21 chapitresChaque chiffre porte sa source et son millésime, parmi 223 références. Voir les sources.
La France a un déficit de biens de 61 Md€ et un solde courant de seulement −9 Md€. Comprendre cet écart de 52 milliards, c'est comprendre l'essentiel du sujet.
Biens — les marchandises. C'est le seul poste dont on parle habituellement.
Services — tourisme, transports, services aux entreprises, services financiers, redevances de propriété intellectuelle.
Revenus primaires — rémunération des travailleurs frontaliers, et surtout revenus d'investissement : dividendes et bénéfices réinvestis des filiales françaises à l'étranger, intérêts perçus.
Revenus secondaires — transferts courants sans contrepartie : contribution nette au budget de l'UE, aide au développement, transferts des travailleurs immigrés vers leur pays d'origine, prestations sociales transfrontalières.
Le solde courant est la somme des quatre. Oui, il inclut le déficit commercial — mais celui-ci n'en est qu'une composante, et en France les trois autres le compensent presque intégralement.
| Md€ | Biens | Services | Rev. primaires | Rev. secondaires | Solde courant |
|---|---|---|---|---|---|
| 2019 | −36,5 | +22,8 | +73,7 | −45,4 | +14,5 |
| 2021 | −65,4 | +40,0 | +80,1 | −47,7 | +6,9 |
| 2022 | −134,9 | +68,1 | +79,7 | −50,6 | −37,7 |
| 2023 | −79,5 | +40,5 | +61,7 | −49,0 | −26,3 |
| 2024 | −61,4 | +50,8 | +49,0 | −47,5 | −9,3 |
| 2025 | −58,0 | +45,4 | +51,0 | −50,0 | −11,6 |
En 2024, le déficit de biens de −61,4 Md€ devient un solde courant de −9,3 Md€. L'écart de 52 milliards vient du surplus des services (+50,8) et surtout du surplus des revenus primaires (+49,0) — qui reflète le très large stock d'investissements français à l'étranger. Les revenus secondaires (−47,5) annulent presque l'un des deux.
Eurostat bop_c6_a, confirmé par la Banque de France (solde courant −11,6 Md€ en 2025, −9,3 Md€ en 2024).
| Poste « voyages », Md€ | Recettes | Dépenses | Solde |
|---|---|---|---|
| 2019 | 56,7 | 45,1 | +11,6 |
| 2020 | 28,5 | 25,2 | +3,4 |
| 2022 | 56,7 | 44,2 | +12,5 |
| 2024 | 71,1 | 55,2 | +15,9 |
| 2025 | 77,5 | 57,4 | +20,1 |
Le tourisme dégage un excédent record de 20,1 Md€ en 2025, le plus haut de la série, avec 77,5 Md€ de recettes. Il représente à lui seul environ 40 % de l'excédent des services et comble un tiers du déficit de biens.
Décomposition complète des services en 2025 (solde, Md€) : voyages +20,1 · services financiers +12,9 · autres services aux entreprises +10,7 · redevances de propriété intellectuelle +3,7 · transports +0,5 · assurance −1,0 · télécoms et informatique −5,4.
Tous les autres postes de la balance des paiements sont définis par la nature de ce qui est échangé : un moteur d'avion est un bien, une prestation de conseil est un service. Le poste « voyages » obéit à une règle différente et unique : il regroupe tout ce qu'un non-résident achète pendant son séjour, quelle que soit la nature de l'achat.
Restaurant, nuit d'hôtel, billet de musée, taxi, location de voiture, courses au supermarché, foulard acheté en boutique : tout est enregistré en exportation de services, y compris le foulard, qui est pourtant physiquement un bien.
Ce qui se passe quand un touriste étranger paie un restaurant en France, précisément :
| Opération | Enregistrement pour la France | Poste |
|---|---|---|
| Un Japonais dîne à Lyon | Exportation de services | Voyages |
| Un Japonais achète un sac dans une boutique parisienne | Exportation de services, pas de biens | Voyages |
| Le même sac expédié par colis au Japon | Exportation de biens | Marchandises |
| Un Japonais prend un vol Air France Tokyo-Paris | Exportation de services | Transports, pas voyages |
| Un Français dîne à Barcelone | Importation de services | Voyages |
| Un touriste étranger se fait rembourser la TVA à l'aéroport | L'exportation reste comptée hors taxe | Voyages |
Deux conséquences qui changent la lecture du tableau ci-dessus.
1. « Recettes » et « dépenses » ne veulent pas dire ce qu'on croit. Les recettes (77,5 Md€ en 2025) sont l'ensemble des dépenses effectuées par des non-résidents en France — pas le chiffre d'affaires du tourisme français, qui inclurait aussi les Français en vacances en France et qui est bien plus élevé. Les dépenses (57,4 Md€) sont ce que les résidents français dépensent à l'étranger. Le solde de +20,1 Md€ est la différence entre les deux.
