21 chapitresChaque chiffre porte sa source et son millésime, parmi 223 références. Voir les sources.
Sur ce thème plus que tout autre, la question « quel est le chiffre ? » est mal posée. Trois indicateurs différents mesurent trois choses différentes.
| Indicateur | Valeur | Ce qu'il mesure |
|---|---|---|
| Premiers titres de séjour | 343 024 (2024) 377 000 (2025) | Flux administratif, ressortissants hors UE uniquement |
| Entrées au sens large (Insee) | 347 000 (2023) 313 000 (2024) | Inclut les ressortissants UE, hors procédure |
| Solde migratoire | n.d. depuis 2023 | Résidu comptable, pas une observation directe |
Ministère de l'Intérieur, direction générale des étrangers en France (DGEF), statistiques des titres de séjour ; Insee, estimations de flux migratoires. Les deux séries ne mesurent pas la même chose : les titres de séjour sont un flux administratif portant sur les seuls ressortissants hors UE, les estimations Insee incluent les ressortissants de l'UE et ne passent par aucune procédure.
Répartition des titres 2024 : études 32,3 %, famille 26,4 %, économique 17,0 %, humanitaire 15,9 %, divers 8,4 %. En 2025 la structure se déforme : humanitaire à 23,3 % (protections subsidiaires +115,8 %), économique en recul à 13,5 %.
| Catégorie | Définition Insee/Ined | Effectif |
|---|---|---|
| Immigré | Né étranger à l'étranger, résidant en France. Qualité permanente, conservée après naturalisation | 7,73 M (11,3 %) |
| Étranger | Réside en France sans la nationalité française, né en France ou non | 6,03 M (8,8 %) |
| — dont nés en France | Mineurs pour l'essentiel | 0,89 M |
| Naturalisé | Immigré ayant acquis la nationalité française | 2,59 M (33 %) |
| Demandeur d'asile | Demande déposée, décision en attente | 145 210 (2025) |
| Situation irrégulière | Sans titre valide | Non dénombrable |
Insee et Ined, définitions officielles et estimations de population. Ces quatre catégories se recoupent partiellement : un immigré peut être français, un étranger peut être né en France. Aucune n'est un sous-ensemble propre d'une autre.
Le piège : un immigré naturalisé n'est plus « étranger » statistiquement mais reste « immigré » à vie ; un enfant né en France de parents étrangers est « étranger » sans être « immigré ». Les deux catégories ne se superposent jamais, et l'essentiel des confusions du débat vient de là.
Les résultats publiés varient de +12 Md€ à environ −40 Md€. Ce n'est pas que les chercheurs soient malhonnêtes : ce sont des conventions différentes. Voici d'abord la structure du calcul, puis pourquoi elle est indéterminée.
| Étude | Résultat |
|---|---|
| Chojnicki & Ragot, CEPII (1979-2011) | Entre −0,5 % et +0,05 % du PIB selon les années |
| CEPII (2018), approche élargie | +12 Md€ (2010) à −19,8 Md€ (2006) selon le périmètre |
| OCDE (2013) | Impact net proche de zéro, quelques dixièmes de point de PIB |
| J.-P. Gourévitch | Coût net de 17,4 à 36,4 Md€ (périmètre contesté par le CEPII) |
Trois leviers font basculer le signe :
CEPII ; OCDE, Perspectives des migrations internationales 2013 ; Cour des comptes, NEB 2023 ; recension de l'Observatoire de l'immigration et de la démographie (organisme non neutre, critique de l'immigration).
Mesuré — chiffre publié par un producteur officiel, avec son périmètre propre.
Estimé — calcul que nous construisons ; la formule et l'hypothèse sont données à chaque fois. Ce n'est pas une mesure.
Non mesuré — la ventilation n'existe pas dans la statistique publique française.
Un avertissement qui commande tout le reste : la statistique française mesure correctement une partie des dépenses et presque aucune recette. Il existe des chiffres administratifs solides pour l'AME, l'allocation pour demandeur d'asile, les retraites du régime général et les crédits budgétaires ; il n'existe aucune statistique publiée d'impôt, de TVA ou de cotisation payés par les immigrés. Cette asymétrie biaise spontanément tout bilan naïf vers le négatif, parce que les coûts paraissent durs et les recettes molles. C'est le premier point à retenir.
