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La France ne travaille pas moins par semaine que ses voisins. Elle travaille moins d'années, aux deux bouts de la carrière.
| Indicateur | Valeur | Source |
|---|---|---|
| Cotisants par retraité, 1960 | ≈ 4,0 | COR |
| Cotisants par retraité, 1965 | 4,3 | COR |
| Cotisants par retraité, tous régimes, 2020 | 2,05 | COR, rapport 2026 |
| — dont régime général | 2,25 | COR, rapport 2026 |
| — dont fonction publique d'État | 1,29 | COR, rapport 2026 |
| Rapport démographique (20-64 ans / 65 ans et +), 2009 | 3,60 | COR |
| Rapport démographique, 2025 | 2,50 | COR, rapport 2026 |
| Rapport démographique projeté, 2070 | 1,62 | COR, rapport 2026 |
Conseil d'orientation des retraites, rapport annuel 2026 et édition 2025, séries longues du rapport démographique et du rapport cotisants / retraités. Les deux ratios ne se confondent pas : le rapport démographique porte sur des classes d'âge, le rapport cotisants / retraités sur des situations effectives.
Le durcissement de la projection 2070 — de 1,76 dans le rapport 2025 à 1,62 dans celui de 2026 — vient uniquement de la révision des hypothèses démographiques de l'Insee (fécondité ramenée à 1,45).
Âge moyen conjoncturel de départ : 62 ans et 9 mois fin 2023, 63,1 ans en 2025 selon le COR, projeté à 64,6 ans en 2070. Écarts entre régimes considérables : 63 ans 6 mois au régime général contre 56 à 60 ans dans les régimes spéciaux.
L'espérance de vie à 65 ans atteignait 21,5 ans en 2021 (23,4 pour les femmes, 19,3 pour les hommes). Combinée à un départ encore relativement précoce, elle place la durée de retraite française parmi les plus longues d'Europe, autour de 22 à 25 ans.
C'est une question de dénominateur, et elle mérite d'être posée explicitement parce que le tableau paraît incohérent au premier regard. L'Allemagne dépense 427 Md€ pour ses retraites et la France 392 Md€ — 9 % d'écart. Mais le PIB allemand est de 4 329 Md€ contre 2 935 Md€ pour le français, soit 47,5 % d'écart. Deux montants proches rapportés à deux dénominateurs très différents donnent mécaniquement 9,9 % contre 13,4 %. Vérification : 427 228 ÷ 4 328 970 = 9,87 % ; 391 954 ÷ 2 935 236 = 13,35 %. Les deux chiffres sont exacts et se recoupent avec les taux publiés par Eurostat.
| 2024 | PIB, Md€ | Vieillesse, Md€ | % du PIB | + survie, Md€ | Total, % PIB | Pop. 65 ans et + | € / personne de 65 ans et + |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Italie | 2 202 | 306,4 | 13,9 | 359,6 | 16,3 | 14,36 M | 25 046 |
| France | 2 935 | 392,0 | 13,4 | 432,6 | 14,7 | 14,78 M | 29 272 |
| Suède | 564 | 61,4 | 10,9 | 62,1 | 11,0 | 2,17 M | 28 542 |
| Espagne | 1 594 | 165,1 | 10,4 | 200,5 | 12,6 | 9,93 M | 20 192 |
| Allemagne | 4 329 | 427,2 | 9,9 | 508,1 | 11,7 | 18,71 M | 27 157 |
| Pays-Bas | 1 115 | 68,8 | 6,2 | 69,3 | 6,2 | 3,68 M | 18 841 |
| UE-27 | 18 043 | 1 928,4 | 10,7 | 2 191,0 | 12,1 | 97,11 M | 22 562 |
Un point souvent affirmé et qui se révèle faux : la France ne verse pas particulièrement beaucoup de pensions de réversion. Elles pèsent 1,38 % du PIB en France, contre 1,46 % pour la moyenne UE-27, 1,87 % en Allemagne, 2,42 % en Italie et 2,22 % en Espagne. Une fois la survie ajoutée, l'écart France/Allemagne se resserre : 3,0 points de PIB au lieu de 3,5.