2. Le tourisme est le premier poste excédentaire du commerce extérieur français. Ses 20,1 Md€ dépassent l'aéronautique (+32,7 Md€ de solde de biens, mais sur un secteur bien plus large) rapportés à leur base, et surtout : il comble à lui seul un tiers du déficit des biens. Un pays qui vend des nuits d'hôtel et des dîners exporte, au sens comptable exactement comme au sens économique — cette activité fait entrer des devises et rémunère du travail localisé en France, non délocalisable.
Eurostat bop_its6_det ; Fonds monétaire international, Manuel de la balance des paiements, 6ᵉ édition, poste « voyages ».
Le même solde commercial français pour 2025 circule sous au moins trois valeurs différentes. Aucune n'est fausse ; elles ne mesurent pas la même chose, et c'est la première chose à établir avant toute discussion.
| Mesure du solde des biens, 2025 | Md€ | Qui la publie, et pourquoi elle diffère |
|---|---|---|
| Douanes, importations valorisées coût-assurance-fret | −88,9 | Le chiffre de la presse. Les importations incluent le fret et l'assurance, qui sont pourtant des services |
| Douanes, tout à bord du navire | −69,2 | Même périmètre, valorisation homogène |
| Insee, révisé en mai 2026 | −64,9 | Même définition que la ligne précédente, millésime plus récent |
| Balance des paiements (Banque de France) | −58,0 | La mesure macroéconomiquement pertinente, celle qui entre dans le solde courant |
Le passage de l'une à l'autre est documenté par la Banque de France. Pour 2024 :
| Étape | Md€ |
|---|---|
| Solde douanier, importations coût-assurance-fret | −100,0 |
| + correction de valorisation des importations (le fret devient un service) | +9,4 |
| + négoce international — marchandises achetées et revendues à l'étranger sans franchir la frontière | +16,8 |
| − soutage et avitaillement des navires et aéronefs | −5,3 |
| = solde de la balance des paiements | −60,0 |
L'écart entre les deux chiffres est de l'ordre de 30 à 40 Md€ par an, et il est presque entièrement méthodologique. Un quatrième mécanisme joue en outre sans être isolé dans ce tableau : le travail à façon — un bien envoyé à l'étranger pour transformation franchit la frontière et est enregistré par la douane, mais ne donne lieu à aucune écriture de bien en balance des paiements, puisqu'il n'y a pas transfert de propriété ; seul le service de transformation est compté.
Règle pratique : utiliser la balance des paiements pour tout raisonnement sur le solde courant et le financement du pays ; utiliser la base douanière pour les ventilations par produit et par partenaire, qui n'existent que là. Ne jamais mélanger les deux dans un même tableau.
Douanes, Analyse annuelle 2025 ; Insee, série 2381430 ; Banque de France, La balance des paiements et la position extérieure de la France, rapports 2024 et 2025.
Bascule historique : excédent cumulé de +378 Md€ entre 1992 et 2005, puis déficit cumulé de −399 Md€ depuis 2006.
| Md€ | Solde énergie | Solde des biens (douanes) | Part de l'énergie |
|---|---|---|---|
| 2019 | −43,3 | −74,7 | 58 % |
| 2021 | −44,5 | −110,3 | 40 % |
| 2022 | −115,6 | −193,1 | 60 % |
| 2023 | −67,9 | −126,8 | 54 % |
| 2024 | −54,8 | −102,6 | 53 % |
| 2025 | −44,2 | −88,9 | 50 % |
L'énergie explique environ la moitié du déficit commercial français, et 60 % au pic de 2022. Deux autres postes structurent le solde : la chimie et la pharmacie sont excédentaires (+16,0 Md€ en 2025), les machines et matériels de transport déficitaires (−27,5 Md€).
Causes de la dégradation : perte de parts de marché à l'export (2,6 % du commerce mondial), déficit structurel automobile, recul de l'excédent agroalimentaire, sensibilité à la facture énergétique.
Eurostat ext_lt_intratrd (base douanière), SITC 3, 5 et 7.
| Secteur, 2025 (base douanière) | Exportations Md€ | Importations Md€ | Solde Md€ |
|---|---|---|---|
| Aéronautique et spatial | 67,9 | 35,2 | +32,7 |
| Matériel militaire | — | — | +6,7 |
| Pharmacie | 41,0 | 38,4 | +2,6 |
| Agroalimentaire | 64,9 | 64,4 | +0,5 |
| Chimie | 48,3 | 47,9 | +0,4 |
| Produits agricoles | 19,3 | 19,7 | −0,4 |
| Textile, habillement, cuir | 39,1 | 45,4 | −6,3 |
| Machines et équipements | 46,9 | 53,7 | −6,8 |
| Métallurgie et produits métalliques | 40,3 | 51,9 | −11,6 |
| Automobile | 51,0 | 70,9 | −19,9 |
| Informatique, électronique, optique | 34,6 | 55,6 | −21,0 |
| Énergie | — | — | −44,2 |
| dont électricité | — | — | +5,4 (record) |
La structure est nette : la France exporte des avions, des armes, du luxe et des médicaments, et importe de l'énergie, de l'électronique et des voitures. Deux évolutions méritent d'être signalées.