Les immigrés sont 7,97 millions (11,6 % de la population), dont un tiers sont devenus français ; les étrangers 6,30 millions ; les nés à l'étranger 9,6 millions, ce dernier chiffre incluant environ 1,7 million de Français nés à l'étranger. Ces trois populations ne se substituent pas, et leur profil budgétaire diffère fortement — parce que la dépense publique par personne est massivement déterminée par l'âge.
| Poste | Montant | Statut | Source ou formule |
|---|---|---|---|
| Retraites, régime général, aux nés à l'étranger | 24,0 Md€ | Mesuré | CNAV, 31/12/2024 — 3 109 826 retraités, soit 20,2 % des effectifs mais 14,8 % des prestations |
| Retraites, extrapolation à tous les régimes | 39 à 46 Md€ | Estimé | Part du RG (14,8 %) pondérée à la baisse pour les autres régimes (≈ 9 %, condition de nationalité dans la fonction publique, droits complémentaires plus faibles) → part d'ensemble 11-13 % |
| ASPA versée aux nés à l'étranger | 1,3 Md€ | Mesuré | CNAV, 2024 — 40 % du total ASPA, la part publiée la plus élevée du dossier |
| Assurance maladie | 27 à 29 Md€ | Estimé | ONDAM 2024 ≈ 255 Md€ × clé 10,5-11,5 % |
| AME | 1,39 Md€ | Mesuré | Dépense constatée 2024 ; 465 744 bénéficiaires au 30/09/2024 |
| Prestations CNAF (familiales, logement, RSA, prime d'activité) | 13 à 16 Md€ | Estimé | Masse CNAF ≈ 100 Md€ × 11 % d'allocataires étrangers, majoré d'un facteur 1,2-1,45 (foyers plus grands, prestations sous condition de ressources plus fréquentes) |
| — dont RSA | 1,8 à 2,2 Md€ | Estimé | 15-18 % des foyers sur 11,97 Md€ |
| — dont AAH | 1,0 à 1,2 Md€ | Estimé | 8-10 % sur 11,97 Md€ — fiabilité très faible, donnée uniquement pour ne pas laisser un poste de 12 Md€ à zéro par défaut |
| Chômage indemnisé | 5,0 à 6,5 Md€ | Estimé | 37,1 Md€ × 17 % d'indemnisés × 0,88 (allocation moyenne inférieure) |
| Éducation, périmètre « immigrés » | ≈ 6,6 Md€ | Estimé | ≈ 450 000 enfants immigrés d'âge scolaire × 10 920 €, plus 1,74 Md€ mesurés pour le supérieur |
| Éducation, périmètre « étrangers » | 11 à 12 Md€ | Estimé | ≈ 1,0-1,1 M d'élèves étrangers × 10 920 € — dont la majorité sont nés en France |
| Politique migratoire, document de politique transversale | 7,82 Md€ | Mesuré | DPT « Politique française de l'immigration et de l'intégration », PLF 2026, 19 programmes de 12 missions |
| — dont mission « Immigration, asile et intégration » | 2,16 Md€ | Mesuré | Sénat, rapport PLF 2026 — 21,6 % du DPT seulement |
| Contrôle de l'immigration irrégulière | ≈ 1,8 Md€ | Mesuré | Cour des comptes, janvier 2024, données 2022 — ≈ 16 000 ETP |
| Mineurs non accompagnés, à la charge des départements | ≈ 1,0 Md€ | Estimé | 31 000 × 90 €/jour × 365 |
| Allocation pour demandeur d'asile | 0,31 Md€ | Mesuré | PLF 2026 — seul minimum social intégralement imputable par construction |
| Total hors biens publics purs | ≈ 100 à 112 Md€ | Estimé | Périmètre « immigrés » |
Ce que contient réellement la « politique d'immigration » budgétaire
Document de politique transversale, crédits de paiement 2025, en millions d'euros.
