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CHIFFRES POUR 2027
Thème 09

Énergie

Pourquoi l'électricité française est-elle décarbonée ?

Source (2025)Part
Nucléaire≈ 68 %
Hydraulique≈ 11 %
Solaire≈ 8 %
Éolien≈ 5 %
Thermique fossile< 3 %

Production 2025 : 547,5 TWh, dont 521,1 décarbonés — 95,2 %, contre 69 % en moyenne UE-27.

Intensité carbone de l'électricité20152025
France59,241,4
Royaume-Uni397,8217,4
Italie398,7284,8
Allemagne503,6329,7
États-Unis504,9384,4

L'électricité française est 8 fois moins carbonée que l'allemande et 9 fois moins que l'américaine. C'est le déterminant central de la position française — et cela explique pourquoi la marge de progression restante se situe presque entièrement hors du secteur électrique : dans les transports, le bâtiment et l'agriculture.

RTE, bilan électrique 2025 ; Ember via Our World in Data (gCO₂e/kWh).

Combien coûte réellement un MWh ?

Filière€/MWhMéthode
Nucléaire existant (comptable)≈ 42Cour des comptes, coûts 2011-2020
Nucléaire existant (coût courant économique)≈ 60-65Cour des comptes
Solaire au sol74-79Appels d'offres CRE 2025
Repère : quota carbone européen≈ 83marché, 2026
Éolien terrestre87,6Appel d'offres CRE 2025
Solaire sur bâtiment98,2Appel d'offres CRE 2025
Nouveau nucléaire EPR2non communiquéOpacité dénoncée par la Cour des comptes

Cour des comptes, rapports sur les coûts de la filière nucléaire (coûts constatés 2011-2020 et coût courant économique) ; RTE, Bilan prévisionnel et Futurs énergétiques 2050 pour les coûts complets par filière ; ADEME. Ces coûts ne sont pas directement comparables entre eux : ils reposent sur des durées d'amortissement, des taux d'actualisation et des périmètres de raccordement différents, ce que la fiche détaille.

Repères de programme : Flamanville 3 a coûté 23,7 Md€ contre 3,3 Md€ au devis initial ; le programme EPR2 (6 réacteurs) est chiffré à 67,4 Md€, soit +30 % par rapport au devis.

Le piège de comparaison. Le coût actualisé affiché pour les renouvelables ne compte ni le renforcement du réseau, ni la flexibilité et le stockage, ni le complément thermique lors des pointes sans vent ni soleil. C'est ce que RTE appelle le coût système complet, significativement supérieur à mesure que la part d'intermittent augmente. Comparer 79 €/MWh de solaire à 65 €/MWh de nucléaire n'est donc pas une comparaison valide.

LimitesAucun chiffre officiel EPR2 en €/MWh n'existe : EDF refuse de le transmettre malgré les demandes répétées de la Cour des comptes. Les estimations tierces situent le nouveau nucléaire entre 100 et 130 €/MWh selon le coût du capital.

Pourquoi les prix ont-ils augmenté malgré le nucléaire ?

Parce que le marché de gros européen fixe le prix à la centrale marginale — le plus souvent une centrale à gaz — même quand l'essentiel du parc français produit à coût bien inférieur. C'est le principe du merit order, qui transmet la volatilité du prix du gaz à l'ensemble du prix de marché. En 2022, la conjonction de la crise du gaz russe et d'une disponibilité historiquement basse du parc nucléaire a fait flamber les prix.

Changement majeur en cours. L'ARENH, qui plafonnait à 42 €/MWh la vente de 100 TWh/an par EDF à ses concurrents, a pris fin le 31 décembre 2025. Il est remplacé depuis 2026 par le Versement nucléaire universel (0 % jusqu'à 78 €/MWh, 50 % de 78 à 110, 90 % au-delà) et par des contrats de long terme autour de 65-70 €/MWh. La CRE anticipe un prix moyen de vente nucléaire 2026 d'environ 65,9 €/MWhsous les seuils de reversement, ce qui limite la protection du consommateur par rapport à l'ancien filet à 42 €.

Quel mix serait le moins coûteux ? Et qu'est-ce qu'un taux d'actualisation ?

RTE a modélisé six trajectoires neutres en carbone à l'horizon 2050 : trois sans nouveau nucléaire (M0, M1, M23) et trois avec (N1, N2, N03). Les six sont techniquement réalisables. Leur coût complet annualisé se situe entre 60 et 80 Md€/an à l'horizon 2060, l'écart entre extrêmes atteignant environ 10 Md€/an sous une hypothèse de coût du capital à 4 %.

