21 chapitresChaque chiffre porte sa source et son millésime, parmi 223 références. Voir les sources.

CHIFFRES POUR 2027
Thème 16

Efficacité de l'État et des services publics

Rapporté à la population, l'emploi public français est quasi stable depuis vingt ans. Ce qui a changé, c'est sa composition — et c'est ce déplacement qui explique le sentiment d'abandon.

Combien d'agents publics, dans quel versant ?

Au 31 décembre 2024EffectifsPartPour 100 000 hab.
Fonction publique d'État2 587 40044,0 %3 774
Fonction publique territoriale2 039 40034,7 %2 975
Fonction publique hospitalière1 249 90021,3 %1 823
Ensemble5 876 700100 %8 573

Statuts : 63,8 % de fonctionnaires titulaires, 24,0 % de contractuels (part en hausse continue), 5,3 % de militaires. La fonction publique représente 20 % de l'emploi total en 2023, contre 22 % en 1989.

Ventilation de la fonction publique d'État par ministère (2023)

MinistèreEffectifsPartPour 100 000 hab.
Éducation, enseignement supérieur, recherche1 490 00058 %2 179
Intérieur et Outre-mer306 00012 %448
Armées290 10011 %424
Ministères économiques et financiers142 1006 %208
Justice95 0004 %139
Ministères sociaux94 4004 %138
Transition écologique66 5003 %97
Agriculture45 5002 %67
Culture25 1001 %37

DGAFP, Rapport annuel sur l'état de la fonction publique, effectifs physiques au 31 décembre 2024, trois versants ; population Insee pour les ratios pour 100 000 habitants, calculés par nos soins. Les effectifs physiques diffèrent des équivalents temps plein, davantage utilisés pour la masse salariale.

L'Éducation nationale représente à elle seule 58 % de la fonction publique d'État. Toute discussion sur « la réduction du nombre de fonctionnaires d'État » qui ne dit pas ce qu'elle fait des enseignants parle de 42 % du sujet.

L'emploi public a-t-il explosé ? La réponse rapportée à la population

Emploi public par versant, pour 100 000 habitants

2005 et 2024. Neutralise la croissance démographique.

20052024
agents pour 100 000 habitants 0 2 000 4 000 Fonction publique d'État 4 208 3 774 Fonction publique territoriale 2 474 2 975 Fonction publique hospitalière 1 666 1 823
Sources : Insee Première n° 2094 ; séries antérieures Insee-Siasp. Ratios calculés sur la population Banque mondiale.

DGAFP, Rapport annuel sur l'état de la fonction publique, effectifs physiques par versant au 31 décembre ; population Eurostat demo_gind. Rapport pour 100 000 habitants calculé par nos soins, 2005 et 2024.

Données de la figure
Catégorie20052024
Fonction publique d'État4 2083 774
Fonction publique territoriale2 4742 975
Fonction publique hospitalière1 6661 823
Pour 100 000 habitants2005201420202024Δ 2005-2024
Fonction publique d'État4 2083 6083 7343 774−10,3 %
Fonction publique territoriale2 4742 8572 9002 975+20,3 %
Fonction publique hospitalière1 6661 7511 7911 823+9,5 %
Ensemble8 3478 2168 4258 573+2,7 %

C'est le résultat central de ce thème. Une fois neutralisée la croissance démographique, l'emploi public total par habitant est quasi stable sur vingt ans (+2,7 %). Le débat sur « l'explosion des effectifs » ne résiste pas à cette normalisation. En revanche, la recomposition est massive : l'État recule de 10 %, le territorial progresse de 20 %.

Pourquoi la fonction publique territoriale augmente-t-elle ? Et pourquoi ressent-on un désengagement de l'État ?

Les deux questions ont la même réponse, et c'est l'un des points les plus éclairants du document.

Ce qui explique la hausse territoriale

  1. Les transferts de compétences — la cause principale. Au milieu des années 2000, l'Acte II de la décentralisation transfère aux départements et régions les personnels techniques, ouvriers et de service des collèges et lycées (les « TOS »), ainsi que les routes nationales et une partie de l'action sociale. Ces agents ne sont pas des créations de postes : ils changent d'employeur. Mécaniquement, la FPE baisse et la FPT monte. C'est la même personne, dans le même collège, qui passe d'une colonne à l'autre.
  2. Les lois MAPTAM (2014) et NOTRe (2015) poursuivent le mouvement avec de nouvelles compétences régionales et intercommunales.
  3. La montée des services à la population — petite enfance, périscolaire, aide à domicile, gestion des déchets — portée par les communes et intercommunalités, répond à une demande sociale réelle et croissante.
  4. Une part de croissance autonome existe, notamment dans les fonctions support des intercommunalités créées depuis 2015. Le rapport Ravignon estime à au moins 6 Md€ les coûts de coordination supportés par les seules collectivités — signe qu'une partie des moyens sert à gérer la complexité institutionnelle plutôt que le service rendu.
Donnée manquanteLa part exacte, en points de pourcentage, de la croissance de la FPT imputable aux transferts plutôt qu'à une croissance autonome n'a pas pu être chiffrée : les séries longues détaillées de la DGAFP ne sont pas accessibles en ligne. Seule la direction du phénomène est établie.

