21 chapitresChaque chiffre porte sa source et son millésime, parmi 223 références. Voir les sources.
Dix constats qui s'enchaînent, chacun avec le chiffre qui le tranche, écrits pour être lus sans connaissance préalable en économie. Les dix-huit thèmes du dossier portent le détail et les sources.
Cette fiche est écrite pour être lue sans rien connaître à l'économie. Elle répond à une seule question — pourquoi l'argent manque-t-il, alors qu'on paie beaucoup d'impôts ? — en dix constats qui s'enchaînent : chacun explique le suivant, et chacun tient dans un graphique. Le texte ne fait que relier les graphiques entre eux. Tous les chiffres viennent des chapitres de ce dossier, où ils portent leurs sources détaillées.
Un seul mot de vocabulaire est nécessaire. Le PIB, c'est la richesse produite en un an par le pays — la somme de tout ce qui y est fabriqué, vendu et facturé. Les deux expressions sont employées ici indifféremment. Quand on dit qu'une dépense représente « 25 % du PIB », cela veut dire qu'elle absorbe un quart de tout ce que le pays produit dans l'année.
Premier point, et il est plutôt rassurant : la France ne s'appauvrit pas. Elle avance moins vite que ses voisins, ce qui n'est pas la même chose.
Richesse produite par habitant, 2005-2025
En dollars à parité de pouvoir d’achat. L’axe démarre à 40 000 $ : à 0, les cinq courbes se confondraient et l’écart serait invisible.
OCDE, Perspectives économiques n° 119 (juin 2026), série GDPVD_CAP, dollars à parité de pouvoir d’achat de 2021. Extraction par API SDMX le 13 septembre 2026.
| Abscisse | États-Unis | Pays-Bas | Allemagne | France | Royaume-Uni |
|---|---|---|---|---|---|
| 2005 | 59 507,0 | 58 352,1 | 51 901,4 | 48 380,3 | 48 295,8 |
| 2006 | 60 577,5 | 60 394,4 | 54 098,6 | 49 450,7 | 49 014,1 |
| 2007 | 61 197,2 | 62 591,5 | 55 845,1 | 50 380,3 | 50 042,3 |
| 2008 | 60 704,2 | 63 690,1 | 56 352,1 | 50 239,4 | 49 605,6 |
| 2009 | 58 619,7 | 61 028,2 | 53 436,6 | 48 633,8 | 47 000,0 |
| 2010 | 59 690,1 | 61 493,0 | 55 718,3 | 49 281,7 | 47 676,1 |
| 2011 | 60 154,9 | 62 295,8 | 57 859,2 | 50 267,6 | 47 690,1 |
| 2012 | 61 056,3 | 61 450,7 | 58 154,9 | 50 154,9 | 48 098,6 |
| 2013 | 61 873,2 | 61 281,7 | 58 366,2 | 50 366,2 | 48 591,5 |
| 2014 | 62 943,7 | 62 042,3 | 59 450,7 | 50 605,6 | 49 760,6 |
| 2015 | 64 295,8 | 63 070,4 | 59 859,2 | 50 887,3 | 50 464,8 |
| 2016 | 64 957,7 | 64 253,5 | 60 746,5 | 51 070,4 | 51 169,0 |
| 2017 | 66 098,6 | 65 647,9 | 62 507,0 | 52 028,2 | 52 422,5 |
| 2018 | 67 662,0 | 66 732,4 | 63 126,8 | 52 605,6 | 52 971,8 |
| 2019 | 69 042,3 | 67 816,9 | 63 732,4 | 53 507,0 | 53 366,2 |
| 2020 | 67 338,0 | 64 859,2 | 60 929,6 | 49 267,6 | 47 929,6 |
| 2021 | 71 338,0 | 68 521,1 | 63 380,3 | 52 366,2 | 51 831,0 |
| 2022 | 72 732,4 | 71 281,7 | 64 154,9 | 53 633,8 | 53 971,8 |
| 2023 | 74 253,5 | 70 169,0 | 63 154,9 | 54 366,2 | 53 422,5 |
| 2024 | 75 662,0 | 70 450,7 | 62 676,1 | 54 816,9 | 53 422,5 |
| 2025 | 76 831,0 | 71 267,6 | 62 887,3 | 55 197,2 | 53 831,0 |
Ce n'est pas un effondrement, c'est un décrochage lent — le genre qu'on ne sent pas d'une année sur l'autre. Reste à savoir pourquoi. Deux explications sont possibles : soit on produit moins bien, soit on produit moins longtemps. Les chiffres tranchent nettement.
