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CHIFFRES POUR 2027
Thème 07

Immigration et intégration

Sur ce thème plus que tout autre, la question « quel est le chiffre ? » est mal posée. Trois indicateurs différents mesurent trois choses différentes.

Combien d'immigrés entrent chaque année ?

IndicateurValeurCe qu'il mesure
Premiers titres de séjour343 024 (2024)
377 000 (2025)
Flux administratif, ressortissants hors UE uniquement
Entrées au sens large (Insee)347 000 (2023)
313 000 (2024)
Inclut les ressortissants UE, hors procédure
Solde migratoiren.d. depuis 2023Résidu comptable, pas une observation directe

Ministère de l'Intérieur, direction générale des étrangers en France (DGEF), statistiques des titres de séjour ; Insee, estimations de flux migratoires. Les deux séries ne mesurent pas la même chose : les titres de séjour sont un flux administratif portant sur les seuls ressortissants hors UE, les estimations Insee incluent les ressortissants de l'UE et ne passent par aucune procédure.

Répartition des titres 2024 : études 32,3 %, famille 26,4 %, économique 17,0 %, humanitaire 15,9 %, divers 8,4 %. En 2025 la structure se déforme : humanitaire à 23,3 % (protections subsidiaires +115,8 %), économique en recul à 13,5 %.

LimitesAucun de ces chiffres ne mesure « l'immigration » de façon univoque. Les titres excluent les citoyens de l'UE et les personnes en situation irrégulière. Le solde migratoire est un résidu (variation de population moins solde naturel), et l'Insee reconnaît ne pas disposer de chiffres fiables depuis le recensement de 2023. Les renouvellements de titres (871 000 à 945 000 par an) ne sont pas des arrivées, mais sont parfois cités comme telles.

Immigré, étranger, réfugié, naturalisé : quelle différence ?

CatégorieDéfinition Insee/InedEffectif
ImmigréNé étranger à l'étranger, résidant en France. Qualité permanente, conservée après naturalisation7,73 M (11,3 %)
ÉtrangerRéside en France sans la nationalité française, né en France ou non6,03 M (8,8 %)
— dont nés en FranceMineurs pour l'essentiel0,89 M
NaturaliséImmigré ayant acquis la nationalité française2,59 M (33 %)
Demandeur d'asileDemande déposée, décision en attente145 210 (2025)
Situation irrégulièreSans titre valideNon dénombrable

Insee et Ined, définitions officielles et estimations de population. Ces quatre catégories se recoupent partiellement : un immigré peut être français, un étranger peut être né en France. Aucune n'est un sous-ensemble propre d'une autre.

Le piège : un immigré naturalisé n'est plus « étranger » statistiquement mais reste « immigré » à vie ; un enfant né en France de parents étrangers est « étranger » sans être « immigré ». Les deux catégories ne se superposent jamais, et l'essentiel des confusions du débat vient de là.

LimitesLes personnes en situation irrégulière ne peuvent, par nature, être recensées. Le chiffre de 700 000 avancé par un ministre de l'Intérieur en 2025-2026 est une estimation contestée, non validée par une source statistique officielle.

L'immigration coûte-t-elle ou rapporte-t-elle ? Les postes détaillés

Les résultats publiés varient de +12 Md€ à environ −40 Md€. Ce n'est pas que les chercheurs soient malhonnêtes : ce sont des conventions différentes. Voici d'abord la structure du calcul, puis pourquoi elle est indéterminée.

Les postes de dépense attribués aux immigrés

  1. Prestations sociales contributives — retraites, chômage. Les immigrés y cotisent et en bénéficient ; l'effet net dépend de leur âge et de leur durée de carrière en France. Population plus jeune que la moyenne = plus de cotisations, moins de retraites aujourd'hui, mais des droits à pension demain.
  2. Prestations non contributives — RSA, allocations logement, prime d'activité, allocations familiales. Poste où la surreprésentation est réelle : 30,6 % des immigrés sont sous le seuil de pauvreté contre 12,7 % des non-immigrés.
  3. Santé — assurance maladie de droit commun, plus l'aide médicale d'État pour les personnes en situation irrégulière (poste budgétaire distinct et modeste à l'échelle des masses).
  4. Éducation — scolarisation des enfants. Poste important, mais qui est un investissement dont le rendement apparaît vingt ans plus tard, et qui bascule le calcul selon qu'on l'attribue aux immigrés ou à leurs descendants.
  5. Politique migratoire proprement dite — accueil, hébergement des demandeurs d'asile, contrôle aux frontières, éloignement. La Cour des comptes chiffre la seule lutte contre l'immigration irrégulière à environ 1,8 à 2 Md€ par an, avec des « résultats médiocres » sur l'éloignement.
  6. Biens publics purs — défense, administration générale, justice, éclairage public. C'est ici que tout se joue : voir ci-dessous.

Les postes de recette

  1. Cotisations sociales — les immigrés représentent 12,2 % de la population active occupée (3,7 millions de personnes).
  2. Impôt sur le revenu — faible, du fait de revenus plus bas en moyenne (niveau de vie médian 18 060 € contre 23 690 €).
  3. TVA et taxes sur la consommation — poste important et souvent oublié : la TVA est acquittée par tous, indépendamment du revenu.
  4. Impôts locaux, taxes sur les carburants, droits divers.

