21 chapitresChaque chiffre porte sa source et son millésime, parmi 223 références. Voir les sources.
Deux résultats changent la lecture habituelle : l'écart France-Allemagne sur les homicides vient pour un tiers des outre-mer, et le vrai signal français n'est pas l'homicide mais la tentative d'homicide.
Les homicides, ce que les conventions de comptage font dire aux chiffres, et l’instrument qui ne dépend ni de la police ni du parquet.
| Pays | Taux /100 000 | Nombre | Année |
|---|---|---|---|
| États-Unis | 5,76 | 19 796 | 2023 |
| France (déf. SSMSI, France entière) | 1,43 | 975 | 2025 |
| France (déf. Eurostat/ICCS) | 1,28 | 882 | 2024 |
| France métropolitaine seule | 1,23 | 817 | 2025 |
| Royaume-Uni (Angl. + Galles) | 1,15 | 684 | 2021 |
| Allemagne | 0,83 | 694 | 2024 |
| Espagne | 0,72 | 349 | 2024 |
| Pays-Bas | 0,67 | 120 | 2024 |
| Italie | 0,57 | 336 | 2024 |
Le seul écart du dossier qui résiste à toutes les objections méthodologiques : les États-Unis sont à 4,5 fois le niveau français et 6,9 fois le niveau allemand. L'écart France-Allemagne (facteur 1,5) est d'un tout autre ordre.
Sur trente ans, la France a divisé son taux par près de deux : 2,38 en 1990, 1,15 en 2019, puis remontée à 1,34 en 2023. L'Italie l'a divisé par six depuis 1991 (3,40 → 0,57) — c'est l'histoire de la lutte antimafia. Les États-Unis sont passés de 9,63 (1991) à 4,38 (2014), avant une remontée brutale en 2020-2021 (+38 % en deux ans).
ONUDC via Banque mondiale (série 1990-2023) ; Eurostat crim_off_cat ; SSMSI.
C'est le résultat le plus important de ce thème, et il est rarement fait. L'indicateur national français inclut les DROM. Voici la ventilation régionale 2025 :
| Région | Victimes | Population | Taux /100 000 |
|---|---|---|---|
| Guyane | 41 | 294 000 | 13,95 |
| Guadeloupe | 45 | 384 000 | 11,71 |
| Martinique | 39 | 361 000 | 10,81 |
| Mayotte | 18 | 257 000 | 7,02 |
| Corse | 12 | 355 000 | 3,38 |
| PACA | 101 | 5 219 000 | 1,94 |
| La Réunion | 15 | 890 000 | 1,69 |
| Île-de-France | 139 | 12 463 000 | 1,12 |
| Auvergne-Rhône-Alpes | 89 | 8 206 000 | 1,08 |
| Pays de la Loire | 33 | 3 907 000 | 0,84 |
| Agrégat 2025 | Victimes | Population | Taux /100 000 |
|---|---|---|---|
| France entière | 975 | 68,35 M | 1,43 |
| France métropolitaine | 817 | 66,17 M | 1,23 |
| DROM | 158 | 2,18 M | 7,23 |
SSMSI, bases départementales et régionales de la délinquance enregistrée, diffusées sur data.gouv.fr et interrogées directement ; populations Insee. Les taux pour 100 000 habitants sont calculés par nos soins. C'est cette interrogation directe qui permet d'isoler l'outre-mer, ce que les publications agrégées ne font pas.
Les DROM pèsent 3,2 % de la population mais 16,2 % des homicides. Leur taux est 5,9 fois le taux métropolitain. Retirer les DROM fait passer la France de 1,43 à 1,23, soit −13,5 %.
Deux constats en découlent :
Le reste de l'écart : ce qu'on peut et ne peut pas dire. Une partie est probablement définitionnelle — le SSMSI compte 996 homicides en 2023 et Eurostat 887 pour la même année, soit 11 % d'écart, alors que les chiffres de tentatives coïncident exactement. L'écart porte donc sur le contenu de la catégorie « homicide », probablement l'inclusion des coups mortels sans intention de donner la mort. Mais aucune source ne permet de quantifier cette part.
Le narcotrafic joue un rôle localisé et documenté : les Bouches-du-Rhône ont culminé à 84 victimes en 2023 (4,02 pour 100 000, soit 3,3 fois la moyenne métropolitaine) avant de refluer à 56 en 2025. Selon l'OCLCO, cité par la commission d'enquête du Sénat, « 80 à 90 % des règlements de comptes, meurtres et tentatives de meurtre entre délinquants s'expliquent par des différends liés au trafic de stupéfiants ».