Ce que produit une heure de travail, 2024
PIB par heure travaillée, en dollars à parité de pouvoir d’achat.
OCDE, base Productivité, série GDPHRS, dollars à parité de pouvoir d’achat de 2020, données 2024. Extraction par API SDMX le 13 septembre 2026.
| Catégorie | b1 |
|---|---|
| États-Unis | 84,1 |
| Allemagne | 83,0 |
| Pays-Bas | 82,1 |
| France | 81,6 |
| Royaume-Uni | 74,0 |
Heures travaillées par habitant de 15 à 74 ans, 2024
Total des heures travaillées dans l’année, rapporté à la population en âge de travailler.
OCDE, base Productivité, série HRSPOP, heures travaillées rapportées à la population de 15 à 74 ans, données 2024.
| Catégorie | b1 |
|---|---|
| États-Unis | 1 145 |
| Pays-Bas | 1 097 |
| Royaume-Uni | 1 002 |
| Allemagne | 983 |
| France | 927 |
Pour une heure travaillée, on gagne pratiquement autant en France qu'ailleurs. 81,6 dollars contre 83,0 en Allemagne et 84,1 aux États-Unis : moins de 3 % d'écart avec le pays le mieux placé, et la France fait mieux que le Royaume-Uni de dix points. Le travail français n'est ni lent ni mal outillé.
La différence est ailleurs, et elle est nette : 927 heures travaillées par habitant en âge de travailler, contre 983 en Allemagne — 6 % de moins, et un quart de moins qu'aux États-Unis. Autrement dit : on ne travaille pas assez. Non pas au sens où chacun travaillerait mollement — c'est faux, l'heure française vaut celle des voisins —, mais au sens où il n'y a pas assez de personnes qui travaillent.
« Pas assez de personnes qui travaillent » reste vague tant qu'on ne dit pas lesquelles. La comparaison avec l'Allemagne, âge par âge, est sans ambiguïté.
Part des personnes en emploi, par tranche d’âge, 2024
France et Allemagne, en % de la tranche d’âge.
OCDE, base Emploi, taux d’emploi par tranche d’âge, données 2024.
| Catégorie | Allemagne | France |
|---|---|---|
| 15-24 ans | 51,0 | 34,4 |
| 25-54 ans | 85,0 | 82,9 |
| 55-64 ans | 75,0 | 60,3 |
| 60-64 ans | 66,6 | 42,4 |
| 65-69 ans | 21,2 | 11,1 |
Au cœur de la vie active, entre 25 et 54 ans, la France et l'Allemagne sont à deux points l'une de l'autre. L'écart ne vient pas de là. Il vient des deux extrémités : les jeunes, qui entrent tard sur le marché du travail, et les seniors, qui en sortent tôt. Entre 60 et 64 ans, un Allemand sur deux travaille encore quand deux Français sur cinq seulement sont en emploi.
C'est le constat central de cette synthèse, parce que tout le reste en découle : moins d'heures travaillées, c'est moins de richesse produite, donc moins d'argent à prélever pour financer les services publics.
La question suivante vient toute seule : de combien parle-t-on ? L'exercice est arithmétique — on applique à la France davantage d'heures travaillées, à productivité horaire française inchangée, et on laisse la dépense publique inchangée en euros. Ce n'est pas une prévision, c'est un ordre de grandeur.
Un mot sur la base de comptage, parce qu'elle change les chiffres. Le tableau ci-dessous rapporte les heures à la population entière, enfants et retraités compris : 674 heures par habitant en France, 735 en Allemagne. C'est la base qui permet de relier directement les heures au budget. Le constat 2 utilisait l'autre base, celle des seules personnes de 15 à 74 ans ; l'écart avec l'Allemagne y vaut 6,1 % au lieu de 9,0 %, parce que la population française est plus jeune.
| France 2025 | Heures par habitant | PIB, en Md€ | Solde public | Déficit comblé |
|---|---|---|---|---|
| Aujourd'hui | 674 | 2 984 | −153 Md€ | — |
| + 30 h par an et par personne en emploi | 687 | 3 044 | −121 Md€ | 20 % |
| + 30 h par an et par habitant | 704 | 3 117 | −83 Md€ | 46 % |
| Volume horaire allemand | 735 | 3 252 | −12 Md€ | 92 % |
| Équilibre du budget | 740 | 3 276 | 0 Md€ | 100 % |
La ligne la plus parlante est l'allemande : au volume horaire allemand, le déficit français passerait de 153 milliards à 12 — sans hausse d'impôt, sans baisse de dépense. Et l'équilibre complet du budget demande 9,8 % d'heures travaillées en plus, soit 66 heures par habitant et par an.