Pourquoi le résultat n'est pas déterminé

ÉtudeRésultat
Chojnicki & Ragot, CEPII (1979-2011)Entre −0,5 % et +0,05 % du PIB selon les années
CEPII (2018), approche élargie+12 Md€ (2010) à −19,8 Md€ (2006) selon le périmètre
OCDE (2013)Impact net proche de zéro, quelques dixièmes de point de PIB
J.-P. GourévitchCoût net de 17,4 à 36,4 Md€ (périmètre contesté par le CEPII)

Trois leviers font basculer le signe :

  1. Statique ou dynamique. Une photographie annuelle et un calcul sur cycle de vie complet ne donnent pas le même résultat, parce que la population immigrée est plus jeune : elle cotise aujourd'hui et percevra demain.
  2. L'affectation des biens publics purs. La défense nationale coûte-t-elle plus cher parce qu'il y a des immigrés ? Non — c'est un bien non rival. Faut-il pour autant l'attribuer intégralement aux natifs ? Le CEPII le fait dans son scénario central, ce qui améliore mécaniquement le solde. L'Observatoire de l'immigration et de la démographie juge cette convention discutable. Les deux positions sont défendables et aucune donnée ne peut trancher : c'est un choix de convention, pas un fait.
  3. Le périmètre des descendants. Inclure la deuxième génération fait passer le solde CEPII de +12 Md€ à des dizaines de milliards de coût — non parce que les descendants coûtent cher, mais parce qu'on leur impute l'éducation sans compter leurs cotisations futures.

CEPII ; OCDE, Perspectives des migrations internationales 2013 ; Cour des comptes, NEB 2023 ; recension de l'Observatoire de l'immigration et de la démographie (organisme non neutre, critique de l'immigration).

LimitesUn solde net agrégé masque une hétérogénéité considérable selon le motif — un ingénieur en mission détachée et un demandeur d'asile n'ont pas le même profil budgétaire — l'âge d'arrivée et la durée de résidence. Un chiffre unique national ne capture rien de cela, et c'est la principale raison de se méfier de tout chiffrage cité sans son périmètre.

Chaque poste, chiffré : ce qui est mesuré, ce qui est estimé, ce qui ne l'est pas

Convention de lecture, appliquée à chaque ligne

Mesuré — chiffre publié par un producteur officiel, avec son périmètre propre.
Estimé — calcul que nous construisons ; la formule et l'hypothèse sont données à chaque fois. Ce n'est pas une mesure.
Non mesuré — la ventilation n'existe pas dans la statistique publique française.

Un avertissement qui commande tout le reste : la statistique française mesure correctement une partie des dépenses et presque aucune recette. Il existe des chiffres administratifs solides pour l'AME, l'allocation pour demandeur d'asile, les retraites du régime général et les crédits budgétaires ; il n'existe aucune statistique publiée d'impôt, de TVA ou de cotisation payés par les immigrés. Cette asymétrie biaise spontanément tout bilan naïf vers le négatif, parce que les coûts paraissent durs et les recettes molles. C'est le premier point à retenir.

Le déterminant que tout le monde oublie : la structure par âge

Les immigrés sont 7,97 millions (11,6 % de la population), dont un tiers sont devenus français ; les étrangers 6,30 millions ; les nés à l'étranger 9,6 millions, ce dernier chiffre incluant environ 1,7 million de Français nés à l'étranger. Ces trois populations ne se substituent pas, et leur profil budgétaire diffère fortement — parce que la dépense publique par personne est massivement déterminée par l'âge.

Les postes de dépense

PosteMontantStatutSource ou formule
Retraites, régime général, aux nés à l'étranger24,0 Md€MesuréCNAV, 31/12/2024 — 3 109 826 retraités, soit 20,2 % des effectifs mais 14,8 % des prestations
Retraites, extrapolation à tous les régimes39 à 46 Md€EstiméPart du RG (14,8 %) pondérée à la baisse pour les autres régimes (≈ 9 %, condition de nationalité dans la fonction publique, droits complémentaires plus faibles) → part d'ensemble 11-13 %
ASPA versée aux nés à l'étranger1,3 Md€MesuréCNAV, 2024 — 40 % du total ASPA, la part publiée la plus élevée du dossier
Assurance maladie27 à 29 Md€EstiméONDAM 2024 ≈ 255 Md€ × clé 10,5-11,5 %
AME1,39 Md€MesuréDépense constatée 2024 ; 465 744 bénéficiaires au 30/09/2024
Prestations CNAF (familiales, logement, RSA, prime d'activité)13 à 16 Md€EstiméMasse CNAF ≈ 100 Md€ × 11 % d'allocataires étrangers, majoré d'un facteur 1,2-1,45 (foyers plus grands, prestations sous condition de ressources plus fréquentes)
— dont RSA1,8 à 2,2 Md€Estimé15-18 % des foyers sur 11,97 Md€
— dont AAH1,0 à 1,2 Md€Estimé8-10 % sur 11,97 Md€ — fiabilité très faible, donnée uniquement pour ne pas laisser un poste de 12 Md€ à zéro par défaut
Chômage indemnisé5,0 à 6,5 Md€Estimé37,1 Md€ × 17 % d'indemnisés × 0,88 (allocation moyenne inférieure)
Éducation, périmètre « immigrés »≈ 6,6 Md€Estimé≈ 450 000 enfants immigrés d'âge scolaire × 10 920 €, plus 1,74 Md€ mesurés pour le supérieur
Éducation, périmètre « étrangers »11 à 12 Md€Estimé≈ 1,0-1,1 M d'élèves étrangers × 10 920 € — dont la majorité sont nés en France
Politique migratoire, document de politique transversale7,82 Md€MesuréDPT « Politique française de l'immigration et de l'intégration », PLF 2026, 19 programmes de 12 missions
— dont mission « Immigration, asile et intégration »2,16 Md€MesuréSénat, rapport PLF 2026 — 21,6 % du DPT seulement
Contrôle de l'immigration irrégulière≈ 1,8 Md€MesuréCour des comptes, janvier 2024, données 2022 — ≈ 16 000 ETP
Mineurs non accompagnés, à la charge des départements≈ 1,0 Md€Estimé31 000 × 90 €/jour × 365
Allocation pour demandeur d'asile0,31 Md€MesuréPLF 2026 — seul minimum social intégralement imputable par construction
Total hors biens publics purs≈ 100 à 112 Md€EstiméPérimètre « immigrés »
LimitesTrois pièges de lecture sur les lignes mesurées. (1) « Né à l'étranger » n'est pas « immigré » : les 413 260 retraités nés en ex-colonie française étaient français à la naissance, et la grande majorité des autres sont aujourd'hui français par naturalisation. (2) Le chiffre parfois avancé de « 7,7 millions de bénéficiaires nés à l'étranger » est un décompte de pensions, pas de personnes — un retraité français perçoit en moyenne trois pensions réparties sur 42 régimes. (3) Le chiffre de « 42 % d'allocataires étrangers » à la CNAF est une erreur d'unité documentée : il compare des numéros d'inscription individuels d'un fichier à des décomptes de foyers d'un autre ; les deux bases ne sont pas commensurables. Le seul chiffre publié par la CNAF est 11 % des foyers allocataires de nationalité étrangère (fin 2022), un chiffre qui porte sur des foyers et non des personnes, sur des effectifs et non des montants, et sur la nationalité — donc excluant les naturalisés et incluant les étrangers nés en France.