On lit régulièrement que l'Allemagne compterait « 2 400 homicides par an » contre 880 en France, ce qui en ferait un pays trois fois plus meurtrier. C'est une erreur de convention, et elle est massive.
La statistique policière allemande regroupe sous la rubrique Mord und Totschlag les faits consommés et les tentatives. Sur environ 2 410 cas en 2024 : 1 719 sont des tentatives (71 %) et environ 690 seulement sont des homicides consommés (29 %). La France, elle, publie deux indicateurs séparés — 882 homicides consommés et 4 290 tentatives en 2024.
| 2024, pour 100 000 habitants | France | Allemagne | Rapport |
|---|---|---|---|
| Homicides consommés | 1,28 | 0,83 | 1,54 × |
| Tentatives | 6,25 | 2,06 | 3,03 × |
| Homicides + tentatives, à convention identique | 7,53 | 2,89 | 2,61 × |
| Décès certifiés par agression (causes de décès, 2023) | 0,81 | 0,41 | 1,98 × |
Le résultat est contre-intuitif et il faut le dire tel quel : l'argument « l'Allemagne compte les tentatives, la France non, donc l'écart apparent est artificiel » est valide sur les chiffres bruts — il corrige une erreur réelle et fréquente — mais il joue en faveur de la France, pas contre elle. C'est le chiffre allemand qui est gonflé par les tentatives. Mis à convention identique, l'écart ne se referme pas : il s'élargit.
Cela dit, « homicides + tentatives » n'est pas une mesure plus comparable — elle l'est moins. Un homicide consommé est un événement : un mort. Une tentative d'homicide est une qualification juridique, décidée par un service enquêteur et un parquet à partir d'une agression qui aurait tout aussi bien pu être enregistrée en violences volontaires aggravées. Le rapport de 3,0 sur les tentatives reflète donc, pour une part inconnue, une différence de pratique et non de violence.
Il existe une source indépendante des conventions policières : les certificats de décès, codés en cause de mort par agression. Elle ne dépend d'aucune décision de qualification pénale, et elle est établie de la même façon dans tous les pays européens.
| Décès par agression, taux standardisé /100 000 | 2011 | 2015 | 2019 | 2023 |
|---|---|---|---|---|
| Suède | 0,77 | 0,99 | 1,04 | 1,14 |
| France | 0,69 | 0,51 | 0,73 | 0,81 |
| Espagne | 0,68 | 0,58 | 0,58 | 0,63 |
| Pays-Bas | 0,85 | 0,65 | 0,64 | 0,61 |
| Pologne | 1,08 | 0,78 | 0,67 | 0,53 |
| Allemagne | 0,54 | 0,53 | 0,40 | 0,41 |
| Italie | 0,66 | 0,57 | 0,38 | 0,39 |
| États-Unis (taux brut, 2024) | — | — | — | 5,9 — dont 4,5 par arme à feu |
Les deux mesures convergent : la France a un niveau d'homicide supérieur à l'Allemagne d'un facteur 1,5 à 2. L'argument des tentatives ne l'annule pas. Et les États-Unis sont sur une autre échelle : 5,9 pour 100 000, soit 7 fois la France et 14 fois l'Allemagne, avec 76 % des homicides commis par arme à feu — 15 364 morts par balle en 2024.
L'écart entre la mesure policière et la mesure médicale est lui-même informatif : le rapport est de 1,95 en Allemagne, 1,60 en France, 1,10 en Espagne, 1,01 en Suède — et 0,85 aux États-Unis. Un rapport supérieur à 1 signale que la police enregistre plus de faits que la médecine légale ne certifie de décès, parce qu'elle compte des faits à l'ouverture dont une partie sera requalifiée. Un rapport inférieur à 1 signale l'inverse : le décompte du bureau fédéral américain repose sur une remontée volontaire des quelque 18 000 agences locales et est structurellement incomplet — plus de 550 homicides commis par les 105 plus grandes agences entre 2007 et 2012 étaient absents de ses fichiers.
| France, homicides pour 100 000 habitants | Taux |
|---|---|
| 1990 | 2,38 |
| 1993 — maximum | 2,63 |
| 1997 | 1,64 |
| 2002 | 1,85 |
| 2008 | 1,63 |
| 2012 | 1,22 |
| 2015 (inclut les victimes des attentats) | 1,56 |
| 2018 — minimum | 1,06 |
| 2021 | 1,11 |
| 2024 | 1,35 |
Le taux a baissé de 60 % entre 1993 et 2018, puis remonté de 27 % entre 2018 et 2024. Le point bas est en 2018, pas en 2015 comme on le lit souvent.