Pour donner l'échelle : trente heures de plus par habitant et par an, c'est 35 minutes par semaine rapportées à la population entière, et cela comble déjà 46 % du déficit. Les 66 heures de l'équilibre se déclinent de deux façons, arithmétiquement équivalentes.
| Les deux chemins vers l'équilibre, 2025 | Ce qu'il faudrait | Repère |
|---|---|---|
| Par la durée du travail, à taux d'emploi inchangé | +147 heures par an et par personne en emploi | 39 min par jour ouvré |
| Par le taux d'emploi, à durée du travail inchangée | +3,0 millions de personnes en emploi | 49,0 % de la population au lieu de 44,7 % |
Trois millions d'emplois en plus, ou trente-neuf minutes par jour ouvré. Ce n'est pas hors de portée, et ce n'est pas non plus un ajustement marginal. Au vu du constat précédent, le chemin le plus plausible passe par l'emploi des jeunes et des seniors, pas par l'allongement de la semaine de ceux qui travaillent déjà.
Sur les impôts et cotisations, deux chiffres circulent, et ils ne disent pas la même chose.
Prélèvements obligatoires par habitant, 2025
En dollars à parité de pouvoir d’achat. Le taux appliqué figure dans le tableau qui suit.
OCDE, Perspectives économiques n° 119 (juin 2026), séries TAXQ, GDP et POP, données 2025.
| Catégorie | b1 |
|---|---|
| Pays-Bas | 27 355 |
| Allemagne | 25 369 |
| France | 24 498 |
| États-Unis | 19 561 |
| Royaume-Uni | 19 227 |
Les deux mesures sont exactes, et elles se contredisent en apparence. En taux, la France prélève le plus du panel : 44,7 % de la richesse produite. En euros effectivement encaissés par habitant, elle encaisse moins que l'Allemagne et que les Pays-Bas, comme le montre le graphique. Il n'y a pas de mystère : quand on applique un taux plus élevé à une richesse plus petite, on peut très bien récolter moins. C'est exactement ce qui se passe.
Cela règle une formulation courante. « La France prélève trop » est vrai si l'on parle du taux, faux si l'on parle du produit. Et cela explique pourquoi augmenter encore le taux donne peu : ce qui manque n'est pas la pression fiscale, c'est la richesse sur laquelle elle s'applique.
Depuis 1975, la dépense publique française a augmenté d'environ onze points de richesse produite. Un seul poste porte l'essentiel de cette hausse.
Dépense publique par nature, 1975-2024
En % du PIB. Sous l'axe, les mandats présidentiels ; hachures pendant les cohabitations.
Séries reconstituées par nos soins à partir d'Eurostat nasa_10_nf_tr et gov_10a_main, dépenses des administrations publiques par nature (prestations sociales D62, rémunérations D1, consommations intermédiaires P2, investissement P51g, charge d'intérêts D41), rebasées sur la série 2020. La ventilation COFOG par fonction n'existe pas avant 1995 ; seule la ventilation par nature remonte à 1975, d'où le point de départ. Rupture de série réelle en 1974-1975 (le PIB 1975 bondit de 21 %).