L'automobile est passée d'excédentaire à déficitaire en 2008, et le déficit atteint aujourd'hui −19,9 Md€. La cause est documentée par l'Insee et n'est pas d'abord un problème de compétitivité-prix : c'est l'internationalisation de la production. Les groupes automobiles français réalisent davantage de chiffre d'affaires hors de France qu'en France ; la production à l'étranger se substitue aux exportations et alimente des réimportations. La part de la production automobile française en Europe a été divisée par deux, de 13,1 % en 2000 à 6,7 % en 2016, pendant que la production d'Europe centrale triplait.
L'agroalimentaire n'est presque plus excédentaire. Agriculture et industrie agroalimentaire consolidées tombent à +0,2 Md€ en 2025, un point bas historique, après une dégradation de 4 Md€ en un an. L'affirmation courante « la France est un grand exportateur agricole » n'est plus vraie au niveau du solde.
Et l'amélioration de 2025 est entièrement énergétique. Le solde des biens s'améliore de 11,6 Md€, mais la facture énergétique baisse de 11,2 Md€ : hors énergie et matériel militaire, le solde s'est en réalité dégradé de 3,1 Md€.
| Part de la France dans les exportations mondiales de marchandises | % |
|---|---|
| 2000 | 5,1 |
| 2015 | 3,1 |
| 2025 | 2,6 |
| Pour comparaison 2025 : Chine 14,4 · États-Unis 8,3 · Allemagne 6,7 |
La décomposition de l'Insee sur 2000-2015 attribue la perte à quatre facteurs, par ordre d'importance : la montée mécanique des économies émergentes explique 60 à 70 % du recul ; les coûts salariaux relatifs pèsent −12 points sur le marché européen entre 2000 et 2010, puis +1 point depuis 2010 grâce au crédit d'impôt compétitivité emploi ; le taux de change de l'euro pèse −8 points puis +9 ; la spécialisation sectorielle explique les deux tiers de la perte propre, l'automobile, les machines et les équipements mécaniques à eux seuls. Le modèle rend bien compte de la dégradation jusqu'en 2010, mais pas de la dégradation extra-européenne postérieure — le résidu est attribué à la compétitivité hors-prix, sans être mesuré.
Un point structurel souvent cité : la France compte 154 300 opérateurs exportateurs en 2025 (+23 % en dix ans), mais les 100 premiers réalisent 40 % des exportations et les 1 000 premiers 72 %. Les PME et microentreprises représentent 96 % des exportateurs et 11 % des valeurs exportées.
Douanes, Analyse annuelle 2025 et Les opérateurs du commerce extérieur 2025 ; DG Trésor ; Insee Première n° 1783 et étude sur les parts de marché à l'exportation ; OMC.
| Partenaire, 2025 | Exportations | Importations | Solde |
|---|---|---|---|
| Pays-Bas | 23,8 | 62,8 | −39,0 |
| Allemagne | 80,2 | 108,1 | −27,9 |
| Chine | 23,5 | 46,0 | −22,5 |
| Belgique | 45,2 | 64,1 | −18,9 |
| Italie | 47,9 | 58,2 | −10,3 |
| Espagne | 45,2 | 52,7 | −7,5 |
| États-Unis | 46,7 | 47,9 | −1,2 |
| Royaume-Uni | 38,2 | 24,9 | +13,4 |
| Reste du monde | 255,4 | 235,4 | +20,0 |
| Monde | 606,0 | 700,0 | −94,0 |
Direction générale des douanes et droits indirects, statistiques du commerce extérieur, données 2025 ; Eurostat ext_lt_maineu pour le recoupement. Périmètre : biens uniquement, données CAF-FAB. Les soldes bilatéraux de biens sont sensibles à l'effet Rotterdam, traité dans la fiche suivante.