Eurostat crim_off_cat (ICCS0101 et ICCS0102) et hlth_cd_asdr2 (code CIM-10 X85-Y09) ; Office fédéral de police criminelle allemand, statistique 2024 ; centres américains de contrôle des maladies, données 2024 ; Office des Nations unies contre la drogue et le crime via Our World in Data pour la série longue.
L'intuition est confirmée par les données, et de façon spectaculaire.
Homicides et tentatives d'homicide, France et Allemagne
Taux pour 100 000 habitants, 2008-2024.
France : SSMSI, bases statistiques de la délinquance enregistrée diffusées sur data.gouv.fr, homicides et tentatives d'homicide, 2008-2024. Allemagne : Bundeskriminalamt, Polizeiliche Kriminalstatistik, mêmes catégories. Taux calculés par nos soins avec les populations Eurostat. Les tentatives sont plus comparables que les homicides consommés, parce qu'elles dépendent moins de la qualité des secours d'urgence.
| Abscisse | Tentatives, France | Tentatives, Allemagne | Homicides, France | Homicides, Allemagne |
|---|---|---|---|---|
| 2008 | 1,8 | 2,0 | 1,5 | 0,8 |
| 2010 | 1,9 | 2,0 | 1,2 | 0,8 |
| 2012 | 2,4 | — | 1,3 | — |
| 2013 | — | 2,0 | — | 0,8 |
| 2014 | 2,5 | — | 1,2 | — |
| 2016 | 3,4 | 2,1 | 1,2 | 0,9 |
| 2018 | 3,7 | — | 1,0 | — |
| 2019 | — | 2,2 | — | 0,7 |
| 2020 | 4,6 | — | 1,0 | — |
| 2022 | 5,3 | 2,1 | 1,2 | 0,7 |
| 2024 | 6,3 | 2,1 | 1,3 | 0,8 |
| France | Tentatives | Taux | Homicides | Ratio T/H |
|---|---|---|---|---|
| 2008 | 1 168 | 1,82 | 975 | 1,20 |
| 2014 | 1 678 | 2,54 | 765 | 2,19 |
| 2020 | 3 115 | 4,63 | 692 | 4,50 |
| 2024 | 4 290 | 6,25 | 882 | 4,86 |
| 2025 (SSMSI) | 4 477 | 6,55 | 975 | 4,59 |
Le taux de tentatives a été multiplié par 3,4 entre 2008 et 2024, pendant que le taux d'homicides aboutis reculait. C'est l'argument central : si l'on ne regardait que les homicides, on conclurait à une baisse de la violence létale ; les tentatives racontent l'inverse.
1. Hausse réelle de la violence avec létalité contenue par les progrès de la médecine d'urgence.
2. Effet d'enregistrement : requalification croissante de coups et blessures aggravés en tentatives d'homicide par les parquets et les enquêteurs.
Le fait que l'Allemagne soit parfaitement plate sur la même période (1,91 à 2,33 sans tendance) plaide pour qu'une part substantielle de l'écart soit d'origine administrative. Le ratio tentatives/homicides de 4,86 en France contre 2,48 en Allemagne ne mesure pas la létalité, il mesure d'abord les pratiques de qualification. Cas d'école : les Pays-Bas affichaient 19 à 24 tentatives pour 100 000 en 2010-2013, dix fois l'Allemagne, pour un taux d'homicides plus bas — leur droit qualifie très largement en poging tot doodslag.
| France | 2015 | 2019 | 2022 | 2024 |
|---|---|---|---|---|
| Victimes d'un partenaire intime | 102 | 130 | 128 | 126 |
| dont femmes | 82 | 110 | 105 | 96 |
| Partenaire ou membre de la famille | 205 | 207 | 209 | 212 |
SSMSI, statistiques des homicides ; ministère de l'Intérieur, délégation aux victimes, Étude nationale relative aux morts violentes au sein du couple, éditions annuelles. La qualité des sources est très inégale selon la circonstance : l'étude sur les violences au sein du couple est dédiée et solide, les autres circonstances relèvent d'une exploitation des procédures dont la couverture est partielle.
