21 chapitresChaque chiffre porte sa source et son millésime, parmi 223 références. Voir les sources.
| Source (2025) | Part |
|---|---|
| Nucléaire | ≈ 68 % |
| Hydraulique | ≈ 11 % |
| Solaire | ≈ 8 % |
| Éolien | ≈ 5 % |
| Thermique fossile | < 3 % |
Production 2025 : 547,5 TWh, dont 521,1 décarbonés — 95,2 %, contre 69 % en moyenne UE-27.
| Intensité carbone de l'électricité | 2015 | 2025 |
|---|---|---|
| France | 59,2 | 41,4 |
| Royaume-Uni | 397,8 | 217,4 |
| Italie | 398,7 | 284,8 |
| Allemagne | 503,6 | 329,7 |
| États-Unis | 504,9 | 384,4 |
L'électricité française est 8 fois moins carbonée que l'allemande et 9 fois moins que l'américaine. C'est le déterminant central de la position française — et cela explique pourquoi la marge de progression restante se situe presque entièrement hors du secteur électrique : dans les transports, le bâtiment et l'agriculture.
RTE, bilan électrique 2025 ; Ember via Our World in Data (gCO₂e/kWh).
| Filière | €/MWh | Méthode |
|---|---|---|
| Nucléaire existant (comptable) | ≈ 42 | Cour des comptes, coûts 2011-2020 |
| Nucléaire existant (coût courant économique) | ≈ 60-65 | Cour des comptes |
| Solaire au sol | 74-79 | Appels d'offres CRE 2025 |
| Repère : quota carbone européen | ≈ 83 | marché, 2026 |
| Éolien terrestre | 87,6 | Appel d'offres CRE 2025 |
| Solaire sur bâtiment | 98,2 | Appel d'offres CRE 2025 |
| Nouveau nucléaire EPR2 | non communiqué | Opacité dénoncée par la Cour des comptes |
Cour des comptes, rapports sur les coûts de la filière nucléaire (coûts constatés 2011-2020 et coût courant économique) ; RTE, Bilan prévisionnel et Futurs énergétiques 2050 pour les coûts complets par filière ; ADEME. Ces coûts ne sont pas directement comparables entre eux : ils reposent sur des durées d'amortissement, des taux d'actualisation et des périmètres de raccordement différents, ce que la fiche détaille.
Repères de programme : Flamanville 3 a coûté 23,7 Md€ contre 3,3 Md€ au devis initial ; le programme EPR2 (6 réacteurs) est chiffré à 67,4 Md€, soit +30 % par rapport au devis.
Le piège de comparaison. Le coût actualisé affiché pour les renouvelables ne compte ni le renforcement du réseau, ni la flexibilité et le stockage, ni le complément thermique lors des pointes sans vent ni soleil. C'est ce que RTE appelle le coût système complet, significativement supérieur à mesure que la part d'intermittent augmente. Comparer 79 €/MWh de solaire à 65 €/MWh de nucléaire n'est donc pas une comparaison valide.
Parce que le marché de gros européen fixe le prix à la centrale marginale — le plus souvent une centrale à gaz — même quand l'essentiel du parc français produit à coût bien inférieur. C'est le principe du merit order, qui transmet la volatilité du prix du gaz à l'ensemble du prix de marché. En 2022, la conjonction de la crise du gaz russe et d'une disponibilité historiquement basse du parc nucléaire a fait flamber les prix.
Changement majeur en cours. L'ARENH, qui plafonnait à 42 €/MWh la vente de 100 TWh/an par EDF à ses concurrents, a pris fin le 31 décembre 2025. Il est remplacé depuis 2026 par le Versement nucléaire universel (0 % jusqu'à 78 €/MWh, 50 % de 78 à 110, 90 % au-delà) et par des contrats de long terme autour de 65-70 €/MWh. La CRE anticipe un prix moyen de vente nucléaire 2026 d'environ 65,9 €/MWh — sous les seuils de reversement, ce qui limite la protection du consommateur par rapport à l'ancien filet à 42 €.
RTE a modélisé six trajectoires neutres en carbone à l'horizon 2050 : trois sans nouveau nucléaire (M0, M1, M23) et trois avec (N1, N2, N03). Les six sont techniquement réalisables. Leur coût complet annualisé se situe entre 60 et 80 Md€/an à l'horizon 2060, l'écart entre extrêmes atteignant environ 10 Md€/an sous une hypothèse de coût du capital à 4 %.
Le taux d'actualisation est le taux auquel on convertit un euro futur en euro d'aujourd'hui. À 4 %, 100 € dans dix ans « valent » aujourd'hui 68 €. À 8 %, ils n'en valent plus que 46 €. C'est la traduction chiffrée d'une idée simple : un euro disponible tout de suite vaut plus qu'un euro dans dix ans, parce qu'on peut l'investir entre-temps — et parce que l'avenir est incertain.
Pourquoi cela inverse le classement des scénarios énergétiques. Le nucléaire et les renouvelables ont des profils de coût opposés dans le temps :
Un taux d'actualisation élevé écrase la valeur des bénéfices lointains : les soixante ans de production nucléaire bon marché comptent pour peu, et l'énorme dépense initiale domine le calcul. Les scénarios renouvelables l'emportent.
Un taux bas fait au contraire compter pleinement le long terme : l'investissement nucléaire s'amortit sur des décennies de production presque gratuite. Les scénarios nucléarisés l'emportent.
Conséquence pratique : quiconque affirme qu'un scénario est « le moins cher » sans préciser son taux d'actualisation cache une hypothèse — et cette hypothèse n'est pas technique, elle est politique. Choisir un taux bas, c'est décider que l'on accorde du poids aux générations futures. C'est un arbitrage moral déguisé en paramètre financier.