Ce que contient réellement la « politique d'immigration » budgétaire

Document de politique transversale, crédits de paiement 2025, en millions d'euros.

millions d'euros, crédits de paiement 2025 0 500 1 000 1 500 Formations supérieures 1 743 Immigration et asile 1 681 Police nationale 1 373 Protection maladie (AME) 1 320 Intégration et nationalité 366 Administration territoriale 260 Enseignement scolaire 1er degré 157 Gendarmerie nationale 143 Politique de la ville 125 Conseil d'État et juridictions 115 Enseignement scolaire 2nd degré 113 Autres programmes 342
Les deux premiers postes sont l'enseignement supérieur et l'AME — et la mission budgétaire éponyme n'en représente qu'un cinquième. Les 1 742,9 M€ d'étudiants étrangers dans le supérieur constituent la plus grosse ligne du document, davantage que l'AME et davantage que la police nationale. Ce point est presque toujours absent du débat public.

Document de politique transversale « Politique française de l'immigration et de l'intégration », annexé au PLF 2025, crédits de paiement par programme. Total 7 738,8 M€ ; le PLF 2026 porte l'ensemble à 7 822 M€ en CP.

Données de la figure
Catégorieb1
Formations supérieures1 743
Immigration et asile1 681
Police nationale1 373
Protection maladie (AME)1 320
Intégration et nationalité366
Administration territoriale260
Enseignement scolaire 1er degré157
Gendarmerie nationale143
Politique de la ville125
Conseil d'État et juridictions115
Enseignement scolaire 2nd degré113
Autres programmes342
Le détail du contrôle de l'immigration irrégulièreMontantDétail
Personnel de la police aux frontières980 M€11 500 agents en métropole, 1 300 outre-mer
Rétention administrative225 M€dont 155 M€ de masse salariale policière
Éloignement forcé50,3 M€11 409 éloignements : 21,8 M€ de billets commerciaux, 3 M€ de vols affrétés, 25,5 M€ de personnel
Total≈ 1,8 Md€≈ 16 000 ETP ; le ministère de l'Intérieur en porte 90 %, soit 8 % de son budget

Le coût unitaire par éloignement forcé est de 4 410 € au périmètre « éloignement » seul ; en y ajoutant la rétention, le coût complet par éloignement effectivement réalisé dépasse 24 000 € — hypothèse haute, puisqu'une part des personnes retenues est libérée sans éloignement.

LimitesLe chiffre de 1,8 Md€ mesure l'appareil de contrôle, pas le coût budgétaire de l'irrégularité. La Cour des comptes signale, hors de ce périmètre, que les étrangers en situation irrégulière représentent 40 à 60 % des 203 000 occupants de l'hébergement d'urgence généraliste, soit de l'ordre de 1 Md€. L'AME (1,39 Md€) est également hors périmètre. Par ailleurs la Cour a constaté en 2020 qu'il n'existe pas de comptabilité analytique permettant de connaître le coût réel de la prise en charge des mineurs non accompagnés : c'est une carence explicitement relevée par le juge des comptes.