Pourquoi le ressenti est celui d'un abandon

Le paradoxe apparent — plus d'agents publics au total, sentiment de désengagement — se résout par trois mécanismes distincts, tous documentés dans ce document.

  1. Ce n'est pas le même État. Les agents ont augmenté côté collectivités et diminué côté État — or ce sont les services de l'État qui portent les fonctions les plus visibles dans le débat : la justice (11,3 juges pour 100 000 habitants contre 24,7 en Allemagne), les préfectures, les services déconcentrés, les finances publiques. Un agent de crèche supplémentaire ne compense pas, dans le vécu, la fermeture d'une trésorerie ou d'un tribunal.
  2. Ce n'est pas au même endroit. Les fermetures de services publics — maternités, trésoreries, gares, guichets — se concentrent dans les zones peu denses, tandis que les créations territoriales suivent la population, donc les métropoles. Le solde national est stable ; le solde local peut être fortement négatif dans les territoires en déprise. Le même chiffre national recouvre deux expériences opposées.
  3. Les moyens humains n'ont pas suivi la demande là où elle a le plus crû. Trois exemples chiffrés dans ce document : la densité médicale a reculé depuis 2010 (seul pays des quatre comparés) ; les besoins de soins non satisfaits ont triplé depuis 2019, pour cause de délais d'attente ; 30 % de la population vit en désert médical. La stabilité des effectifs globaux cohabite avec une dégradation réelle de l'accès dans plusieurs services.

Le ressenti n'est donc pas une illusion statistique — c'est une lecture correcte d'une réalité que la moyenne nationale masque. Les deux affirmations « il y a autant d'agents publics par habitant qu'il y a vingt ans » et « les services publics reculent près de chez moi » peuvent être vraies simultanément.

Comparaison internationale par fonction, pour 100 000 habitants

Pour 100 000 habitantsFranceAllemagneRoy.-UniÉtats-UnisMédiane européenne
Policiers361311≥ 211 *≈ 240 **
Juges professionnels11,324,717,6
Médecins328453330368
Infirmiers et sages-femmes9421 2259551 338
Enseignants (pré-primaire à secondaire)1 1941 550
Budget justice par habitant77 €136 €75 €
Note de périmètre sur les 361 policiersLe chiffre additionne la police nationale et la gendarmerie. L’écart avec l’Allemagne est probablement un artefact de comptage plus qu’une différence de moyens : la définition d’Eurostat inclut la police municipale, que l’Allemagne n’a pas — la sécurité publique y relève exclusivement des seize polices de Land — et les 27 131 policiers municipaux français pèsent à eux seuls 40 des 50 points d’écart. Selon qu’ils sont ou non dans le chiffre transmis par la France, l’écart vaut 50 points ou 10. La fiche « Pourquoi la France compte-t-elle plus de policiers que l’Allemagne ? » du thème 12 détaille ce point.

CEPEJ (Conseil de l'Europe) et Eurostat crim_just_job pour la justice et la police ; OCDE, Panorama des administrations publiques, et DGAFP pour la France ; populations Eurostat et Banque mondiale. Ratios calculés par nos soins. Les périmètres nationaux ne se recouvrent pas parfaitement — les polices municipales, les forces fédérées et les personnels administratifs des juridictions sont traités différemment selon les pays ; les cas signalés par un astérisque dans le tableau sont ceux où l'écart de périmètre est le plus important.

* Borne inférieure : 146 442 policiers en Angleterre et pays de Galles rapportés à la population du Royaume-Uni entier — numérateur incomplet. ** Données FBI, hors forces fédérales ; les seules polices locales donnent 143 pour 100 000.

Trois lectures. La France a plutôt plus de policiers que l'Allemagne. Elle a deux fois moins de juges — c'est l'écart le plus marqué et le plus documenté du tableau. Et elle a moins de médecins et d'infirmiers que l'Allemagne et les États-Unis, à parité approximative avec le Royaume-Uni.

Limites — la comparaison la plus piégeuse du document

Les hôpitaux. La France classe 1,25 million d'agents hospitaliers dans la fonction publique. L'Allemagne a largement privatisé ses hôpitaux, le personnel du NHS britannique n'est pas fonctionnaire. Comparer « 5,9 millions d'agents publics français » à un agrégat allemand est mécaniquement biaisé de plus d'un million de personnes.

Les enseignants. Fonctionnaires d'État en France, des Länder en Allemagne, salariés d'établissements ou de collectivités au Royaume-Uni et aux États-Unis. Le ratio allemand est en outre surestimé : ce sont des effectifs physiques, et l'Allemagne a beaucoup plus de temps partiel enseignant.