| Abscisse | Prestations sociales | Rémunération des agents | Consommations intermédiaires | Investissement | Charge de la dette |
|---|---|---|---|---|---|
| 1975 | 17,2 | 11,7 | 5,8 | 5,3 | 0,9 |
| 1976 | 17,1 | 12,0 | 5,7 | 5,2 | 0,8 |
| 1977 | 17,4 | 12,4 | 5,5 | 4,7 | 1,0 |
| 1978 | 18,0 | 12,6 | 5,7 | 4,5 | 1,0 |
| 1979 | 18,0 | 12,6 | 5,5 | 4,6 | 1,1 |
| 1980 | 18,4 | 12,8 | 5,9 | 4,7 | 1,2 |
| 1981 | 19,5 | 13,1 | 6,0 | 4,8 | 1,7 |
| 1982 | 20,2 | 13,4 | 6,1 | 5,0 | 1,8 |
| 1983 | 20,3 | 13,4 | 6,2 | 4,7 | 2,2 |
| 1984 | 20,7 | 13,5 | 6,2 | 4,7 | 2,4 |
| 1985 | 21,0 | 13,5 | 6,3 | 4,9 | 2,6 |
| 1986 | 20,9 | 13,4 | 5,8 | 4,8 | 2,6 |
| 1987 | 20,6 | 13,1 | 5,9 | 4,9 | 2,5 |
| 1988 | 20,3 | 12,6 | 5,9 | 5,1 | 2,4 |
| 1989 | 20,1 | 12,3 | 5,5 | 5,1 | 2,5 |
| 1990 | 20,4 | 12,3 | 5,4 | 5,2 | 2,7 |
| 1991 | 21,0 | 12,4 | 5,6 | 5,3 | 2,8 |
| 1992 | 21,5 | 12,7 | 5,7 | 5,3 | 3,0 |
| 1993 | 22,5 | 13,3 | 6,1 | 5,0 | 3,2 |
| 1994 | 22,4 | 13,3 | 5,7 | 4,9 | 3,3 |
| 1995 | 22,4 | 13,5 | 5,5 | 4,6 | 3,5 |
| 1996 | 22,6 | 13,7 | 5,7 | 4,6 | 3,6 |
| 1997 | 22,7 | 13,5 | 5,7 | 4,2 | 3,6 |
| 1998 | 22,3 | 13,3 | 5,1 | 4,1 | 3,4 |
| 1999 | 22,3 | 13,3 | 5,1 | 4,1 | 3,1 |
| 2000 | 21,7 | 13,2 | 5,1 | 4,3 | 3,0 |
| 2001 | 21,9 | 13,1 | 5,0 | 4,2 | 3,1 |
| 2002 | 22,4 | 13,3 | 5,2 | 4,1 | 3,0 |
| 2003 | 22,9 | 13,3 | 5,1 | 4,3 | 2,9 |
| 2004 | 23,0 | 13,1 | 5,1 | 4,3 | 2,8 |
| 2005 | 23,1 | 13,0 | 5,1 | 4,4 | 2,7 |
| 2006 | 23,1 | 12,8 | 5,0 | 4,4 | 2,6 |
| 2007 | 23,0 | 12,5 | 4,9 | 4,4 | 2,7 |
| 2008 | 23,3 | 12,5 | 4,9 | 4,4 | 2,9 |
| 2009 | 25,1 | 13,3 | 5,4 | 4,8 | 2,5 |
| 2010 | 25,2 | 13,2 | 5,4 | 4,8 | 2,5 |
| 2011 | 25,0 | 13,0 | 5,3 | 4,5 | 2,7 |
| 2012 | 25,6 | 13,1 | 5,4 | 4,6 | 2,6 |
| 2013 | 25,8 | 13,1 | 5,4 | 4,6 | 2,3 |
| 2014 | 26,0 | 13,1 | 5,3 | 4,3 | 2,2 |
| 2015 | 25,9 | 13,0 | 5,3 | 3,9 | 2,0 |
| 2016 | 26,0 | 12,9 | 5,2 | 3,9 | 1,9 |
| 2017 | 25,8 | 12,9 | 5,3 | 3,8 | 1,8 |
| 2018 | 25,6 | 12,6 | 5,2 | 3,9 | 1,8 |
| 2019 | 25,5 | 12,4 | 5,2 | 4,2 | 1,5 |
| 2020 | 28,8 | 13,3 | 5,5 | 4,2 | 1,3 |
| 2021 | 27,1 | 12,6 | 5,4 | 4,1 | 1,4 |
| 2022 | 25,8 | 12,5 | 5,5 | 4,2 | 1,9 |
| 2023 | 25,0 | 12,2 | 5,6 | 4,2 | 1,9 |
| 2024 | 25,5 | 12,4 | 5,5 | 4,3 | 2,0 |
Le seul poste qui a réellement reculé est l'investissement public : on a payé la protection sociale en cessant d'entretenir et de construire. Et la hausse traverse toutes les majorités, ce qui devrait suffire à clore un faux débat : c'est une contrainte, pas une préférence, et c'est pourquoi l'infléchir prend des années plutôt qu'un budget.
Reste à savoir si ce système est plus généreux que ceux des voisins. Rapporté aux habitants plutôt qu'à la richesse produite, il ne l'est pas.
Dépense sociale par habitant, publique et privée, 2021
En dollars à parité de pouvoir d’achat ; le total figure à côté de chaque pays. La part privée — retraites par capitalisation, assurances santé, prévoyance — est payée par les ménages sans passer par la dépense publique.