Document de politique transversale « Politique française de l'immigration et de l'intégration », annexé au PLF 2025, crédits de paiement par programme. Total 7 738,8 M€ ; le PLF 2026 porte l'ensemble à 7 822 M€ en CP.
| Catégorie | b1 |
|---|---|
| Formations supérieures | 1 743 |
| Immigration et asile | 1 681 |
| Police nationale | 1 373 |
| Protection maladie (AME) | 1 320 |
| Intégration et nationalité | 366 |
| Administration territoriale | 260 |
| Enseignement scolaire 1er degré | 157 |
| Gendarmerie nationale | 143 |
| Politique de la ville | 125 |
| Conseil d'État et juridictions | 115 |
| Enseignement scolaire 2nd degré | 113 |
| Autres programmes | 342 |
| Le détail du contrôle de l'immigration irrégulière | Montant | Détail |
|---|---|---|
| Personnel de la police aux frontières | 980 M€ | 11 500 agents en métropole, 1 300 outre-mer |
| Rétention administrative | 225 M€ | dont 155 M€ de masse salariale policière |
| Éloignement forcé | 50,3 M€ | 11 409 éloignements : 21,8 M€ de billets commerciaux, 3 M€ de vols affrétés, 25,5 M€ de personnel |
| Total | ≈ 1,8 Md€ | ≈ 16 000 ETP ; le ministère de l'Intérieur en porte 90 %, soit 8 % de son budget |
Le coût unitaire par éloignement forcé est de 4 410 € au périmètre « éloignement » seul ; en y ajoutant la rétention, le coût complet par éloignement effectivement réalisé dépasse 24 000 € — hypothèse haute, puisqu'une part des personnes retenues est libérée sans éloignement.
| Recette | Montant estimé | Fiabilité | Clé retenue |
|---|---|---|---|
| Cotisations sociales | 50 à 55 Md€ | Moyenne | 554,4 Md€ × clé masse salariale 10,0 %, corrigée de −5 à −10 % pour les allégements concentrés sous 1,6 SMIC, zone de surreprésentation |
| TVA et fiscalité indirecte | 20 à 24 Md€ | Moyenne-faible | 210,7 Md€ × 10,5 % ; propension à consommer supérieure, minorée des transferts vers l'étranger |
| CSG-CRDS | 13 à 16 Md€ | Faible | 152,4 Md€ × 9,5 % (moyenne pondérée : 10 % sur l'activité, 13 % sur les revenus de remplacement, 4 % sur le capital) |
| Impôt sur le revenu | 4,5 à 6,0 Md€ | Faible | 88 Md€ × 5-7 %, l'écart de revenu de 11 % à la médiane se traduisant par un écart de contribution bien supérieur du fait de la progressivité |
| Taxes foncières et d'habitation | 3,5 à 4,0 Md€ | Faible | 57,8 Md€ × 6-7 % |
| Taxes sur les titres de séjour | 0,19 Md€ | Mesuré | Assemblée nationale, exercice 2017 — seul poste de recette réellement mesuré |
| Total | 91 à 105 Md€ | — | Soit 7,3 à 8,4 % des prélèvements obligatoires, pour 11,6 % de la population |
Cet écart entre 8 % des prélèvements et 11,6 % de la population n'a rien de mystérieux : il résulte du taux d'emploi inférieur de huit points, du salaire médian inférieur de 11 %, et surtout de la progressivité de l'impôt sur le revenu et de la concentration du patrimoine.
0,19 Md€ de taxes sur les titres de séjour, contre 2,16 Md€ pour la seule mission budgétaire « Immigration, asile et intégration » et 7,82 Md€ pour le document transversal. L'argument selon lequel « les immigrés financent leur propre administration » est faux d'un facteur 11 à 40. Symétriquement, ce poste est trop petit pour peser dans un bilan global : le citer comme argument dans un sens ou dans l'autre est une erreur d'échelle. La loi de finances pour 2026 a fortement relevé ces tarifs, mais aucun montant constaté n'est encore disponible.
