes d'évaluation du dispositif. Aucune étude française n'évalue le coût marginal de la scolarisation d'un élève supplémentaire, allophone ou non : le raisonnement ci-dessus est comptable, pas empirique — et le coût marginal cesse d'être nul dès qu'un seuil d'ouverture de classe est franchi. Sur le supérieur, l'étude de l'opérateur public compte en « recettes » la totalité des dépenses de consommation des étudiants, y compris celles financées par des transferts publics français déjà comptés en dépenses : additionner des flux de consommation privée et des dépenses budgétaires dans un même solde n'est pas une opération de comptabilité publique. L'écart de 3,5 Md€ entre les deux chiffrages mesure moins la réalité que la sensibilité du résultat aux conventions de périmètre. Enfin, ni l'OCDE ni l'Insee ne procèdent au moindre ajustement de la dépense par élève pour la composition migratoire ou linguistique de la population scolaire : cette correction n'existe dans aucune comparaison internationale.

Les résultats se sont-ils dégradés ? La série longue, par pays

PISA mathématiques, 2003-2022

Score moyen. Les séries ne commencent pas toutes en 2003 : l'Estonie entre dans PISA en 2006, Singapour en 2009.

FranceAllemagneEstonieJaponSingapour
PISA mathématiques500550score PISA2003200620092012201520182022SingapourJaponEstonieAllemagneFrance
La France perd 36,9 points en dix-neuf ans — de 510,8 en 2003 à 473,9 en 2022, soit près d'une année de scolarité. Le décrochage de 2022 est le plus brutal de la série (−21,5 points en un cycle), du même ordre que le choc allemand (−25,2), mais la France partait déjà plus bas. Japon et Singapour sont les seuls du panel à progresser en 2022. Source : OCDE PISA via Our World in Data.

OCDE, enquête PISA, score moyen en mathématiques, cycles 2003 à 2022, via Our World in Data. Les séries ne commencent pas toutes en 2003 : l'Estonie entre dans PISA en 2006, Singapour en 2009.

Données de la figure
AbscisseSingapourJaponEstonieAllemagneFrance
2003534,1503,0510,8
2006523,1514,6503,8495,5
2009562,0529,0512,1512,8496,8
2012573,5536,4520,5513,5495,0
2015564,2532,4519,5506,0492,9
2018569,0527,0523,4500,0495,4
2022574,7535,6509,9474,8473,9
Compréhension de l'écrit2000200920182022
France504,7495,6492,6473,9
Allemagne484,0497,3498,3479,8
Royaume-Uni523,4494,2503,9494,4
Estonie501,0523,0511,0
Finlande546,5535,9520,1490,2
Pologne479,1500,5511,9488,7
Singapour525,9549,5542,6
Sciences2006201220182022
France495,2499,0493,0487,2
Allemagne515,6524,1503,0492,4
Estonie531,4541,4530,1525,8
Finlande563,3545,4521,9511,0
Singapour551,5550,9561,4

Deux lectures qui vont en sens opposé. La baisse française est réelle et ancienne : le décrochage commence dès 2003-2006, bien avant le Covid. Mais elle s'inscrit dans une baisse générale des pays occidentaux — la Finlande, longtemps modèle, perd 56 points en lecture depuis 2000, plus que la France. Ce n'est donc pas une pathologie strictement française.

Ce qui l'est, en revanche : la France part d'un niveau plus bas et n'a jamais connu de phase de redressement, contrairement à la Pologne (2000-2018) ou à l'Estonie. Autres repères : TIMSS 2023 place la France 28ᵉ sur 29 pays en mathématiques en CM1 (484 points contre 524-525 pour les moyennes UE et OCDE). PIRLS (lecture, CM1) : 525 en 2001, 514 en 2021, sous l'Allemagne (524) et l'Angleterre (528).

PISA 2025 n'était pas publié en août 2026 ; les résultats sont attendus vers décembre 2026.