OCDE, Social Expenditure Database, dépense sociale publique et privée par habitant en parité de pouvoir d’achat, données 2021.
| Catégorie | Dépense publique | Dépense privée |
|---|---|---|
| Pays-Bas · 21 623 $ | 13 694 | 7 929 |
| États-Unis · 21 312 $ | 13 377 | 7 935 |
| Allemagne · 20 440 $ | 18 172 | 2 268 |
| France · 19 578 $ | 17 628 | 1 950 |
| Royaume-Uni · 15 388 $ | 13 188 | 2 200 |
La France consacre à la protection sociale la part de richesse la plus élevée du panel — et, par habitant, moins d'argent que l'Allemagne, les Pays-Bas et les États-Unis. Les deux affirmations sont vraies en même temps, pour la raison déjà vue : le dénominateur français est plus petit. Aux Pays-Bas et aux États-Unis, une large part passe par des systèmes privés — retraites par capitalisation, assurances santé — qui ne figurent pas dans la dépense publique mais que les ménages paient bel et bien.
Conclusion de cette première partie : ce qui distingue la France n'est pas ce qu'elle verse, c'est ce qu'elle produit pour le verser.
Avant de discuter de ce qu'il faudrait faire, il faut savoir de quoi l'on parle. Les 932 milliards de prestations sociales versés en 2024 se répartissent en six risques, et la répartition n'est pas celle qu'on imagine.
Les prestations sociales par risque, 2024
France, en milliards d'euros. Six risques, dont deux font 82 % du total.
DREES, La protection sociale en France et en Europe, comptes de la protection sociale, édition 2025, données 2024, fiches 05 à 11.
| Catégorie | b1 |
|---|---|
| Vieillesse et survie | 426,7 |
| Santé (maladie, invalidité, AT-MP) | 338,9 |
| Famille | 65,8 |
| Emploi et chômage | 51,1 |
| Pauvreté et exclusion | 34,0 |
| Logement | 16,1 |
Famille : les allocations familiales, les aides à la garde des jeunes enfants, l'allocation de rentrée scolaire, les congés de maternité et de paternité payés. C'est ce que la collectivité verse pour qu'élever un enfant ne fasse pas décrocher un ménage.
Pauvreté et exclusion : le RSA et les autres aides de dernier recours, celles qui ne dépendent ni de la retraite ni du chômage. C'est le filet de sécurité — ce qui reste quand il ne reste rien d'autre.
Logement : pour l'essentiel les aides personnelles au logement, les APL et leurs variantes, versées aux locataires selon leurs revenus. Le chapitre « Logement » montre que ce sont elles, bien plus que l'encadrement des loyers, qui expliquent le faible taux d'effort des locataires français.
D'où l'orientation que cette synthèse assume, et qui est un jugement, pas un chiffre : mieux vaut conserver le niveau de dépense et augmenter le travail que réduire les prestations. Deux raisons. La première est dans le tableau précédent : le système français n'est pas plus généreux que l'allemand, il n'y a pas de gras évident à retirer. La seconde est devant nous : la dépense de santé va augmenter, parce que la population vieillit et que soigner une population âgée coûte plus cher. Le modèle social français ne coûtera pas moins à l'avenir : il coûtera davantage. Y être attaché, c'est accepter de le financer.
Avant de demander au système de redistribuer davantage, il faut mesurer ce qu'il redistribue déjà. Le tableau ci-dessous donne le niveau de vie annuel moyen, en euros, avant puis après impôts et prestations. Le résultat est spectaculaire.
Niveau de vie avant et après redistribution, 2024
Niveau de vie annuel moyen, en euros, avant puis après impôts et prestations.
Insee, France, portrait social 2025, fiche 20 ; Insee Analyses n° 88.
| Catégorie | Avant redistribution | Après impôts et prestations |
|---|---|---|
| Les 10 % les plus modestes | 4 710 | 11 960 |
| Les 20 % les plus modestes | 9 090 | 14 100 |
| Les 20 % les plus aisés | 74 980 | 58 690 |
| Les 10 % les plus aisés | 99 300 | 74 410 |
Cela ne veut pas dire que rien ne bouge. L'indice de Gini, la mesure standard des inégalités de revenu, atteint 0,302 en 2024, son niveau le plus élevé depuis 1996 — il valait 0,274 il y a trente ans. Mais ce qui se dégrade se dégrade surtout avant redistribution : l'appareil social absorbe une part croissante d'un choc croissant.