Le résultat le plus contre-intuitif de ce thème : la totalité du déficit commercial français vient du commerce intra-UE. Solde avec l'UE-27 en 2025 : −113,4 Md€. Solde avec le reste du monde : +19,4 Md€. La France est excédentaire hors Europe.
| Solde extra-UE, Md€ | 2019 | 2022 | 2024 | 2025 |
|---|---|---|---|---|
| Chine | −165,0 | −397,8 | −317,9 | −371,9 |
| États-Unis | +149,4 | +150,7 | +198,2 | +198,0 |
| Royaume-Uni | +126,0 | +112,4 | +178,8 | +185,7 |
| Reste du monde | — | — | +74,1 | +102,4 |
| Total extra-UE | +191,7 | −432,0 | +133,1 | +114,2 |
L'Union est globalement excédentaire (+114 Md€ en 2025), mais cet excédent recouvre deux situations opposées : un déficit chinois massif et qui se creuse à nouveau (−372 Md€ en 2025, contre −300 en 2023) et un excédent américain stable et élevé (+198 Md€). Le choc de 2022 (−432 Md€) était énergétique.
L'excédent de 198 Md€ avec les États-Unis ne porte que sur les biens. Les États-Unis sont massivement excédentaires vis-à-vis de l'Union en services — numérique, propriété intellectuelle, redevances, finance. Une fois les deux additionnés :
| Échanges UE — États-Unis, 2025 | Md€ |
|---|---|
| Exportations UE de biens vers les États-Unis | 554,5 |
| Importations UE de biens | 356,7 |
| = solde des biens | +197,9 |
| Solde des services (déficit européen) | −178 |
| = solde global biens et services | +20 |
C'est le point le plus important de ce bloc. L'excédent européen brandi dans le débat commercial — 198 Md€ — tombe à +20 Md€ une fois les services intégrés. Rapporté à un PIB européen de 18 800 Md€, le déséquilibre bilatéral réel représente 0,1 % du PIB. Il est, économiquement, proche de zéro.
| Exposition européenne aux États-Unis | Valeur |
|---|---|
| Part des exportations UE de biens allant aux États-Unis | 21,0 % |
| Exportations de biens vers les États-Unis / PIB de l'UE | ≈ 3,0 % |
| Exportations de biens et services / PIB de l'UE | ≈ 4,8 % |
L'accord-cadre de 2025 fixe un plafond tarifaire « tout compris » de 15 % sur la plupart des secteurs — automobile, semi-conducteurs, produits pharmaceutiques, bois — les États-Unis appliquant le plus élevé de leur taux de droit commun ou de 15 %. L'acier et l'aluminium restent hors du plafond, jusqu'à 50 %, avec un engagement de réduction à 15 % avant fin 2026. À l'inverse, un régime à taux nul ou quasi nul s'applique aux ressources non disponibles, aux aéronefs et pièces d'aéronefs, aux médicaments génériques et aux précurseurs chimiques — une exemption très favorable à la France, dont l'aéronautique est le premier poste excédentaire. En contrepartie, l'Union a annoncé 750 Md$ d'achats énergétiques d'ici 2028 et 600 Md$ d'investissements européens aux États-Unis.
Le taux tarifaire effectif moyen supporté par les exportations européennes est estimé par la Banque centrale européenne à 12 à 13 % selon les millésimes, contre 10,2 % en juin 2025. Impact estimé : −0,7 point de PIB cumulé sur 2025-2027 pour la zone euro selon la BCE, environ −0,5 point sur 2026-2027 selon le Fonds monétaire international, avec un effet sur l'inflation jugé négligeable.
En conclusion, et le point mérite d'être posé nettement : l'Europe aurait beaucoup à perdre à une fermeture du marché américain, et les États-Unis nettement moins. Les États-Unis absorbent 21 % des exportations européennes de biens, soit près de 5 % du PIB européen une fois les services inclus. Le déséquilibre bilatéral qui sert de justification aux droits de douane est, lui, de 0,1 % du PIB européen une fois les services comptés. L'argument commercial américain repose donc sur une mesure — le seul solde des biens — qui ignore précisément le poste où les États-Unis sont dominants.
Eurostat ext_lt_maineu, extraction août 2026 ; Conseil de l'Union européenne, EU-US trade: facts and figures ; déclaration conjointe UE–États-Unis du 21 août 2025 ; projections de la BCE, septembre et décembre 2025 ; FMI, octobre 2025.
La question revient systématiquement en lisant le tableau sectoriel : le luxe n'y apparaît nulle part. La raison est simple et elle est décisive pour lire toute statistique de commerce extérieur.