Le taux d'actualisation, et pourquoi il décide du résultat

Le taux d'actualisation est le taux auquel on convertit un euro futur en euro d'aujourd'hui. À 4 %, 100 € dans dix ans « valent » aujourd'hui 68 €. À 8 %, ils n'en valent plus que 46 €. C'est la traduction chiffrée d'une idée simple : un euro disponible tout de suite vaut plus qu'un euro dans dix ans, parce qu'on peut l'investir entre-temps — et parce que l'avenir est incertain.

Pourquoi cela inverse le classement des scénarios énergétiques. Le nucléaire et les renouvelables ont des profils de coût opposés dans le temps :

  • Le nucléaire demande un investissement initial colossal (un EPR2 se paie avant de produire quoi que ce soit) puis produit à coût marginal faible pendant soixante ans.
  • Le solaire et l'éolien demandent moins de capital initial par projet, mais doivent être remplacés plus souvent (20-25 ans) et s'accompagnent de dépenses récurrentes de réseau, de stockage et de back-up.

Un taux d'actualisation élevé écrase la valeur des bénéfices lointains : les soixante ans de production nucléaire bon marché comptent pour peu, et l'énorme dépense initiale domine le calcul. Les scénarios renouvelables l'emportent.

Un taux bas fait au contraire compter pleinement le long terme : l'investissement nucléaire s'amortit sur des décennies de production presque gratuite. Les scénarios nucléarisés l'emportent.

Conséquence pratique : quiconque affirme qu'un scénario est « le moins cher » sans préciser son taux d'actualisation cache une hypothèse — et cette hypothèse n'est pas technique, elle est politique. Choisir un taux bas, c'est décider que l'on accorde du poids aux générations futures. C'est un arbitrage moral déguisé en paramètre financier.

La PPE3 (décret du 12 février 2026) combine programme EPR2 (première mise en service visée en 2038), solaire multiplié par trois, éolien en mer à 15 GW en 2035 et objectif de sobriété (−50 % de consommation en 2050 par rapport à 2012). Elle s'apparente aux scénarios « N ».

LimitesLes chiffrages RTE datent de 2021-2022 et n'intègrent pas la révision à la hausse du coût de l'EPR2 documentée en 2025 (+30 %), ce qui dégraderait la compétitivité relative des scénarios nucléarisés.

Comment la France se situe hors d'Europe : États-Unis, Chine, Inde

Les comparaisons énergétiques intra-européennes cachent l'essentiel. Voici les trois indicateurs qui comptent, sur un panel élargi.

Intensité carbone de l'électricité, gCO₂/kWh1990201020192024Rapport à la France
Suède336442350,86 ×
France104796040référence
Espagne4372882471463,6 ×
UE-273692872115,2 ×
Royaume-Uni7055172682175,3 ×
Italie5644473512817,0 ×
Allemagne6225173933368,3 ×
États-Unis5714403849,5 ×
Monde54450647111,6 ×
Chine74162055513,7 ×
Pologne96789377260815,0 ×
Inde73972370517,4 ×

C'est l'atout industriel français le plus incontestable de tout ce document. Un kilowattheure français émet 8 fois moins qu'un allemand, 9,5 fois moins qu'un américain, 14 fois moins qu'un chinois et 17 fois moins qu'un indien. Seule la Suède fait mieux. Et l'intensité française a encore été divisée par 1,5 depuis 2019.

Mais l'économie française n'est pas sobre

Énergie consommée par unité de PIB, kWh par dollar PPA19902022Évolution
Royaume-Uni1,670,713−57 %
Italie1,210,770−36 %
Allemagne2,080,804−61 %
France1,590,859−46 %
Espagne1,360,883−35 %
Pologne3,810,920−76 %
Monde2,141,214−43 %
États-Unis2,411,314−45 %
Chine2,271,495−34 %

Point contre-intuitif : l'économie française consomme plus d'énergie par unité de PIB que l'Allemagne, l'Italie et le Royaume-Uni. Le faible niveau des émissions territoriales françaises vient donc du contenu carbone de l'énergie, pas d'une moindre consommation. Et une part importante des améliorations britannique (−57 %) et allemande (−61 %) tient à la déformation de leur structure sectorielle, c'est-à-dire à la désindustrialisation — ce que confirme leur solde net importé d'émissions, respectivement +58 % et +29 %.