Les recettes : aucune n'est mesurée

Donnée manquanteIl n'existe en France aucune statistique publiée d'impôt, de TVA ou de cotisation sociale ventilée par nationalité, pays de naissance ou statut migratoire. La DGFiP ne publie rien de tel, l'Urssaf non plus. Toutes les recettes chiffrées dans toutes les études — académiques comme militantes — sont des imputations construites sur des enquêtes en échantillon, jamais des mesures administratives. Une étude qui présente ses recettes avec la même assurance que ses dépenses déforme sa propre base de preuve.
RecetteMontant estiméFiabilitéClé retenue
Cotisations sociales50 à 55 Md€Moyenne554,4 Md€ × clé masse salariale 10,0 %, corrigée de −5 à −10 % pour les allégements concentrés sous 1,6 SMIC, zone de surreprésentation
TVA et fiscalité indirecte20 à 24 Md€Moyenne-faible210,7 Md€ × 10,5 % ; propension à consommer supérieure, minorée des transferts vers l'étranger
CSG-CRDS13 à 16 Md€Faible152,4 Md€ × 9,5 % (moyenne pondérée : 10 % sur l'activité, 13 % sur les revenus de remplacement, 4 % sur le capital)
Impôt sur le revenu4,5 à 6,0 Md€Faible88 Md€ × 5-7 %, l'écart de revenu de 11 % à la médiane se traduisant par un écart de contribution bien supérieur du fait de la progressivité
Taxes foncières et d'habitation3,5 à 4,0 Md€Faible57,8 Md€ × 6-7 %
Taxes sur les titres de séjour0,19 Md€MesuréAssemblée nationale, exercice 2017 — seul poste de recette réellement mesuré
Total91 à 105 Md€Soit 7,3 à 8,4 % des prélèvements obligatoires, pour 11,6 % de la population

Cet écart entre 8 % des prélèvements et 11,6 % de la population n'a rien de mystérieux : il résulte du taux d'emploi inférieur de huit points, du salaire médian inférieur de 11 %, et surtout de la progressivité de l'impôt sur le revenu et de la concentration du patrimoine.

Un chiffre utile aux deux camps

0,19 Md€ de taxes sur les titres de séjour, contre 2,16 Md€ pour la seule mission budgétaire « Immigration, asile et intégration » et 7,82 Md€ pour le document transversal. L'argument selon lequel « les immigrés financent leur propre administration » est faux d'un facteur 11 à 40. Symétriquement, ce poste est trop petit pour peser dans un bilan global : le citer comme argument dans un sens ou dans l'autre est une erreur d'échelle. La loi de finances pour 2026 a fortement relevé ces tarifs, mais aucun montant constaté n'est encore disponible.

Le point de bascule : les biens publics purs

Défense, charge de la dette, administration générale, diplomatie sont des biens non rivaux : un résident de plus n'augmente pas leur coût. Deux conventions s'affrontent, et le choix entre elles détermine le signe du solde à lui seul.

OCDE, mêmes données, même pays, même période (2006-2018)Contribution nette
Hors biens publics purs+1,02 % du PIB
Avec biens publics purs imputés au coût moyen−0,85 % du PIB
Écart de convention1,87 point de PIB, soit ≈ 55 Md€

OCDE, International Migration Outlook 2021, chapitre sur l'impact fiscal, France, moyenne annuelle 2006-2018. La mise à l'échelle en milliards sert uniquement à dimensionner l'écart entre deux conventions, jamais à produire un niveau : un écart de convention est un rapport et se transpose, un solde est daté et ne se transpose pas.

Aucune des deux conventions n'est objectivement « bonne ». Mais toute étude qui n'annonce pas laquelle elle retient est inutilisable, et toute reprise médiatique qui cite un seul des deux chiffres de l'OCDE sans mentionner l'autre est trompeuse — quel que soit le chiffre cité.

Deux subtilités que le débat escamote. D'abord, la convention doit s'appliquer symétriquement : si l'on retient le coût marginal nul pour les immigrés, il faut le retenir pour les natifs, et la somme des soldes catégoriels ne reconstitue plus le solde public. Ensuite, le cas de la charge de la dette : imputer à un immigré arrivé en 2020 une quote-part des intérêts d'une dette accumulée depuis 1974 est un choix contestable, et c'est pourtant ce que fait l'imputation au coût moyen — l'IFRAP relève que le ratio français est de −0,53 % du PIB hors service de la dette contre −0,85 % en l'incluant, soit environ 9 Md€ pour cette seule ligne.

Le bilan agrégé, et ce qu'il vaut

Agrégation de nos propres postes, périmètre « immigrés »Montant
Recettes estimées91 à 105 Md€ (centre ≈ 98)
Dépenses estimées hors biens publics purs100 à 112 Md€ (centre ≈ 106)
Solde hors biens publics purs≈ −8 Md€, soit −0,27 % du PIB
Biens publics purs au coût moyen (11,6 % × ≈ 190 Md€)−22 Md€
Solde avec biens publics purs≈ −30 Md€, soit −1,0 % du PIB

Ceci n'est pas un résultat, c'est une démonstration. Sur nos propres chiffres, le seul changement de convention déplace le solde de 22 Md€ ; sur ceux de l'OCDE, de 55 Md€. Dans les deux cas, l'écart de convention est plus grand que l'incertitude sur l'ensemble des postes.

Et il faut ajouter l'aveu qui va avec : notre solde hors biens publics purs (−0,27 %) diffère de celui de l'OCDE (+1,02 %) de 1,3 point de PIB, soit environ 38 Md€. Les causes sont identifiables — l'OCDE retient les « nés à l'étranger », qui incluent 1,7 million de Français nés à l'étranger, contributeurs nets, et sa couverture de dépenses est plus étroite. Le fait que deux constructions raisonnables diffèrent de 1,3 point de PIB est, en soi, le résultat le plus honnête de ce dossier : il fixe l'ordre de grandeur de ce qu'on ne sait pas.