La contrepartie de cette redistribution, c'est qui paie. Là aussi, le chiffre est net.
Masse prélevée par décile de niveau de vie, 2023
En milliards d'euros. Tous prélèvements confondus, cotisations et impôts indirects inclus.
Calcul par nos soins à partir de l'Insee, La redistribution monétaire (France, portrait social 2025) et Insee Analyses n° 88 (La redistribution élargie), données 2023. Périmètre : ensemble des prélèvements — cotisations sociales, impôts directs, impôts sur la production et la consommation — rapportés au revenu primaire élargi de chaque décile. Les masses en milliards sont obtenues en appliquant les taux publiés aux revenus primaires élargis par décile.
| Catégorie | Cotisations sociales | Impôts sur le revenu et le patrimoine | Impôts sur la production et la consommation |
|---|---|---|---|
| D1 | 5,9 | 5,2 | 18,3 |
| D2 | 14,9 | 4,7 | 21,3 |
| D3 | 22,3 | 8,1 | 26,0 |
| D4 | 31,0 | 11,3 | 29,8 |
| D5 | 39,2 | 14,3 | 32,6 |
| D6 | 45,3 | 18,6 | 37,0 |
| D7 | 57,2 | 23,5 | 40,7 |
| D8 | 71,1 | 32,5 | 45,8 |
| D9 | 91,9 | 47,2 | 52,2 |
| D10 | 164,2 | 185,7 | 72,8 |
Le troisième bloc du graphique — « impôts sur la production et la consommation » — regroupe la TVA, les accises sur les carburants, le tabac et l'alcool, et les impôts que les entreprises paient et répercutent dans leurs prix. Ce sont les prélèvements qu'on ne voit pas passer, et ce sont eux qui pèsent le plus en bas de la distribution.
C'est la réponse la plus courante au diagnostic qui précède : « il y a trop de fonctionnaires, l'État français est obèse ». Quatre mesures, quatre démentis.
Coût de l’administration générale, par habitant, 2023
Fonction « services généraux des administrations publiques » hors charge de la dette, euros par habitant, 2023.
Eurostat, gov_10a_exp, fonction COFOG 01 « services généraux des administrations publiques » hors charge de la dette, données 2023.
| Catégorie | b1 |
|---|---|
| Pays-Bas | 1 268 |
| Allemagne | 1 070 |
| Moyenne européenne | 759 |
| France | 623 |
| Moyens des services publics, 2021-2024 | France | Allemagne | Repère |
|---|---|---|---|
| Infirmiers pour 1 000 habitants | 9,42 | 12,25 | 13,38 aux États-Unis |
| Juges pour 100 000 habitants | 11,3 | 24,7 | — |
| Enseignants pour 100 élèves, primaire | 5,6 | 6,6 | 7,1 en moyenne OCDE |
Sur les quatre mesures, la France est en dessous. Le « problème de l'administration » n'existe pas dans les chiffres — et le problème est même inverse : il y a moins d'infirmiers, moins de juges, moins d'enseignants par élève que chez les voisins. On ne dépense pas trop pour faire tourner l'État : on a moins de monde pour rendre les services. Ce qui coûte cher en France, ce sont les transferts — les retraites et la santé, pas les bureaux.
On finance la différence à crédit, et ce n'est pas la faute des crises. L'État dépense 57,4 % de la richesse produite et n'en encaisse que 52,3 %. L'écart s'emprunte, chaque année depuis 1975. La dette non financière française atteint 112 120 € par habitant, dont 46 333 € de dette publique. Et le déficit d'aujourd'hui n'a presque rien de conjoncturel : 4,9 points sur 5,1 sont structurels. Aucun retour de la croissance ne les effacera.
Tout ce qui nous aidait est en train de se retourner. Pendant quarante ans, trois choses ont joué en notre faveur : peu de dépenses militaires, des taux d'intérêt très bas, une population jeune. Les trois s'inversent ensemble. La charge de la dette passe de 58,9 Md€ en 2024 à environ 67 Md€ prévus en 2026 ; la défense remonte après un demi-siècle de baisse ; les dépenses de santé et de retraite augmentent avec l'âge de la population.
Le vrai risque est que l'ajustement soit subi plutôt que choisi. Tant qu'on ne décide rien, la contrainte s'applique quand même — mais sur les postes qu'on peut couper vite : la défense, la culture, l'éducation, la justice, la santé. Ce sont exactement ceux où la France est déjà en dessous de ses voisins, comme le montre le constat 9. Un ajustement progressif et décidé coûte toujours moins cher qu'un ajustement brutal imposé par les circonstances. Être attaché au modèle social suppose de le financer maintenant, pas de le défendre en refusant d'en parler.