Défense, charge de la dette, administration générale, diplomatie sont des biens non rivaux : un résident de plus n'augmente pas leur coût. Deux conventions s'affrontent, et le choix entre elles détermine le signe du solde à lui seul.
| OCDE, mêmes données, même pays, même période (2006-2018) | Contribution nette |
|---|---|
| Hors biens publics purs | +1,02 % du PIB |
| Avec biens publics purs imputés au coût moyen | −0,85 % du PIB |
| Écart de convention | 1,87 point de PIB, soit ≈ 55 Md€ |
OCDE, International Migration Outlook 2021, chapitre sur l'impact fiscal, France, moyenne annuelle 2006-2018. La mise à l'échelle en milliards sert uniquement à dimensionner l'écart entre deux conventions, jamais à produire un niveau : un écart de convention est un rapport et se transpose, un solde est daté et ne se transpose pas.
Aucune des deux conventions n'est objectivement « bonne ». Mais toute étude qui n'annonce pas laquelle elle retient est inutilisable, et toute reprise médiatique qui cite un seul des deux chiffres de l'OCDE sans mentionner l'autre est trompeuse — quel que soit le chiffre cité.
Deux subtilités que le débat escamote. D'abord, la convention doit s'appliquer symétriquement : si l'on retient le coût marginal nul pour les immigrés, il faut le retenir pour les natifs, et la somme des soldes catégoriels ne reconstitue plus le solde public. Ensuite, le cas de la charge de la dette : imputer à un immigré arrivé en 2020 une quote-part des intérêts d'une dette accumulée depuis 1974 est un choix contestable, et c'est pourtant ce que fait l'imputation au coût moyen — l'IFRAP relève que le ratio français est de −0,53 % du PIB hors service de la dette contre −0,85 % en l'incluant, soit environ 9 Md€ pour cette seule ligne.
| Agrégation de nos propres postes, périmètre « immigrés » | Montant |
|---|---|
| Recettes estimées | 91 à 105 Md€ (centre ≈ 98) |
| Dépenses estimées hors biens publics purs | 100 à 112 Md€ (centre ≈ 106) |
| Solde hors biens publics purs | ≈ −8 Md€, soit −0,27 % du PIB |
| Biens publics purs au coût moyen (11,6 % × ≈ 190 Md€) | −22 Md€ |
| Solde avec biens publics purs | ≈ −30 Md€, soit −1,0 % du PIB |
Ceci n'est pas un résultat, c'est une démonstration. Sur nos propres chiffres, le seul changement de convention déplace le solde de 22 Md€ ; sur ceux de l'OCDE, de 55 Md€. Dans les deux cas, l'écart de convention est plus grand que l'incertitude sur l'ensemble des postes.
Et il faut ajouter l'aveu qui va avec : notre solde hors biens publics purs (−0,27 %) diffère de celui de l'OCDE (+1,02 %) de 1,3 point de PIB, soit environ 38 Md€. Les causes sont identifiables — l'OCDE retient les « nés à l'étranger », qui incluent 1,7 million de Français nés à l'étranger, contributeurs nets, et sa couverture de dépenses est plus étroite. Le fait que deux constructions raisonnables diffèrent de 1,3 point de PIB est, en soi, le résultat le plus honnête de ce dossier : il fixe l'ordre de grandeur de ce qu'on ne sait pas.
| Étude | Statut | Population | Biens publics purs | Résultat |
|---|---|---|---|---|
| CEPII — Chojnicki, Ragot, Sokhna, Revue économique 2022 | Académique, comité de lecture | Immigrés (déf. Insee) | Attribués aux natifs seuls | −0,5 % à +0,05 % du PIB |
| OCDE, IMO 2021 | Institutionnel | Nés à l'étranger | Deux variantes publiées | +1,02 % / −0,85 % |
| OCDE, IMO 2013 | Institutionnel | Ménages nés à l'étranger | Coût moyen imputé | ≈ −0,52 % du PIB |
| CAE, Focus n° 072, 2021 | Institutionnel (synthèse) | — | Discute les deux | ± 0,5 % du PIB ; ± 0,2 % hors 2011 |
| Observatoire de l'immigration et de la démographie, 2023 | Non académique | Étrangers extra-UE hors actifs occupés | Imputés | Coût net 41 Md€ |
| Contribuables associés / Gourévitch, 2023 | Non académique | Immigration légale + illégale + descendants | Imputés | ≈ 53,9 Md€/an |
Malgré ces divergences, un point fait consensus dans les travaux à comité de lecture et les synthèses institutionnelles : l'impact budgétaire de l'immigration en France est contenu dans une fourchette de ± 0,5 % du PIB, et de ± 0,2 % si l'on exclut l'année 2011, atypique. Rapporté au PIB 2024, cela fait ± 15 Md€ environ, et ± 6 Md€ hors année de crise — à comparer à un déficit public de 5,8 % du PIB, soit environ 169 Md€.