Et la générosité par tête est bien moins spectaculaire que l'écart en % du PIB. Rapportée au nombre de personnes de 65 ans et plus, la dépense française dépasse l'allemande de +7,8 % seulement (29 272 € contre 27 157 €), alors qu'elle la dépasse de +25 % en points de PIB. L'essentiel de l'écart tient donc au dénominateur PIB — c'est-à-dire à la richesse produite par habitant — et non à des pensions beaucoup plus généreuses.
Taux de remplacement agrégé (rapport de la pension médiane des 65-74 ans au revenu d'activité médian des 50-59 ans, Eurostat 2024) : Espagne 0,81, Italie 0,79, France 0,61, UE-27 0,60, Suède 0,59, Pays-Bas 0,57, Allemagne 0,49.
Deux lectures, donc. En part du PIB, la France est deuxième derrière l'Italie et 2,7 points au-dessus de la moyenne UE. En montant par personne âgée, elle est première du panel, 30 % au-dessus de la moyenne européenne et 8 % au-dessus de l'Allemagne. La générosité est réelle, mais l'ordre de grandeur de l'écart change du simple au triple selon la mesure retenue.
Sur le périmètre plus large des pensions tous régimes (ESSPROS, 2022) : France 14,81 % du PIB, Italie 15,48 %, Espagne 12,98 %, Allemagne 11,58 %, Suède 10,74 %, Pays-Bas 10,56 %, moyenne UE 12,21 %.
Selon le COR (rapport 2026) : dépenses de 422 Md€ en 2025, soit 14,1 % du PIB et 24,3 % de la dépense publique totale. Solde −5,1 Md€ en 2025, −6,8 Md€ prévus en 2030, et une trajectoire qui se dégrade nettement à long terme (−2,4 % du PIB en 2070).
Eurostat gov_10a_exp (COFOG 10.2) et spr_exp_pens ; COR, rapport annuel 2026. La dépense par personne de 65 ans et plus est un calcul dérivé.
En 2022, le niveau de vie médian des retraités et celui de l'ensemble de la population sont identiques : 2 030 € par mois. Le paradoxe apparent — pensions individuellement inférieures aux salaires, niveau de vie équivalent — s'explique par la structure des ménages : les retraités ont moins d'enfants à charge.
En intégrant l'avantage d'être propriétaire (70 % le sont), leur niveau de vie médian était 9,5 % supérieur à celui de l'ensemble en 2019. En comparaison OCDE, le revenu moyen des retraités français atteint 94 % du revenu moyen contre 87 % en moyenne OCDE, et la pauvreté des 65 ans et plus y est très faible (≈6 % contre 15 %).
Signal à surveiller : le COR projette une érosion du niveau de vie relatif des retraités, de 100,2 % en 2023 à 90,3 % en 2070. Entre 2021 et 2022, il a déjà reculé alors que celui du reste de la population progressait.
DREES, fiche 9 (2025) ; COR, rapport 2026.
Ordre de grandeur : chaque année d'âge légal vaut environ 10 à 15 Md€ par an à horizon 2030. Un retour de 64 à 63 ans coûterait donc 12-15 Md€/an, à 62 ans environ 25-30 Md€/an. Le passage de 62 à 60 ans est chiffré entre 20 et 41 Md€ par an, en cumulant les pensions versées plus tôt et la perte de cotisations liée aux carrières écourtées.
Fondation IFRAP (organisme non neutre, libéral), à partir de données COR/DREES/Insee et de simulations CNAV pour le Sénat.
Le COR identifie quatre leviers : modération des pensions, hausse des cotisations salariés, hausse des cotisations employeurs, recul de l'âge — en précisant que les trois premiers sont « récessifs » alors que le quatrième accroît l'offre de travail.
Ordres de grandeur : le gel des seules pensions de base rapporterait environ 5,7 Md€/an, étendu aux complémentaires 7,6 Md€/an, avec les minima sociaux environ 10 Md€/an. Levier structurel le plus important : le taux d'emploi des 55-64 ans, à 60,3 % en France contre 75,0 % en Allemagne.