Il n'existe ni dans la nomenclature douanière, ni dans la nomenclature d'activités. Il est éclaté entre quatre secteurs, et à l'intérieur de chacun, rien ne sépare le haut de gamme du reste : le poste « habillement » mélange la haute couture et le t-shirt d'entrée de gamme, le poste « joaillerie » mélange la haute joaillerie et la bijouterie fantaisie.
| Famille | Poste où elle se loge | Exportations 2024 | Solde |
|---|---|---|---|
| Parfums et cosmétiques | Chimie | 24,9 Md€ | +17,3 Md€ |
| Vins et spiritueux | Agroalimentaire | 15,6 Md€ | +14,3 Md€ |
| Maroquinerie, cuir, chaussures | Textile-cuir | 19,2 Md€ | +5,5 Md€ |
| Horlogerie-bijouterie | « Autres produits industriels » | 9,0 Md€ | +1,4 Md€ |
| Habillement haut de gamme | Textile | non isolable | — |
Le résultat le plus parlant : le bloc textile-habillement-cuir-chaussures, qui contient les maisons les plus exportatrices du pays, affiche un déficit de −6,3 Md€. Les parfums et cosmétiques, eux, sont le deuxième contributeur à la balance commerciale française, derrière l'aéronautique et devant les vins et spiritueux — mais ils apparaissent dans la ligne « chimie ».
La seule source publiant un agrégat « luxe » — un institut privé, aucune institution publique ne le fait — donne 50,6 Md€ d'exportations et 22,5 Md€ d'excédent pour 2023, sur un périmètre parfums, cuir et joaillerie, hors vins et spiritueux. Les 50-60 Md€ correspondent donc à l'ordre de grandeur des exportations, pas de l'excédent. En ajoutant l'excédent des vins et spiritueux, on obtiendrait environ 37 Md€ — reconstitution de notre part, non publiée telle quelle.
| Groupe | Ancrage productif en France |
|---|---|
| Hermès | 63 sites en France, 16 349 salariés français sur 26 494 (62 %), 10 % des ventes en France. Production française, ventes mondiales — génère de vraies exportations françaises |
| L'Oréal | 11 usines, 7 centres de recherche, 15 500 salariés ; un quart de la production mondiale réalisé en France |
| LVMH | 215 000 salariés dont environ 40 000 en France (19 %) ; Louis Vuitton a 28 ateliers, dont 4 en Espagne, 3 aux États-Unis, 2 en Italie |
| Kering | Activités italiennes : 57 % du chiffre d'affaires consolidé, 10,5 Md€ exportés depuis l'Italie, 13 500 salariés sur 49 sites italiens |
Un sac vendu à Tokyo mais fabriqué en Toscane par une maison Kering est une exportation italienne. Le contraste entre Hermès, qui produit très majoritairement en France, et Kering, dont la majorité du chiffre d'affaires est d'origine italienne, montre que « groupe français de luxe » et « exportateur français » ne se recouvrent pas.
Douanes, analyses annuelles 2024 et 2025 ; Fédération des entreprises de la beauté ; Fédération des exportateurs de vins et spiritueux ; Alliance France Cuir ; La Fabrique de l'industrie (organisme privé) ; rapports annuels des groupes.
La question est bonne et la réponse honnête est : on ne sait pas, et personne ne le sait en France. Voici ce qui est établi, et ce qui ne l'est pas.
Les statistiques du commerce extérieur appliquent deux règles différentes selon l'origine de la marchandise : les importations extra-européennes sont enregistrées au pays d'origine ; les arrivées intra-européennes le sont au pays de provenance.
Une marchandise chinoise dédouanée à Rotterdam puis expédiée en France sort donc du champ « importation depuis la Chine » et devient une « arrivée en provenance des Pays-Bas ». Le déficit avec la Chine est mécaniquement minoré, ceux avec les Pays-Bas et la Belgique majorés. Eurostat documente explicitement le phénomène sous ce nom.
Un second biais joue dans le même sens : depuis 2003, les importations de gaz naturel sont comptabilisées en pays de provenance et non en pays d'origine.
| Solde bilatéral des biens, France | 2024 | 2025 |
|---|---|---|
| Chine | −47,0 Md€ | −50,0 Md€ — 1ᵉʳ déficit |
| Allemagne | −8,7 Md€ | ≈ −5,7 Md€ |
| États-Unis | ≈ −5 Md€ | −7,4 Md€ |
| Italie | — | −5,8 Md€ |
| Pays-Bas | — | −5,4 Md€ |
| Belgique | −7,2 Md€ | +0,3 Md€ |
| Espagne | −3,3 Md€ | ≈ −0,1 Md€ |
| Royaume-Uni | +10,9 Md€ | ≈ +13,7 Md€ |
La conséquence dépasse le seul solde chinois, et elle contredit l’une des affirmations les plus reprises de ce chapitre : celle selon laquelle la totalité du déficit français viendrait du commerce à l’intérieur de l’Europe.
| Solde des biens, 2025 | Chiffre brut | Après réaffectation |
|---|---|---|
| Chine | −22,5 Md€ | ≈ −50 Md€ |
| Pays-Bas | −39,0 Md€ | ≈ −5,4 Md€ |
| Belgique | −18,9 Md€ | ≈ +0,3 Md€ |
| Solde avec l’UE-27 | −113,4 Md€ | ≈ −60 Md€ |
| Solde avec le reste du monde | +19,4 Md€ | ≈ −33 Md€ |
| Premier déficit bilatéral | Pays-Bas | Chine |
Douanes françaises et Eurostat Comext, soldes bilatéraux de biens 2024 et 2025. La réestimation de l'effet Rotterdam est notre calcul, fondé sur la réaffectation au pays d'origine réel des flux transitant par les grands ports néerlandais et belges : c'est une estimation encadrée, pas une mesure, et son ordre de grandeur dépend de la clé de réaffectation retenue.