Sur les 882 homicides Eurostat 2024, le cadre intrafamilial représente 212 cas, soit 24,0 % ; les homicides conjugaux seuls, 14,3 %, dont 76 % de victimes femmes.
Comparaison décisive pour la question précédente : l'Allemagne comptait 164 homicides conjugaux en 2021 sur 631 homicides, soit 26,0 % — et l'Italie 47,3 % en incluant la famille. L'homicide intrafamilial n'explique donc rien de l'écart France-Allemagne : il est proportionnellement plus lourd en Allemagne et en Italie. L'écart français se loge dans la violence hors sphère familiale — délinquance organisée, rixes, et surcroît ultramarin.
| Pays | Nombre annuel | Année | Taux /million | Périmètre |
|---|---|---|---|---|
| États-Unis | 1 406 | 2024 | ≈ 4,1 | Toutes causes (tir, taser, véhicule, asphyxie) |
| États-Unis | ≈ 1 000 | 2015-2019 | ≈ 3,0 | Tirs mortels uniquement |
| Allemagne | 14 | 2020 | 0,17 | Tués par arme à feu policière |
| Allemagne | 9 | 2023 | 0,11 | idem |
| Royaume-Uni | 9 incidents de tir | 2025/26 | ≤ 0,15 | Incidents où une arme a été déchargée sur une personne |
| France | aucune statistique officielle | — | — | — |
Ni le SSMSI, ni l'IGPN, ni l'IGGN ne publient de décompte annuel unifié des personnes tuées lors d'interventions des forces de l'ordre, tous modes opératoires confondus. Sur ce sujet précis, la France ne se compare pas, faute de produire la donnée. C'est un choix, pas une impossibilité technique — l'Allemagne et le Royaume-Uni y parviennent.
Le seul comptage systématique accessible est journalistique : le média Basta! (classé à gauche) recense 52 décès en 2024 toutes causes confondues et 27 personnes tuées par tir, soit environ 0,39 par million d'habitants. Ces chiffres doivent être cités comme un recensement militant, non comme une statistique publique.
Ce que la comparaison permet malgré tout de dire. Les périmètres sont très hétérogènes — les chiffres allemands et britanniques ne portent que sur l'arme à feu, les américains « toutes causes » incluent taser et véhicules ; les américains viennent de bases citoyennes, les européens de statistiques policières auto-déclarées ; le chiffre britannique compte des incidents, pas des personnes. Mais l'écart États-Unis / Europe occidentale est d'un ordre de grandeur tel — facteur 25 à 40 — qu'aucune correction de périmètre plausible ne le remettrait en cause. En revanche, comparer l'Allemagne au Royaume-Uni sur ces chiffres, ou y situer la France, n'a pas de sens en l'état.
Contexte allemand de long terme : au moins 386 personnes tuées par des balles policières depuis la réunification (1990 à 2026), soit environ 10,7 par an. L'usage de l'arme contre des personnes a fortement reculé : 77 cas en 2025 contre 131 en 1992.
On peut construire un ordre de grandeur en croisant les périmètres disponibles, à condition de dire précisément ce que chacun recouvre.
| Périmètre | Ordre de grandeur annuel | Base |
|---|---|---|
| Décès par tir d'un policier ou d'un gendarme | ≈ 10 à 20 | 13 décès lors de refus d'obtempérer pour la seule année 2022 ; 14 et 15 décès recensés par l'inspection générale de la police nationale en 2017 et 2018 ; 27 selon le recensement de presse pour 2024 |
| Ensemble des décès survenus pendant ou après une intervention (tirs, garde à vue, poursuites, suicides provoqués) | ≈ 25 à 40 | 32 en 2020 et 37 en 2021 selon l'inspection générale — police nationale seule, la gendarmerie s'y ajoutant ; 52 selon le recensement de presse pour 2024 |
Rapporté à la population, cela situe la France entre 1,5 et 6 pour 10 millions d'habitants selon le périmètre, contre environ 40 aux États-Unis et de l'ordre de 1 à 2 en Allemagne. L'écart États-Unis / Europe est d'un facteur 10 à 30 et résiste à toutes les corrections de périmètre plausibles. Les comparaisons entre pays européens, elles, ne sont pas exploitables en l'état.