La PPE3 (décret du 12 février 2026) combine programme EPR2 (première mise en service visée en 2038), solaire multiplié par trois, éolien en mer à 15 GW en 2035 et objectif de sobriété (−50 % de consommation en 2050 par rapport à 2012). Elle s'apparente aux scénarios « N ».
Les comparaisons énergétiques intra-européennes cachent l'essentiel. Voici les trois indicateurs qui comptent, sur un panel élargi.
| Intensité carbone de l'électricité, gCO₂/kWh | 1990 | 2010 | 2019 | 2024 | Rapport à la France |
|---|---|---|---|---|---|
| Suède | 33 | 64 | 42 | 35 | 0,86 × |
| France | 104 | 79 | 60 | 40 | référence |
| Espagne | 437 | 288 | 247 | 146 | 3,6 × |
| UE-27 | — | 369 | 287 | 211 | 5,2 × |
| Royaume-Uni | 705 | 517 | 268 | 217 | 5,3 × |
| Italie | 564 | 447 | 351 | 281 | 7,0 × |
| Allemagne | 622 | 517 | 393 | 336 | 8,3 × |
| États-Unis | — | 571 | 440 | 384 | 9,5 × |
| Monde | — | 544 | 506 | 471 | 11,6 × |
| Chine | — | 741 | 620 | 555 | 13,7 × |
| Pologne | 967 | 893 | 772 | 608 | 15,0 × |
| Inde | — | 739 | 723 | 705 | 17,4 × |
C'est l'atout industriel français le plus incontestable de tout ce document. Un kilowattheure français émet 8 fois moins qu'un allemand, 9,5 fois moins qu'un américain, 14 fois moins qu'un chinois et 17 fois moins qu'un indien. Seule la Suède fait mieux. Et l'intensité française a encore été divisée par 1,5 depuis 2019.
| Énergie consommée par unité de PIB, kWh par dollar PPA | 1990 | 2022 | Évolution |
|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | 1,67 | 0,713 | −57 % |
| Italie | 1,21 | 0,770 | −36 % |
| Allemagne | 2,08 | 0,804 | −61 % |
| France | 1,59 | 0,859 | −46 % |
| Espagne | 1,36 | 0,883 | −35 % |
| Pologne | 3,81 | 0,920 | −76 % |
| Monde | 2,14 | 1,214 | −43 % |
| États-Unis | 2,41 | 1,314 | −45 % |
| Chine | 2,27 | 1,495 | −34 % |
Point contre-intuitif : l'économie française consomme plus d'énergie par unité de PIB que l'Allemagne, l'Italie et le Royaume-Uni. Le faible niveau des émissions territoriales françaises vient donc du contenu carbone de l'énergie, pas d'une moindre consommation. Et une part importante des améliorations britannique (−57 %) et allemande (−61 %) tient à la déformation de leur structure sectorielle, c'est-à-dire à la désindustrialisation — ce que confirme leur solde net importé d'émissions, respectivement +58 % et +29 %.
La réponse honnête est : pour quelques-unes seulement, et il faut le dire, parce que le débat traite souvent l'énergie comme si elle était déterminante partout.
| Repère | Valeur |
|---|---|
| Facture énergétique de l'industrie française, 2023 | 22,7 Md€ — soit 7 à 8 % de la valeur ajoutée manufacturière |
| Coût moyen de l'énergie pour l'industrie | 954 €/tep en 2023 contre 419 € en 2019 — ×2,3 |
| Électro-intensité de la chimie | 0,88 kWh par euro de valeur ajoutée — soit ≈ 11 % de la valeur ajoutée |
| Électro-intensité de l'agroalimentaire | 0,38 kWh par euro — soit ≈ 5 % |
| Seuil réglementaire allemand d'électro-intensité | 20 % de la valeur ajoutée brute |
Le seuil allemand donne l'ordre de grandeur : au-delà de 20 % de la valeur ajoutée, une entreprise est considérée comme électro-intensive et bénéficie d'exonérations. Sur cette échelle, la chimie française (≈ 11 %) est fortement exposée, l'agroalimentaire (≈ 5 %) modérément, et la moyenne de l'industrie (7-8 %, gaz compris) l'est peu. Pour l'aluminium primaire, l'acier électrique, le verre ou le ciment, le prix de l'électricité est le premier déterminant de la localisation. Pour l'automobile, l'électronique ou l'agroalimentaire, il pèse beaucoup moins que le coût du travail.
Un chiffre illustre la brutalité du choc récent : entre 2021 et 2023, la facture énergétique de l'industrie française a augmenté de +40 % puis +52 % puis +5 %, à consommation en baisse de 5 %. Ce n'est pas un problème de sobriété, c'est un problème de prix.
Our World in Data d'après Ember et l'Energy Institute (intensité carbone) et d'après la Banque mondiale et l'AIE (intensité énergétique) ; Insee Première n° 2038, Consommation d'énergie dans l'industrie en 2023 ; Direction générale des entreprises, Thémas n° 36, 2025 ; SDES, Chiffres clés de l'énergie 2025.
Le taux d'indépendance énergétique atteint 61 % en 2024 (+4,6 points), porté par le rebond du nucléaire. Les combustibles fossiles ne représentent plus que 1 % de la production primaire nationale, contre 73 % pour le nucléaire.
Mais le pétrole (39 % de la consommation finale) et le gaz sont massivement importés. L'uranium est importé à 100 % : en 2023, quatre pays représentaient 98 % des importations — Kazakhstan, Namibie, Niger et Australie. L'expulsion d'Orano du Niger en 2024 a bousculé ce panier. Dépendance nouvelle : les métaux critiques de la transition, dont le raffinage est très majoritairement concentré en Chine.
Mis à jour : 2026-08