Pourquoi les études divergent : quatre choix, pas quatre jeux de données

ÉtudeStatutPopulationBiens publics pursRésultat
CEPII — Chojnicki, Ragot, Sokhna, Revue économique 2022Académique, comité de lectureImmigrés (déf. Insee)Attribués aux natifs seuls−0,5 % à +0,05 % du PIB
OCDE, IMO 2021InstitutionnelNés à l'étrangerDeux variantes publiées+1,02 % / −0,85 %
OCDE, IMO 2013InstitutionnelMénages nés à l'étrangerCoût moyen imputé≈ −0,52 % du PIB
CAE, Focus n° 072, 2021Institutionnel (synthèse)Discute les deux± 0,5 % du PIB ; ± 0,2 % hors 2011
Observatoire de l'immigration et de la démographie, 2023Non académiqueÉtrangers extra-UE hors actifs occupésImputésCoût net 41 Md€
Contribuables associés / Gourévitch, 2023Non académiqueImmigration légale + illégale + descendantsImputés≈ 53,9 Md€/an
  1. La convention sur les biens publics purs — effet d'environ 1,9 point de PIB. Elle détermine le signe à elle seule.
  2. Le périmètre de population — effet de plusieurs dizaines de milliards. Passer d'« immigrés » à « nés à l'étranger » ajoute 1,7 million de Français nés à l'étranger, âgés et qualifiés, ce qui améliore artificiellement le solde. Passer d'« immigrés » à « étrangers » fait entrer 0,9 million d'enfants nés en France — donc leur coût de scolarisation — tout en excluant 2,6 millions de naturalisés en âge de travailler : double dégradation. Sur le seul poste éducation, l'écart mesurable est de 6,6 à 12 Md€, à données identiques.
  3. Le traitement des descendants — effet de 18 Md€ dans une seule étude. Le CEPII publie les deux : −1,4 Md€ en scénario de référence, −19,8 Md€ en incluant les descendants. Les deux camps ont un argument valable : les exclure dissimule le coût éducatif de la deuxième génération ; les inclure sans corriger de l'âge est faussé, puisqu'une population d'âge médian 25 ans est nécessairement bénéficiaire nette, et le serait tout autant si elle était d'ascendance française. La seule comparaison rigoureuse serait à structure d'âge standardisée. Aucune des études recensées ne la produit.
  4. Statique contre dynamique. En 2011, le solde primaire total de la France était de −51,35 Md€ : −42,55 Md€ pour les natifs et −8,80 Md€ pour les immigrés. Dans une année où l'ensemble du budget est en déficit, une comptabilité statique attribue mécaniquement un solde négatif à tous les groupes. Les immigrés représentaient 8,6 % de la population et 17,1 % du déficit, mais leur déficit par tête était inférieur à celui des natifs. Citer les −8,80 Md€ sans les −42,55 Md€ transforme une observation sur l'état des finances publiques en jugement sur un groupe.
LimitesSur les travaux non académiques, quatre différences techniques vérifiables, qui ne sont pas un jugement sur leurs conclusions mais une différence de régime probatoire. (1) Le périmètre est choisi de façon à maximiser le solde négatif : retenir les « étrangers extra-UE hors actifs occupés » exclut par construction la quasi-totalité des contributeurs nets — un calcul identique appliqué aux natifs non actifs occupés produirait aussi un solde massivement négatif, mais nul ne le fait. (2) Les descendants sont inclus du côté des dépenses sans correction d'âge. (3) Le chiffre de 35-40 Md€ qui circule provient d'une erreur arithmétique documentée : application de pourcentages moyens pluriannuels (1979-2011 pour le CEPII, 2006-2018 pour l'OCDE) au PIB d'une année ponctuelle, avec sélection de la seule colonne incluant les biens publics purs et confusion entre « nés à l'étranger » et « immigrés ». (4) Le contrefactuel « une France sans immigration produirait 3,4 % de PIB en moins » n'est pas testable : il suppose que les natifs occuperaient les emplois concernés au même salaire et sans effet sur les prix, ce qui est le résultat cherché, pas une donnée. Symétriquement, une critique adressée au CEPII est techniquement fondée : attribuer les biens publics purs aux seuls natifs améliore mécaniquement le solde des immigrés.
Ce sur quoi la littérature académique converge

Malgré ces divergences, un point fait consensus dans les travaux à comité de lecture et les synthèses institutionnelles : l'impact budgétaire de l'immigration en France est contenu dans une fourchette de ± 0,5 % du PIB, et de ± 0,2 % si l'on exclut l'année 2011, atypique. Rapporté au PIB 2024, cela fait ± 15 Md€ environ, et ± 6 Md€ hors année de crise — à comparer à un déficit public de 5,8 % du PIB, soit environ 169 Md€.

L'immigration n'est ni la cause du déficit public français ni sa solution. Son solde, quel que soit le signe retenu, est d'un ordre de grandeur inférieur. C'est la conclusion explicite des auteurs du CEPII : « l'immigration n'a jamais déterminé l'ampleur et l'évolution du solde budgétaire primaire » sur 1979-2011.

Ce que la littérature ajoute sur la composition : à 45 ans, la contribution nette d'une personne hautement qualifiée est cinq fois supérieure à celle d'une personne faiblement qualifiée. Le déterminant n'est donc pas l'origine mais la qualification et l'insertion sur le marché du travail. L'OCDE mesure par ailleurs que les dépenses publiques par immigré sont inférieures à celles des natifs pour les retraites, l'invalidité et l'éducation, et supérieures pour le chômage, la famille (facteur 1,35) et l'exclusion-logement (facteur 1,81).