CILIP (compilation des statistiques officielles des Länder) ; Home Office britannique ; Mapping Police Violence et Washington Post « Fatal Force » ; rapports d'activité de l'inspection générale de la police nationale ; Basta! (média engagé) pour la France.
Ce document utilise ailleurs 882 homicides en 2024 : c'est le décompte Eurostat, sur la définition internationale d'« homicide intentionnel », qui exclut notamment les coups mortels sans intention de donner la mort.
Le service statistique du ministère de l'Intérieur en compte 976 la même année et 975 en 2025, sur un périmètre plus large. L'écart est stable : 996 contre 887 en 2023, soit 11 %. Ne pas mélanger les deux séries ; celle du ministère est utilisée ci-dessous, puisque c'est elle qui porte les ventilations.
Le service statistique du ministère ne publie aucun tableau annuel des homicides par mobile. La seule décomposition publiée est rétrospective et cumulée sur 2016-2021. Deux composantes seulement font l'objet d'un décompte annuel dédié : l'intrafamilial et le narcotrafic.
| Circonstance, 2024 | Victimes | Part des 976 | Qualité de la source |
|---|---|---|---|
| Violences au sein du couple | 138 | ≈ 14 % | Étude annuelle dédiée, solide |
| dont femmes tuées par conjoint ou ex-conjoint | 107 | ≈ 11 % | idem |
| dont hommes tués par conjointe ou ex | 31 | ≈ 3 % | idem |
| Narcotrafic, règlements de comptes | 110 | ≈ 11 % | Décompte policier, non labellisé |
| Intrafamilial élargi (couple + hors couple) | non publié pour 2024 | 29 % (réf. 2016-2021) | Rétrospective seulement |
| Homicides commis lors d'un vol | non publié | inclus dans ≈ 10 % « crapuleux » | Non désagrégé |
| Rixes, disputes, différends de voisinage | non publié | — | N'existe pas |
| Mobile inconnu ou non élucidé | non publié | — | N'existe pas |
Mêmes sources que le tableau précédent : SSMSI et étude nationale sur les morts violentes au sein du couple. La colonne « qualité de la source » est notre appréciation, fondée sur l'existence ou non d'une étude dédiée et sur le taux de circonstances non renseignées.
Les deux blocs documentés couvrent environ un quart des homicides. Les trois quarts restants ne font l'objet d'aucune décomposition publiée par mobile en France.
Violences au sein du couple. 119 victimes en 2023, 138 en 2024 (+16 %), dont 107 femmes et 31 hommes. Quatre-vingt-dix pour cent des faits surviennent au domicile ; les mobiles principaux relevés sont la dispute (43 cas) et la séparation non acceptée (22 cas). 47 % des femmes victimes avaient subi des violences antérieures, dont 74 % les avaient signalées aux autorités. En 2024, 40 auteurs se sont suicidés (29 %), et 94 mineurs sont devenus orphelins.
Narcotrafic. 139 morts en 2023, 110 en 2024 (−21 %). Le pic de 2023 correspond à la guerre entre groupes rivaux marseillais ; le reflux de 2024 en découle, mais le niveau reste au-dessus de 2021 et 2022. Un quart des personnes poursuivies pour assassinat ou tentative avaient moins de 20 ans, dont 16 mineurs.
Deux instruments indépendants — la plainte et l’enquête auprès de la population — et ce que leur écart permet de trancher.
La question ne peut pas se trancher sur la seule délinquance enregistrée, qui mesure autant l'activité policière et la propension à porter plainte que les faits eux-mêmes. Il existe un second instrument, indépendant : l'enquête de victimation, qui interroge la population sur ce qu'elle a subi, qu'elle ait porté plainte ou non.