Donnée manquanteLa part d'élèves français sous le niveau 2 (« en difficulté ») et celle des très performants n'ont pas pu être obtenues. Seul repère disponible : la part d'élèves très performants en mathématiques est de 22,9 % en Corée contre 7,4 % en France (PISA 2022).

Les enseignants sont-ils bien payés ? Et par rapport à quel temps de travail ?

C'est la question la plus intéressante du thème, parce que l'intuition qu'elle contient — « il faut rapporter au temps de travail » — donne un résultat inverse de celui qu'on attend généralement.

1. Les salaires bruts

Salaire statutaire, $ PPA, 2022, collègeDébutAprès 15 ansFin de carrière
France37 72043 79262 169
Allemagne77 90593 085101 510
Angleterre34 73255 72655 726
Moyenne OCDE37 62851 61363 332
France / OCDE100 %85 %98 %

Résultat inattendu : la France est à parité en début et en fin de carrière. Le décrochage est concentré au milieu — 85 % de la moyenne OCDE à 15 ans d'ancienneté, 81 % au primaire. Le problème français n'est pas le niveau des bornes mais la lenteur de la progression.

2. Les heures d'enseignement — la réponse est nette

Heures d'enseignement annuelles, 2021PrimaireCollège
France900720
Moyenne OCDE784711
Japon750609
Allemagne691641
Finlande680595
Corée du Sud672517
Pologne611489
Estonie592609

Le professeur des écoles français enseigne 900 heures par an, contre 784 en moyenne OCDE (+15 %), 691 en Allemagne (+30 %) et 592 en Estonie (+52 %). L'idée que les enseignants français feraient moins d'heures que leurs homologues est contredite par les données : c'est l'inverse.

3. Le salaire rapporté à l'heure enseignée

Salaire à 15 ans / heure enseignéePrimaireCollège
France45,2 $/h60,8 $/h
Moyenne OCDE63,7 $/h72,6 $/h
Allemagne124,0 $/h145,3 $/h
France / OCDE71 %84 %

Rapporter le salaire au temps de travail n'atténue pas l'écart français : il l'aggrave. En brut, le professeur des écoles est à 81 % de la moyenne OCDE ; rapporté à l'heure enseignée, il tombe à 71 %, et à 36 % du niveau allemand.

4. Le meilleur indicateur : le salaire relatif aux diplômés du supérieur

Salaire enseignant / gains des diplômés du supérieur, 2022Ratio
France, primaire0,64
France, collège0,69
Angleterre, collège0,92
Moyenne OCDE, collège0,93
Allemagne, collège1,04

C'est le chiffre le plus parlant. Un professeur des écoles français à 15 ans de carrière gagne 36 % de moins qu'un diplômé du supérieur moyen de son pays ; en Allemagne, l'enseignant gagne 4 % de plus. Cet indicateur neutralise le niveau de vie et compare au coût d'opportunité réel du métier — c'est lui qui détermine l'attractivité.

5. Et le temps de travail total ?

2021FranceAllemagneMoyenne OCDE
Temps de travail statutaire total1 607 h1 795 h1 543 h
Présence obligatoire dans l'établissement954 h
Heures d'enseignement900 h691 h784 h

Les 1 607 h correspondent à la durée légale du travail dans la fonction publique française. Point remarquable : sur les 954 h de présence obligatoire, 900 sont de l'enseignement pur — il ne reste que 54 h par an de présence non enseignante. Tout le reste du service (préparation, correction, relation aux familles) s'effectue hors établissement et n'est pas encadré. L'Allemagne déclare un temps total plus élevé (1 795 h) mais un temps d'enseignement plus faible.

6. Et les retraites ?

Donnée manquanteLe taux de remplacement des pensions des enseignants français et tout chiffrage d'un écart de rémunération totale (salaire + pension) par rapport aux autres pays n'ont pas pu être obtenus. Ce calcul serait de toute façon délicat, puisque — voir la question précédente — la France ne ventile pas sa dépense de pension éducative. L'argument « leurs retraites compensent » est donc, en l'état, invérifiable dans les deux sens. Ce qu'on peut dire : le régime de la fonction publique calcule la pension sur les six derniers mois de traitement, ce qui avantage les carrières à progression tardive — précisément le profil enseignant — mais il exclut les primes, très faibles chez les enseignants, ce qui joue en sens inverse.