Pourquoi ces ventilations n'existent pas

OrganismePrestationVentilation par nationalitéPar pays de naissance
CNAVRetraites, ASPANonOui — publiée
CNAFRSA, prime d'activité, aides au logement, allocations familialesCollectée pour l'éligibilité, non publiée par prestationNon
DREESMinima sociauxNonNon
UnédicChômage indemniséNonNon
CNAMAssurance maladie, indemnités journalièresNonNon
DGFiPImpôt sur le revenu, TVA, foncierNonNon
UrssafCotisations, CSGNonNon

Ces absences ont trois causes distinctes qu'il ne faut pas confondre. La donnée n'est parfois pas collectée : le pays de naissance n'entre dans aucune règle d'ouverture de droit à l'Unédic ou à la CNAM, il est donc absent à la source. Elle est parfois collectée mais non exploitée : la CNAF enregistre la nationalité, qui conditionne l'éligibilité au RSA après cinq ans de séjour régulier, et pourrait publier une ventilation par prestation ; elle ne le fait pas, aucune obligation ne l'y contraignant, et les questions parlementaires demandant cette ventilation sont restées sans réponse chiffrée. C'est un choix administratif, pas une impossibilité juridique — et il mérite d'être discuté comme tel. Elle est enfin parfois structurellement absente de l'assiette : la TVA ne connaît pas le payeur.

Le cadre constitutionnel

Le Conseil constitutionnel, dans sa décision n° 2007-557 DC du 15 novembre 2007, a jugé que les traitements de données peuvent porter sur des données objectives — « le nom, l'origine géographique ou la nationalité antérieure à la nationalité française » — et sur le ressenti d'appartenance, mais que serait contraire à la Constitution « la définition, a priori, d'un référentiel ethno-racial ». Fondement : l'article 1er de la Constitution.

La statistique française raisonne donc en pays de naissance et en nationalité, jamais en « origine ». Cela permet de distinguer immigrés, étrangers et descendants, mais rend impossible toute mesure au-delà de la deuxième génération et toute comparaison directe avec les statistiques ethniques américaines ou britanniques. Ce n'est ni un accident ni une dissimulation : c'est un choix constitutionnel assumé. Il a un coût informationnel, qui doit être énoncé comme tel dans un débat public.

Emploi et revenus

2024ImmigrésNon-immigrés
Taux d'emploi62,4 %69,8 %
Taux de chômage12 %7 %
Taux d'activité des hommes79,9 %77,1 %
Taux d'activité des femmes62,7 %72,8 %
En CDI69 %74 %

Insee, enquête Emploi en continu, données 2024, champ population de 15 à 64 ans en ménages ordinaires ; ministère de l'Intérieur, DGEF, pour la ventilation par origine géographique. Les écarts de taux d'emploi sont sensibles à la structure par âge et par niveau de diplôme, qui ne sont pas neutralisées ici.

Deux faits saillants. L'écart se concentre chez les femmes : le taux d'activité des hommes immigrés est supérieur à celui des hommes natifs, tandis que l'écart de genre atteint 19 points au sein de la population immigrée non-européenne contre 4,3 points chez les non-immigrés. Et l'écart se réduit : entre 2014 et 2024, le chômage des immigrés a baissé de 6 points contre 3 pour les natifs.

La France affiche néanmoins l'un des écarts les plus défavorables d'Europe (−7,1 points), avant-dernière devant la Belgique.

LimitesC'est ici que la comparaison internationale est la plus trompeuse. Un pays dont l'immigration est majoritairement de travail (Portugal, Pologne) affichera mécaniquement un meilleur écart qu'un pays recevant plus de demandeurs d'asile — sans que cela traduise une meilleure politique d'intégration à motif équivalent.

Statistiques pénales : que mesurent exactement les pourcentages ?

Ce que « 38 % des mis en cause pour cambriolage sont étrangers » veut dire

Le dénominateur (les 100 %) est l'ensemble des personnes mises en cause pour cette infraction — pas l'ensemble des infractions, ni l'ensemble des étrangers.

« Mis en cause » signifie : une personne contre laquelle la police ou la gendarmerie a réuni des éléments suffisants pour la présenter à la justice. Ce n'est ni une condamnation ni une culpabilité établie. Une même personne mise en cause plusieurs fois dans l'année compte plusieurs fois.

« Étranger » = nationalité enregistrée au moment des faits. Ce n'est pas « immigré » (lieu de naissance) : un étranger né en France est compté, un immigré naturalisé ne l'est pas.

Le chiffre se lit donc : parmi les personnes que la police a identifiées comme auteurs présumés de cambriolages en 2024, 38 % n'avaient pas la nationalité française. À comparer à la part d'étrangers dans la population résidente : 8,8 %.

Part d'étrangers parmi les mis en cause (2024)%
Violences sexuelles13
Homicides18
Coups et blessures volontaires20
Vols avec arme22
Vols violents sans arme30
Cambriolages de logement38
Vols avec violence dans les transports48
Vols sans violence dans les transports80
Rappel : part dans la population résidente8,8

L'hétérogénéité est considérable — de 13 % à 80 % — et cette dispersion est en soi l'information la plus importante : elle montre qu'un chiffre global n'a pas de sens. Le 80 % des vols dans les transports reflète très probablement un effet de lieu (gares, aéroports, zones de transit, où la population présente n'est pas la population résidente) et des réseaux transfrontaliers, pas la délinquance du quotidien.