L'immigration n'est ni la cause du déficit public français ni sa solution. Son solde, quel que soit le signe retenu, est d'un ordre de grandeur inférieur. C'est la conclusion explicite des auteurs du CEPII : « l'immigration n'a jamais déterminé l'ampleur et l'évolution du solde budgétaire primaire » sur 1979-2011.
Ce que la littérature ajoute sur la composition : à 45 ans, la contribution nette d'une personne hautement qualifiée est cinq fois supérieure à celle d'une personne faiblement qualifiée. Le déterminant n'est donc pas l'origine mais la qualification et l'insertion sur le marché du travail. L'OCDE mesure par ailleurs que les dépenses publiques par immigré sont inférieures à celles des natifs pour les retraites, l'invalidité et l'éducation, et supérieures pour le chômage, la famille (facteur 1,35) et l'exclusion-logement (facteur 1,81).
| Organisme | Prestation | Ventilation par nationalité | Par pays de naissance |
|---|---|---|---|
| CNAV | Retraites, ASPA | Non | Oui — publiée |
| CNAF | RSA, prime d'activité, aides au logement, allocations familiales | Collectée pour l'éligibilité, non publiée par prestation | Non |
| DREES | Minima sociaux | Non | Non |
| Unédic | Chômage indemnisé | Non | Non |
| CNAM | Assurance maladie, indemnités journalières | Non | Non |
| DGFiP | Impôt sur le revenu, TVA, foncier | Non | Non |
| Urssaf | Cotisations, CSG | Non | Non |
Ces absences ont trois causes distinctes qu'il ne faut pas confondre. La donnée n'est parfois pas collectée : le pays de naissance n'entre dans aucune règle d'ouverture de droit à l'Unédic ou à la CNAM, il est donc absent à la source. Elle est parfois collectée mais non exploitée : la CNAF enregistre la nationalité, qui conditionne l'éligibilité au RSA après cinq ans de séjour régulier, et pourrait publier une ventilation par prestation ; elle ne le fait pas, aucune obligation ne l'y contraignant, et les questions parlementaires demandant cette ventilation sont restées sans réponse chiffrée. C'est un choix administratif, pas une impossibilité juridique — et il mérite d'être discuté comme tel. Elle est enfin parfois structurellement absente de l'assiette : la TVA ne connaît pas le payeur.
Le Conseil constitutionnel, dans sa décision n° 2007-557 DC du 15 novembre 2007, a jugé que les traitements de données peuvent porter sur des données objectives — « le nom, l'origine géographique ou la nationalité antérieure à la nationalité française » — et sur le ressenti d'appartenance, mais que serait contraire à la Constitution « la définition, a priori, d'un référentiel ethno-racial ». Fondement : l'article 1er de la Constitution.
La statistique française raisonne donc en pays de naissance et en nationalité, jamais en « origine ». Cela permet de distinguer immigrés, étrangers et descendants, mais rend impossible toute mesure au-delà de la deuxième génération et toute comparaison directe avec les statistiques ethniques américaines ou britanniques. Ce n'est ni un accident ni une dissimulation : c'est un choix constitutionnel assumé. Il a un coût informationnel, qui doit être énoncé comme tel dans un débat public.
| 2024 | Immigrés | Non-immigrés |
|---|---|---|
| Taux d'emploi | 62,4 % | 69,8 % |
| Taux de chômage | 12 % | 7 % |
| Taux d'activité des hommes | 79,9 % | 77,1 % |
| Taux d'activité des femmes | 62,7 % | 72,8 % |
| En CDI | 69 % | 74 % |
Insee, enquête Emploi en continu, données 2024, champ population de 15 à 64 ans en ménages ordinaires ; ministère de l'Intérieur, DGEF, pour la ventilation par origine géographique. Les écarts de taux d'emploi sont sensibles à la structure par âge et par niveau de diplôme, qui ne sont pas neutralisées ici.