Et l'effort n'est pas de l'ordre d'une taxe. Revenir de 5,1 % à 3 % de déficit demande environ 63 Md€ par an, soit 3,6 % de toute la dépense publique. Les chiffrages de la taxe Zucman s'échelonnent de 2 à 25 Md€ selon les hypothèses : au mieux un tiers du chemin. C'est un débat de justice fiscale, légitime comme tel — pas un moyen d'équilibrer le budget, et le présenter ainsi, dans un camp comme dans l'autre, est une erreur.
Cette chaîne s'appuie surtout sur cinq chapitres : « Dépenses publiques », « Dette et déficit », « Retraites et durée du travail », « Niveau de vie » et « Efficacité de l'État ». Les treize autres thèmes n'y entrent pas, et ils comptent. Voici, pour chacun, le chiffre qui le résume et ce qu'il faut en retenir.
| Thème du dossier, 2023-2025 | Le chiffre qui le résume | Ce qu'il faut en retenir |
|---|---|---|
| 04. Emploi, chômage et coût du travail | 47,2 % de coin fiscalo-social, dont 26,7 points côté employeur | La France a le prélèvement employeur le plus élevé de l'OCDE, mais un salaire net moins taxé que l'allemand : l'essentiel est prélevé avant la fiche de paie, là où on ne le voit pas. Le taux de cotisations patronales est en cloche — 3,5 % au SMIC, 42 % à 3,5 SMIC, 23 % très au-dessus — et nul sur les dividendes. |
| 05. Industrie et désindustrialisation | 4,4 % du PIB d'impôts de production contre 1,0 % en Allemagne | Sur une usine modèle, la France bat l'Allemagne — et ce qui les départage n'est ni l'impôt ni le travail, c'est l'énergie : 85 €/MWh contre 159. Face à la Chine, l'écart est uniquement salarial, et aucun aménagement fiscal ne le comble. Le vrai handicap documenté est l'instabilité : quatre calendriers de suppression de la CVAE en cinq lois de finances. |
| 06. Commerce extérieur | −58 Md€ sur les biens, +48,9 Md€ sur les services | Une fois les services comptés, la relation avec les États-Unis change de signe : d'un déficit à un excédent d'environ +12 Md€. Seul le déficit chinois résiste (−41 Md€). La position extérieure négative vient entièrement du financement de la dette publique par l'étranger : le privé français, lui, est créditeur net de +568 Md€. |
| 07. Immigration et intégration | 6,0 M d'étrangers · 8,8 % de la population · 18 % des mis en cause pour homicide | La surreprésentation est un fait mesuré, et son ordre de grandeur (×2 pour les homicides) est exact. Mais le rapport augmente quand la gravité baisse — ×2 pour l'homicide, ×9 pour le vol sans violence — et le numérateur et le dénominateur ne portent pas sur la même population. Aucune étude française n'isole l'effet propre, à âge, sexe et milieu social identiques. |
| 08. Écologie et climat | −34 % d'émissions sur le territoire, mais −28 % seulement pour l'empreinte | Le carbone importé passe de 23 % à 51 % des émissions du territoire entre 1990 et 2023. De 1990 à 2005, l'empreinte réelle ne baisse pas du tout : la baisse affichée est un déplacement de la production à l'étranger. L'indicateur officiel surestime le progrès d'environ moitié. |
| 09. Énergie | 40 g de CO₂ par kWh contre 336 en Allemagne et 384 aux États-Unis | C'est l'avantage français le plus incontestable du dossier. Mais l'économie française consomme plus d'énergie par euro produit que l'Allemagne, l'Italie ou le Royaume-Uni : le faible niveau d'émissions vient de l'électricité nucléaire, pas d'une moindre consommation. |
| 10. Europe | 23,3 Md€ versés en 2025 · solde net −9,3 Md€ | Deuxième contributeur net derrière l'Allemagne, deuxième bénéficiaire en volume derrière la Pologne — dont 58 % au titre de l'agriculture. La contribution baisse de 2021 à 2024, puis remonte fortement avec le remboursement du plan de relance européen. |
| 11. Santé | 11,3 % du PIB · le reste à charge le plus faible des quatre pays comparés | Un système très protecteur financièrement, et moins cher que l'américain. Mais la densité de médecins recule depuis 2010 — seul pays des quatre — et 30 % de la population vit dans un désert médical. Les besoins de soins non satisfaits ont triplé depuis 2019. |