| Délinquance enregistrée | Niveau 2024 | Unité | 2024 | Moyenne annuelle depuis 2016 | 2025 |
|---|---|---|---|---|---|
| Homicides | 976 | victimes | −2 % | — | 975, stable |
| Tentatives d'homicide | — | victimes | +7 % | +8 %/an | +4 % |
| Violences sexuelles | 122 400 | victimes | +7 % | +11 %/an | +8 % |
| dont viols et tentatives | 46 100 | victimes | +9 % | +15 %/an | +9 % |
| Violences physiques intrafamiliales | — | victimes | +3 % | +11 %/an (2016-23) | +6 % |
| Violences physiques hors cadre familial | 449 800 | victimes | +3 % | — | +5 % |
| Vols violents sans arme | 48 300 | infractions | −11 % | — | +2 % |
| Vols avec armes | 8 600 | infractions | −1 % | — | −8 % |
| Vols sans violence contre des personnes | 607 800 | victimes | −5 % | — | +2 % |
| Cambriolages de logement | 218 200 | infractions | stable | — | −3 % |
| Vols de véhicules | 137 600 | véhicules | −2 % | — | −9 % |
| Vols dans les véhicules | 352 100 | véhicules | +1 % | — | −9 % |
| Destructions et dégradations | 528 800 | infractions | — | — | +2 % |
| Stupéfiants — usage | 290 600 | mis en cause | +10 % | +16 %/an | +7 % |
| Stupéfiants — trafic | 52 300 | mis en cause | +6 % | +6 %/an | +9 % |
Le contraste saute aux yeux : les atteintes aux biens baissent, les violences aux personnes enregistrées explosent. Reste à savoir ce que mesure cette explosion.
| Atteinte | Taux de victimation | Victimes estimées | Taux de plainte |
|---|---|---|---|
| Dégradations sur véhicule | 5,5 % | 2 893 000 | — |
| Violences sexuelles au sens large | 3,5 % | 1 809 000 | 3 % |
| Menaces | 2,1 % | 1 088 000 | — |
| Cambriolage ou tentative | 1,9 % | 1 013 000 | 41 à 56 % |
| Violences physiques hors vol | 1,2 % | 643 000 | 21 % |
| Vol ou tentative de vol de véhicule | 1,0 % | 549 000 | 54 à 57 % |
| Violences conjugales | — | — | 16 % |
| Vols avec violence · vols sans violence | — | — | 20 % · 8 % |
Deux instruments distincts, qu'il ne faut jamais mélanger. Délinquance enregistrée : SSMSI, bases de la délinquance enregistrée par la police et la gendarmerie — elle dépend du dépôt de plainte et de l'enregistrement. Victimation déclarée : enquête Vécu et ressenti en matière de sécurité (SSMSI, en remplacement de Cadre de vie et sécurité) — elle interroge la population et capte les faits non déclarés. Une hausse de la première sans hausse de la seconde signale un changement d'enregistrement, pas de violence.
Le fait central : pour la plupart des atteintes aux personnes, moins d'une victime sur cinq porte plainte. L'écart avec les atteintes aux biens — 41 à 57 % de dépôt de plainte — est d'un ordre de grandeur, et il s'explique simplement : on porte plainte pour être indemnisé par son assurance.
Les séries de délinquance enregistrée ne remontent pas au-delà de 2016. Le ministère indique explicitement que les données 1972-2015 « ne sont pas validées par le service statistique ministériel ». Toute comparaison « depuis 2000 » est impossible sur cette source.
Il existe une rupture majeure dans l'enquête de victimation en 2022 : l'ancienne enquête, menée en face-à-face de 2007 à 2021, a été remplacée par une enquête auto-administrée en ligne. Le changement de mode de collecte peut gonfler mécaniquement les déclarations, l'auto-administration levant une part de l'inhibition liée à l'enquêteur. Les deux séries ne doivent jamais figurer sur un même graphique, et c'est ce qui interdit de calculer un partage exact entre hausse des faits et hausse des plaintes.
Enfin, l'année 2024 est affectée par la mobilisation exceptionnelle des forces pour les Jeux olympiques, que le service statistique signale comme un effet d'offre de contrôle et non de délinquance.
Les violences physiques enregistrées ont fortement augmenté : +9 % en 2023, +7 %/an depuis 2016. Pour les violences conjugales, 272 400 victimes enregistrées en 2024, dont 84 % de femmes.
Mais le SSMSI lui-même déconseille de lire ces courbes comme une mesure de la violence réelle. La hausse reflète en bonne partie une hausse du taux de signalement — politiques de libération de la parole, simplification du dépôt de plainte, effet post-#MeToo. Le repère le plus parlant : seule une victime de violences conjugales sur six dépose plainte. Quand le taux de plainte passe de 1 sur 8 à 1 sur 5, les statistiques augmentent de 60 % sans qu'un seul fait supplémentaire ait été commis.