Le résultat dépend entièrement du dénominateur choisi — et les trois mesures donnent trois réponses opposées.
| Mesure (2024) | France | Allemagne | Moyenne UE |
|---|---|---|---|
| Salariés à temps plein | 1 664 h | 1 785 h | 1 784 h |
| Ensemble des personnes en emploi | 1 509 h | 1 334 h | 1 610 h |
| Rapporté aux 15-64 ans | 1 094 h | 1 164 h | 1 233 h |
« Ensemble des personnes en emploi » — la définition du Bureau international du travail : toute personne d'au moins 15 ans qui a travaillé au moins une heure durant la semaine de référence contre rémunération, ou qui, ayant un emploi, en était temporairement absente (congés, maladie, chômage partiel). Le critère est extraordinairement bas : un salarié à 2 h par semaine et un cadre à 45 h comptent identiquement. Indépendants inclus. Un taux d'emploi ne mesure donc jamais un volume de travail — d'où la nécessité de la troisième ligne.
« Rapporté aux 15-64 ans » — le dénominateur est la population résidente de 15 à 64 ans, sans aucune condition d'activité : étudiants, personnes au foyer, préretraités, personnes en incapacité, chômeurs, tout le monde y figure. C'est ce qui distingue le taux d'emploi du taux de chômage (chômeurs rapportés aux seuls actifs) et du taux d'activité.
Le sens de l'écart est l'inverse de ce qu'on croit souvent. C'est l'Allemagne qui travaille le moins d'heures par personne en emploi — 1 334 h contre 1 509 h en France, soit 175 h de moins, plus de quatre semaines. Mais rapporté à la population en âge de travailler, l'Allemagne repasse devant : 1 164 h contre 1 094 h, soit +6,4 %.
L'identité est comptable : heures par habitant de 15-64 ans = (heures par personne en emploi) × (emplois ÷ population de 15-64 ans).
| 2024 | France | Allemagne | Rapport |
|---|---|---|---|
| Heures par personne en emploi | 1 512 | 1 345 | 0,889 — −11,1 % |
| Emplois ÷ population 15-64 ans | 72,3 % | 86,5 % | 1,196 — +19,6 % |
| Heures par habitant de 15-64 ans | 1 094 | 1 164 | 1,064 — +6,4 % |
L'effet emploi l'emporte donc largement sur l'effet durée. Et le déficit d'heures par personne allemand vient entièrement du temps partiel, pas d'une semaine de travail plus courte :
| Pays | Heures/an (2024) | Durée espérée de vie active | Heures cumulées | À 40 ans de carrière |
|---|---|---|---|---|
| France | 1 509 | 37,5 ans | ≈ 56 600 h | ≈ 60 400 h |
| Allemagne | 1 334 | 40,2 ans | ≈ 53 600 h | ≈ 53 400 h |
| Royaume-Uni | 1 524 | 39,2 ans (2018) | ≈ 59 800 h | ≈ 61 000 h |
| États-Unis | 1 810 | n.d. | non calculable | ≈ 72 400 h |
Résultat surprenant : à durée de vie active donnée, la France n'est pas en bas du classement — elle dépasse l'Allemagne, dont les salariés travaillent beaucoup moins d'heures par an. L'écart français ne vient pas de la durée annuelle mais de la durée de vie active (37,5 ans contre 40,2 en Allemagne) et surtout du taux d'emploi. Les États-Unis sont hors norme : +28 % d'heures annuelles par rapport à la France.
Rexecode (proche du patronat), durée effective du travail 2024 ; OCDE, heures annuelles moyennes ; Eurostat lfsi_dwl_a (durée espérée de vie active).
Taux d'emploi par tranche d'âge, 2024
En % de la population de chaque tranche.
Eurostat, lfsi_emp_a, taux d'emploi par tranche d'âge, 2024, champ population de 15 à 64 ans en ménages ordinaires.