Peut-on connaître la part des infractions commises par des étrangers ou des immigrés ?

Réponse : non, et pour trois raisons distinctes

1. On ne connaît que les auteurs identifiés. Le taux d'élucidation est de 8 % ou moins pour les cambriolages et les vols. Pour 92 % de ces faits, on ne sait pas qui les a commis. Le pourcentage porte donc sur une petite fraction non aléatoire des infractions — celle où un auteur a été identifié, ce qui dépend de l'activité policière et non de la seule délinquance.

2. La nationalité est enregistrée, pas le lieu de naissance. Il est donc impossible, avec les statistiques publiques, de calculer une part « d'immigrés » : la catégorie n'existe pas dans les fichiers de police. Les études qui l'affirment font une confusion ou une extrapolation.

3. Le dénominateur de comparaison est faux. La population de référence (étrangers résidents, 8,8 %) exclut touristes, frontaliers et personnes de passage — alors que ceux-ci sont comptés au numérateur s'ils commettent une infraction. L'Insee documente ce biais sans le quantifier.

Ce qui explique la surreprésentation le long de la chaîne pénale

ÉtapePart d'étrangers
Population générale (2019)7,4 %
Mis en cause18 %
Auteurs traités par la justice14 %
Population détenue23 à 25 %

Le CEPII identifie quatre facteurs distincts qui se cumulent :

  1. Structure d'âge et de sexe — surreprésentation parmi les jeunes hommes, catégorie associée à une délinquance plus élevée quelle que soit la nationalité.
  2. Position socio-économique — la précarité est un déterminant documenté, indépendamment de l'origine.
  3. Infractions à la police des étrangers — le séjour irrégulier et le travail sans titre ne peuvent, par construction, être commis que par des étrangers. Cela gonfle mécaniquement leur part sans rapport avec la délinquance de droit commun.
  4. Traitement pénal différencié — à caractéristiques identiques, le CEPII mesure une probabilité de prison ferme supérieure de 5 points et une durée de peine plus longue de 22 jours. Cela contribue à la surreprésentation au dernier maillon, indépendamment du taux réel d'infraction.

SSMSI, données 2024 (réponses parlementaires) ; Insee ; lettre du CEPII n° 436 (2023).

Peut-on déduire une causalité d'une surreprésentation ?

Cette question mérite mieux qu'un « non » sec, parce que l'objection qu'on lui oppose est arithmétiquement fondée. Commençons donc par établir le fait, sans le contester.

Part d'étrangers parmi les mis en cause, 2024PartRapport à leur part dans la population (8,8 %)
Violences sexuelles13 %1,5 ×
Homicides18 %2,0 ×
Coups et blessures volontaires20 %2,3 ×
Vols avec arme22 %2,5 ×
Vols violents sans arme30 %3,4 ×
Cambriolages de logement38 %4,3 ×
Vols sans violence dans les transports en commun (2023)80 %9,1 ×

La surreprésentation est un fait mesuré, et son ordre de grandeur pour les homicides — un facteur 2 — est exact. 18 divisé par 8,8 égale 2,05. Une note qui suggérerait que ce fait n'existe pas serait malhonnête.

Mais le gradient va dans le sens inverse de la gravité, et c'est un fait tout aussi établi : le rapport est de 2,0 pour l'homicide, le plus faible de la série avec les violences sexuelles, et de 9,1 pour le vol sans violence dans les transports. Un effet propre de la nationalité sur la propension à la violence devrait produire l'inverse.

Ce que le chiffre agrège, et qu'il ne sépare pas

  1. Le numérateur et le dénominateur ne portent pas sur la même population. Le dénominateur de l'Insee — 6,0 millions d'étrangers, 8,8 % — ne compte que les étrangers résidents recensés. Le numérateur du ministère de l'Intérieur compte toute personne mise en cause de nationalité étrangère : résidents réguliers, personnes en situation irrégulière, touristes, travailleurs détachés, personnes en transit, réseaux transfrontaliers. Le ratio est donc structurellement surestimé — d'un facteur que personne n'a chiffré. Illustration : sur les vols dans les transports en commun d'Île-de-France, segment où la mobilité internationale est maximale, la part atteint 93 %.
  2. Le droit de la nationalité déplace la frontière au pire moment. Les enfants nés en France de parents étrangers deviennent français à 18 ans. Or 18-30 ans est précisément la tranche de plus forte mise en cause. Cette population sort du numérateur et du dénominateur « étrangers » au moment exact où son exposition à la délinquance est maximale — ce qui tire le ratio vers le bas, pas vers le haut. Ce n'est pas un argument dans un sens ou dans l'autre : c'est un rappel que la catégorie mesurée est juridique et mouvante.
  3. L'âge et le sexe expliquent moins qu'on ne le croit. Le sexe est le premier prédicteur de la mise en cause — 82 % d'hommes, jusqu'à 96 % pour les violences sexuelles — mais la population étrangère résidente est quasi paritaire (49,7 % d'hommes contre 48,5 % dans l'ensemble) : ce facteur n'absorbe presque rien. L'âge joue dans les deux sens : les étrangers sont surreprésentés chez les 25-54 ans (47,9 % contre ≈ 37 %) mais sous-représentés chez les 13-17 ans (5,6 %), tranche qui borde le pic de délinquance. Aucune étude française ne chiffre la part de l'écart absorbée par la standardisation âge-sexe. Affirmer que « l'âge et le sexe expliquent l'essentiel » n'est pas étayé.
  4. Les infractions à la police des étrangers biaisent le chiffre global, mais pas les ratios par infraction. 78 % des condamnés pour infraction à la police des étrangers sont étrangers, ce qui est tautologique. Cela affecte le total (« 17-18 % de l'ensemble des mis en cause ») mais pas les lignes du tableau ci-dessus : les indicateurs homicides, coups et blessures et vols n'en contiennent aucune. Invoquer ce point pour relativiser le 18 % sur les homicides serait une erreur de raisonnement.
  5. L'exposition au contrôle diffère fortement. Une étude d'observation directe menée à Paris a mesuré que les personnes perçues comme noires ont 6 fois plus de risque d'être contrôlées, et celles perçues comme arabes 7,8 fois. L'enquête du Défenseur des droits mesure que les jeunes hommes perçus comme noirs ou arabes ont une probabilité environ 20 fois plus élevée d'être contrôlés — 80 % déclarent l'avoir été dans les cinq ans, contre 16 % de l'ensemble. Aucun de ces travaux ne convertit toutefois un différentiel de contrôle en une part de l'écart de mise en cause.