Plus de policiers que l’Allemagne, deux fois moins de juges, et des prisons occupées à 130 %.
| Taux d'élucidation à un an (2025) | % |
|---|---|
| Violences physiques intrafamiliales | 77 |
| Homicides | 68 |
| Tentatives d'homicide | 59 |
| Violences sexuelles | 51 |
| Cambriolages, vols non violents, vols de véhicules | ≤ 8 |
Le contraste illustre un invariant : les atteintes commises par un proche s'élucident très bien, les vols presque pas. Ce n'est pas un indicateur de zèle policier mais de nature des faits.
| Effectifs pour 100 000 habitants | France | Allemagne | Médiane européenne |
|---|---|---|---|
| Policiers (police nationale + gendarmerie) | 361 | 311 | — |
| Juges professionnels | 11,3 | 24,7 | 17,6 |
| Budget justice par habitant | 77 € | 136 € | 74,8 € |
| Budget justice en % du PIB | 0,20 % | 0,30 % | — |
Résultat contrasté : la France a plutôt plus de policiers que l'Allemagne (361 contre 311 pour 100 000 — le chiffre additionne police nationale et gendarmerie, et l'écart est probablement un artefact de périmètre, voir la dernière fiche de ce thème —, et davantage que les États-Unis sur données FBI, ≈240), mais deux fois moins de juges — 11,3 contre 24,7, sous la moyenne comme sous la médiane européennes.
| Délai moyen (2025) | Durée |
|---|---|
| Faits → classement ou orientation | 17,6 mois |
| Arrivée au parquet → première orientation | 4,0 mois |
| Arrivée au parquet → jugement correctionnel | 9,1 mois |
SSMSI pour les taux d'élucidation ; ministère de la Justice, chiffres clés de la justice, pour les délais et les effectifs ; Commission européenne pour l'efficacité de la justice (CEPEJ) du Conseil de l'Europe et Eurostat crim_just_job pour la comparaison internationale des effectifs. Le taux d'élucidation n'est pas un taux de condamnation : il mesure l'identification d'un auteur présumé, pas l'issue judiciaire.
Taux de réponse pénale : 87,8 %.
L’écart est de 50 agents pour 100 000 habitants. Avant d’y chercher une politique, il faut se demander si l’écart existe — parce qu’une part considérable, et peut-être la totalité, tient à ce que les deux pays ne comptent pas les mêmes personnes.
La définition retient la police judiciaire, la police de la route, la police aux frontières, la gendarmerie, la police en uniforme, la police municipale et les gardes urbains. Elle exclut les personnels administratifs et de secrétariat, les douanes, le fisc, les militaires, les services de renseignement, les unités spéciales, les réserves et les élèves.
Deux conséquences immédiates. La gendarmerie française est incluse malgré son statut militaire — ce qui est cohérent, mais fait entrer dans le décompte une force que l’Allemagne n’a pas sous cette forme. Et surtout, la police municipale est dans le périmètre — or l’Allemagne n’en a pas : la sécurité publique y relève exclusivement des seize polices de Land.
| Trois éléments français, 2016-2022, rapportés à 68 millions d’habitants | Effectif | Pour 100 000 |
|---|---|---|
| Policiers municipaux (2022) | 27 131 | 40 |
| CRS et gendarmerie mobile (2022) | 23 666 | 35 |
| Tâches indues, police et gendarmerie (2016) | 6 000 | 9 |
| Rappel : l’écart France − Allemagne à expliquer | — | 50 |
La première ligne suffit, à elle seule, à absorber les quatre cinquièmes de l’écart — et l’Allemagne n’a aucune catégorie équivalente à y opposer. Reste à savoir si les policiers municipaux français sont effectivement comptés dans le chiffre de 361 : la définition d’Eurostat les inclut, mais les métadonnées publiées ne permettent pas de vérifier ce que le correspondant national a transmis. Ce point non tranché décide de l’essentiel de la comparaison.
1. Le système dual. La France entretient deux forces nationales à compétence territoriale séparée — 149 000 agents pour la police nationale, 155 000 pour la gendarmerie — avec les états-majors, les écoles, les chaînes logistiques et les systèmes d’information que cela suppose en double. La Cour des comptes relève que la carte des zones de compétence n’a pratiquement pas bougé depuis 1941, malgré des mutations démographiques majeures : elle en résulte déséquilibrée, et parfois contournée par les forces de sécurité elles-mêmes pour pouvoir remplir leurs missions. L’Allemagne, fédérale, n’a qu’un niveau de police généraliste — celui des Land — la police fédérale y étant cantonnée aux frontières, aux chemins de fer et à la sûreté aérienne.