Les trois premières lignes reprennent la réestimation de la fiche. Les deux dernières en tirent la conséquence, et elles reposent sur une hypothèse qu’il faut énoncer : les quelque 53 Md€ de déficit retirés aux Pays-Bas et à la Belgique correspondent, pour l’essentiel, à des marchandises d’origine extra-européenne — ce qui est le mécanisme même de l’effet Rotterdam, mais dont aucune clé publiée ne donne la répartition exacte.
Sous cette hypothèse, le déficit avec l’Union tomberait d’environ 113 à 60 Md€, et l’excédent de 19 Md€ avec le reste du monde deviendrait un déficit d’une trentaine de milliards. Les ordres de grandeur sont robustes ; les valeurs ne le sont pas. Rappel de la fiche : ni les douanes, ni Eurostat, ni la Banque de France ne publient la ventilation des importations françaises venues des Pays-Bas et de Belgique par pays d’origine ultime. Les deux colonnes ne viennent pas exactement de la même source et ne doivent pas être soustraites ligne à ligne au milliard près.
Une fois les services intégrés — la France est excédentaire de 6,2 Md€ avec la Chine —, le déséquilibre réel s’établit autour de −44 Md€. C’est, de tout ce chapitre, le seul déséquilibre bilatéral qui résiste à la fois à l’intégration des services et à la correction du transit portuaire : celui avec les États-Unis change de signe, celui avec les Pays-Bas et la Belgique s’évapore, celui avec l’Allemagne se réduit des trois quarts.
Douanes françaises et Eurostat Comext, soldes bilatéraux de biens 2024 et 2025. La réestimation de l'effet Rotterdam est notre calcul, fondé sur la réaffectation au pays d'origine réel des flux transitant par les grands ports néerlandais et belges : c'est une estimation encadrée, pas une mesure, et son ordre de grandeur dépend de la clé de réaffectation retenue.
Les Douanes n'ont publié qu'une seule mesure de ce phénomène, et elle porte sur le Mercosur : 19 % des importations françaises originaires du Mercosur ont été dédouanées dans un autre État membre avant d'arriver en France en 2025 — et jusqu'à 44 % pour les produits d'origine animale.
C'est le premier ordre de grandeur français documenté : pour une origine extra-européenne donnée, environ un cinquième des importations françaises entre par un autre État membre.
Il faudrait la ventilation des importations françaises en provenance des Pays-Bas et de Belgique par pays d'origine ultime. Ni les Douanes, ni Eurostat, ni la Banque de France ne la publient pour la France. Aucun travail du Centre d'études prospectives et d'informations internationales, de la Banque de France ou de la direction générale du Trésor n'a été identifié qui mesure l'effet Rotterdam pour la France.
Transposer le taux Mercosur de 19 % à la Chine serait une invention : les circuits logistiques ne sont pas comparables. Ce qui est certain, c'est le sens du biais ; son ampleur est inconnue. Point de comparaison utile : aux Pays-Bas, 49,7 % des exportations de biens sont des ré-exportations — 331 Md€ sur 666 Md€ — et le quasi-transit s'y ajoute encore, sans être chiffré.
Un phénomène connexe amplifie le problème depuis 2025 : la réorientation des exportations chinoises via l'Asie du Sud-Est (+22 % vers le Vietnam, +20 % vers la Thaïlande, importations françaises depuis le Vietnam +14 %). Celui-là relève des règles d'origine, pas de l'effet Rotterdam, mais joue dans le même sens.
Ne regarder que les biens fausse la lecture, et cela vaut d'abord pour les deux partenaires où la France est la plus excédentaire en services.