Ce que la littérature établit, et ce qu'elle n'établit pas

Les travaux quasi-expérimentaux sont convergents mais ils répondent à une autre question. Le Royaume-Uni (vagues migratoires 1997-2008), l'Italie (régularisation attribuée par ordre d'arrivée, quasi-loterie), la Suisse (ouverture de l'accès au marché du travail) et un panel de 55 pays ne trouvent aucun effet significatif de l'immigration sur le taux de criminalité d'un territoire. Le résultat italien est plus précis et plus intéressant : les immigrés régularisés ont une probabilité d'infraction environ deux fois plus faible que les non-régularisés, l'effet portant surtout sur la délinquance acquisitive. Le canal causal identifié est le statut administratif et l'accès à l'emploi, pas la nationalité.

Mais ces études répondent à « davantage d'immigration fait-elle monter la criminalité d'un territoire ? ». Elles ne répondent pas à « à âge, sexe et milieu social identiques, un étranger a-t-il la même probabilité d'être mis en cause qu'un Français ? »

La réponse française à cette seconde question n'existe pas

Aucune étude française n'estime l'écart résiduel individuel après contrôle de l'âge, du sexe et du statut socio-économique. Ni l'Insee, ni le service statistique du ministère de l'Intérieur, ni les centres de recherche en criminologie. Cet écart résiduel n'est donc, en France, ni établi comme nul, ni établi comme significatif. Toute affirmation dans un sens ou dans l'autre — « tout s'explique par la composition » comme « il reste un effet propre » — est aujourd'hui non étayée par les données publiques françaises.

Ce qu'il faudrait pour trancher est identifiable et techniquement faisable : apparier les fichiers de mis en cause aux données de recensement, fiscales et sociales pour comparer des individus comparables ; restreindre le numérateur aux résidents, ou élargir le dénominateur aux non-résidents ; mesurer le différentiel de contrôle en amont. Les briques existent. L'appariement n'est pas réalisé et les résultats n'existent pas publiquement.

Formulation honnête, donc : la surreprésentation est réelle et son ordre de grandeur est correct. Ce qui n'est pas établi, c'est ce qu'elle mesure — une propension à commettre, ou la combinaison d'une structure démographique et sociale, d'un périmètre statistique incohérent entre numérateur et dénominateur, et d'une exposition différenciée au contrôle. Les données qui permettraient de trancher ne sont pas produites en France, et c'est un choix politique autant que statistique.

SSMSI, données 2022 à 2024 communiquées en réponse aux questions parlementaires n° 9474 (Assemblée nationale) et n° 00829 et 09206 (Sénat) ; Insee Première n° 2076 et fiches Sécurité et société ; Jobard & Lévy pour l'Open Society Justice Initiative (2009) ; Défenseur des droits, enquête sur les relations police-population (2017) ; CEPII ; Institut convergences migrations.

LimitesLa statistique publique française mesure la nationalité au moment des faits, et rien d'autre : ni le pays de naissance, ni l'origine, ni la binationalité. Aucun ratio « immigrés » ou « d'origine étrangère » ne peut donc être calculé — ce chiffre n'existe pas. Les études sur les contrôles mesurent l'apparence perçue, pas la nationalité, et sont anciennes (2007-2008 et 2016) et localisées. La part d'étrangers parmi les mis en cause pour trafic de stupéfiants n'a pas pu être obtenue.

Que se passerait-il si la France réduisait fortement l'immigration ?

Effet sectoriel : les immigrés sont surreprésentés dans la construction, l'aide à la personne et l'hôtellerie-restauration. Un choc d'offre y serait direct.

Effet démographique : avec un solde de +230 000 par an, le déclin démographique serait repoussé à 2053 ; avec +70 000, il commencerait dès 2028. L'écart entre scénarios atteint ±5 millions d'habitants en 2070.

Donnée manquanteAucune étude vérifiée ne chiffre l'impact macroéconomique global (PIB, salaires, inflation sectorielle) d'un tel scénario. Les modèles savent quantifier l'effet mécanique sur la population active ; ils ne savent pas prédire les effets de second ordre — substitution capital-travail, automatisation, hausse des salaires induisant un ajustement de l'offre native.

Mis à jour : 2026-08