| 12. Sécurité, justice et prisons | 976 homicides · 11,3 juges pour 100 000 habitants contre 24,7 en Allemagne | Le taux d'homicide français est 1,5 à 2 fois l'allemand. Les atteintes aux biens baissent réellement — deux mesures indépendantes le confirment. En revanche, la hausse enregistrée des violences sexuelles est surtout un effet de plainte : le taux de plainte a doublé, et n'atteint encore que 3 %. |
| 13. Logement | Taux d'effort médian 18,5 % · prix rapportés au revenu 6 % sous leur niveau de 2015 | Contre-intuitif : la dégradation est ancienne, pas récente. Le rapport prix/revenu bondit de 54 % entre 2000 et 2010, puis reflue sans interruption. Et le faible taux d'effort des locataires ne vient pas de l'encadrement des loyers — inappliqué dans 28 à 33 % des cas — mais des APL et du parc social. |
| 14. Éducation et mobilité sociale | 8 151 € par élève contre 10 363 en Allemagne · 17,9 élèves par enseignant | Plus en part de richesse pour une raison démographique, moins par élève, moins d'enseignants, des classes plus chargées, et un déséquilibre primaire/lycée qu'aucun pays comparable ne connaît. Une fois les retraites des enseignants retraitées, la dépense française passe sous la moyenne européenne. |
| 15. Niveau de vie, patrimoine et inégalités | Indice de Gini 0,302 en 2024, le plus haut depuis 1996 | Si l'on se limite aux 18-65 ans — ce qui neutralise l'effet des retraites —, la France n'est plus le pays le plus inégalitaire avant redistribution mais le 3ᵉ, tout en gardant la redistribution la plus forte des huit pays comparés. Le patrimoine médian français dépasse l'allemand de 44 %, effet du taux de propriétaires. |
| 17. Démographie et avenir | 1,62 enfant par femme · 22,1 % de 65 ans et plus | La France fait moins d'enfants que les États-Unis et le Royaume-Uni. Son déficit de population en âge de travailler vient du haut de la pyramide, pas du bas. La part des 15-64 ans recule de 65,3 % en 1995 à 61,3 % en 2024 — et le mouvement n'est pas terminé. |
OCDE, Perspectives économiques n° 119 (juin 2026), séries GDPVD_CAP, TAXQ, GDP et POP, y compris l'agrégat OCDE ; OCDE, base Productivité, séries GDPHRS et HRSPOP ; OCDE, Social Expenditure Database, agrégats publics et privés par habitant en parité de pouvoir d'achat ; OCDE, base Emploi, taux d'emploi par tranche d'âge. Extraction par API SDMX le 13 septembre 2026. Insee, comptes nationaux, pour la dépense publique par nature depuis 1975 ; Insee, La redistribution monétaire (France, portrait social 2025) et Insee Analyses n° 88, données 2023, pour la masse prélevée par décile ; Insee, Insee Analyses n° 118 et 119, pour la redistribution avant et après ; Eurostat, ilc_di12, pour l'indice de Gini ; DREES, comptes de la protection sociale, édition 2025, données 2024, pour les prestations par risque ; IPP, « Quels impôts les milliardaires paient-ils ? », 2023, pour le sommet de la distribution. Les constats 4, 5, 9 et 10 et le tableau des thèmes reprennent les chapitres correspondants de ce dossier, où ils portent leurs propres sources.
Les millésimes ne sont pas les mêmes d'un constat à l'autre : 2025 pour les comptes publics, 2024 pour le travail, la productivité, les prestations et la redistribution, 2023 pour la masse prélevée par décile, 2021 pour la dépense sociale comparée — dernier millésime homogène des cinq pays. Les écarts qu'on lit ici sont des écarts de niveau, robustes sur quelques années ; ils ne sont pas des mesures de l'année en cours.
Deux bases de richesse par habitant coexistent. Les Perspectives économiques retiennent les parités de pouvoir d'achat de 2021, la base Productivité celles de 2020 ; les niveaux diffèrent de quelques points, les décompositions et les évolutions non.
La comparaison des dépenses sociales est celle des montants, pas celle des droits. Deux pays peuvent verser la même somme par habitant en la répartissant très différemment — plus de retraités moins bien servis d'un côté, l'inverse de l'autre. Le tableau dit ce qui est dépensé, pas ce qui est promis.
Mis à jour : 2026-08