| France, 2024 | Solde des biens | Solde des services | Total indicatif |
|---|---|---|---|
| États-Unis | ≈ −5 Md€ | +17,2 Md€ | ≈ +12 Md€ |
| Royaume-Uni | +10,9 Md€ | +8,8 Md€ | ≈ +19,7 Md€ |
| Belgique | −7,2 Md€ | +8,8 Md€ | ≈ +1,6 Md€ |
| Suisse | — | +5,4 Md€ | — |
| Chine | −47,0 Md€ | +6,2 Md€ | ≈ −40,8 Md€ |
| Allemagne | −8,7 Md€ | +2,7 Md€ | ≈ −6,0 Md€ |
| Pays-Bas | −5,4 Md€ (2025) | +2,2 Md€ | ≈ −3,2 Md€ |
| Italie | −5,8 Md€ (2025) | +0,1 Md€ | ≈ −5,8 Md€ |
| Espagne | −3,3 Md€ | −1,9 Md€ | ≈ −5,2 Md€ |
Le résultat qui compte : la relation avec les États-Unis change de signe. Un déficit de biens de 5 à 7 Md€ devient un excédent global d'environ 12 Md€ une fois les services intégrés. Les États-Unis et le Royaume-Uni sont, de loin, les deux premières sources d'excédent français en services — et tous deux sont donc déficitaires vis-à-vis de la France sur ce poste.
Avec la Chine, en revanche, les services ne changent presque rien : ils réduisent le déficit de 47 à 41 Md€, il reste massif. C'est le seul déséquilibre bilatéral français qui résiste à l'intégration des services.
Pour mémoire, le solde français des services s'élève à +48,9 Md€ en 2024, dont +16,3 Md€ de services financiers — un record — et +15,8 Md€ de tourisme, le plus haut depuis 2013.
Eurostat bop_its6_det (services, base balance des paiements, requêtes filtrées partenaire par partenaire) ; Douanes et direction générale du Trésor (biens, base douanière).
Opération par laquelle un investisseur acquiert au moins 10 % du capital ou des droits de vote d'une entreprise résidente d'une autre économie. En deçà de ce seuil, la participation relève de l'investissement de portefeuille — un placement financier sans intention d'influence sur la gestion. Trois composantes : capitaux propres, bénéfices réinvestis, prêts intragroupe.
Une précision qui manque souvent : les chiffres de 1 499 et 931 Md€ sont en valeur comptable. En valeur de marché, les mêmes stocks valent 1 991 et 1 180 Md€, et la position nette passe de +568 à +811 Md€. Citer l'un ou l'autre sans le préciser change le résultat de plus de 40 %.
| Stock d'investissements directs, fin 2024 | Français à l'étranger | Étrangers en France |
|---|---|---|
| États-Unis | 240,2 Md€ | 57,9 Md€ |
| Royaume-Uni | 148,4 Md€ | 103,7 Md€ |
| Belgique | 126,4 Md€ | 66,0 Md€ |
| Italie | 86,6 Md€ (3ᵉ investisseur en Italie) | 23,9 Md€ |
| Chine | 33,7 Md€ | 3,7 Md€ |
| Pays-Bas | non publié | 128,3 Md€ — 2ᵉ investisseur en France |
Ce classement doit être lu avec une réserve majeure. Les Pays-Bas apparaissent comme deuxième investisseur en France, devant l'Allemagne et le Royaume-Uni. Cela ne reflète pas une activité économique néerlandaise de cette ampleur : c'est la concentration aux Pays-Bas et au Luxembourg de holdings servant à structurer des investissements dont l'investisseur ultime est ailleurs. La Banque de France publie d'ailleurs une statistique par « investisseur ultime » : en 2020, les États-Unis y pesaient 132 Md€, alors que le classement par première contrepartie était dominé par le Luxembourg et la Suisse. La même réserve vaut symétriquement pour le stock français à l'étranger.
L'excédent des revenus d'investissements directs atteint +75,8 Md€ en 2024, dont 74,7 Md€ de revenus de capitaux propres. Un fait notable : sur ces 74,7 Md€, 73,8 Md€ sont des dividendes distribués et seulement 0,9 Md€ des bénéfices réinvestis — les groupes ont massivement remonté leurs résultats plutôt que de les réinvestir dans leurs filiales.
| 2023 | Groupes français à l'étranger | Groupes étrangers en France |
|---|---|---|
| Salariés | 7,0 millions — 56 % de leurs effectifs | 2,3 millions — 13 % de l'emploi marchand |
| Entreprises concernées | 6 800 groupes, 55 200 filiales dans 190 pays | 19 100 entreprises, 1 % du total |
| Chiffre d'affaires | 1 708 Md€ — 50 % du consolidé | 21 % du chiffre d'affaires français |
| Part de la valeur ajoutée française | — | 17 % |
Premiers pays d'implantation des groupes français, en effectifs : États-Unis 775 000, Inde 572 000, Allemagne 472 000, Brésil 449 000, Espagne 418 000, Royaume-Uni 402 000, Chine 346 000. Spécialisations : l'industrie surtout aux États-Unis, les services surtout en Inde, le commerce surtout au Brésil. À l'inverse, les groupes étrangers en France emploient 523 400 personnes pour les américains, 333 500 pour les allemands, 263 400 pour les suisses.