Deux faits saillants. L'écart se concentre chez les femmes : le taux d'activité des hommes immigrés est supérieur à celui des hommes natifs, tandis que l'écart de genre atteint 19 points au sein de la population immigrée non-européenne contre 4,3 points chez les non-immigrés. Et l'écart se réduit : entre 2014 et 2024, le chômage des immigrés a baissé de 6 points contre 3 pour les natifs.
La France affiche néanmoins l'un des écarts les plus défavorables d'Europe (−7,1 points), avant-dernière devant la Belgique.
Le dénominateur (les 100 %) est l'ensemble des personnes mises en cause pour cette infraction — pas l'ensemble des infractions, ni l'ensemble des étrangers.
« Mis en cause » signifie : une personne contre laquelle la police ou la gendarmerie a réuni des éléments suffisants pour la présenter à la justice. Ce n'est ni une condamnation ni une culpabilité établie. Une même personne mise en cause plusieurs fois dans l'année compte plusieurs fois.
« Étranger » = nationalité enregistrée au moment des faits. Ce n'est pas « immigré » (lieu de naissance) : un étranger né en France est compté, un immigré naturalisé ne l'est pas.
Le chiffre se lit donc : parmi les personnes que la police a identifiées comme auteurs présumés de cambriolages en 2024, 38 % n'avaient pas la nationalité française. À comparer à la part d'étrangers dans la population résidente : 8,8 %.
| Part d'étrangers parmi les mis en cause (2024) | % |
|---|---|
| Violences sexuelles | 13 |
| Homicides | 18 |
| Coups et blessures volontaires | 20 |
| Vols avec arme | 22 |
| Vols violents sans arme | 30 |
| Cambriolages de logement | 38 |
| Vols avec violence dans les transports | 48 |
| Vols sans violence dans les transports | 80 |
| Rappel : part dans la population résidente | 8,8 |
L'hétérogénéité est considérable — de 13 % à 80 % — et cette dispersion est en soi l'information la plus importante : elle montre qu'un chiffre global n'a pas de sens. Le 80 % des vols dans les transports reflète très probablement un effet de lieu (gares, aéroports, zones de transit, où la population présente n'est pas la population résidente) et des réseaux transfrontaliers, pas la délinquance du quotidien.
1. On ne connaît que les auteurs identifiés. Le taux d'élucidation est de 8 % ou moins pour les cambriolages et les vols. Pour 92 % de ces faits, on ne sait pas qui les a commis. Le pourcentage porte donc sur une petite fraction non aléatoire des infractions — celle où un auteur a été identifié, ce qui dépend de l'activité policière et non de la seule délinquance.
2. La nationalité est enregistrée, pas le lieu de naissance. Il est donc impossible, avec les statistiques publiques, de calculer une part « d'immigrés » : la catégorie n'existe pas dans les fichiers de police. Les études qui l'affirment font une confusion ou une extrapolation.
3. Le dénominateur de comparaison est faux. La population de référence (étrangers résidents, 8,8 %) exclut touristes, frontaliers et personnes de passage — alors que ceux-ci sont comptés au numérateur s'ils commettent une infraction. L'Insee documente ce biais sans le quantifier.
| Étape | Part d'étrangers |
|---|---|
| Population générale (2019) | 7,4 % |
| Mis en cause | 18 % |
| Auteurs traités par la justice | 14 % |
| Population détenue | 23 à 25 % |
Le CEPII identifie quatre facteurs distincts qui se cumulent :
SSMSI, données 2024 (réponses parlementaires) ; Insee ; lettre du CEPII n° 436 (2023).