Pour quelles industries le prix de l'énergie est-il décisif ?

La réponse honnête est : pour quelques-unes seulement, et il faut le dire, parce que le débat traite souvent l'énergie comme si elle était déterminante partout.

RepèreValeur
Facture énergétique de l'industrie française, 202322,7 Md€ — soit 7 à 8 % de la valeur ajoutée manufacturière
Coût moyen de l'énergie pour l'industrie954 €/tep en 2023 contre 419 € en 2019 — ×2,3
Électro-intensité de la chimie0,88 kWh par euro de valeur ajoutée — soit ≈ 11 % de la valeur ajoutée
Électro-intensité de l'agroalimentaire0,38 kWh par euro — soit ≈ 5 %
Seuil réglementaire allemand d'électro-intensité20 % de la valeur ajoutée brute

Le seuil allemand donne l'ordre de grandeur : au-delà de 20 % de la valeur ajoutée, une entreprise est considérée comme électro-intensive et bénéficie d'exonérations. Sur cette échelle, la chimie française (≈ 11 %) est fortement exposée, l'agroalimentaire (≈ 5 %) modérément, et la moyenne de l'industrie (7-8 %, gaz compris) l'est peu. Pour l'aluminium primaire, l'acier électrique, le verre ou le ciment, le prix de l'électricité est le premier déterminant de la localisation. Pour l'automobile, l'électronique ou l'agroalimentaire, il pèse beaucoup moins que le coût du travail.

Un chiffre illustre la brutalité du choc récent : entre 2021 et 2023, la facture énergétique de l'industrie française a augmenté de +40 % puis +52 % puis +5 %, à consommation en baisse de 5 %. Ce n'est pas un problème de sobriété, c'est un problème de prix.

Our World in Data d'après Ember et l'Energy Institute (intensité carbone) et d'après la Banque mondiale et l'AIE (intensité énergétique) ; Insee Première n° 2038, Consommation d'énergie dans l'industrie en 2023 ; Direction générale des entreprises, Thémas n° 36, 2025 ; SDES, Chiffres clés de l'énergie 2025.

Donnée manquanteLa part de l'énergie en pourcentage du coût de production, branche par branche — aluminium, acier, ciment, verre, papier, automobile, électronique — n'est publiée sous cette forme ni par l'Insee, ni par le SDES, ni par la Direction générale des entreprises, ni par Eurostat. Ces organismes publient des volumes et des factures, pas des ratios coût sur valeur ajoutée. Seules deux branches sont chiffrées (chimie et agroalimentaire), et les pourcentages ci-dessus sont notre calcul, portant sur la seule électricité — le gaz représente pourtant 34 % de la consommation industrielle. La démonstration « l'énergie n'est décisive que pour quelques branches » repose donc sur deux points et un seuil réglementaire, pas sur un tableau complet.
LimitesLes prix de l'électricité pour les ménages sont toutes taxes comprises, ceux pour l'industrie hors taxes récupérables : les deux blocs ne se comparent pas entre eux. Les prix industriels américains sont des prix moyens réalisés, pas des prix par bande de consommation standardisée : la comparaison avec les bandes européennes est indicative. Les deux estimations disponibles du prix industriel chinois diffèrent de 30 % selon le périmètre. La consommation d'énergie primaire par habitant en comparaison internationale n'a pas pu être obtenue : les points d'accès correspondants renvoyaient une erreur serveur.

Quelle est la dépendance énergétique réelle ?

Le taux d'indépendance énergétique atteint 61 % en 2024 (+4,6 points), porté par le rebond du nucléaire. Les combustibles fossiles ne représentent plus que 1 % de la production primaire nationale, contre 73 % pour le nucléaire.

Mais le pétrole (39 % de la consommation finale) et le gaz sont massivement importés. L'uranium est importé à 100 % : en 2023, quatre pays représentaient 98 % des importations — Kazakhstan, Namibie, Niger et Australie. L'expulsion d'Orano du Niger en 2024 a bousculé ce panier. Dépendance nouvelle : les métaux critiques de la transition, dont le raffinage est très majoritairement concentré en Chine.

LimitesLe taux d'indépendance français (61 %) et le taux de dépendance aux importations Eurostat ne sont pas comparables : dans la convention française, l'uranium importé n'est pas compté comme une importation énergétique.

Mis à jour : 2026-08