Le rapport est de 1 à 3 : sept millions d'emplois contrôlés à l'étranger par des groupes français, contre 2,3 millions d'emplois contrôlés en France par des groupes étrangers.
Banque de France, La balance des paiements et la position extérieure de la France 2024 ; fiches pays de la direction générale du Trésor ; Insee Focus n° 367 et 368 (enquêtes sur les filiales de groupes français à l'étranger et les filiales étrangères en France, 2023).
| Md€ | 2021 | 2022 | 2023 | 2024 |
|---|---|---|---|---|
| IDE français à l'étranger (flux) | 45,4 | 68,1 | 82,8 | 15 |
| IDE étrangers en France (flux) | 27,6 | 78,1 | 34,9 | 25 |
| Stock français à l'étranger | 1 382 | 1 443 | 1 477 | 1 499 |
| Stock étranger en France | 836 | 902 | 928 | 931 |
| Position nette | +547 | +541 | +550 | +568 |
C'est ce stock net de +568 Md€ qui alimente l'excédent des revenus primaires (+49 Md€ en 2024) et permet au solde courant d'être bien meilleur que le solde commercial.
| % du PIB | 2019 | 2022 | 2024 | 2025 |
|---|---|---|---|---|
| France | −28,2 | −27,4 | −24,0 | −29,6 |
| Allemagne | +58,7 | +70,0 | +80,2 | +82,3 |
| Italie | −3,1 | +5,5 | +14,9 | +15,4 |
| Espagne | −72,0 | −56,2 | −41,0 | −44,7 |
La France est le seul des quatre à se dégrader. L'Italie est passée de débitrice à créditrice nette en 2021, l'Espagne a réduit son passif de moitié depuis 2020, l'Allemagne accumule (+82 % du PIB). La position française atteint −885 Md€ en 2025.
Les non-résidents détiennent 1 639 Md€ de titres de dette publique fin 2025, soit 52,9 % des titres de dette et environ 47 % de la dette Maastricht totale. Sur le périmètre plus étroit de la dette négociable de l'État, l'Agence France Trésor donne 55,4 % au deuxième trimestre 2025.
| Détenteurs de la dette négociable de l'État, T2 2025 | Part |
|---|---|
| Non-résidents | 55,4 % |
| Autres détenteurs français (fonds, particuliers, institutions) | 23,1 % |
| Banques françaises | 10,3 % |
| Assureurs français | 9,8 % |
| Fonds français | 1,7 % |
Historique : environ 29 % en 1996, un pic de 66 à 70 % en 2009-2010, un creux à 47,5 % fin 2021, puis remontée à 55 %. La Banque de France détient par ailleurs environ 630 Md€ de titres publics français, soit près de 20 % de la dette Maastricht : hors Banque de France, la part détenue par les non-résidents monte à environ 66 %.
C'est ici qu'il faut être franc sur ce qu'on sait et ce qu'on ne sait pas. La ventilation par zone, fin 2023 : France 48 %, reste de la zone euro 25 %, reste du monde 27 %. La ventilation par pays déclarant, issue de l'enquête coordonnée du Fonds monétaire international :
| Pays déclarant, 2023 | Part de la dette publique française |
|---|---|
| Allemagne | 7 % |
| Luxembourg | 7 % |
| Irlande | 5 % |
| États-Unis | 4 % |
| Japon | 4 % |
| Part de la dette publique détenue par des non-résidents | % | Année |
|---|---|---|
| Autriche | 67 | 2024 |
| Belgique | 62 | 2024 |
| France | 53 à 55 | 2024-2025 |
| Allemagne | 47 | 2024 |
| Espagne | 42 | 2023 |
| Royaume-Uni | 32 | 2023 |
| Moyenne des économies avancées du G20 | 30 | 2024 |
| Italie | 27 | 2023 |
| États-Unis | 23 | 2023 |
| Japon | 13 | 2024 |
La France a le taux le plus élevé du G7, et c'est le cas depuis 2010. Deux lectures opposées et toutes deux valides. Signe de liquidité : une base d'investisseurs internationale large est la contrepartie d'un marché profond, permet d'émettre de gros volumes sans saturer l'épargne domestique et abaisse le coût de financement. Mécaniquement, un pays en déficit courant et à position extérieure négative doit recourir à l'épargne étrangère : les deux faits sont les deux faces d'une même pièce. Facteur de vulnérabilité : les non-résidents sont les détenteurs les plus mobiles — aucune obligation prudentielle ne les contraint à détenir de la dette française, contrairement aux assureurs français soumis à Solvabilité II ou aux banques françaises soumises aux ratios de liquidité. Une dégradation budgétaire ou de notation peut donc déclencher des sorties rapides.
Eurostat bop_fdi6_flow, bop_fdi6_pos, tipsii10, bop_iip6_q ; Banque de France.
Mis à jour : 2026-08