En euros constants, les salaires enseignants français sont restés quasi stables entre 2015 et 2023 (+1 %) contre +4 % en moyenne OCDE. Le Pacte enseignant (2023) a introduit une revalorisation de 100 à 230 € nets par mois.

OCDE, Education at a Glance, indicateurs D3 (salaires, 2022) et D4 (temps d'enseignement, 2021), via l'API SDMX. Le salaire par heure enseignée est un calcul dérivé.

LimitesLes données OCDE seront actualisées le 29 septembre 2026 ; les valeurs 2021-2022 ci-dessus ne reflètent pas encore pleinement les revalorisations récentes.

Quel poids a l'origine sociale ?

À PISA 2022, l'écart de score entre élèves favorisés et défavorisés est de 113 points en France contre 93 en moyenne OCDE — l'un des écarts les plus marqués, et ce constat est répété sur plusieurs cycles successifs.

Sur les grandes écoles, les travaux de l'IPP (Bonneau, Charousset, Grenet, Thebault, 2021) sont sans appel :

23 % → 63 %Part des « très favorisés » : classe d'âge, puis grande école
36 % → 9 %Part des « défavorisés »
19 %de boursiers parmi les entrants (2016)

Résultat le plus important : cette surreprésentation n'a pas bougé entre 2006 et 2016. Il ne s'agit pas d'une inégalité en voie de résorption mais d'une reproduction sociale stable.

Sur la mobilité, l'OCDE estime qu'il faudrait six générations à un descendant de famille pauvre en France pour atteindre le revenu moyen — l'un des plus mauvais résultats des grands pays développés. Les pays nordiques, l'Australie et le Canada sont en tête ; l'Allemagne, l'Espagne et la Suède en position intermédiaire ; la France, les États-Unis, le Royaume-Uni et l'Italie dans le groupe à mobilité limitée.

Donnée manquanteLa probabilité pour un enfant issu des 20 % les plus pauvres d'atteindre les 20 % les plus riches n'a pas pu être obtenue.

Taille des classes, décrochage, insertion

La taille des classes. La littérature prédisait, selon la synthèse de l'IPP (2017), qu'une division par deux (24 → 12 élèves) améliorerait les résultats de 20 à 30 % d'un écart-type. L'évaluation du dédoublement des CP en REP+ a mesuré +8 % en français et +13 % en mathématiques — nettement moins qu'espéré, pour environ 12 000 postes mobilisés. L'effet est réel mais bien inférieur aux prédictions : la taille des classes agit, mais n'est pas le levier le plus rentable par euro dépensé.

Le décrochage. 11,5 % des jeunes présentaient des difficultés de lecture aux évaluations de la Journée défense et citoyenneté en 2018, dont environ la moitié en situation d'illettrisme. Sortants précoces : 8,2 % en 2019.

L'insertion. Enquête Génération 2021 du Céreq : 74 % des jeunes sont en emploi trois ans après la sortie (+6 points par rapport à 2017), mais chez les non-diplômés, moins de la moitié sont en emploi et 40 % au chômage. L'apprentissage est passé d'environ 305 000 contrats en 2017 à 736 000 en 2021.

Donnée manquanteLe coût budgétaire total des aides à l'apprentissage, l'effet d'aubaine mesuré et le coût par emploi créé n'ont pas pu être vérifiés — point pourtant central, plusieurs évaluations ayant mis en évidence qu'une part substantielle des contrats aidés auraient été signés sans l'aide. Le nombre d'heures de cours cumulées sur toute la scolarité n'a pas non plus été obtenu ; seul repère : au primaire, la France impose 864 heures d'enseignement obligatoire par an contre 799 en moyenne OCDE, concentrées sur un nombre de jours de classe parmi les plus faibles (16 semaines de vacances).

Mis à jour : 2026-08