Cette question mérite mieux qu'un « non » sec, parce que l'objection qu'on lui oppose est arithmétiquement fondée. Commençons donc par établir le fait, sans le contester.
| Part d'étrangers parmi les mis en cause, 2024 | Part | Rapport à leur part dans la population (8,8 %) |
|---|---|---|
| Violences sexuelles | 13 % | 1,5 × |
| Homicides | 18 % | 2,0 × |
| Coups et blessures volontaires | 20 % | 2,3 × |
| Vols avec arme | 22 % | 2,5 × |
| Vols violents sans arme | 30 % | 3,4 × |
| Cambriolages de logement | 38 % | 4,3 × |
| Vols sans violence dans les transports en commun (2023) | 80 % | 9,1 × |
La surreprésentation est un fait mesuré, et son ordre de grandeur pour les homicides — un facteur 2 — est exact. 18 divisé par 8,8 égale 2,05. Une note qui suggérerait que ce fait n'existe pas serait malhonnête.
Mais le gradient va dans le sens inverse de la gravité, et c'est un fait tout aussi établi : le rapport est de 2,0 pour l'homicide, le plus faible de la série avec les violences sexuelles, et de 9,1 pour le vol sans violence dans les transports. Un effet propre de la nationalité sur la propension à la violence devrait produire l'inverse.
Les travaux quasi-expérimentaux sont convergents mais ils répondent à une autre question. Le Royaume-Uni (vagues migratoires 1997-2008), l'Italie (régularisation attribuée par ordre d'arrivée, quasi-loterie), la Suisse (ouverture de l'accès au marché du travail) et un panel de 55 pays ne trouvent aucun effet significatif de l'immigration sur le taux de criminalité d'un territoire. Le résultat italien est plus précis et plus intéressant : les immigrés régularisés ont une probabilité d'infraction environ deux fois plus faible que les non-régularisés, l'effet portant surtout sur la délinquance acquisitive. Le canal causal identifié est le statut administratif et l'accès à l'emploi, pas la nationalité.
Mais ces études répondent à « davantage d'immigration fait-elle monter la criminalité d'un territoire ? ». Elles ne répondent pas à « à âge, sexe et milieu social identiques, un étranger a-t-il la même probabilité d'être mis en cause qu'un Français ? »
Aucune étude française n'estime l'écart résiduel individuel après contrôle de l'âge, du sexe et du statut socio-économique. Ni l'Insee, ni le service statistique du ministère de l'Intérieur, ni les centres de recherche en criminologie. Cet écart résiduel n'est donc, en France, ni établi comme nul, ni établi comme significatif. Toute affirmation dans un sens ou dans l'autre — « tout s'explique par la composition » comme « il reste un effet propre » — est aujourd'hui non étayée par les données publiques françaises.
Ce qu'il faudrait pour trancher est identifiable et techniquement faisable : apparier les fichiers de mis en cause aux données de recensement, fiscales et sociales pour comparer des individus comparables ; restreindre le numérateur aux résidents, ou élargir le dénominateur aux non-résidents ; mesurer le différentiel de contrôle en amont. Les briques existent. L'appariement n'est pas réalisé et les résultats n'existent pas publiquement.
Formulation honnête, donc : la surreprésentation est réelle et son ordre de grandeur est correct. Ce qui n'est pas établi, c'est ce qu'elle mesure — une propension à commettre, ou la combinaison d'une structure démographique et sociale, d'un périmètre statistique incohérent entre numérateur et dénominateur, et d'une exposition différenciée au contrôle. Les données qui permettraient de trancher ne sont pas produites en France, et c'est un choix politique autant que statistique.
SSMSI, données 2022 à 2024 communiquées en réponse aux questions parlementaires n° 9474 (Assemblée nationale) et n° 00829 et 09206 (Sénat) ; Insee Première n° 2076 et fiches Sécurité et société ; Jobard & Lévy pour l'Open Society Justice Initiative (2009) ; Défenseur des droits, enquête sur les relations police-population (2017) ; CEPII ; Institut convergences migrations.
Effet sectoriel : les immigrés sont surreprésentés dans la construction, l'aide à la personne et l'hôtellerie-restauration. Un choc d'offre y serait direct.
Effet démographique : avec un solde de +230 000 par an, le déclin démographique serait repoussé à 2053 ; avec +70 000, il commencerait dès 2028. L'écart entre scénarios atteint ±5 millions d'habitants en 2070.
Mis à jour : 2026-08