La gendarmerie. Militaire en France, comptée avec la police par Eurostat — sans équivalent dans la plupart des pays. Les polices municipales ne sont pas identifiables dans cette source.

Donnée manquante : le nombre de procureurs pour 100 000 habitants, et l'emploi public en % de l'emploi total pour l'Allemagne, le Royaume-Uni et les États-Unis, n'ont pas pu être obtenus. Les effectifs « purement administratifs » ne sont pas définis de façon harmonisée : le seul substitut est la branche « administration publique et défense » des comptes nationaux, qui inclut policiers et militaires mais exclut enseignants et hospitaliers — donc ne recoupe aucun versant.

Combien coûte l'administration, et le millefeuille ?

La fonction « services généraux » représente 181 Md€ en 2024, soit 11 % de la dépense publique et environ 2 650 € par habitant. Mais en points de PIB, ce poste ne s'écarte de la zone euro que de +0,3 point — et hors charge de la dette, la France est exactement à la moyenne UE-27 (voir thème 01). Sur l'administration générale, la France se distingue très peu de ses voisins.

Le millefeuille. La France compte 34 935 communes, environ 1 250 intercommunalités, 101 départements, 18 régions et l'État déconcentré. Le rapport Ravignon (2024) chiffre à au moins 7,4 Md€ par an les coûts de coordination : 6 Md€ côté collectivités (4,8 pour les communes) et 1,5 Md€ côté État. Les compétences les plus coûteuses en coordination : enseignement (1,2 Md€), urbanisme (819 M€), voirie (566 M€). 85 % de ce coût vient de compétences partagées entre niveaux — malgré la suppression de la clause de compétence générale par la loi NOTRe.

LimitesDeux précautions que le rapport pose lui-même. C'est un coût de coordination, pas le coût de fonctionnement des cinq niveaux. Et il n'est pas intégralement supprimable : une part de coordination reste nécessaire dans tout système décentralisé. C'est ce garde-fou qui manque aux promesses de suppression pure et simple d'un échelon. Un chiffre de 26 Md€ attribué à la Cour des comptes circule dans la presse ; il n'a pas pu être confirmé sur source primaire.

Les opérateurs de l'État : 438 opérateurs recensés en 2023 (contre 649 en 2008, soit −32 %), pour un financement public de 76,6 Md€. Le périmètre plus large des organismes divers d'administration centrale atteint 107,7 Md€.

Quelles simplifications ont vraiment marché ailleurs ?

Allemagne — le cas le mieux documenté. Le Normenkontrollrat, créé en 2006 avec la méthode des coûts standards importée des Pays-Bas, a permis une réduction de 25 % des charges administratives des entreprises entre 2006 et 2011, soit plus de 12 Md€ d'économies annuelles.

Royaume-Uni. La règle « one-in, one-out » (2011-2012) revendiquait environ 4 Md£ de charges retirées contre 3,1 Md£ introduites, soit une économie nette proche d'1 Md£.

Le facteur commun des deux succès : une méthode de mesure systématique, des objectifs chiffrés et une évaluation ex post. C'est précisément ce que la France n'a pas généralisé.

Moyens et résultats : où manque-t-il de l'argent, où manque-t-il de l'efficacité ?

DomaineMoyensDiagnostic
SantéÉlevés (11,5 % du PIB)Meilleure mortalité traitable d'Europe. Déserts médicaux, mortalité infantile, accès dégradé : problème de répartition et d'organisation, pas de volume.
ÉcoleDans la moyenne OCDEPrimaire sous-doté de 11 %, secondaire sur-doté de 13 %. Enseignants à 0,64-0,69 du salaire des diplômés du supérieur pour 900 h d'enseignement. Problème d'allocation interne.
Justice77 €/hab. contre 136 € en Allemagne ; 11,3 juges contre 24,7Vrai problème de moyens. Sous-investissement chronique et documenté.
Sécurité361 policiers/100 000, plus que l'Allemagne — sous réserve de périmètreMoyens comparativement élevés. Taux d'élucidation des vols ≤ 8 %. Question d'efficacité et d'organisation plus que de volume — mais la donnée comparative manque.
CollectivitésEn croissance, en partie par transfertsAu moins 7,4 Md€/an de coordination. Problème d'efficacité organisationnelle.

Tableau de synthèse : chaque ligne renvoie aux fiches correspondantes du document, où figurent les sources primaires détaillées. La colonne « diagnostic » est notre appréciation, formée à partir de ces chiffres — c'est une lecture, pas une mesure.

En synthèse : la France ne manque pas globalement de moyens publics — elle est en tête de l'OCDE pour la dépense totale et l'emploi public par habitant est stable. Les difficultés relèvent très majoritairement de problèmes d'allocation et d'organisation, à l'exception notable de la justice, où le sous-financement par rapport aux voisins est direct et mesuré.

Mis à jour : 2026-08