| Catégorie | France | Allemagne |
|---|---|---|
| 15-24 ans | 34,4 | 51,0 |
| 25-54 ans | 82,9 | 85,0 |
| 55-64 ans | 60,3 | 75,0 |
| 60-64 ans | 42,4 | 66,6 |
| 65-69 ans | 11,1 | 21,2 |
| Taux d'emploi 2024, % | 15-24 | 25-54 | 55-64 | 60-64 | 15-64 |
|---|---|---|---|---|---|
| Pays-Bas | 76,0 | 86,9 | 75,3 | 68,7 | 82,3 |
| Suède | 43,0 | 86,1 | 78,1 | 69,5 | 76,7 |
| Allemagne | 51,0 | 85,0 | 75,0 | 66,6 | 77,2 |
| UE-27 | 34,9 | 82,4 | 65,2 | — | 70,7 |
| France | 34,4 | 82,9 | 60,3 | 42,4 | 68,8 |
| Espagne | 24,9 | 78,7 | 61,1 | — | 66,1 |
| Italie | 19,7 | 74,5 | 59,0 | 47,2 | 62,2 |
| Taux d'emploi des 55-64 ans | 2003 | 2010 | 2019 | 2024 | 2025 |
|---|---|---|---|---|---|
| France | 38,2 | 41,0 | 54,5 | 60,3 | 61,7 |
| Allemagne | 39,4 | 57,8 | 72,7 | 75,0 | 75,3 |
| Écart | −1,2 | −16,8 | −18,2 | −14,7 | −13,6 |
Les deux pays étaient au même niveau en 2003. L'Allemagne a gagné 33 points entre 2003 et 2019, la France 16. L'écart culmine à −18,2 points en 2019 puis se résorbe : −14,7 en 2024, −13,6 en 2025, la France progressant désormais deux fois plus vite. Au rythme des six dernières années, la convergence demanderait encore une trentaine d'années.
Eurostat lfsi_emp_a et lfsa_ergan, 2024-2025 ; OCDE, heures annuelles moyennes ; Eurostat nama_10_a10_e et demo_pjanbroad pour les heures par habitant.
L'exercice est légitime mais mérite d'être fait proprement, parce qu'il donne un résultat contre-intuitif.
L'écart pertinent n'est pas la durée annuelle par personne en emploi — où la France fait mieux que l'Allemagne — mais la quantité de travail par habitant en âge de travailler : 1 094 h en France contre 1 164 h en Allemagne, soit +6,4 %.
Cette quantité mesure l'ensemble du travail fourni par la population de 15 à 64 ans, quelle que soit la façon dont il est réparti : elle intègre à la fois le taux d'emploi, le temps partiel et la durée du travail. Elle ne suppose pas un âge de départ à la retraite identique — les 65 ans et plus sont hors du champ dans les deux pays.
À productivité horaire inchangée, +6,4 % d'heures travaillées donnerait environ +6,4 % de PIB, soit de l'ordre de +192 Md€ sur une base de 2 995 Md€. Avec un taux de prélèvements obligatoires de 43,4 %, cela représenterait environ +83 Md€ de recettes publiques par an — soit près de 3 points de PIB, c'est-à-dire environ l'équivalent du déficit structurel français.
Une version plus ambitieuse de l'exercice, en visant la moyenne UE-27 (1 233 h, soit +12,7 %), donnerait environ +380 Md€ de PIB et +165 Md€ de recettes. Mais cette moyenne inclut des pays à durée du travail nettement plus longue et à niveau de vie plus faible : la cible allemande est la plus pertinente.
Pourquoi ce chiffre est un plafond théorique, et non une prévision :
| Indicateur | France | Allemagne | Référence |
|---|---|---|---|
| Âge moyen de fin d'études | 20,7 ans | — | — |
| Durée hebdomadaire habituelle | 36,1 h | — | UE : 36,3 h |
| Congés annuels | 32 jours | — | UE : 25 jours |
| Taux d'emploi 15-24 ans (2024) | 34,4 % | 51,0 % | — |
| Taux d'emploi 25-54 ans | 82,9 % | 85,0 % | — |
| Taux d'emploi 55-64 ans | 60,3 % | 75,0 % | P.-Bas : 75,3 % |
| Durée espérée de vie active (2025) | 37,5 ans | 40,2 ans | — |
La durée hebdomadaire française est dans la moyenne européenne. Ce qui distingue la France : entrée tardive dans l'emploi, sortie précoce, et un taux d'emploi des jeunes inférieur de 17 points à l'allemand. La vie active est raccourcie aux deux bouts.
Trésor-Éco n° 239 ; Eurostat lfsi_emp_a et lfsi_dwl_a, 2024-2025.
Mis à jour : 2026-08