2. Les forces mobiles. La France maintient une réserve nationale de maintien de l’ordre sans équivalent d’échelle : 64 compagnies de CRS et 116 escadrons de gendarmerie mobile, soit 23 666 agents. Ces agents comptent dans le ratio, mais ils ne sont pas de la police de proximité : ils sont projetés d’un point à l’autre du territoire. L’Allemagne dispose d’une Bereitschaftspolizei, mais décentralisée dans les Länder et de taille moindre.
3. Les tâches indues. Gardes statiques, extractions judiciaires, procurations, commissions administratives : la Cour des comptes les évaluait à 3,8 % des missions de la gendarmerie et 9,12 % de celles de la police nationale, soit 11,7 millions d’heures et plus de 6 000 équivalents temps plein. Ce sont des agents comptés au numérateur qui ne produisent pas de sécurité. Rien ne dit toutefois que l’Allemagne en soit exempte : le même exercice n’y a pas été mené.
Eurostat, crim_just_job et glossaire « Police officer » pour la définition du périmètre. Ministère de l’Intérieur pour les policiers municipaux, 2022. Cour des comptes, La répartition des zones de compétence entre la police et la gendarmerie nationales, janvier 2025, pour les effectifs des deux forces et l’ancienneté de la carte ; et travaux sur les tâches indues, données 2016. Effectifs des forces mobiles : rapports parlementaires, données 2022. Les colonnes « pour 100 000 » sont calculées par nos soins sur une base de 68 millions d’habitants ; elles situent des ordres de grandeur et ne constituent pas une décomposition de l’écart.
Reste le constat qui rend la question moins intéressante qu’elle n’en a l’air. Même en retenant la lecture la plus défavorable à la France — 361 contre 311 — le nombre de policiers n’est pas le maillon faible de la chaîne. Le tableau ci-dessus montre la France au-dessus de l’Allemagne sur les effectifs de police et à moins de la moitié sur les juges, 11,3 contre 24,7. Avec un taux d’élucidation des vols inférieur à 8 % et 17,6 mois entre les faits et une orientation, le goulot d’étranglement est en aval, pas en amont. C’est un système lourd à l’entrée et étroit à la sortie.
Le taux de détention se situe autour de 116 pour 100 000 habitants début 2025. La France a été condamnée par la Cour européenne des droits de l'homme (arrêt J.M.B. et autres c. France, 30 janvier 2020) pour surpopulation carcérale et conditions contraires à l'article 3 de la Convention.
La littérature distingue trois effets : dissuasif, incapacitant (un détenu ne commet pas de délit dehors) et criminogène (l'incarcération courte et répétée peut désocialiser).
Le résultat le plus robuste est celui de l'effet marginal décroissant : ajouter des places réduit significativement la délinquance quand le taux d'incarcération part d'un niveau bas, mais cet effet s'amenuise voire s'annule aux niveaux élevés. C'est le cœur du débat sur la « demande induite ».
Références : Chalfin et McCrary (2017, JEL) pour la synthèse ; Levitt (1996, QJE) pour des élasticités plus fortes ; Vollaard (2013, Economic Journal) sur le dispositif néerlandais, qui suggère que l'effet incapacitant existe surtout de façon sélective, sur les multirécidivistes. Les Pays-Bas ont fortement réduit leur population carcérale dans les années 2010 — au point de fermer des établissements — au moment même où la délinquance de masse reculait.
Les seules données viennent d'études académiques. L'étude de l'Open Society Justice Initiative menée à Paris par Jobard et Lévy (2007-2008) mesurait que les personnes perçues comme noires étaient contrôlées 6 fois plus souvent que les personnes perçues comme blanches, et celles perçues comme arabes 7,8 fois plus. L'enquête franco-allemande POLIS (22 000 adolescents) trouve 22,6 % des jeunes de la minorité d'origine nord-africaine déclarant des contrôles répétés, contre 9,4 % du groupe majoritaire.
Le Conseil d'État a rejeté le 11 octobre 2023 l'action de groupe engagée par six associations, au motif que les mesures demandées « visent en réalité à une redéfinition générale des choix de politique publique […] qui ne relèvent pas des pouvoirs du juge administratif ». Il n'a donc pas nié l'existence de pratiques discriminatoires : il a refusé d'ordonner lui-même une réforme du cadre des contrôles.
Mis à jour : 2026-08